23.02.2011

examen de passage

Ce soir, j'ai regardé un film à la télé.

La quasi-totalité des lecteurs pensera "oui, ben alors ?".

Et alors.... C'est la première fois depuis près de trois ans. Depuis Bienvenue chez les ch'tis, où.. . j'avais trouvé moyen de pleurer !

Comme pour la dernière fois au cinéma, voici déjà 6 ans. C'était l'enquête Corse, où là aussi j'ai trouvé le moyen de sortir mon mouchoir.

Depuis treize ans, je suis perdu pour le cinéma, plus question pour moi de voir un film sans aussitôt me transformer en fontaine, pour peu qu'il s'y trouve une scène sentimentale.

Là, ce soir, je voulais jouer un grand coup. Voulant savoir où j'en étais à ce sujet, j'ai flashé quand j'ai lu que le septième juré passait à la télé.

Un film que j'avais vu en 2002, et qui m'avait rendu malade. Pendant la nuitqui avait suivi, je n'avais pas pu m'arrêter de sangloter. A cause d'une phrase dans le film.
Certes en 2002 j'étais en pleine maniaco, j'étais malade, et le meilleur moyen de savoir si j'allais nettement mieux était de revoir ce film. Mais comme Madame "ne veut pas que des fils traînent" derrière son p.... de meuble TV qui vient de ses parents, ça signifie pas de lecteur possible, ni de DVD ni de cassette. Et pourtant je l'ai en Divx, mon septième juré, le vrai, celui de 1960 avec Bernard blier, celui qui se passe à Pontarlier.

affiche-Le-7eme-jure-1961-1.jpgL'histoire : Le plus gros pharmacien de Pontarlier, mal marié avec une femme autoritaire mais "de son rang", pharmacienne aussi, va de temps en temps soulager sa libido chez les prostituées. Et un soir, alors que l'une d'entre elles met en doute sa virilité,  fou de colère, Blier (le pharmacien) la  tue en l'étranglant.

Le dit pharmacien est un notable de Pontarlier, faisant partie de différents cercles où se côtoient le maire, le commissaire de police, le juge, l'avocat le mieux coté, etc.

L'affaire est assez vite classée, mais quelques semaines après, un jeune homme est accusé du meurtre. Un "étranger" (je sais ce qu'à Pontarlier cette expression voulait dire dans ces années-là..) qui fera très bien l'affaire.

Du coup le pharmacien est pris de gros scrupules. Mais se dénoncer serait, pour lui, faire tomber sa famille dans l'infâmie la plus totale.
Mais, coup du sort, il est désigné comme juré dans l'affaire. Et il fera alors tout son possible pour essayer, par ses multiples questions, d'innocenter le prévenu. Il réussira même à démolir complètement l'accusation. Il deviendra alors un paria aux yeux des autres notables.

Mais le prévenu sera quand même condamné à la guillotine, et là, Blier ira se constituer prisonnier. Mais dans la société de à Pontarlier en 1960 il est impensable  qu'un notable fasse un tel geste, à moins qu'il soit devenu fou.

Et c'est pour ça que grâce à un bon docteur ami de sa femme, il finira ses jours à l'asile, tandis que le jeune homme les finira à l'échafaud.

Mais une scène m'avait particulièrement touchée. C'était quand le fils du pharmacien découvrait que son père n'était pas le notable froid qu'il pensait, mais un être humain capable d'élans de générosité.
Et il lui parle alors de sa jeunesse devant un bon verre. Le fils lui révèle qu'il avait trouvé des lettres d'amour signées d'un prénom de jeune fille qui n'était pas celui de sa mère.
Blier lui dit alors que dans le temps il était très amoureux d'une jeune fille sans situation, et que ses parents lui avaient imposé le mariage avec une pharmacienne, ne voulant pas d'une "sans le sou".
Et il prononcera la phrase qui me transformera en fontaine pendant plusieurs heures :
"Je me rappelle, c'est quand j'étais encore en vie.."

Car en 2002, je me considérais comme mort, ayant perdu celle que j'aimais.  En plus la réaction des parents du pharmacien avait été celle de mes parents, quand j'avais fréquenté une jeune fille de là-bas et que mon père, péremptoirement, avait refusé que je "me marie avec une petite paysanne". J'étais encore mineur...
Je raconte cette histoire dans cette note http://cicatrice.hautetfort.com/archive/2010/09/01/premie...

Je voulais donc savoir si, en ce 23 février 2011, date anniversaire (il y a pile 8 ans j'avais pris 35 comprimés et j'étais, à cette heure-ci, dans le coma) je réagirais de la même façon. Ce qui était fort possible, me sentant vraiment mort quelque part. J'attends, en quelque sorte, "que ça sonne".

Horreur ! Si la trame principale a été conservée (un pharmacien notable et coupable d'un meurtre est désigné comme juré et fait tout pour innocenter le prévenu) le parallèle s'arrête là.

D'abord, ça ne se passe pas à Pontarlier. Pas grave pourra t-on dire, mais au moins cela aurait dû se passer dans une ville de la taille de Pontarlier, où tout le monde se connaît. Non, on aperçoit tour à tour Strasbourg, puis un canal des Flandres, bref n'importe quoi.

Ensuite la victime n'est pas une prostituée, mais une mère de famille "honorable", comme on dit. Qui avait un amant.

Pire : la politique va se mêler au film ! Car ça ne se passe plus en 60, mais en 62, juste après l'indépendance de l'Algérie, et le prévenu est un jeune Arabe, l'amoureux de la victime, qui de temps en temps n'hésite pas à taper sur elle en public.
Et bien entendu l'accusation sera aveuglée par ce fait, remplie de haine à l'époque contre un peuple qui "a foutu les français dehors". Là aussi je peux témoigner de l'ambiance de ces temps, ma mère était née à Tunis...

En plus dans cette version le pharmacien était récidiviste, avec la complicté de son épouse qui l'avait aidé à enterrer le corps de la première victime dans le jardin ! Sa femme qui, dans cette version, découvre également tout de suite la vérité, contrairement au scénario original, et qui le fait chanter.

Encore pire, dans une scène, on découvre que le pharmacien n'a pas été marié de force, mais que sa femme était "dans le ruisseau" (je cite le film) quand il l'a épousée. C'est ensuite qu'elle a fait de longues études pour devenir, elle aussi, pharmacienne.
Pas de mariage forcé, pas d'amour impossible, pour moi cette version est complètement dénaturée.

Même si la fin est voisine, le refus des notables - dont le commandant de gendarmerie - de recevoir ses aveux,  et la pendaison du pharmacien, je n'ai quasiment pas versé de larme, car aucune situation ne s'y prêtait.

C'est le danger de vouloir refaire certains grands films, je pense que Bernard Blier a dû se retourner dans sa tombe en voyant ce qu'était devenue l'histoire qu'il avait tournée à Pontarlier, où le théâtre municipal porte son nom.

Je vous embrasse.

 

 

Commentaires

Personne encore sur cette note ? C'est étonnant ...
Je n'ai pas vu le film et ne connaissais pas le précédent.
Voilà qui ne va pas t'avancer ;-)
Bon dimanche

Écrit par : Teb | 26.02.2011

Pas très étonnant, ce sont les vacances !
Bises (enneigées)

Écrit par : Cica pour Teb | 27.02.2011

ah oui c'est vrai !
Nous on commence seulement ;-)
Et ici, pas de neige ;-(

Écrit par : Teb | 27.02.2011

De toutes façons je n'écris plus mes notes en fonction de mes commentaires, comme je le faisais "là-bas" mais en fonction des visites, outil qui m'est très précieux et que je n'avais pas "là-bas".
J'ai l'impression qu'ici les gens lisent beaucoup mais n'osent pas laisser de trace. Comme je le fais moi-même sur certains blogs.
Sinon, la bise a remplacé la neige, on en a encore 3 cm mais l'air est froid.
Bises

Écrit par : Cica pour Teb | 28.02.2011

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