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05/09/2011

La force du mental

En ce lendemain des championnats d'Europe d'Athlétisme, je me rémémore certaines choses....

Le "déclic" est venu en 1961, quand mon père m'a emmené voir un meeting d'athlétisme au stade Charléty. Je suis resté scotché durant tout l'après-midi, et je bavais devant les sprinteurs.

Las, au lycée, ce n'était pas du tout le même "tabac".
A chaque fois que la 6ème A4 du Lycée Montaigne - dans la cour des filles, plus grande - organisait une "composition" de 60m, ceux qui n'avaient pas cours se déplaçaient pour me voir courir...

Un style en canard, avec mes petites jambes (je mesurais 1m35) aboutissaient au fait que je faisais rigoler tout le monde. Un vrai spectacle ! Avec des temps de 11 à 12 secondes, j'étais bien entendu le dernier !

Les années passaient, et, n'étant pas rancunier,  j'étais toujours en admiration devant les recordmen du 100m, notamment Roger Bambuck, qui avait fait en 1963 10'8" et en 1964 10'4".
En 1964 où je ne ratais pas une seule épreuve - quand j'étais à la maison - des JO de Tokyo. 10'5" pour Bambuck, éliminé dès le premier tour.

Moi je calculais : 10 secondes (j'avais fait des progrès) aux 60m, ça faisait 17 secondes au 100 m ! Bambuck était déjà arrivé que je n'aurais fait que les 2/3 de la course...

Et puis deux processus vont changer grandement la donne.

D'abord ma croissance exceptionnelle entre 1964 et 1965, passant de 1m40 à 1m65 (je n'allais prendre que 2 cm par la suite).

Puis l'émulation.

J'étais en première à Louis-Le Grand lors des jeux olympiques de Mexico. Question sprint, j'étais à présent "dans le lot", avec environ 8 secondes et demie aux 60m.

Vint un certain jour d'octobre 1968. Les jeux, cause décalage horaire, passaient entre 22h et 3 h du matin. Le poste de télé était dans la salle à manger, qui était aussi "la chambre" de mes parents....

Dilemme : devais-je regarder le 400 m dames, où notre représentante Colette Besson faisait partie - d'après télé 7 jours - des "tocards", à 1h30 du matin ? Sachant que le lendemain j'avais en première heure une "interro" de physique, et juste après un "contrôle" sur 60m ? Les deux comptant bien sûr pour la moyenne ?

Après avoir demandé à mes parents, je reste jusqu'à la finale du 400m dames.

Comme prévu, Colette se fait décrocher dès la ligne droite opposée. Après le dernier virage, elle est avant-dernière ! Mais, mais.... Je vous laisse regarder la vidéo (elle porte un maillot bleu)


Les décorticages télé montreront qu'elle avait battu - officieusement - le record du monde du 100 m (départ lancé) sur cette course, dans sa dernière ligne droite.

J'attends la Marseillaise, où je vois Colette pleurer. Mes parents étaient réveillés, et assistaient aussi à cette cérémonie.

Après une nuit courte de 5 heures (si j'avais un mal fou à me réveiller, je m'endormais instantanément dans ces années-là) direction Louis le Grand.
Epreuve de physique : 17/20 !

Restait le 60m.
Comme d'hab, avec mes baskets de prisunic je m'occupe très peu de mes starting-blocks, et quand le coup de sifflet retentit, je me sens alors une force inhabituelle. En m'étonnant moi-même, je double peu à peu tout le monde, et j'arrive premier de la course !

"7'9"", me dira le prof, incrédule. A tel point que je devrai recommencer la course.
Cette fois ce fut 7'8"", record de la classe mais aussi record des premières !

A partir de là, le prof m'épargna toute autre discipline lors des cours d'EPS.
Je changeai de baskets, mis un peu plus de soin à régler mes starting-blocks, et en juin j'arrivai à 7'4", le record du lycée !
Au bac, si je réussis à sauter 1m30 (note 3/20), au 80m je fis 9'9" ! Note 23/20 !!!

Plus tard, en terminale, je m'exercerai à faire des 100m. Toujours avec des baskets de prisunic, même neuves.

Mon record sera alors de 10'9". Mes profs (ils étaient désormais plusieurs) me dirent qu'avec de l'entraînement, je pourrais, vu ma progression, prétendre aux championnats de France en 1971.

Mais l'été 70 me fit connaître une belle histoire d'amour, d'où je reviendrai meurtri. Mes bronches fragiles ne supportèrent pas l'amiante de Jussieu, je tousserai pendant 4 mois consécutifs.

Puis ce sera mon école professionnelle, la rencontre de ma première épouse.

C'est du Mont-Aigoual (ma première affectation) que je regarderai, un peu triste, les jeux de Munich. Je sais que j'avais une petite chance d'accéder aux séries, voire plus.

Mais j'aurai appris une chose : pour tout exploit physique, le potentiel musculaire ne joue qu'à 50%. Le reste est dans la tête.

Je vous embrasse.

photo ci-dessous : le lieu de mes exploits en octobre 1968:

louis le grand.jpg

Commentaires

Jolie petite histoire! Petite, je courrais avec les garçons, car dans la série des filles j'étais "imbattable". Puis il y a eu mon pied, qui m'a lâchée. Et mon désamour du sport, aussi, qui de toute façon aurait fait que je n'aurais certainement pas été loin dans ce domaine!

Dis toi que, plus de 30 ans après, il y a toujours de l'amiante à Jussieu... et que ça a certainement contribué à en arrêter plus d'un dans sa course...

Écrit par : CriCri | 05/09/2011

L'histoire, en fait, n'était pas finie, et ton com me donne envie d'en dire la fin.

En fait, je n'avais pas, au fil des ans, beaucoup perdu côté sprint. Il m'était arrivé, avec mon cousin préféré, de piquer des 100m improvisés. Mais c'est un jour d'été 1993 que la mère de Nathalie, à qui je venais d'avouer ma flamme le matin même, me demanda de faire une course avec sa fille, qui était également forte en sprint. C'était donc "qui perd gagne", car si Nat gagnait, ça accentuait cette foutue différence d'âge (17 ans) que je voulais tant gommer. Si je gagnais, ça l'enfonçait un peu plus dans son trip "décidément je ne suis bonne à rien"....
Cette vielle chouette était machiavélique...
C'est ma fille qui, postée au bout de la piste improvisée, allait annoncer le ou la gagnante.
J'ai donné tout ce que j'avais, Nat aussi. Comme d'hab, au départ j'avais perdu plusieurs longueurs (je cours à la "Lemaître"....) mais peu à peu je grignotais mon retard... Et c'est pile au moment où j'allais passer devant elle que j'ai vu ma fille. Qui a annoncé "vous êtes arrivés ensemble..."
Quel symbole !
Et la gueule de la vieille....:)
Je t'embrasse.

Écrit par : Cica pour Cricri | 05/09/2011

Et très classe!

Écrit par : CriCri | 06/09/2011

Je ne l'ai pas fait exprès !!!!
J'ai prié pour que ça se passe comme ça, mais Nat et moi avions tout donné ce jour-là.

Écrit par : Cica pour Cricri | 06/09/2011

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