23.11.2010

La Rencontre (28 décembre 2001)

Donc Pays Basque pour cette fin d'année 2001.
Hôtels retenus, tout bien préparé.

Quand, vers le 21 décembre, ma chère et tendre, qui avait vu un reportage sur les marchés de Noël en Alsace, me supplia de changer de destination. Le cap à l'est plutôt qu'au sud-sud-est !

Ma foi, pourquoi pas, si on trouve de quoi se loger...

On trouva.
Mais... pour qui ne le sait pas, l'Alsace, région si belle et si animée - surtout l'été - se referme complètement sur elle-même du 24 décembre à 16 h au 27 au matin !
Quand le 27 ne tombe pas un dimanche...

Comme ils le disent, "c'est une fête familiale, chez nous"...
Ils n'ont peut-être pas si tort que ça ?

Bref, après avoir passé la soirée du réveillon dans le seul restaurant de Strasbourg qui veuille bien nous accepter (à savoir... le buffet de la Gare - je vous jure que c'est vrai !), avec comme menu de fêtes une choucroute garnie à 59.95 (soit l'équivalent de 11 euros actuels)  après nous être baladés le lendemain dans un Strasbourg désert et glacial, dans un Colmar encore pire et surtout l'absence criante, hurlante même de restos ouverts, et surtout "non réservés " j'entends alors ma femme me dire "et si au lieu de rester là nous passions deux jours de plus à Paris ?"


Paris, c'est bien joli, mais encore faut-il trouver- toujours - à se loger.
Je téléphone au Formule 1 Noisy le Grand, interface idéale entre la route et le RER parisien, sans trop y croire :
"vous avez de la chance, c'était complet, et un couple vient juste de se désister..."

Bref, 5 minutes avant ou 5 minutes après, on ne parlait plus de Paris !

La traversée des Vosges sous la neige sera dure. Sans équipement, c'était première/seconde/première. Et à côté, j'entendrai chère et tendre qui me dira "mais double, ah la la, mais tu ne sais vraiment plus conduire..."
Arrivés en bas, à St Dié, ma fille et moi lui disons qu'on ne pouvait pas faire mieux.

Et là, je la vois faire une de ces crises d'hystérie dont elle a le secret, critiquant tous les détails de notrs voyage. " Tu m'as fait dormir dans un hôtel Bonsaï !!! Moi dans un hôtel Bonsaïi (NDR : douche-WC-Télé, quand même ), à présent tu conduis comme un pied !" J'an ai Maaaarre !"

Et quand ma fille et moi lui faisons remarquer qu'au départ il était question de Pays Basque, et que les hôtels réservés étaient, eux très confortables, je la vois qui ouvre la portière, et s'enfuit.
Son truc à elle.

Ma fille et moi nous nous attablons quand même dans une cafet, et devant mon air désespéré, elle me dit, les larmes aux yeux :

"Papa, va vivre ta passion avec Nathalie. Maman ne te mérite pas, et moi je vois que tu es en train de mourir à petit feu... Tu sais je préfère voir un papa de teps en temps mais bien en vie, que de fleurir une tombe..."

Pour moi, c'est une sorte de "feu vert", et le 26 au soir nous sommes à Noisy le Grand.

Le 27 au matin, je pars à Suresnes acheter du vin.  Mais auparavant je m'arrête à la Défense.
Soit... à quelques gares de ma bien-aimée par le train direct "DEFI".

Efectivement c'en est un de défi, que je vais tenter...

Je me dirige vers une cabine téléphonique, compose son numéro professionnel.
S'ensuit alors une communication comme rêveraient de l'écrire les scénaristes des States :
« Allo..
- C’est moi, Pat...
- Oui... ( grand silence )

Puis suit une conversation d’un bon quart d’heure où elle me dit que quelque part tout s’était brisé en elle et que maintenant il fallait tourner la page. Qu’elle avait énormément changé, qu’elle n’était plus la même.

Pas gagné.

« Tu sais, je n’aime pas parler de ça au téléphone. Il faudrait que’on se voie entre 4 zieux, et qu’on en discute, si j’ose dire, entre hommes ».
Elle rit.
Un petit rire.
Petit espoir.
Et j’enfonce le clou. « Si tu veux je suis là dans moins d’une heure. »
Elle suffoque.
- Co...Comment , tu es à Paris ? -
- Oui, mais je suis passé par Strasbourg avant..
(encore un petit rire)
- Alors à midi devant la gare."

Et c'est comme ça que j'ai pu enfin la revoir.

Va savoir aussi si je ne m'étais pas monté un cinéma pendant 4 ans, si je ne m'auto-suggestionnais pas, si je ne l'idéalisais pas, si finalement c'était vraiment elle que j'aimais, et non pas une icône.
Va savoir si on peut être séparés pendant des années et toujours s'aimer.

La réponse fut oui, des deux côtés.

Oh, certes elle ne me le dit pas "directement", mais elle n'a pas enlevé ma main quand j'ai commencé à lui caresser les cheveux...

Nous sommes restés ainsi pendant près d'une heure et demie, à parler, parler, parler. Au milieu des voitures calcinées (c'est à Trappes que ça se passe).

J'ai su qu'effectivement son collègue Michel et elle avaient beaucoup parlé de moi. Ce qui pouvait expliquer ses coups de fil.

Ce jour-là elle m'a lancé un message, que je n'ai pas saisi sur le coup.

Qui peut paraître complètement fou, irrationnel.
Qui peut me mener aussi sec à Ste Anne ou à Charenton.

Son message : il était impossible qu'un amour comme le nôtre ne voie pas un jour son aboutissement.
Qu'ici-bas "ce n'était pas la peine" mais qu'on se rattraperait "ailleurs"...

Le fameux "ailleurs" dont je parle depuis déjà pile deux ans...

Elle n'a pas mangé quand on se quitte, moi non plus, et c'est avec mes deux bouteilles de vin de Suresnes que je rentre à Noisy.
Mes nanas étaient inquiètes, surtout ma fille qui se doutait bien d'où je venais.

Sur le moment j'ignorais que retenir de cette rencontre incroyable et du dialogue qui en avait découlé.

Pour moi, une seule chose se vérifiait : nous pensions toujours l'un à l'autre.

( à suivre)

22.11.2010

les grands aveux (novembre/décembre 2001)

D'abord, de nouveau un grand merci à vous qui me lisez - souvent en silence - près de 120 visiteurs uniques et 400 pages lues pour la seule journée d'hier, c'est pour moi la plus belle des récompenses.

Pour en revenir à mon récit, j’avais oublié, pendant ces vacances parisiennes, mon père osera me dire que si je téléphone régulièrement tous les soirs, c’est que je ne pense qu’à son argent, et que je n’attends que le moment où il fermera les yeux pour récupérer le magot !!!!

Outré, je décide alors de ne plus l’appeler, et même mieux, de ne pas aller le voir à Noël.

 

Le 13 novembre, je vais me requinquer à Toulon, chez mon cousin germain Robert (le colonel droit dans ses bottes). Là, au moins, je peux « dégorger », parler de mon tourment.
En même temps je vais faire un pélerinage côté est, à 5km de là, marcher dans les pas d’une petite fille qui a de fortes chances d’être ma sœur…
Je fais des photos à tout va, bien sûr, rien n’a énormément changé depuis 1963, hormis les murailles ornées de digicodes et de caméras qui remplacent les portails métalliques. En 1963 c’était le quartier des ouvriers (le must était alors d’habiter le centre) en 2010 c’est le quartier chic, loin justement du centre, de son vacarme et de sa « racaille »….

Je reviens le lundi 19, et au boulot Panique à bord !  le chef arrive à 6h50 pour me « parler ». En fouillant dans mes répertoires, ils ont fini par dégotter la copie de mes « mémoires », que je retranscris au taf par disquette.
Toujours très pragmatique, il m’explique avec moult dessins et croquis qu’il ya plusieurs aspects dans ce que j’ai écrit. Notamment sur les collègues, qui en prennent tous (même lui) plein leur grade. Et surtout Harceleur I. Qu’il a «pour l’instant réussi à calmer » .
Mais une discussion avec ce dernier lui paraît inévitable, vu mes dires.

Mais ce qui le frappe le plus c’est le côté « suicidaire » de ma prose. La Grande Question qui vient à l’esprit : l’ai-je fait exprès ? Là je pense qu’il me prend pour un débile. Car primo je ne tiens pas trop à ce que toute la boîte soit au courant pour Nat, et secondo vu ce que j’écris sur mes collègues c’est le meilleur moyen de me les mettre encore plus à dos, tertio je parle quand même pas mal de ma vie familiale....ma mésentente avec mon père, sa vie à lui, les problèmes avec mon épouse et ma fille etc...

Ce que j’écris n’est destiné qu’à moi, et rien qu’à moi.
Mais cela a été violé, et à présent, tout le monde sait …

Le chef, lui, voit les choses administrativement comme toujours et propose qu’on écrive d’un commun accord àu directeur de région pour dire « que je ne vais pas fort ». Il parle même d’une assistante sociale !

Je me vois bien devant une assistante sociale dire que je suis amoureux d’une autre femme !  Et en plus d’une collègue...N’importe quoi. Mais je dois le dire au bout d’une heure 20 de discussions avec le boss , j’ai du mal à pousser la porte, celle où m’attendent les collègues, qui savent à présent tout de moi, et ce que je pense d’eux.  En plus il y a une réunion ce jour-là, donc tout le monde est là....

Surprise, ils me font tous bonne figure. Moi je ne sais plus bien sûr où me fourrer pendant la réunion, n’interviens pas ou presque.

Après la réunion Harceleur I vient me voir et me la joue paternaliste. Il me dit qu’il faut qu’on s’explique. Moi qui m’attendais à un cassage de gueule en règle.

Ils ont peur, c’est évident, après avoir lu ce qu’ils ont lu, et le chef va même venir à la maison pour raconter sa découverte, et bien insister sur le fait que s’il arrive quelque chose, il ne sera pas question d’attaquer la boîte.

Très fin, le chef, à présent, si mes deux nanas étaient censées ne rien savoir, à présent elles savent ! Pour mes idées de suicide j’entends, par pour le reste et heureusement…

Donc, grande discussion avec Jean-Paul (harceleur I) au bowling. Je lui raconte alors tout, de A à Z. Et le type - qui se révèlera un vrai coeur de midinette - est ébranlé. Va même me raconter certains épisodes de sa vie intime, dans sa jeunesse. En attendant, il a compris, me laissera tranquille, et fera en  sorte que les collègues fassent pareil.

J’avoue, c’est un poids de moins !

 

Ma fille s’est mise en couple. Un truc sérieux, un copain de classe, et elle vient nous le présenter. Pour être sérieux ça le sera car ils resteront ensemble pendant 3 ans.

Ma fille qui du coup a changé, est beaucoup moins agressive, je dirai même « heureuse »…

Début décembre, je prends part à un stage « conflits interpersonnels ». C’est quasiment de la thérapie de groupe. Pour commencer, chacun raconte pourquoi il est là. Et pour éviter d’en rajouter, nous écrirons notre texte, qu’un collègue devra lire.

Quand on en arrive à mon cas, quand je raconte Mende et la façon dont on a été traités, une jeune collègue et moi (je ne dirai rien d'autre) je sens un malaise dans la salle. Visiblement ces gens découvre que le harcèlement existait déjà en 1994. Et du coup sont touchés par mon histoire. Notamment un autre collègue, avec qui j’ai bossé pendant mon service militaire, et qui deviendra mon confident numéro 1.

 

Profitant de cette période que j’estime propice, je vais jouer une partie très serrée.

Tout raconter à ma fille.
C’est toujours au bowling que ça se passe (ambiance feutrée, juste ce qu’il faut pour ce genre de choses) et je lui explique pourquoi je tiens tant à me fiche en l’air.

Je lui raconte tout, sans omettre quoi que ce soit.

Sonnée, ma fille – qui ne boit jamais d’alcool – prendra une bière pour se remettre de ses émotions.
Et me dit qu’elle ne peut pas m’en vouloir car c’était pour la préserver que j’avais fixé ce délai de 9 ans. Et en plus les sentiments ne se commandent pas. J’ajouterai qu’elle a l’air très admirative devant un tel amour.

Et encore un poids de moins !

C’est presque heureux – tout est relatif – que je m’apprête à aller passer mes vacances au Pays Basque, contrairement aux autres années où nous allions voir mon père. Mais tant qu’il ne se sera pas excusé, pas question d’aller là-bas.
De toutes façons, je suis tenu au courant au jour le jour par son voisin, qui semble l’avoir pris en amitié. 

(à suivre)

 

 

20.11.2010

Je me décide à aller la trouver (octobre 2001)

C'est pendant ces périodes-là que je fais le plus attention aux chansons. Ainsi me suis-je battu comme un beau diable pour pouvoir acheter le disque d'un jeune inconnu, Frédéric Lerner. A Vannes, ils ne connaissaient pas !

En revanche ils connaissaient Isabelle Boulay, et notamment cette chanson-là :

 

Tu es comme une odeur Dans un coin de mon cœur Qui me colle aux regrets

Et même t'apercevoir A travers le brouillard Je m'en contenterai

Sur le grand tableau noir La craie de ma mémoire Ne peut pas s'effacer

Et même te voir de loin Dire adieu à un train Je m'en contenterai

Je m'en contenterai Je n'ai pas d'autres choix Tu es le seul été

Qui me sauve du froid Même tes non-dits Et même de ton mépris

Sache que bon gré mal gré Je m'en contenterai

Tu erres en mon chagrin Comme on promène un chien Dans un mauvais quartier

De ces mots de bazar Que t'écris au hasard Sur du mauvais papier

Je m'en contenterai Je n'ai pas d'autres choix Tu es le seul baiser

Que je n'oublierai pas Mon cœur vide de mots Et mon corps, de ta peau

Je m'en contenterai

Dans un coin de mon lit  Ton absence est un cri Que je n'ai,pas poussé

Un cri du fond de moi Qui grandit chaque fois Que je crois t'oublier

Jusqu'au bout de ma vie  Je me contenterai D'un reflet dans la vie

Je me contenterai De toi par petits bouts

Je me contenterai Je t'attendre partout

 Et si je meurs de ça Tu t'en contenteras.

 

Au boulot, je me contenterais... qu'on me foute la paix ! J'épluche désormais les postes à pourvoir à chaque fois qu'ils sortent, mais je ne vois vraiment rien qui puisse emporter l'adhésion de mes deux nanas.

Et un jour, j'apprends.... qu'Isabelle Boulay va se produire non loin de là, à Lorient. Il reste encore des places. Je m'empresse de les acheter. Une seule, mon épouse ne tenant pas à se déplacer si loin pour une chanteuse et Isabelle ne faisant pas partie de ce que "kiffe" ma fille.

C'est le 27 octobre, et même si je suis loin, très loin de la scène, je chanterai ses chansons en même temps qu'elle. ET je pleurerai à verse, surtout quand elle chantera ma chanson fétiche.

Le lendemain départ pour les vacances de la Toussaint. Cett année ce ne sera pas en solo avec ma fille, mais à trois dans un appartement "Pierre et vacances" à Montmartre, obtenu pour une bouchée de pain grâce au comité d'entreprise.

 

C'est le 31 octobre que je vais tenter ma chance.

Epouse et fille ont l'intention de faire du shopping, j'ai donc quartier libre.
Prenant mon courage à deux mains, je me dirige vers la gare Montparnasse. D'une cabine, je téléphone de nouveau à ma bien-aimée, juste pour savoir si elle travaille cet après-midi-là.
Là encore, j'entends son "oui", qui une fois de plus me pénêtre jusqu'au plus profond de mon être.

Elle est donc de service. Honteux de ce procédé je raccroche, tout en regardant la Tour Montparnasse au-dessus de moi, des fois qu'il se trouverait des avions dans le coin !

J'entre dans la gare, et le train direct part dans....une minute !
Je n'ai pas de billet, mais si le prix à payer pour la revoir est celui d'un PV, alors aucune hésitation...

Bzzzzzzzz.... Clac !

Les portières se ferment devant moi, le train de 15h09 part... Je n'ai plus qu'à me rabattre sur l'omnibus de 15h37.
Connaissant les horaires de la maison, je sais qu'ils ferment à 17h, et que le train arrivant là-bas à 16h15, c'est encore bon.

Je sors de la gare comme un fou. Par chance, son boulot se trouve juste à côté. Je vois des gens qui en sortent....
Je fonce au poste de garde, qui me dit que ce 31 octobre, exceptionnellement tout le monde a quitté à 16h...

J'aurai au moins tenté !

Je rentre à l'hôtel sur les coups de 18h, une bouteille de vin de Suresnes à la main. Car immanquablement j'aurais droit au questionnaire sur mon emploi du temps, aussi préférè-je, tout en séchant mes larmes, passer par Suresnes pour acheter le dit breuvage. Entre parenthèses, il se défend bien, comme vin...

Raté, donc, et je suis alors persuadé que la prochaine occasion ne se représentera pas de sitôt.

Qu'importe, je suis prêt à tout pour la voir, et du coup, je lui envoie une lettre à son boulot (sur laquelle j'ai bien spécifié "personnel" ), où je lui dis tout. Que depuis 4 ans je ne suis plus qu'une épave qui se traîne, que pour moi, ce n'étaient pas de vaines paroles que de lui promettre le mariage en septembre 2002, et qu'en ce qui me concerne c'est toujours d'actualité...

Une bouteille à la mer, j'attends et espère.

(à suivre)

18.11.2010

L'incroyable....(septembre 2001)

2 questions avec cette note :

1) où vous trouviez-vous le 11 septembre 2001 à l'heure des attentats ?

2) que pensez-vous des "actes manqués" ? Par exemple une note tapée au brouillon, et qui disparaît corps et biens grâce à la magie de l'informatique ? Faut-il oui ou non la retaper ?

Autant je saurai répondre de façon précise à la première (on le verra), autant je suis circonspect sur la seconde. Souvent, je "prends acte" et ne refais pas la note. C'est plus la superstition qui me guide plutôt que la flemme. Mais cette fois - oui, ça m'est arrivé - je "force la porte", et refais cette note dans son intégralité.



On est donc en juin 2001, je suis au plus bas, ayant pris conscience que d'une part le vide se fait autour de moi, que c'est tout à fait normal vu que je deviens invivable, et que par conséquent je vais arrêter le seul médicament que je prends encore : l'anticholestérol.

Le 20, notre fille demande la pilule à sa mère sans m'en parler. Alors que, avant cette foutue dépression, j'étais son confident numéro 1...
Du coup je laisse tomber les fameux "neufs ans", les 18 ans de ma fille. Si, par un quelconque miracle, Nathalie me revient, on se marie dans la foulée, sans se mettre de barrières. Ma fille, sexuellement, a l'air majeure.

En attendant, je tombe de plus en plus dans le sordide.
Le 6 juillet, après une dispute avec un de ses grands copains, notre fille sort de la maison, l'air désespéré. A 22h, personne, ni à 23h30, heure où j'appelle les gendarmes, qui feront des barrages sur les routes !
Mais notre chère fifille nous revient à minuit 15, fier d'elle. cet air qui signifie "voyez, je fais ce que je veux"...
Au collège peut-être, avec ses copains peut-être, mais pas avec nous. Elle n'a pas le droit de "jouer" comme elle le fait, et sans réfléchir je lui envoie deux gifles.

Puis, tout de suite après, on finit, autour d'un verre de liqueur, par parler. Mais, une nouvelle fois, j'ai frappé.

Là c'est clair, je ne vais pas attendre la patience d'attendre que M. Cholestérol me prenne, il me faut en finir au plus vite. Je suis devenu non seulement inutile, mais nuisible.

Le 9, je me mets à pleurer, sans raison (apparente) au boulot. C'est la dépression qui, manifestement, prend le pas sur la maniaco...

Le 24, je reçois un mail de mon ami du Jura chez qui nous passions au moins une fois par an, et qui me dit qu'il ne préfère plus me voir.
Encore un de perdu, après ceux de Dinan et celui de Quimper. Me reste celui de Grenoble, mais saura-t'il me supporter ?

En août, vacances prévues dans le Haut-Doubs. C'est là que je retrouverai - et mon épouse aussi - une certaine sérénité. Ce pays nous va, c'est indéniable, même si Mademoiselle râle en permanence, car "ça ne capte pas" !

Retour par Paris, sous une chaleur écrasante (36 degrés) où une fois encore je ressens "sa" promiscuité.


Fin août, je reçois un coup de fil au boulot. Tout de suite Harceleurs I et II se précipitent, comme à chaque fois que j'"ose" téléphoner ou être appelé.

Je les calme quand je leur dis "c'est un collègue".

Oui c'est un collègue, un collègue de promotion. Que je n'ai pas vu depuis....1972 !
- Allo, c'est Michel.
- Michel ???
- Michel L., on était à l'école ensemble.

C'est vrai, mais il ne faisait pas partie de mes intimes, nous avons dû nous adresser la parole quatre ou cinq fois, pas plus. Que me veut-il, 28 ans après ?

- Alors comme ça tu es à Vannes ? Tu as beaucoup bougé, il me semble.

Mais comment il sait ça, lui ?
- Oui, j'ai fait pas mal de centres, c'est vrai. Et toi, tu es où, demandé-je par politesse.
- Moi je suis dans la région Parisienne.
- Roissy, Orly, service central ?
- Non, à Trappes.

Boum !

- heu, à quel endroit ?
- à la bibliothèque, et je suis également conservateur du musée...

Re-boum !

- Hum, hem, heu.... tu connais Nathalie X ?
- Ben oui, je suis son chef !

Re re boum.

Que faire ? Tout déballer à ce mec que je ne connais pratiquement pas ?
Pas question. Je lui dis que nous avons été à Mende ensemble - il le savait - et que Nat était quelqu'un, au niveau travail, d'exceptionnel. Il savait aussi !
Puis quelques réminiscences de 1971/72, quelques amabilités et nous raccrochons.

Je suis troublé. Pourquoi cet appel ? Je ne suis pas un idiot, je sais très bien qu'il a un rapport avec Nathalie. Mais est-ce que c'est elle qui lui a demandé de prendre de mes nouvelles, ou bien lui qui, intrigué par ce que disait sa jeune collègue à mon sujet, a voulu en savoir plus ?

Je serai fixé quelques mois plus tard.

En attendant, je cède à ce que me demande mon cousin/frère Jean-Yves, à savoir aller à Tahiti chez lui.
Mais au dernier moment, on me fait savoir que le vol est annulé...

Et le téléphone de Nat à son boulot me nargue. Mais vas-y Bon Dieu, appelle-la ! C'est peut-être ce qu'elle attend !
01 65 30......
De toutes façons, je dois attendre d'être seul pour appeler. Ici le téléphone "perso pendant le boulot" est considéré comme un crime. Du moins quand c'est moi le criminel !

L'occasion va se produire le mardi 11. Pas de collègue avec moi, et le chef part l'après-midi en mission. Voie libre. Ce sera aujourd'hui ou jamais. Allez mon vieux, fonce, dis-lui que tu l'attends dans sa belle robe blanche, dis-lui que cette fois c'est bon, qu'il n'y a pas besoin attendre encore un an, que notre purgatoire est fini....

Je fais le numéro.

Et j'entends sa voix. Une voix comme désespérée, qui me dit simplement "oui ?"
Elle répète son "oui ?" pendant que moi, tétanisé, je n'arrive pas à articuler un seul son.
Elle finit par raccrocher, juste au moment où le chef revient.
Fausse sortie, comme d'hab. Et pour qu'il voie que je ne suis pas dupe, je regarde ostensiblement la pendule.
14h46.....

Heure Française.


(à suivre)

17.11.2010

Mon inexcusable attitude (mai 2001)

Va arriver le jour où non seulement je souffrirai, mais où je ferai souffrir les autres. A partir de ce jour, le 30 mai 2001, je me considèrerai comme indigne de vivre.

On y viendra...


En attendant mon épouse va m'organiser une fête pour mes 50 ans, dans laquelle sera présente.... toute sa famille ou presque, quelques amis et quelques cousins de mon côté.
Je ne dis rien, car est invité aussi mon cousin germain, le colonel tendre mais droit dans ses bottes.
Et du coup, on peut parler. Je lui explique tout, de A à Z, lui montre les photos, les lettres, la bague en or, la vidéo de 1993. Il est encore plus soufflé !

Le jour de la "nouba", début février, je danserai mon dernier slow... dans les bras de Véronique, celle qui me faisait du rentre-dedans pas possible chez une amie. Mon épouse, je ne sais pourquoi, l'a invitée.
Même si je ne ressens rien côté coeur, en revanche je retrouve cette sensation d'être dans les bras d'une femme. Sensation oubliée depuis plus de 3 ans, tellement agréable....
Tandis que tous les camescopes de la famille à mon épouse me filment sans en perdre une miette !

Bien entendu, la belle-famille ne se gênera pas pour me faire des réflexions.
La plus jeune soeur (37 ans) me dira texto : "je sais ce que cette pauvre Mimi (surnom donné à mon épouse par sa famille) doit endurer, je ne suis pas dans votre couple, mais je devine bien des choses..."
Bref, il y a des fuites, ou mon épouse sait se servir d'un ordinateur, contrairement à ce qu'elle prétend...

Le lendemain, je vais à Brest avec mon cousin Robert, dans la famille de notre "oncle" (par alliance) mort quelques semaines auparavant.
Et je constate de plus en plus que.... je suis bien dans les cimetières ! Quand j'y rentre, j'ai l'impression, comme disait Patrick Timsit, de visiter un appartement-témoin ! Et c'est vrai qu'en un an, j'ai plus visité de ces endroits qu'au cours des 49 autres années. Certes, je vais souvent fleurir ma mère à Hyères (l'urne a finalement été déposée dans le caveau d'une tante qui habitait là-bas) mais quand même...

Robert et son épouse sont sidérés du rapport que j'ai avec la mort.

Le 5 mars, stage de deux semaines à Toulouse. Deux semaines que je mettrai à profit pour raconter Mende, avec la fameuse lettre du Tortionnaire pour appuyer mes dires. Je n'ai vraiment plus peur de rien, la maniaco l'emporte largement sur la dépression !

Mais, problème... Nat me revient en pleine poire ! A savoir que la dernière fois que j'avais été à Toulouse c'était avec elle, et nous avions les chambres C223 et C222.
Je me souviens être surtout allé dans la 222, la sienne, même si le lit ne faisait que 80 cm de large. Au-dessus de nous se trouvait un poster "Barcelone 92". 92, l'année où nous nous étions connus.
Or la chambre dont j'ai la clé..... vous devinez la suite !

Et ça repart comme à Mende. Toulouse, ce sera Nathalie pendant des années. Le métro, avec son bruit caractéristique, me mettra à chaque fois dans l'ambiance.
A Toulouse je suis donc mal. Même si j'ai passé à peu près 6 ou 7 semaines là-bas à l'occasion de stages, je ne retiendrai à jamais que les trois jours passés avec la femme de ma vie.

Et je me dis que, si je n'avais pas été à Mende, si je n'avais pas franchi ce fichu portail en décembre 99 la baffe me serait revenue là, à Toulouse, en mars 2001, mais beaucoup, beaucoup plus forte. Et cette fois j'aurais été seul pour accuser le coup.

Et ça continue, encore et encore.... Cherchant un resto, un collègue me signale une sandwicherie près du Capitole, idéale pour les petites faims. On y trouve des sandwiches pour 5 francs (0.90 euro) et des spaghetti bolognaise à 7 (1 euro). Mais quand j'arrive là-bas, j'ai un mouvement de recul.
La sandwicherie s'appelle..... Pat et Nat !!!

Vacances du 9 au 13 avril. On est tous d'accord pour le Pays Basque, qui n'est qu'à 6 heures d'autoroute. Je connaissais (depuis 1986) mais je reste encore émerveillé par la beauté de ce pays, que ce soit les villages ou les villes. Je me dis qu'ils ont bien de la chance d'habiter ici...

Re-stage en mai. Excel. Stage très utile pour le boulot, mais surtout pour renégocier mon prêt, car on arrive à présent à des mensualités de plus de 6000 francs, avec un taux qui est monté à plus de 7%.
Or la BNP fait du 5.3 %. Grâce à Excel, je calcule que je peux facilement racheter mon crédit.
Au bout de plusieurs échanges de fax, le Crédit Foncier veut bien me faire du taux fixe à 6.2%, puis 6, et enfin 5.90.
Je ne cherche pas mieux, cette valeur étant celle qu'on avait (faussement) proposé à mon épouse en 1997.
Bilan : Moins 1800 francs mensuels à rembourser. De ce côté là, on peut enfin respirer.
Intéressant au cas où....

Sinon je vais profiter de mes insomnies pour faire les vide-greniers. En y allant à 6h30 du matin, on peut faire des affaires inimaginables ! Je n'en louperai pas un, ou alors très peu.

Et vient le jour du conseil de classe, le 28 mai.
Juste avant mon ami Grenoblois est arrivé, qui me dit deux choses : une vraie et une fausse.
La vraie : ne laisse pas tomber ton épouse, tu la tuerais. Et la fausse : Natou, tu l'oublieras.
Il me conseille carrément d'aller avec Véronique, celle avec qui je dansais lors de mes 50 ans. Etant passé par là il sait ce qu'est le manque de femme, et peut me comprendre.
Là je suis sidéré.

Et c'est donc le fameux conseil qui va décider du sort scolaire de ma fille.
Problème : Elle a 9.8 de moyenne. Avec ça, vu son âge (17 ans) elle est bonne pour être "orientée". La boîte privée, pas question, nous n'en avons pas les moyens, et ça ne changerait rien au fait que notre fille est une rebelle allergique aux études qui ne lui plaisent pas.

Je me ronge en attendant son tour, constatant que des élèves à 10.2 devaient redoubler. Puis me vient une illumination !
Je recompte brièvement, et ça colle.

Quand vient son tour, et qu'on me demande ce que j'en pense, je dis que 1) elle a monté sa moyenne de 1/2 point au dernier trimestre et que c'est la seule de la classe. Voilà pour les hors-d'oeuvre.
Puis je leur démontre - les larmes aux yeux - que sans l'espagnol, sa moyenne serait non pas 9.8 mais...12.1 ! Or la prof d'Espagnol est un "cas". Elle boit, est dépressive et de ce fait est à mon sens, celui du délégué de classe, totalement inapte à faire ses cours. J'en sais quelque chose ! Et je leur fais comprendre que, si ma fille est virée du lycée, non seulement je fais appel, mais le délégué président-adjoint de la FCPE du Morbihan que je suis aussi va s'occuper sérieusement du cas de la prof d'espagnol...

Je commence à plonger dans le sordide !


La principale, qui ne souhaitait finalement pas l'éjection de ma fille, ni qu'il y ait trop de vagues saute sur l'occasion pour la faire admettre in extremis en seconde.
Quand je sors du conseil je suis lessivé. Complètement. Mais j'ai sauvé ma fille.

La nuit je ne dors plus. Il m'arrive de me pointer à 4h du mat au boulot !!!

Et le 30 mai va donc se produire l'inexcusable, pour moi.

Mon épouse qui comme son habitude réagit à retardement fait une crise d'hystérie et pour moi ce n'est pas trop le moment vu mon épuisement. Je ne sais pas quel en a été le prétexte, mais dans le garage, je la bouscule et elle tombe lourdement par terre en se faisant mal.
Ce spectacle me poursuivra désormais toute ma vie... Moi faisant à présent tomber ma femme par terre. Je revois en même temps mon père dans les années 50....

Mon épouse essaie de partir en voiture, moi je réussis à lui choper les clés et je m'en vais la garer à une centaine de mètres pour éviter qu'elle ne fasse des bêtises avec. Elle parle de divorce, moi j’ai dès ce moment dépassé cette notion.

Je pense que là c'est bon, je suis vraiment au bout du voyage. En arriver à battre ma femme, je dis STOP. C'est décidé, plus la peine de continuer. Ma fille est tirée d'affaire. Mieux: elle envisage dès ses 18 ans - donc dans un peu plus d’un an - d'aller vivre à Lorient avec une copine. Elle n'a donc apparemment plus besoin de moi. Pour mon épouse si j'en arrive maintenant à la battre je suis comme dirait le tortionnaire arrivé " au degré zéro", elle sera mieux sans moi. Non seulement je suis un boulet pour moi, mais je le deviens aussi pour les autres.


Je reviens donc à la maison et trouve mon épouse dans notre chambre. Et là , en pleurant, je lui dis que ce ne sera même pas la peine pour elle de divorcer, car je n'en ai plus pour longtemps.

Elle sait que c'est vrai. Et se radoucit. Me console comme elle peut. Visiblement elle tient à moi.
Mais moi je n’y tiens plus du tout, à moi. J'ai honte de moi, je suis las, je ne peux plus. J'ai beau chercher les sujets de satisfaction, je n'en vois aucun. Ma vie s'est en fait arrêtée devant un portail, un certain samedi ensoleillé de 1997, alors que je m'éloignais d'une jeune femme en larmes. Le coup de téléphone du 19 octobre n'aura été en fait que la suite logique. Bien sûr, si je ne suis plus là, mes deux " nanas " (mes trois ?) en souffriront. Mais elles ont montré qu'elles n'avaient plus besoin de moi. Du moins c'est ce que je pense au milieu de ma maniaco.

C'est décidé, j'estime ne plus être digne de vivre, ne pas attendre "que ça vienne tout seul" comme je le fais depuis un an et demie, et j'arrête les seuls médicaments qui me restaient : les anti-cholestérol. Avec 3,50 g mon sort devrait être scellé en quelques mois.

Autant précipiter les choses.

(à suivre)

16.11.2010

L'amour donne des ailes (janvier 2001)

Cette nouvelle année commencera mal.

Notre fille, qui avait eu l'autorisation de sortir pour la soirée du réveillon, ne reviendra quà 6h du matin. Du coup mon épouse est affolée, et pètera les plombs le 3. Plus de crises d'épilepsie depuis presque 7 ans, mais à la place, des "crises avortées", où elle sera en pleine démence. Et dans ces cas-là, on ne peut qu'attendre que ça passe, parfois au bout de pusieurs jours.

Mais notre fille s'et barrée ! Et je fais le tour de ses copines du quartier pour savoir où elle se trouve. C'est chez une autre copine qu'elle a trouvé refuge, et ne veut plus retourner à la maison !

Alors je me débrouille pour que ces maudits jours d'hystérie de sa mère, elle les passe dans la famille. Cette fois ce sera près de Lorient qu'elle sera accueillie.

A noter que cela se reproduira pile deux ans après, et c'est... Nathalie elle-même qui la récupèrera à Paris!
Hé oui, je vais revoir Nathalie. Mais vous verrez que pour y arriver cela n'a pas été des plus faciles.

Mais on n'en est pas encore là...

Le soir même de la "fugue", je l'emmène dans une cafet, pour avoir une bonne discussion.Et, éventuellement, lui dire ce qui me taraude.

Je commence tout doux, par cette question :

" Tu m'as parlé d'un réseau de copines à Mende qui te disaient tout sur mon compte, ça veut dire quoi au juste ?
- Un jour V...
( copine de primaire, qui a dû probablement se faire dépuceler à 12 ans.. ) t' a vu dans la rue donnant la main à Natou " Et elle ajoute aussi sec:
" Je ne veux rien savoir de plus ".

Elle ne saura donc rien, jugeant - et c'était le cas - qu'elle n'était pas assez mûre pour comprendre certaines choses.  Mais ce n'est que partie remise....

 

Le lendemain soir on doit faire un "repas de collègues". C'est le nouveau chef qui a orgnaisé ça pour "mieux nous connaître ". Mais c'est à 300 m de chez mon harceleur numéro 1, qui a choisi le restaurant...
Moi j'ai horreur de ces repas fabriqués. Si les gens veulent se connaître, pas la peine d'avoir un chef d'orchestre ! Néanmoins je suis obligé d'accepter. Il y a donc tout le centre et les épouses, la secrétaire et son mari, le chef de Lorient et sa dame.

Le repas se passe bien, je suis en face d'un mec qui m'aime bien. Mon épouse est en face de la femme du chef, qui se plaint de ne voir son mari que très peu... (si elle savait ! ar je vais découvrir pas mal de choses cette année-là !)
Harceleur I fait l’intéressant comme d'habitude. Et il propose à la fin du repas de faire une partie de bowling.
Normal, le bowling je pense que c'est son violon d'Ingres, je suppose qu'il va sans arrêt au Masters de Vannes, étant donné qu’il en parle souvent. Et je sais donc qu'il nous donnera une bonne leçon. Il va épater tout son joli monde.

Moi, je n'ai quasiment pas touché une boule depuis trente ans  !

A partir de là j'avertis le lecteur. Que encore une fois ce que j'écris, même si on n'oserait pas le mettre dans un roman de gare à 6 euros, s'est vraiment déroulé. La vie parfois est le meilleur des scénarios.

Alors on y va.

On est sept à jouer nos dix manches.

Première manche. je vois très vite que les deux chefs ne sont pas très doués. Moi je prends la boule, houlala qu'elle est lourde ! Et je mets bien sûr....à côté.
Harceleur I avec son style académique fait neuf points et Harceleur II aux doubles initiales, qui se débrouille bien en fait 8. 

Deuxième manche, je me pète un ongle. Alors là pour moi c'est l'horreur, je ne peux rien faire quand j'ai un ongle cassé. Hou la chochotte ! Et donc ça ne m'arrange pas. Au fil des manches je vois nettement que deux clans se détachent : les "pros" ( mes deux Harceleurs en chef) dont l'un fera même tomber les quilles en deux fois (un "spare") puis loin derrière les autres glandus, à la queue desquels se tiennent lamentablement les deux chefs... Même Mon épouse fait mieux qu'eux !

A mi-partie (je l'ai noté) les scores sont: 1 Harceleur I 78 points 2 Doubles initiales 69 points, 3 un gars sympa mais partant bientôt à la retraite loin derrière avec 35 points, puis moi avec 32, mon épouse 28, et les deux chefs avec 22 et 21 points. Qui se demandent (avec moi) ce qu'ils sont venus faire dans cette galère. On attend que ça finisse pour aller se coucher !

Soudain à côté de moi, je vois un couple (je l'avais remarqué depuis une ou deux parties) qui visiblement a l'air de ne pas trop faire attention aux boules. Lui, 45/50 ans, elle 30/35 ans.

Bon. Déjà vu, ça....

Ils ont l'air de s'aimer énormément, et un moment donné je vois la femme pleurer. Je suis juste  à côté, ça ne peut pas m'échapper. Les autres sont un peu plus loin, en train de boire leur pression. Et le type qui dit "ne t'en fais pas ma Natou on y arivera ".

Et la Natou qui lui répond " non , ils sont trop forts.. "

 

"Patrick, c'est à toi...! "

Ah oui c'est vrai... Je sors de mon rêve et prends la boule distraitement. Doubles initiales m'avait bien dit qu'elle ne pèsent pas toutes le même poids mais celle-là a l'air vraiment plus légère.

Je vise droit le centre. Comme les autres fois.....

Strike.

Les 10 à la fois.

Le premier de la partie, les dix quilles d'un coup. Les autres me regardent en rigolant " alors Patrick on apprend ? "

Patrick ne fera plus ensuite que des spares et des strikes. Mon compteur s’emballe inéxorablement !

Résultat final: je devancerai mes deux harceleurs-champions de 12 et 12 points !

L'un me demandera " Tu joues souvent à ça ? ".
" Non, pas depuis la fac. "

Fierté de mon épouse.

Si elle savait...

Merci au couple malheureux, et cramponne-toi Natou inconnue, ne fais surtout pas comme nous.

 

(à suivre)

15.11.2010

Ma fille et mon père perdent pied

Ma fille a ses lentilles depuis septembre, et je constate que le film "le miroir à deux faces " est toujours d'actualité. Car de deux choses l'une: soit il y a eu une génération spontanée de jeunes garçons dans le lotissement, soit la disparition des fameuses bésicles a attiré les mecs comme des mouches.
Des copains, tous...bien sûr ! (ben voyons...) Y compris le jeune voisin dont elle aimerait voir ses parties intimes.

L'an passé, j'ai décidé de rattraper le temps perdu, et de consacrer les vacances de la Toussaint pour un "tête à tête" annuel.

Le premier (1999) alors que j'étais encore bien à l'aise dans mes baskets ne s'était pourtant pas trop bien déroulé, et je compte que celui-là rattrape le coup.

Dans un autre ordre d'idées, désormais il ne m'est plus possible de regarder un film où passe ne serait-ce qu'un soupçon d'émotion. J'en fais l'expérience la veille des fameuses vacances avec un épisode poignant de l'"Instit", où il est question de renvoyer des sans-papiers chez eux. La je ne peux même pas dire que je fonds en larmes, j'explose littéralement ! Et là, pour la première fois, me voyant dans cet état, mes deux nanas vont enfin réaliser que je ne tiens à la vie que par un fil.

10 ans après, je suis toujours incapable de regarder de spectacle où passent des émotions sans y aller de ma larme. Et c'est là que je me dis que la Cicatrice ne s'est pas encore refermée.

Ces vacances-là se passeront mieux que les précédentes. A tel point que je suis à deux doigts de lui "avouer" la vérité en ce qui concerne Nathalie. Mais je juge qu'à 16 ans elle est encore trop jeune pour comprendre. Même si à son âge j'avais compris ce que ressentait mon père.

La grande surprise sera quand, dans le TGV, je la verrai fumer ! Mais je pense qu'elle en a besoin, entre son corps - et son rapport aux autres - qui se transforme, et un père de plus en plus "en vrille", suivant sa propore expression.

Elle devient de plus en plus taciturne, agressive. Elle est exactement comme moi à son âge. Elle s'enferme des heures dans sa chambre et fait hurler ses disques. Elle ne consent à être avec nous que quelques dizaines de minutes, pour manger.
Sa mère ne s'arrange pas, lui gueulant dessus sans arrêt.

Cercle vicieux: Ma fille ne reste pas trop avec nous parce que sa mère l'agresse, du coup sa mère gueule encore plus ("on ne te voit jamais..") et du coup ma fille reste encore moins !

Côté collège ce n'est pas terrible non plus, la réunion parents / profs nous indique clairement que là-bas aussi elle est agressive. Et le fait qu'elle soit la 4ème élève plus vieille du collège n'arrange pas les choses. Elle joue au caïd avec les autres, répond aux profs, qui eux se posent des questions à son sujet.
De plus elle fréquente une nana dont le " look " n'aurait pas dépareillé à Pigalle !

Au conseil de classe, cette dernière essuie un tir de barrage ! Les profs s'en donnent à coeur joie.Et dans l'ordre alphabétique ma fille vient juste après.

Qui n'a après tout que 0.8 point de plus...

Je commence à prendre la position du foetus. Effectivement un prof ouvre le bal: " très faible, surtout pour une redoublante ". Je glisse timidement que ma fille ne redouble pas. Le prof accuse le coup et alors le prof de maths que ma fille m'avait décrit comme son " ennemi intime " prend la parole.

Je m'attends au pire.

Il dit ces quelques mots  : " Cette jeune fille est sauvable "...

Puis c'est le tour de la principale, qui jusqu'à présent ne m'avait semblé être qu'une sorte de comptable sans humanité doublée d'une surveillante générale ayant raté sa vocation, me dit " Je ne comprends plus ma .... " 

Le  " ma " me sidère. Ainsi cette femme que je pensais froide et dure a aussi un coeur, et considère ses élèves, du moins certains, comme presque ses enfants. C'est vrai que le fait d'avoir très récemment perdu son mari doit lui faire très mal. Et je verrai par la suite qu'elle reportera son amour mort sur ses 604 collégiens (à part quelques exceptions). Comme je le ferai quelques années plus tard, sur mon ordinateur.

Bilan du conseil: si Ma fille continue comme ça, c'est l'exclusion (eux aussi disent comme pour moi en 66 "orientation ...c'est bizarre l'Ed Nat a peu évolué sur ce point en 35 ans ! )

Mais elle est à la dérive, à tous les niveaux,  je le vois bien. Il faut donc maintenir la barre coûte que coûte...
Ce n'est pas le moment de m'écouter, oui je souffre de plus en plus mais elle a encore besoin de moi, sa mère se montrant hélas de moins en moins fiable.

Mon père également. Ses "chers voisins" sont en train de le dépouiller, et je ne peux rien faire. Je le vois aux vacances de Noël (où c'est moi cette fois qui conduit) durant lesquelles j'ai appris bien des choses et vu disparaître pas mal d'objets. J'apprends par exemple que toutes les semaines il fait un chèque en blanc à son "cher voisin" (il ne voit plus clair) lequel lui ramène 3 billets de 100 francs pour son "argent de poche" (ses repas sont apportés par l'hôpital )  alors que sur ses relevés bancaires, qu'il laisse traîner, c'est 3000 francs qui ont été retirés.

Donc là aussi, danger, je ne peux me permettre quoi que ce soit avant de savoir en sécurité, c'est à dire en maison de retraite. D'autant que là-bas, son toubib lui a préparé une place...

Mais combien de temps ça va durer tout ça, entre ma fille et mon père ?

Le moins de temps possible j'espère car, de plus en plus, en ce début de troisième millénaire, entre le silence de Nathalie, la dérive de ma fille, la folie de sa mère, l'incapacité de mon père et la méchanceté des collègues, j'aspire à quitter ce monde le plus rapidement possible.

Pour enfin "me reposer"

(à suivre)

08.11.2010

L'énergie du désespoir (début 2000)

Finie ce que j'appelerai "l'embellie inconsciente". A partir de là, je vais crever d'amour pour Nathalie. L'aimer, l'espérer de façon inimaginable. Je dirai même l'idolâtrer, la vénérer comme s'il s'était agi d'une sainte.
Je me sais dès lors en sursis. Je ne vis que sur l'espoir que Nat me revienne. Et si jamais cet espoir vient à disparaître, je sais que j'en mourrai.
La mort, désormais, je ne vais parler que de ça. Elle ne me fait plus peur, la Grande Faucheuse, je la regarde à présent bien en face.

 

Il reste, ne l'oublions pas, l'étape chez mon père. Qui est heureux de nous voir.

Mais je constate qu'il fonctionne comme moi, vis à vis de ma mère. Des portraits d'elle sont accrochés partout, l'urne contenant ses cendres trône toujours sur la cheminée. Lui aussi la vénère, comme je vénère Nathalie, sauf que lui, de son vivant, avait toujours été infect avec elle, allant - devant les yeux de ma fille - jusqu'à la battre !

Nous irons - et cela deviendra un rite - dans le resto le plus renommé de la région pour le soir du réveillon. Et je frémis quand je vois le montant de l'addition : environ notre budget nourriture pour un mois. Mais, c'est son seul plaisir, alors je ne vais pas faire la fine bouche.

Il redécouvre sa petite-fille. Jusqu'à notre départ pour la Bretagne, les relations entre eux n'ont jamais été brillantes. Oui, je sais , mon père était misanthrope et détestait la Terre entière.
Sauf une personne : Nathalie.
Du coup, voyant cette jeune fille qui a cédé la place au bébé vagissant, à la fillette turbulente, à l'ado espiègle, il... la vouvoie ! Mon père qui vouvoie sa petite-fille !!

Le lendemain jour de Noël, après avoir déjeuné dans le même restaurant aux additions pharaoniques, on ira au bord de la mer. A Palavas les flots. Je filmerai la scène avec mon camescope, comme du reste je vais désormais tout filmer.

 

Et c'est le passage en l'an 2000. Pas de bug informatique, mais pour moi un réel changement d'attitude.


Désormais je vais manger du lion. Faire des courriers à tout le monde, pour n'importe quelle raison. Un livre me plaît ? Hop, j'écris à l'auteur pour lui en faire part. Un problème dans la vie quotidienne ? Je me répands alors dans la presse locale, et aussi dans "Marianne". Courriers aussi à "la vie du rail", quand un article me semble mal - ou très bien - écrit.
Surprise : je serai souvent publié ! Tant dans "Ouest-France" que dans "Marianne" que dans "la vie du Rail" !

Je vais également briguer des mandats. Ainsi je vais être vice-président de la FCPE du Morbihan (j'arriverai même à être administrateur du lycée de ma fille, plus tard), membre du bureau de l'association syndicale de mon lotissement...

Pour réaliser tout cela il me faudrait des journées de 36 heures. Bon, déjà, je ne dors plus. Je me couche souvent après minuit, et tous les jours, même si je ne bosse pas, je suis debout à 5 heures.
Il est loin le zombie qui passait jusqu'à 20 heures par jour dans son lit !!!

Côté boulot, je vais accomplir stage sur stage afin de me remettre à niveau. J'arriverai même à le dépasser, ce fameux niveau. Je veux que ma Natou soit fière de moi si un jour elle me revient.

Et du coup, je parle même de revenir à Mende l'été d'après, juste avant que le Tortionnaire ne s'éclipse pour l'outre-mer.

Et un jour je vais recevoir une lettre, de sa main :
"Tu veux passer cet été à Mende ? Tu ne seras pas le bienvenu. Je garderai inexorablement de toi le souvenir d'un fumiste, mesquin et semeur d'embrouilles".
A jamais."

Là, c'en est trop. Lui aussi va avoir droit à une petite lettre, et pas piquée des vers.

La voici, presque en intégralité, avec la même police. Le comic sans ms était très couru à la fin des années 90- début 2000.

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                                                         Salut, Monsieur le Directeur

 

 

Je réponds à ta gentille lettre.
Le jour où je l’ai reçue j’avoue qu’ après avoir bien rigolé d’un tel tissu de conneries, ma première pensée a été de la mettre au panier. Puis je me suis dit qu’après tout je devais y répondre, mon silence pouvant passer pour un accusé de réception.

Ainsi serais-je « fumiste, mesquin et semeur d’embrouilles ». Rien que cela. En tout cas c’est un avis d’expert...
En attendant moi au moins je ne suis ni méchant, ni bête ni sadique. C’est déjà ça.

C’est marrant, en lisant ta lettre je me suis revu ce fameux 8 juillet 94 (« va chialer, petit con.. ») où tu avais employé quasiment les mêmes termes, à ma grande surprise, ce qui a déclenché le fameux processus que tu connais et qui a duré 5 ans.
Je précise 5 ans car à présent c’est bien fini et tes pantalonnades ne font plus rire personne. En plus tu n’as plus d’auditoire...
Moralement je ne me sens pas trop mal, professionnellement aussi, malgré tous tes efforts. Je parle -entre autres- de la petite lettre écrite derrière mon dos à mon ex-chef et qui a été expédiée au directeur régional. (je dis l’ex-chefcar il a eu quelques « problèmes » (sic) et a été « muté à Rennes à sa demande » (re-sic) il y a un an. Je ne peux pas en dire plus car il va prochainement passer en justice). Ce qui prouve au moins que dans l'ouest, ils ont su, eux, prendre leurs responsabilités.

 Avant de passer aux choses sérieuses, je voudrais analyser les qualificatifs de ta lettre.

« Fumiste », ce n’est pas tout à fait l’avis d’un certain chef de centre, mon notateur en 1994. (ci-joint la photocopie du document). Ne me dis pas que tu n’avais pas cerné ma personnalité à l’époque, ta petite « sortie » date de trois mois avant... Ce n’est pas l’avis non plus des  2 autres qui t’ont précédé (je peux également te faire parvenir les relevés).

 « Mesquin et semeur d’embrouilles ». Je te signale entre parenthèses que depuis 1975, que ce soit à Grenoble, Millau, Embrun, et Mende avant ton arrivée, je me suis entendu avec 95% de mes collègues (on ne peut bien sür pas plaire à tout le monde). Je n’ai pas à me justifier mais  un petit rappel ne fait pas de mal.

Par contre le souvenir que tu as laissé aux Lozériens n’est pas triste,  j’ai pu m’en rendre compte. Fais un petit sondage autour de toi et tu verras ce que pensent les gens, du moins ceux qui n’ont pas peur.

Mais il y a plus grave.

Ton attitude a abouti à deux résultats:

D’une part tu m’as plongé au fond du trou, et bien maintenu. A chaque fois que j’avais la velléité de mettre la tête hors de l’eau, je recevais de ta part un coup de marteau. Sans compter les « petites réunions » mensuelles qui n’étaient en fait que prétextes à des sordides règlements de comptes.
(Tiens au fait, j’ai oublié de te dire, j’arrive à l’heure au travail... Et frais et dispos. Et toi, ça va mieux de ce côté-là? ) .
Bref ceci a abouti à bousiller la vie de mes proches (ma mère en est morte, ma fille a eu pendant ces années une scolarité horrible, double redoublement alors qu’elle était une parfaite élève de primaire- elle est très disposée à t’en parler et est à ta disposition).

Tu ne t’es pas contenté de ça, tu m’as poursuivi jusqu’ici et ne m’a laissé aucune chance de m’en sortir.  Je suis arrivé à Vannes dans le même état qu’à Mende (ce n’est pas le changement de département qui aurait  pu subitement me guérir) et j’ai eu le malheur de tomber sur un chef du même acabit que toi. Avec ton aide, il a essayé de monter mes collègues contre moi, c’était facile dans l’état où j’étais.
Mais Dieu a voulu que je puisse remonter la pente.  A présent je vais bien. Professionnellement je me débrouille avec Windows ( le 3.1, le 3.11, le NT et le 98 ), les Word, 6 ou 97 (je possède même un PC perso, c’est avec celui-ci que j’ai l’honneur de t’écrire) . A propos  j’ai vu que vous n’aviez pas d’adresse e-mail nominative chez vous? comment se fait-ce?...)

Voilà pour mon humble personne.

Il y a pire, et ça je ne te le pardonnerai jamais.

Je veux parler de Nathalie.

Je ne veux pas parler à sa place. Tout ce que je peux apporter, c’est mon témoignage. J’ai vu dans quel état elle est arrivée à Mende et comment elle était avant ce 1er mars 94 fatidique. Je peux te dire que professionnellement elle était  « au Top » (comme tu dis si bien). Outre que tu l’as détruite moralement tu as réussi le prodige de la dégoûter à jamais du métier. Quelqu’un de compétent dans tous les domaines comme elle croupit à présent dans une bibliothèque de la région parisienne. Je ne sais pas si elle en souffre, ne l’ayant plus revue depuis Mende et parlée depuis à peu près la même époque.
Je pense qu’elle ne veut plus entendre parler de tout ça. Mais pour la Maison, c’est ce qu’on peut appeler une grande perte. Beau résultat...

Petite anecdote pour en finir avec le sujet, un jour je l’ai empêchée in extremis de se foutre en l’air. C’était au début de ton règne, avant ce fameux 8 juillet. Tu lui avais parlé en termes choisis de sa façon d’articuler,  et comme elle pleurait, tu te régalais et tu en remettais une couche.

Je pense qu’elle n’a pas dû apprécier non plus à sa juste valeur le petit rapport que tu as mis 4 heures à taper pour envoyer à M. Le Directeur Régional (le 12 mars 1997) tout simplement parce qu’elle avait eu le courage (que moi je n’ai pas eu) de ne plus te serrer la main. (qui a parlé de « mesquinerie? »)
A la réflexion elle aurait dû te l’envoyer plutôt dans la figure...

Savent-ils tout ça tous ceux qui se sont succédé chez toi depuis 2 ans et demi? Ils doivent avoir une version « adaptée » avec en vedettes le mesquin-fumiste Patrick et l’asociale Nathalie....

Elle et moi étions très bien implantés à Mende. J’y compte 3 ans après de nombreux amis, j’ai pu le vérifier en y venant en décembre dernier. Tu nous a obligés à nous exiler. C’est du beau travail.

3 ans après je n’ai toujours pas compris les raisons de cette persécution et de cet acharnement à vouloir nous faire partir. Jalousie? Méchanceté ? ou simple bêtise ? Je ne sais pas.

Pourtant lorsque tu es venu nous voir à l’hiver 93/94 nous t’avions accueilli les bras ouverts et t’avions (surtout moi ) encouragé à postuler pour Mende. Je te trouvais dynamique et sympa.

Tu dis que tu as eu la « haine » parce que tu as dû tourner quelques journées tout seul?  Nathalie  et moi étions épuisés après 4 mois d’efforts intensifs et je pense que nous méritions un peu de vacances.

Pour finir je voudrais te dire deux choses:

Primo: je n’ai nulle besoin de ton autorisation pour venir au centre de Mende. C’est un lieu public et si je veux y passer, j’y passerai . Que ça te plaise ou non. Tu pourras toujours appeler les gendarmes (je sais que tu es un fana) si ça te  fait plaisir. Mais ne t’inquiète surtout pas, j’éviterai d’y venir tant que tu y seras chef, ce n’est pas que j’aie peur de toi mais je n’ai pas envie de faire des cauchemars par la suite.
Selon ton procédé habituel tu pourras toujours « préparer » ton remplaçant à ma venue. je n’en doute pas un seul instant A moins qu’il m’ait connu avant...

Secondo: Tu m’as dit « à jamais » à la fin de ta lettre. C’est ce que tu m’avais dit la dernière fois que l’on s’est vus. Je ne demandais pas mieux. Mais cela ne t’a pas empêché d’envoyer 2 mois après ton mot rempli de fiel à l’ex-DDM 56, et également  ton billet doux du 13 juin.

Alors maintenant je te dis calmement « lâche-moi ». Je sais que tu es quelqu’un de très dangereux mais tu ne me fais plus peur. Qu’on en reste là. J’ai vu ce que tu pensais sur mon compte, moi je n’ose pas en faire de même car tu m’attaquerais en diffamation... Je ne suis plus le Patrick « apathique et larmoyant » que tu as connu, et si tu continues à me faire ch...d’une manière ou d’une autre, je te préviens que je saurai me défendre.

Pas mal se sont déjà cassé les dents ces temps-ci. Je ne sais pas si tu as vu le film « le mouton enragé », mais si tu en as l’occasion tu pourras comprendre mon état d’esprit actuel. J’ai 5 ans de vie à rattraper (sans compter ce que je ne peux plus rattraper) alors va voir tes cocotiers et fous-moi la paix.

Patrick.

P.S. J’ai une adresse, ça n’est pas la peine de venir perturber mon travail au centre. Tu la verras sur le tampon au dos de l’enveloppe. Et puis MOI je ne suis pas  dans  la liste rouge....

 

Ma "Nathalite aiguë" va aller en empirant . J'aime bien ce terme Nathalite aiguë, car pour moi c'est bien une maladie. J'appelle ça aussi "le régime sans elle".

A présent, je rêve d'elle pratiquement tous les jours. Et des rêves hyperprécis, des vrais films de cinéma !

Je vais aller de plus en plus loin dans les "défis". Par exemple, mon père a oublié de remplir sa déclaration d'impôts. Et c'est mon ex, Mireille, qui a arrangé la situation, arguant qu'il était "un parfait honnête homme". Elle a jeté la rancune à la rivière car c'est bien nos paternels qui ont fait tout ce qu'ils ont pu pour que notre couple explose.

19 ans après l'avoir vue - et entendue - pour la dernière fois, je me décide à l'appeler !

"Bonjour, je crois qu'on se connaît, on a été mariés il y a 26 ans... "

Elle a l'air suffoquée. Je lui dis que je viens la remercier pour ce qu'elle a fait pour mon père, elle me répond sèchement "qu'elle n'a fait que son travail."
Elle a peut-être peur d’un retour de flamme ? La pauvre, si elle savait....


Sinon, je suis toujours harcelé par les collègues, qui voient bien à présent que je suis loin d'être un feignant, vu les immenses progrès que je fais côté boulot.
Il en est surtout un qui me harcèle.
C'est le plus vieux de la bande, il a 55 ans. Il me laisse régulièrement des petits messages sur l'écran en guise d'écran de veille. De temps en temps je vois défiler des trucs comme "alors le gros, on va bouger son cul aujourd'hui ?". Bien sûr, je marche dans son jeu, et lui réponds, genre "mais oui papy, n'oublie pas ton Viagra" !

Le point d'orgue arrivera un jour de printemps, où une engueulade plus forte que les habituelles aboutira à ce qu’on en vienne presque aux mains ! Il me dira carrément « enlève tes lunettes et sors dehors qu’on s’explique une fois pour toutes » !!!

Je vais également perdre un bon copain.
Un gars que j’avais connu en 1965, avec qui j’avais fait les 400 coups les 3 étés suivants. On s’était perdus de vue puis avions renoué le contact en 1990. Et ma foi, en dehors de quelques petites fâcheries de ci de là, nous allions environ une fois tous les deux mois chez lui, à Quimper et lui faisait de même.
On passait nos soirées en jouant à la belote. Moi (je sais, c’est nullissime) je me régalais à chaque fois que quelqu’un disait « j’ai un atout ».
Et oui, les liaisons dangereuses…

Mais cette fois, le hasard ayant voulu qu’on se paye une nouvelle voiture en même temps (durant les promotions) lui avait acheté une Opel Astra d’occasion (vu le genre de gars c’était la voiture qui lui allait comme un gant) et moi un break Fiat neuf (que j’ai toujours… et qui marche mieux que ma Seat Diesel beaucoup plus récente)
Il avait dû sans doute qu’il y avait là une relation de cause à effet et avait coupé les ponts, me disant « que je ne fonctionnais que par rapport à l’argent ».
Fâcherie qui durera pendant 10 ans, jusqu’à ce printemps où il me demandera à être son ami sur 'Coapins d'avant" . Il était même prévu, avant que l’on déménage précipitamment, d’aller le voir en septembre, ainsi qu’un autre ami du même endroit.

 

 

a partir de la fin mai je vais également me raconter, écrivant ce que j'appellerai "mes mémoires", afin de laisser une trace, que l'on sache pourquoi - si jamais ça arrive - j'ai voulu en finir. C'est grâce à ces "mémoires" que je peux écrire mes notes avec une précision incroyable.

En juin, c’est mon (unique) cousin germain qui m’appelle. C’est un type que l’on aurait du mal à s’imaginer comme pouvoir devenir un confident, un lieutenant-colonel en retraite, droit dans ses bottes !et pourtant, ce sera la première personne à qui j’expliquerai que je ne vais pas bien du tout, et que je suis à deux doigts d’en finir.

Et il sera suffoqué d’apprendre pourquoi ! Lui pensait – comme le reste de la famille – que Nathalie me faisait marcher, et que c’était un amour à sens unique. Quand je lui parle « du mariage et des beaux bébés » alors là il me dit « mon pauvre vieux, tu dois souffrir atrocement… »

Sinon côté boulot, malgré l’arrivée d’un nouveau chef, les réunions mensuelles continuent, demandées par les collègues. Et je suis toujours mis sur la sellette d’une façon ou d’une autre dans les « questions diverses…. »

Pour me consoler, j’achète une superbe chaîne hifi, qui peut jouer des disques, des cassettes, des CD et qui possède un tuner. Elle aussi m’a bien aidé pendant ces années-là…

Grande première (je viens de le voir dans mes « mémoires » ) le 22 juillet j’écris mon premier mail ! Mon pseudo est inspiré de celui des années-minitel où je m’appelais Gévaudan. Pas bête, non ?
Là, ce sera gevaudan@netcourrier.com. Premier mail, qui sera suivi de dizaines de milliers d’autres.

Juillet toujours, je me fais draguer. Invités chez une amie de mon épouse, on y rencontre Véronique, la quarantaine raffinée, qui me fait du rentre-dedans pas possible. Mais moi, je suis toujours dans mon trip, mon cœur est fermé à double tour.

Juillet encore. Mon second confident sera un collègue qui était devenu un ami. Il souffrait énormément de sa solitude affective, il aurait donné n’importe quoi pour se mettre en couple. Moi je lui disais toujours « ça viendra quand tu t’y attendras le moins ».
Et là, je n’en peux tellement plus  que je lui demande de venir à la maison ! Depuis Grenoble !
Un ami c’est un ami, il accourt aussitôt.

Bien lui en fera car du coup il ira au festival Interceltique de Lorient, où… il fera une galante connaissance !
Suivront pour lui sept ans de bonheur. A distance, mais de bonheur. Pas plus car il mourra brutalement à l’été 2007. Et ça, ça me secouera énormément…

Nos vacances sont prévues encore en Alsace, où je vais faire quelque chose d’extraordinaire.
De VRAIMENT extraordinaire.

(à suivre)

 

 

 

07.11.2010

Le réveil brutal (décembre 1999)

En ce mois de décembre, je pense donc fort naïvement être sorti de ma dépression. Certes je vois apparaître de temps en temps quelques "trous", mais je remonte vite à la surface. J'ignorais ce qu'on appelait "maniaco-dépression".

Et c'est ce que je vais tester en ce mois de décembre 1999, ayant choisi de revenir à Mende, afin de montrer à tous que le "zombie" est guéri. Puis au Vigan, chez mon père, voir comment je réagis à son cadre de vie, que je n'ai pas vu depuis près de deux ans.

Départ donc le 20, coucher où ????

A Limoges, gagné !

Repas à Aurillac, je vérifie qu'il n'y fait pas aussi froid qu'ils le disent à la télé ;-)

Puis c'est St Flour, St Chély et Mende, où l'on arrive juste avant la tombée de la nuit.
Nous sommes accueillis par un couple d'amis, qui semble étonné de ma "résurrection". Et de fait, je vais beaucoup parler à table, aidé en cela par un bon petit vin des côtes de Millau.

Le lendemain matin 22, j'entreprends de faire un tour de Mende.

Je commence par le plus près, à savoir la radio, où je leur déballe tout ce qui m'était arrivé, ce qui expliquait ma triste élocution des trois dernières années.
"Tu as repris la radio là-bas ?
- Non, et je n'en referai plus jamais".

Comment leur expliquer pourquoi cette affirmation.... Moi seul savais que vers la fin, je ne faisais mes émissions qu'en fonction de ce qu'une petite blonde aimait.
Et, très furtivement, j'allais quelques minutes chez elle après l'émission, afin de se donner du courage.

Je passe également chez l'ex-employeur de mon épouse. Et là j'assiste à une scène incroyable.

Le mec est en train de draguer une cliente. Mais cette cliente n'est autre que.... ma fille ! Elle a tellement changé en deux ans et demie...
"Tiens, salut Patrick, tu vas bien ?
- ben oui, nickel...
- et ton épouse ?
- elle va passer te voir.
- Bien... et ta fille ?  Elle doit avoir grandi !
- Oui, et tu l'as devant toi ! "

Estomaqué le mec, autant que ma fille est fière. Ma fille qui, pendant que je me battais avec ma maladie, était passée du statut d'ado boutonneuse à lunettes à celui de vamp !

Je parcours ensuite les rues, non sans éprouver un petit pincement au coeur. Qui grandit.

Je marche seul le long des rues où nous allions tous deux avant
A chaque pas je me souviens comme on s'aimait auparavant
Comment pouvoir t'oublier ? Il y a toujours un coin qui me rappelle
Je suis né pour t'aimer et je serai toujours ainsi
Tu restes la vie de ma vie...

Tout Eddy ;-)


Et c'est alors que ma vie va basculer.
Car je veux vérifier une chose. L'autre enfoiré de tortionnaire avait prétexté que nous étions fichus à la porte par la mairie pour déménager en haut d'une montagne battue par les vents.
J'arrive donc là-bas, franchis le portail, arrive jusqu'à nos anciens locaux, et m'aperçois qu'ils sont bel et bien inoccupés. Quel salaud, quand même... En plus, il n'a pas fait long feu à Mende, s'étant fait muter pour les Antilles.

                                                 ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Tous les pompiers du monde vous le diront : il ne faut jamais considérer des braises non définitivement éteintes comme un feu circonscrit. Car le moindre coup de vent peut les raviver, et faire repartir l'incendie de plus belle.

C'est sur le chemin entre les locaux et la sortie que ça me prend.

Clac ! Tout me revient à la figure instantanément. Notamment que la dernière fois où j'avais parcouru cette allée se trouvait à mes côtés une jeune fille en pleurs, qui me disait des "je t'aime" à corps perdu. Pour une fois, pour la dernière fois, sans se cacher.

Ainsi j'avais tout gardé en moi, et il ne manquait qu'un déclic pour que tout ressorte.

Et là, en quelques secondes, je réalise vraiment ma situation, et me dis que si je n'arrive pas à la faire revenir, ce sera la mort au programme. C'est pour moi d'une immense évidence.

La mort, le mot qui me viendra le plus à la bouche et à l'esprit pendant très exactement 38 mois....

(à suivre)

05.11.2010

Le début de la maniaco (1999)

Résumons ma situation en ce début avril 1998 :

1) la femme de ma vie s'est découragée.
2) ma mère vient de mourir.
3) mon épouse, inconsciente, s'est lancée dans des investissements (construction d'une maison) qui fort logiquement nous envoient droit dans le mur.
4) ma famille commence à s'éloigner et notamment
5) mon cousin/frère, à qui ont vient de suspendre le RMI est sur le départ. Canada le plus près, Tahiti autrement.
6) mon chef me prend pour un incapable. Ce que je suis, d'ailleurs, en ce début avril, tant j'ai perdu côté boulot.
7) la majorité de mes collègues ne peut plus voir le "boulet" que je suis en peinture.

A part ça, tout va très bien Madame la Marquise !

Je me stupéfie moi-même. Les effets des médicaments que je prends à double dose sont si importants que ma foi, je ne me désole pas tant que ça. Alors que, livré à moi-même, avec toutes ces "casseroles", je me serai jeté illico dans le port de Vannes, devant lequel je passe tous les jours où je bosse.

 

Fin 1998, c'est le déménagement pour la petite maison que nous sommes faits construire. 72 mètres carrés habitables, pour un remboursement de 5200 francs par mois. Soit le tiers de ma paye, l'équivalent de 1200 euros actuels à sortir chaque mois. Pour commencer !

Nos pères respectifs, se retrouvant veufs, vont avoir autre chose à faire que de nous venir en aide.

Néanmoins, le mien, je continue à l'appeler tous les soirs à 19h.
Pas à 18h59, car il a encore la télé à fond et n'entendra pas la sonnerie, mais pas à 19h02 non plus, car après deux minutes, il pense que je l'ai oublié et remet sa télé à fond.

Mon père, qui commence à être "pris en main" par sa femme de ménage, et son voisin du dessus. Ensemble, ils vont réussir à lui voler 80% de ce qu'il possède :(

En janvier nous pendrons la crémaillère !

En avril, mon nouveau chef me donnera ma note 1998 : "élément médiocre, s'est fourvoyé en venant à Vannes, est plein de bonne volonté, fait ce qu'il peut, mais il laisse du travail à ses collègues."

En clair, pour lui - qui n'a même pas pris la peine de regarder mes notations précédentes - je suis un parfait incapable. En 4 ans je suis passé du summum au plus bas.

Et quand il me tend la note pour la signer, je n'ai alors aucun mouvement de protestation... Je suis d'accord avec lui, je ne vaux plus un clou.

Du reste, il me cantonnera désormais dans des emplois de bureau.

Mes collègues, devant ma "nonchalance", n'hésiteront pas à me traiter de "fainéant". Surtout un, qui a les mêmes doubles initiales que moi...

Et puis soudain, ma chance : ce chef est débarqué car il a harcelé sexuellement sa secrétaire. Les collègues ne veulent plus entendre parler de lui.
Il se retrouvera à Rennes, dans un poste subalterne.

Pour le remplacer, les règles ne seront pas respectées, car ce devrait être moi suivant le fameux règlement "plus ancien dans le grade le plus élévé".

C'est le collègue à doubles initiales qui prendra le relais. Et qui, contrairement à moi 5 ans plus tôt, se montrera nullissime à ce poste, criant "maman" à l'été. Il sera alors remplacé par un jeune venu de Rennes, qui ma foi ne sera guère meilleur. Pour diriger une équipe, il faut d'abord dialoguer avec cette équipe.

 

Et moi, devant cette chance qui m'est offerte, j'obéis à la Vox Populi qui me dit "d'arrêter toutes ces saloperies de médicaments qui me transforment en légume."

Je stoppe net tous mes médicaments. sauf le témesta, que je prends depuis 1973 à cause de mes foutus horaires décalés.

Et ma foi, ça ne se passe pas trop mal.
Peu à peu je "dézombize".

Et si je pense désormais (à tort, on le verra) que côté amour c'est à jamais fini, côté boulot j'enchâine les stages pour me remettre à niveau.
Côté voiture, je commence à faire quelques incursions en dehors de ma ligne droite qui mène au boulot.

Mais ma chère et tendre, elle, reste la même. En août 1999, elle se barre avec ma fille pour trois jours en Normandie. 50 ans de sa soeur.

Pendant ces trois jours, en dehors du travail, je resterai cloîtré dans la maison, ne mangeant pas une seule bouchée. A tel point que les voisins penseront que j'étais mort...

 

Mais, quand même, le moral va nettement mieux. Même si cela est assorti d'un mal de tête permanent, dont personne ne saura l'origine, malgré scanners et IRM.

Début septembre, vacances en Alsace. Nos dernières vacances remontent à 1996, également en Alsace.

Mais contrairement à la fois précédente, je participerai entièrement àces vacances, en n'oubliant pas de me rendre tous les soirs à 19h dans l'unique cabine téléphonique du village, afin de prendre des nouvelles de mon père.

Mon père, qui voudrait que l'on vienne le voir pour Noël.
Ma foi, pourquoi pas ? Je me sens désormais la force de pénétrer dans cette "maison de la mort".

Et, mieux, sur le trajet, m'arrêter deux jours à Mende !

Départ fixé le 20 décembre.

(à suivre)

02.11.2010

Encore plus bas (octobre 1997/février 1998)

Aujourd'hui
8 ans
zéro mois
et 1 jour...
1er novembre 2002, jour de Toussaint où je la verrai pour la dernière fois....

 

                                         ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥



J'en étais donc arrivé à ce fameux dimanche d'octobre 1997 où elle me disait ne plus y croire, et préférait que l'on ne se contacte plus. Elle avait même ajouté : Nous deux on n'est rien face à tous.

Je pensais, à ce stade, avoir touché le plus profond. Et bien non....

Fin novembre, ma chère et tendre s'aperçoit que le crédit foncier lui avait monté un joli bateau (normal à Vannes ! ) et qu'en fait, ce n'est pas 4000 francs que l'on devra débourser tous les mois (ce qui nous faisait déjà serrer la ceinture) mais 5200....

Un peu désemparé quand même, je téléphone à mon père, qui se vante (et ça se révélera vrai) d'avoir un joli matelas d'économies. Lequel m'envoie me faire voir...
Je m'en doutais un peu, et ma foi, je me dis, dans mon brouillard, "on verra bien...."

Début décembre, c'est au tour de mes parents d'être fichus à la porte de chez eux. Le propriétaire vendait leur logement, et ce pour une somme dérisoire. Plus tard je m'apercevrai donc qu'ils avaient de quoi s'acheter 4 ou 5 fois leur appartement. Mais mon père préférera faire le canard, afin de garder ses sous, et ne se rendra compte de sa connerie qu'une fois le camion de déménagement sous leur porte.
Ils aboutiront dans un trou à rats du centre-ville, ayant dû chercher en catastrophe.

Mais il est toujours prévu que j'aille les voir, avec mes deux nanas, le 8 février. Pour les vacances d'hiver. On mettrait bien sûr deux jours, surtout avec des routes qui dépassent souvent les 500 m d'altitude. Plus de 5 mois sans voir ma mère, ça commençait à peser.


En fait ce sera plus que 5 mois...
L'éternité. Ca vous dit quelque chose ?



Car quelques jours avant le départ, le 4, je suis au boulot.
Et j'entends le téléphone sonner. La même sonnerie qui m'avait annoncé le lâchage de Nathalie.
C'est mon épouse.

"Pat, tu es assis ?
- Oui, pourquoi ?
- Ta mère est morte cette nuit..."

Merci pour le tact....

Et c'est là qu'on pourra mesurer mon degré de zombisme, car au lieu de m'écrouler, au lieu de pleurer, au lieu de me jeter par la fenêtre, je vais dans le bureau du chef pour demander... la permission d'aller enterrer ma mère !

Encore merci les comprimés, grâce à eux, je n'étais pas très conscient de se qui se passait.

Mais une partie de moi s'est quand même réveillée, pour penser à mon père. Il fallait le préserver. Alors j'appelai son toubib pour lui demander de l'hospitaliser, le temps que le choc soit passé.

Départ en trombe vers les 10 heures. Je me souviens vaguement avoir déjeuné dans une cafet' à Niort.
Puis de faire étape à Rodez par une nuit glaciale. La bouteille d'eau était devenue un bloc de glace dans la voiture...

Et c'est à Millau, sur la route qui m'était devenue familière au fil des ans, la route qui allait chez mes parents, qu'une partie de moi commence à craquer.
"Je ne veux pas y aller, me lamentai-je comme un enfant.
Devant ma fille de 13 ans et demie qui pleurait et mon épouse qui - comme mon ancien chef - est toujours excitée par le chagrin d'autrui.
- je t'en prie, voyons, tiens-toi..."

Non, je ne lui rappellerai pas ce qui s'était passé 16 mois auparavant, quand c'était elle qui avait perdu sa mère. Pas la force.

Arrivée dans les Cévennes. Dans ce qui était au début la ville de l'amour, puis la ville du divorce.
A présent c'était - et ce sera définitivement - la ville de la mort.

D'abord l'hôpital. Voir mon père, et pour mon épouse, voir la dépouille de ma mère.
Un cas psychologique, ça : elle est attirée par les cadavres, une sorte de fascination comme celle qu'on peut ressentir à l'approche d'un orage. D'abord on l'attend, puis on est terrifié. C'est un peu la même chose.

Mon père semble avoir bien récupéré, discutant le coup avec son voisin de chambre qui comme lui est né à Marseille.

Il sortira le lendemain, pour assister à l'enterrement.

C'est vraiment un trou à rats que je découvre en entrant dans ce qui sera désormais "son" appartement.
Pour y accéder, un escalier extérieur métallique, qui donne dans un vieux couloir sombre. L'horreur... Je n'y mangerai que 2 ou 3 fois et jamais je n'y dormirai.

Je fixe du regard le lit à côté de la chambre de la cuisine. Là où voici 48 heures mon père découvrait sa femme morte dans son lit.

En fait, je n'en ai pas la preuve formelle, mais beaucoup de faits me font conclure à un suicide.

Dans la famille on se suicide pas mal en février !

L'enterrement est lugubre. Alors que pour feu ma belle-mère une énorme église était remplie, avec des monceaux de fleurs, là, seuls quelques curieux s'y trouvent, que je ne connais pas.
Mais ma pauvre mère n'était pas une riche commerçante...

Personne de ma famille, qui n'avaient pas le temps matériel pour venir.
J'ai un haut-le coeur quand je vois arriver une fourgonnette Renault Express cabossée, duquel... on extrait le cercueil.

Et puis j'ai "disjoncté".
Pour moi c'était trop, tellement que dans mon imagination ça ne pouvait être qu'un rêve que je faisais. Comme on dit souvent dans les romans de gare, j'attendais d'une minute à l'autre de me réveiller dans mon lit en sueur.

Pour ma pauvre petite fille, ce n'était pas le cas. Elle vivait tout ça à 100 %. A 150% même.
Sa mamie, peut-être la personne au monde qu'elle aimait le plus, n'était désormais plus là....
Elle versera des tonnes de larmes.

C'est le lendemain que je me réveillerai de mon "disjonctage", que je me rendrai compte que tout ça était vrai, et alors j'aurai le sale réflexe de vouloir partir le plus vite possible. Réflexe égoïste vis à vis de mon père mais je ne pouvais pas rester une seconde de plus dans cet endroit, dans cet appartement, dans cette salle à manger où les cendres de ma mère trônaient dans une urne sur la cheminée.


Le soir même nous serons à Limoges. Et nous coucherons dans le même hôtel qu'en septembre dernier. Mais cette fois-ci, ce ne sera pas Nathalie que j'appellerai de la cabine, ce sera mon père.
Il était 19 heures, et désormais, tous les jours, où que je sois, je l'appellerai à cette heure précise.

Durant les 40 années précédentes nous nous étions appelés même pas dix fois, là ce sera pas moins de... 1800 appels quotidiens que, pour me rassurer, je lui passerai.


De retour à mon boulot, alors qu'on m'envoie des "condoléances" sans en penser un traître mot, mon chef me convoque à son boulot pour me dire que désormais je devrai manger sur place le midi, les collègues en ayant marre, et de mon travail, et de ce qui était mes "privilèges".

Texto.

A partir de ce jour, je ne pourrai vivre que dans l'espoir. Comme tous ceux qui sont complètement au fond du trou, et qui ne peuvent, par définition, que remonter.

Et j'aurai tort....

28.10.2010

L'espoir (septembre-octobre 1997)

Napoléon a eu ses 100 jours, moi j’aurai mes 50.

 

Le soir même, nous étions à Limoges. C’est dire que chère et tendre bourrait comme pas possible !
Le lendemain matin, comme on se l’était promis, je téléphone à Nat d’une cabine.

Elle semble aller mieux. Me dit qu’il ne faut pas prendre ça au tragique, qu’on se retrouvera dans 5 ans pour la bague au doigt et les beaux bébés.
Un peu de soleil dans mon cœur…

Ensuite, c’est de nouveau flou dans ma tête.
Je sais que le lendemain soir nous avons couché au Formule 1, que le surlendemain nous avons emménagé. Bonjour l’emménagement !! Déjà caser un 100 mètres carrés dans un 80 n’est pas évident (on fera mieux ensuite !) mais l’appartement, dans une résidence chic, était quand même au second étage….

Dans cet appartement, situé dans la résidence « Les Jardins du Port » au sud de la ville je ne vivrai que 15 mois. Mais sans aucun doute les pires mois de ma vie…
Cependant, et c’est bizarre, j’en garde un bon souvenir ! Sans doute la vue sur le port et le passage des voiliers sous mes fenêtres...


Je serai assez bien accueilli par les collègues, et à merveille par le temps.
En effet ce mois de septembre 1997 sera – et de loin – le plus ensoleillé et le plus chaud que Vannes ait connu. Plus de 25 degrés tous les jours avec des pointes à 30, quasiment pas une goutte de pluie !

C’est alors que l’espoir va petit à petit renaître en moi.

Car, ne l’oublions pas, je ne suis désormais qu’à ¾ d’heure de Lorient, ma ville chérie, là où j’ai passé des Noëls magiques et des étés merveilleux.

Effectivement, les 5 premiers week-ends seront bien remplis : Tantôt c’est nous qui irons voir la famille, tantôt c’est la famille qui ira à nous. En tout cas, quel plaisir que de les quitter en se disant qu’on s’arrête 60 km plus loin. Moi qui avais toujours rêvé d’habiter en Bretagne, et bien ça y est mon gars, tu t’y trouves ! Même si le contexte n'est pas précisément des plus favorables...

Nathalie téléphone régulièrement. Au moins une fois tous les deux jours. Tantôt à la maison, tantôt au boulot. Où elle continue de me soutenir, de me dire que pour elle ça se passe bien dans son nouvel univers, et qu’il ne faut pas que l’on quitte des yeux le 18 septembre 2002, les 18 ans de ma fille, le jour où je me sentirai libre de vivre ma passion, après quand même 10 ans d’attente !

En attendant, pour son entrée en 5ème au collège Jules Simon, ça ne se passe pas terrible pour elle.
Déjà, décalage horaire ! A 7h15, quand elle prend son bus…. Il fait encore nuit ! Certes de l’autre côté c’est sympa, d’avoir un peu plus de soleil que les autres, mais cette tranche de soleil, il faut la rendre le matin…

Ensuite, après 13 ans passés au sud du 45 ème parallèle, elle a un peu l’accent « channtant », et du coup devient l’attraction durant les interclasses. Elle s’est longtemps demandée pourquoi on discutait énormément avec elle de tout et de rien, jusqu’au moment où une nana s’est adressée à une autre en lui disant « rends-moi mes 5 francs, elle n’a pas autant d’accent que tu le dis. » 

Mais ça, elle l’a oublié, elle qui ne jure plus désormais que pour « sa Bretagne », elle oublie la façon dont elle y a été accueillie.

Chère et tendre ne perd pas de temps. Après l’ « opération-voiture » en 1966, là c’est carrément l’ « opération-construction » ! Je me souviens du jour où elle est venue me chercher au boulot, m’emmenant signer des papiers au Crédit Foncier !

Moi à la limite je m’en fichais, cela faisait un certain temps que je n’avais plus regardé mon compte en banque, et le fait que je ne reçoive pas de nouvelles de celle-ci me faisait penser que je n’étais pas dans le rouge écarlate.

Mais, dans un sursaut, c’est quand même à trois que nous avons acheté le terrain !

Et en ce début octobre 1997, je me disais que ma foi, j’étais peut-être sorti du trou. D’autant que mes collègues ne m’avaient fait aucune remarque sur mon travail…

 

Jusqu’au 15 octobre.

Où le chef me posera des questions sur mes aptitudes, vu les énormes lacunes qu’il entrevoit en moi, et me montre pour appuyer ses dires une lettre du tortionnaire. Où ce sale type raconte tout de go que je ne suis qu’un dépressif incapable… Il ne m'aura pas laissé une seule chance :(

 

J’ai noté la date sur mon agenda.

Date où Nat m’appelle à la maison, l’air affolé.

« Quel jour travailles-tu prochainement ?
- Dimanche.
- Ok. Bisous ».

Et elle raccroche.

Le dimanche matin, téléphone.
C’est elle. En larmes.

« C’est fini, il ne faut plus se voir. Ils sont trop nombreux contre nous, on ne tiendra jamais. Je sais que c’est dur, mais je ne crois pas que l’on tiendra encore 5 ans comme ça…. »

Comme ça…. C’est à dire vraisemblablement sous la pression.
Belle-maman a dû sortir les arguments décisifs.

Moi je suis KO debout, le choc est heureusement amorti par les médicaments.

Médicaments dont j’avais gardé en cachette un bon stock (j’avais deux médecins à Mende, plus le psy, et je faisais peu à peu mes provisions), et dont je vais à présent doubler la dose.

Après Zombie, voici Super-Zombie qui fait son entrée chez les Bretons !

Où je vais me traîner, allant d’illusions en déceptions, pendant un peu plus de 63 mois…

Je ne me serais pas pensé si résistant !!

A mardi, je vous embrasse.

13.10.2010

L'arrachement (août 1997)

Face à ce cataclysme, nous allons encore avoir un tout dernier sursaut, en écrivant aux syndicats.

A présent, il est certain qu'un "responsable" écrivant noir sur blanc que le fait qu'une jeune collaboratrice ne lui serre plus la main nuisait à son équilibre personnel ne ferait pas de vieux os dans une boîte, quelle qu'elle soit. Mais nous ne sommes que début 97 et le harcèlement moralo-sexuel n'est pas encore entré dans les mentalités.

Les syndicats nous répondront, penauds, qu'ils ne peuvent rien faire.
Et Nat n'a d'autre choix que de poser une mutation. Dans un grand centre, car elle ne veut plus entendre parler de petites unités.

Et là, moi je décroche, complètement. Je retrouve mes comprimés, mon lit, mon zombisme et ma transpiration. Je ne veux plus entendre parler de quoi que ce soit, je ne veux plus être là, qu'on me laisse tranquille. Je suis tellement KO que je n'ai même plus la force de me tuer...

Je poserai également une mutation. Enfin, mes nanas rempliront la feuille que je n'aurai qu'à signer.
Je Elles inscriront Vannes, Lons le Saunier, Briançon et Belfort.

Je ne veux pas me dédouaner en disant cela, mais vraiment, je suis tellement sonné, écoeuré et surtout découragé que je ne suis plus capable de prendre la moindre décision. 
Pour "illustrer mon propos" - comme dirait l'autre enflure - je ne suis même plus capable d'effectuer les gestes quotidiens. Par exemple c'est ... ma fille qui me fera mes shampoiings !

                                            °°°°°°°


J'ai sincèrement du mal à faire une chronologie des derniers mois.

J'aurai ma mutation, pour Vannes, alors que Nat ne l'aura pas....

Je me souviens que j'étais au lit en permanence, et qu'au taf je dormais en arrivant au boulot. Mais je dormais VRAIMENT, allongé sur le sol ou la tête entre mes mains.

Je me souviens de la semaine de juin passée à chercher un appartement en Bretagne.
Je verrai mon cousin Jean-Yves à cette occasion, qui me dira "avoir vraiment peur" de l'image que je renvoie...

Un autre souvenir aussi, ma fille, qui me demande de lui acheter un VTT. Alors qu'on part un mois après ! Mais je le lui achèterai, sans regarder le prix. Je m'en fous, je me fous de tout.

Encore une anecdote, en vrac. Elle date de l'été, mais impossible de préciser quand.
C'est au cours d'un repas à 4, Nat, découragée par le monde du travail, Nat qui est vous le savez très pieuse, nous confie qu’elle envisage éventuellement de devenir Religieuse.
Ma fille lui dit « Soeur Nathalie des Anges », ça sonne bien...
- Non, je ne prendrais pas ce nom-là..
- Ah ? Tu t’appellerais comment ? » Et là, la tête vers le bas Nat dit simplement:
« Soeur Marie-Patrick »...

Finalement elle trouvera quelque chose pour échapper aux griffes du tortionnaire : un congé - formation  où elle étudiera à Bordeaux en licence de psychologie !

Ah si...

Je me souviens du week-end des 23 et 24 août.
L'adieu à mes parents, dans les Cévennes.
Ma mère sait que désormais, nous ne pourrons plus venir tous les deux mois, comme nous le faisons depuis 11 ans. A présent, la distance sera tellement grande (deux jours de route) que cela ne sera qu'une ou deux fois par an. En outre elle sait que je ne conduis plus.

Malgré mon état, je reverrai distinctement ma mère nous accompagner en larmes à la voiture. Mon épouse aura du mal à démarrer. Finalement on décollera, et je reverrai toujours ma mère en larmes dans le rétroviseur.
Ce sera la dernière image que j’aurai d’elle, elle mourra 5 mois plus tard, de chagrin.

 

Je revois notre dernière danse, à Nat et moi.
C'est au cours d'un bal de village, je fais tapisserie regardant danser Nat et ma fille.  Ca "Macarénise" à tout va quand arrive un slow. Lucie, de Pascal Obispo.

Nat me regarde. Moi je pense à Agde, à la plage, deux ans et demie avant. Cette fois je ne lui ferai pas d'affront, et nous le danserons ensemble, ce slow. Devant tout le monde.
Et là je vois ma fille qui tire une tronche pas possible... Nat va s'en apercevoir, et les larmes aux yeux me dira "Tu vois, Pat, inutile de lutter, on est vraiment seuls contre tous les autres"...

Comme le chantait Cabrel 17 ans plus tôt...

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

                                           °°°°°°°

Le déménagement se fera une fois de plus sans moi, pas la force ni morale ni physique de le faire...

Et arrivera ce maudit 30 août.

15h13. Le camion de déménagement est déjà parti, mon épouse m’attend dans la voiture.
Nat est de service - comme par hasard - ce jour-là , et tous les deux nous sommes enlacés dans le bureau directorial, pleurant tous les deux sans pouvoir nous interrompre.

Nous n’arrivons pas à nous séparer physiquement, sachant bien que le moment où nous pourrons à nouveau nous serrer l’un contre l’autre relève de l’inconnu.
Moi je pars pour la Bretagne, elle à Bordeaux. On se dit, on se jure que l’on restera en contact. Malgré tout ce qui est contre nous. Notre amour hors du commun saura résister à ma maladie, à la distance, au temps.
On se mariera comme on se le promet depuis 4 ans et on se fera les trois beaux bébés que l'on a "programmés". Le jour où l’on saura que ça ne fera de peine à personne. On a le temps, on est encore jeunes.
Par un effort surhumain, j’arrive à me détacher d’elle, de son corps, de sa voix qui me dit un dernier «je t’aime» désespéré.
Je fonce – c’est le mot – à travers le jardin, sans me retourner, passe en trombe le portail et m’engouffre dans la Micra où sur l’autoradio j'entends "en cloque" de Renaud. Une chanson que désormais je ne pourrai écouter qu’en pleurant… Pas plus tard qu'hier en passant.

Ce week-end là la Princesse Diana va trouver la mort. Tout comme Mère Térésa.

Et moi...

Voilà comment un couple fusionnel - mais interdit - qui a quand même duré quatre ans, a pu être séparé sans que ni l'un ni l'autre ne le désire. Sans qu'aucun des deux ne prenne l'initiative de la rupture.

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12.10.2010

L'acharnement - 7

Je vais, ce jour-là, rassembler toutes les forces qui me restent pour "assurer".
D'abord, boulot, j'appelle chef adoré qui me dit "rien de prévu pour le décès des beaux-parents, démerde-toi avec tes collègues".
Un collègue est heureusement partant pour une permutation, j'ai ainsi 4 jours de libre. Pas un de plus !  Puis je fonce chez moi, et vois mon épouse dans un état pas possible.
"J'y vais", me dit-elle, en empoignant une valise.

Là, gros dilemme. Y aller toute seule en voiture, dans son état, c'est l'accident assuré.
En train, le dernier qui pouvait nous faire arriver là-bas ce soir est déjà parti...

Ne reste qu'une seule et unique solution : Que je l'emmène là-bas en voiture. Oui, je sais, là aussi risque d'accident, mais nettement moins que si elle partait toute seule.

Et notre fille? Lui faire manquer le collège?  Pas possible, elle redouble. La laisser toute seule? Elle n'a même pas douze ans... Et dire que Nat est à l'autre bout de l'Europe...
Finalement, nos voisins vont s'en occuper, lui faire à manger, elle ne restera à la maison que pour dormir.

Et c'est ainsi que par la grâce de Dieu, j'ai pu rallier le soir même Orléans. J'ignore encore comment j'ai pu effectuer ces 500 bornes, mais j'y suis arrivé. Si, vraiment, à la grace de Dieu !

La Normandie est atteinte le lendemain midi, et je revois à nouveau ces visages pleins de détresse. Je détestais ma belle-mère, mais vraiment, de voir ces gens pleurer me bouleverse complètement.

C'est moi qui ferai la lecture à la messe, avec mon intonation de zombie.

Au retour, je passerai le volant à mon épouse, et dormirai sur tout le trajet....

C'est Nathalie qui la réconfortera le plus. Sa bonté a encore pris le dessus sur son exaspération, la hache de guerre est définitivement enterrée.

Mon épouse sera mise immédiatement sous prozac, mais celui-ci ne fera pas effet tout de suite.
Et un jour elle va se pointer au boulot, pour reprocher à chef adoré... de ne pas avoir envoyé de fleurs à sa mère !
L'autre ne prend pas de gants, et l'envoie balader sans ménagements.
"N'importe quoi... j'aurai vraiment tout entendu"...
Il ira même plus loin la semaine d'après : il interdira carrément à mon épouse l'entrée du bureau.
"Si tu entres, j'appelle les gendarmes" lui dira-t'il...

On mesurera là la vertigineuse connerie du bonhomme qui avait là une occasion unique de casser définitivement le couple Patrick et Nathalie en se mettant dans les petits papiers de mon épouse! Mais sa méchanceté naturelle a eu le dessus.

Je n'ose à peine imaginer ce que l'on aurait enduré si le monsieur, en plus d'être méchant, avait été intelligent. Là nous n'aurions pas "duré" longtemps je crois.

 

Alors que la pression de mon épouse va devenir de moins forte, peu à peu Nat et moi commençons à reprendre un peu - un tout petit peu - de poil de la bête, mais lui va cogner de plus en plus fort.

Mon épouse commence à avoir une petite idée de ce que je (nous) subissons au boulot, et se rend compte que sans Nathalie, je me serais depuis longtemps laissé couler. Et pas que dans mon lit...
Elle réalise certainement aussi à quel point elle a été odieuse, à quel point elle a profité de cette situation.
Mon épouse qui est aussi intelligente, et qui sait également que c'est une énorme bataille que nous livrons, et que pour la gagner, il ne faut surtout pas se disperser.

Et puis, je suis persuadé qu'elle sait depuis longtemps pour Nat et moi, un amour qui ne passe pas inaperçu. Elle a compris les longs "raccompagnements" du soir, elle a compris aussi mon attitude prostrée à chaque fois que je reviens de Marseille.
Certes, elle ne peut pas approuver - elle n'est pas maso - mais je pense qu'elle est admirative par rapport à une femme d'exception, et aussi un amour d'exception.

Du coup,  nous ne nous sentons plus obligés de nous comporter comme si nous vivions nos dernières heures, et à présent, nous allons être plus "mesurés", avec la ligne bleue de l'an 2002 en point de mire.

Du coup aussi - de mon propre "chef" - sourire- je réduis sérieusement les médicaments. Sérieusement et progressivement.

Entre le prozac et Nat, mon épouse se rétablit peu à peu de la mort de sa mère, et du coup organise un week-end en Espagne pour le 11 novembre. Pour moi, malgré mon "zombisme" prononcé, mon amour du lit, c'est oui si Nat vient avec nous.
Elle viendra.
J'ai quelques souvenirs de ces trois jours, où j'avais toujours ce mal fou à m'extirper de mon lit...Mais où j'ai pu apprécier une balade le long du littoral.


Autre souvenir, celui d'un stage à Toulouse, stage de 5 jours que nous avions refusé de faire l'un sans l'autre. Nous étions logés dans une cité universaire, dans deux chambres contiguës. Bien évidemment, la mienne restera vide !
Mais je ferai une découverte, lors de ce stage. C'est qu'au bout de 3, 4 jours, j'arriverai à me "dézombiser". A la grande joie de Nat, je me surprendrai  à... m'exprimer, durant la pause de midi, m'exprimer, comme "avant", face à notre formatrice.
Serais-je "sauvable" ?

Mais la réalité va vite nous rattraper. La grève des routiers nous bloque, et nous rentrons avec un jour de retard. Et là, notre tortionnaire va téléphoner chez moi !
"Si ton mari ne prend pas son service demain matin, il devra en assumer les graves conséquences..."
Un temps, puis :
"Mais au fait, j'avais dit que je ne t'adresserais plus la parole !"
Et il raccroche...

Oui, je sais, on pourrait presque faire une bonne comédie dramatique avec tout ça. Les personnages sont tellement typés ! Mais hélas ce n'est ni théâtre ni cinéma.


Et les réunions continuent, de plus en plus ciblées. A présent, plus besoin de passer par le biais des "questions diverses" pour que Nat et moi s'en prenions plein la poire...
A tel point que Nat va refuser un beau jour de lui serrer la main. Pourquoi serrer une main qui vous étrangle ?

Car à  présent, Nat prend peur.
Peur physique d'un individu incontrôlable. Et c'est pour ça qu'elle ne mouftera pas quand il lui imposera - non vous ne rêvez pas - du boulot à la maison !!!

Bien entendu, dans la (faible) mesure de ce qui reste mes moyens je l'aiderai du mieux possible, et c'est comme ça que nous passerons tous les 4 l'après-midi et la soirée du premier dimanche de 1997 à travailler pour éviter que Nat s'en prenne plein la tronche.
Dans la bonne humeur, quand même....

 

Vacances de février. Mes nanas vont une nouvelle fois en Normandie, je dois les rejoindre à la fin. C'est là que j'aurai une révélation.

Ca se passe dans le Corail Paris-Le Havre. Je suis dans un compartiment, suant et somnolant. C'est fou ce que j'ai pu dormir dans les trains à cette époque-là...
En face, une dame et sa fillette de 3 ans.
Qui me regarde fixement et finit par demander :
"Dis maman, pourquoi il est bizarre le monsieur ?"

Ce jour-là je toucherai le fond, j'arrive à faire peur aux enfants, moi qui d'habitude les attire comme des mouches !

Mais enfin, nous tenons bon la barre, envers et contre tout. Nous commençons même à envisager l'hypothèse de l'existence possible d"un éventuel bout de tunnel.

Et c'est alors qu'il va employer l'arme suprême.

Un matin, il arrive à l'heure.
Déjà, là on s'inquiète. Pas normal pour un type qui se pointe régulièrement à 10h.

Puis il se met à taper frénétiquement sur son clavier.
Il arrive à l'heure et il bosse, il est malade ou quoi ?

Ce n'est que vers 13h qu'il sortira de son bureau, l'air conquérant, pour donner une feuille à Nathalie.
"Signe !"
Nat lit, signe, et se met à pleurer. Sans pouvoir s'arrêter.
Elle me la tend, en m'implorant :"Pat, aide-moi"...
Et c'est à mon tour que je me suis mis à pleurer.


C'est fini...

Cette feuille, j'ai pu, des années après, me la procurer.

Ne tenant pas à donner le bâton pour me faire battre, je n'en livre pas ici la photocopie. Je ne la "publie" pas. Mais elle est disponible à tous ceux qui me la demanderont par mail. Bien entendu sans aucun nom de personne ou de profession.

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Mende, le 12/03/1997

Objet : Demande de mutation pour Mlle xxx Nathalie.

 

M. Le Directeur,

   Mlle xxx Nathalie a un comportement résolument asocial pendant ses heures de travail. Elle refuse tout changement qui n'a pas reçu son aval ou dont elle n'est pas à l'origine, elle s'emporte très facilement et ne s'entend plus avec 3 de ses 4 collègues.
Elle fait manifestement preuve d'un mauvais esprit. Son attitude est très préjudiable dans notre contexte de petit centre où un minimum d'esprit d'équipe doit prévaloir puisqu'il n'y a aucun cloisonnement des tâches.
   Pour illustrer mon propos, je ne citerai que son refus de s'abonner au téléphone pour éviter d'être dérangée par ses collègues en cas d'imprévus modifiant le tour de service.

   Elle refuse dorénavant que je lui serre la main en arrivant au bureau, nous en sommes arrivés au degré zéro des rapports humains.
   Cette situation conflictuelle qui vient s'ajouter aux autres problèmes humains du centre dont j'ai eu l'occasion de vous parler nuit à la bonne marche du service et ne favorise aucun épanouissement personnel et surtout pas le mien.

   (... ) Puisqu'elle m'en donne l'occasion, je tiens à vous dire qu'à mon sens, le départ de Mlle xxx Nathalie est tout à fait souhaitable.

    Je vous prie de croire, etc.

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( à suivre)

L'acharnement - 6

Toujours 1996. Vacances de Pâques avec la micra. J'ai quelques bribes de souvenirs, sans pouvoir parvenir à y mettre de date précise. Je sais que nous alllons à Lorient, près de ma famille, qui ne se privera pas de m'affubler de noms d'oiseaux. "Le zombi" pour le père de Jean-Yves - ce qui était tout à fait exact - "le crado" pour mon cousin/frère Jean-Yves lui-même, en évoquant mon odeur de sueur et mes cheveux gramouillés. Ca ça se reconnaît aussi à l'odeur, un dépressif...

Durant ces vacances, je me laisserai balloter au gré des vents, au gré des personnes. Je me contenterai de suivre, durant les rares moments où je ne serai pas à transpirer dans mon lit. Certes, il n'a pas fait beau, ce qui - côté lit - m'a simplifié la tâche !

Je me souviens d'une balade à Pleumeur-Bodou, près de Lannion, une balade qui m'aurait enchantée ne serait-ce que deux ans plus tôt, mais qui fut un véritable supplice...

Et je me souviens surtout d'une réflexion de Natou, pendant une des 3 conversations téléphoniques que nous allons avoir.
Là aussi, de plus en plus dur de m' "échapper" afin de trouver une cabine pour appeler ma bien-aimée.
Elle me lancera cette phrase : "c'est drôle, depuis que tu es parti je me sens mieux..."


C'est sûr, j'étais en train de lui bouffer les quelques forces supplémentaires qu'elle avait en plus, je l'entraînais vers le bas. Surtout, étant une personne exceptionnelle, elle ne comprenait pas que face au Mal, à la dépression, je ne réagisse pas comme elle.

Mais j'étais loin d'avoir atteint son degré à ce niveau !
                                 

 

Et là va commencer une période de 5 mois où elle va s'éloigner de moi.

Notre tortionnaire le voit, et change alors la règle du jeu pour les emplois du temps. Désormais "dans un souci d'assouplissement", nous pourrons chacun choisir les jours où nous voudrons bosser, et avec qui nous voulons bosser. Ce "rite" se situera avant chaque réunion mensuelle, et il ne pourra cacher sa joie quand Nat fera exprès de mettre son nom à côté d'un autre collègue...
Puis elle va prendre ses congés, à la suite. Pour des destinations lointaines, comme la Réunion, Venise, les Lacs Italiens...

A partir de là, je me laisse couler.
A pic.

Je vais passer à côté de beaucoup de choses, dont deux cérémonies familiales importantes.

Les 60 ans de mariage de mes parents, d'abord. Je ne m'en souviens que grâce à la photo où l'on me voit, effectivement, dans un état de décomposition avancée.

Et la communion solennelle de ma fille d'autre part, que j'ai "survolée". J'espère qu'elle me la pardonné.

J'espère qu'elle m' a pardonné aussi mon peu d'enthousiaste devant son gala annuel de danse classique cette année-là (ma fille, à 12 ans, était danseuse classique, de haut niveau) ...

Et puis des trucs que j'ai découverts plus tard, comme par exemple que mon épouse avait voulu devenir nounou, et qu'elle avait gardé un gamin pendant trois semaines. Je devais être dans mon lit pendant ce temps, lit que je ne quitterai plus désormais que pour m'asseoir dans le canapé regarder la chaine que mon épouse a programmé .
"Je passe à la télé" "questions pour un champion" et "qui est qui" seront ma grande trilogie, avant le salvateur "Bonne nuit les petits" !


J'interromps de moi-même mes émissions de radio hebdomadaires, me sentant incapable d'une part de faire les 900m à pied jusqu'au studio, et d'autre part de faire une émission correcte. Car si je n'arrive plus à conduire depuis un an, je n'arrive plus non plus à écrire et je n'arrive plus non plus à parler devant un micro. Il est loin le Patrick qui, 12 ans auparavant, faisait vibrer les foules...

 
Ma démarche est à présent celle d'un drogué, et - je ne mens pas - j'éviterai de passer par une certaine place pour aller au boulot, car la bande de gamins qui y joue me lancera des pierres en m'appelant "Vichnou" :((


Pire encore ! Jean-Yves débarque début juillet, pour une semaine. Et en plus le hasard veut que j'aie cette semaine-là en congés ! Mon cousin/frère chez moi, ça n'était pas arrivé depuis des années.
23 très exactement, au temps où j'étais la star de mon département !

Là encore, peu de souvenirs, sinon un truc que mon cousin essaiera de faire fonctionner, mais sans succès, car pas encore prévu pour la Lozère : le téléphone portable...

Je revois aussi ma fille en vacances, avec son passe-temps favori : balancer ses copines dans la fontaine en bas de l'immeuble et s'y faire balancer aussi... J'imagine que l'été a dû être chaud. Moi je n'en ai aucun souvenir..

Puis vient le moment des vacances. Il est prévu la Normandie puis l'Alsace, en finissant comme tous les ans à Lons le Saunier.

La fin de cet été 1996 va être l'horreur absolue pour mon épouse.
D'abord, dès qu'on arrive en Normandie, on lui annonce brutalement la mort de sa tante, un femme qu'elle a toujours adoré. Le séjour sera réduit aux funérailles. Sympa pour elle !

Puis direction l'Alsace, où l'on a réservé un gîte à Eguisheim. Eguisheim est sans doute un des plus beaux villages d'Alsace, et habiter en plein milieu est un privilège. En plus il fera super-beau pendant ces 8 jours.
Où, en dehors de 3 après-midi, je... resterai presque en permanence à transpirer dans mon lit ! Deux lits jumeaux de 90 dans la chambre, heureusement pour mon épouse car les draps seront trempés tous les soirs !

J'ai aussi le vague souvenir d'avoir été à Europa-Park, le disneyland Allemand. Là encore, au lieu de m'amuser, je subissais, en essayant de "faire semblant" pour ma fille, ma fille qui méritait bien de s'éclater..
Puis Lons le Saunier où le canapé de notre vieil ami m'a encore plus vu que l'année d'avant :(

Mais cette année, une chose se passe. J'ai la hantise de retourner à Mende.

Qu'est-ce qui m'attend là-bas ? Un appartement sinistre, un chef de plus en plus redoutable, et une Nathalie qui - c'est ce que je pense sur le moment - ne m'aime plus. Non merci...
Et de la même manière que ma fille disait l'année d'avant "non, je ne veux pas aller à la colo", là c'est "non je ne veux pas retourner en Lozère.."

Deux surprises de taille m'attendent, au retour.

D'abord, dans ma boîte aux lettres, un billet doux du tortionnaire me disant que j'avais commis une faute et qu'il fallait que je me présente le lendemain à son bureau :(
Et au répondeur, Nathalie.
Une Nat affolée :
"Viens vite, je t'en supplie !!!"

Appel daté de moins d'une heure, et sans demander l'avis de quiconque, je fonce chez elle.
Là je vois la table mise. Deux couverts. Et une Nat en train de pleurer. Elle m'explique.

Nat était, sentimentalement, complètement perdue. Pour elle je n'étais plus "fiable", et je comprends fort bien sa réaction. Elle était allée au bal du 15 août, et avait fait la connaissance d’un mec. Qui lui a raconté des salades, et qui l'a bien embobinée. J'ai déjà parlé ici de l'énorme quantité d'amour qu'elle avait à donner, et à présent que Pompon était mort, que moi je n'étais plus en état de le recevoir, ça débordait de partout. D'autant que c'était moi qui lui avait fait réaliser que cet amour pouvait être aussi donné aux humains, pas qu'aux cochons d'inde.

Nat a cru ressentir un petit quelque chose dans son coeur, si bien que cela s'est terminé par une invitation  à dîner en tête à tête.
Il s’est pointé avec 1 heure de retard... accompagné d’une nana, qu’il a présenté à Natou comme sa “véritable fiancée ”.
Elle les a jetés avec pertes et fracas, mais à présent réalise.
Loin de lui en vouloir (c'est ça aimer quelqu'un, ne chercher que son bonheur, quel qu'il soit) je la console comme je peux, et lui dis (vraiment sincère) : “tu vois, ça sert d’avoir un ami sur qui on peut compter ”.
Car ça y est, j’avais intégré à nouveau l’idée de n’être plus que l’ami; le confident. Si bien sûr ce n'est plus déjà trop tard !

Alors elle me regarde en souriant. Je reconnais ce regard.

Elle me dit “imbécile” et se jette dans mes bras.

Elle m’aime toujours, elle m'a toujours aimé...
Il a fallu ce triste épisode pour qu'elle s'en rende vraiment compte.

Fin de notre - seule et unique - crise de couple. A partir de maintenant, on va s'aimer comme jamais. Malgré les bombardements de plus en plus ciblés que nous allons recevoir de tous les côtés.

Tant et si bien qu'elle est triste, quand elle part pour le voyage organisé qu'elle a prévu de longue date. Pour un peu, elle y renoncerait.

Cela fait 4 ans qu'on se connaît, 3 qu'on est ensemble, reste 6 pour le mariage, sans doute moins, notre fille ayant bien grandi et surtout réalisé que les ogres de Normandie ne sont que des ogres de carton.

                                                       
                                                    °°°°°°°


Vendredi 13 septembre. 13h50. Je suis au taf. Coup de téléphone, c'est mon épouse.
Des hurlements inarticulés. Elle vient de perdre sa mère...


(à suivre)

 

11.10.2010

L'acharnement - 5

Guère de coms en ce moment, mais ce matin j'ai eu l'agréable surprise de voir que 130 visiteurs étaient venus hier. C'est mon record pour Hautetfort, et j'espère ne pas en rester là.

Aussi, cela m'encourage à poursuivre mon récit.

Le début d'année 96 commence mal, Nat et mon épouse étant désormais fâchées à mort depuis le 25 octobre précédent. Je devais choisir de passer l'après-midi avec l'une ou l'autre, c'est Nat que j'avais choisi sans hésiter.
Donc finis les repas à 4, et les interminables discussions dans l'escalier avec une Nat qui ne pouvait pas se résoudre à me quitter...

Mon épouse en revanche continue ses frasques. Un jour elle a un PV pour stationnement gênant, et ira au commissariat.... le déchirer devant les flics !
Mis au courant par une épouse joyeuse de son exploit, je vais m'expliquer avec les policiers. Elle, pendant ce temps, continue de les insulter !
En sueur, je bredouille des "c'est pas sa faute, c'est pas sa faute" et à ce moment-là l'inspecteur me dit qu'il comprend - montrant des yeux mon épouse hystérique - qu'il va recoller les morceaux du PV et nous les ré-envoyer par la poste.
Et me dit "bon courage" quand nous partons ! Il a tout compris...

En février, mes "deux nanas" partent en Normandie. Nouvelle cohabitation avec Nat, mais plus rien à voir avec 93 ou 94. Car même avec ma bien-aimée, cette fois j'ai du mal à quitter mon lit.

Et là elle me donnnera une superbe preuve d'amour : Malgré tout le monde aux aguets, tout le monde qui est - au moins dans l'immeuble - au courant de notre "ménage à trois", malgré le fait qu'elle passe aux yeux des bonnes gens pour une p..., Natou va dormir chez moi - dans mon lit donc - à chaque fois que je devrai bosser le lendemain.

Rien de sexuel désormais, rien que de la tendresse. Et des encouragements, à ne pas me laisser aller, à continuer, à essayer de croire que l'enfer va cesser, que le tortionnaire sera muté.

Non seulement il est loin d'être muté, mais à présent il en arrive jusqu'à appeler chez moi.
Il aurait reçu des plaintes de clients, et il m'attend de pied ferme dans son bureau le surlendemain.
C'est sa méthode, ça, qu'il appliquera joyeusement et systématiquement quand on partira en congé : "Faudra qu'on s'explique à ton retour". Vacances dans le doute, la terreur...

Mais il n'aura pas ce plaisir, car une ... varicelle va me clouer au lit !

La varicelle à 45 balais, je ne vous conseille pas. Fièvre et démangeaisons affreuses, et interdit de se gratter si on ne veut pas avoir une... cicatrice à vie !
Nat ne l'a pas eue non plus étant gamine, et n'hésite pourtant pas à passer prendre de mes nouvelles. Me dit également qu'elle n'en peut plus de bosser, dans l'état où elle se trouve (elle est autant sinon plus déprimée que moi, je le rappelle).
Du coup, au bout d'une seule semaine, flageolant, je reprends le boulot.
Va s'en suivre une conversation surréaliste (:

“ Alors, ça va mieux ?
- Pas trop ”
“ Ben alors fallait rester chez toi, on peut très bien y arriver sans toi, tu es loin d'être irremplaçable ! Tu sais, les cimetières sont remplis de gens irremplaçables ! ”

A présent, il ne se contente plus des réunions pour me massacrer, me traîner dans la boue.
"Tain, quand je pense que tu as 45 ans, et que tu n'es plus capable de rien... Mais c'est dans 15 ans la retraite, 15 ans ! Tu penses vraiment pouvoir arriver jusque-là ??? "
Le tout dit avec une voix tonnante, bien entendu.
J'y suis presque, maintenant, à la retraite, pauvre con !!!

 

Au taf, c'est l'enfer. Mais heureusement, pour équilibrer un peu, à la maison aussi.
Notre fille a désormais honte d'un père qui renvoie une image de clodo, mon épouse continue crescendo ses dépenses extravagantes et...périlleuses pour notre budget, sans bien sûr me demander mon avis. En janvier, ce sera une tortue de Floride. En février une machine à laver - alors que l'autre marchait nickel  - et en mars, carrément une nouvelle voiture ! - même réflexion que pour la machine à laver.
Cette Nissan Micra, je ne la conduirai pour ainsi dire pas.


Piétiné par mon supérieur, nié par mon épouse, ignoré de ma fille, seule Nathalie aura le courage de me supporter, dans les deux sens du terme.

Mais, à son tour, elle va avoir bientôt une période de découragement.
Déjà elle m'avait surpris quand elle m'avait acheté un CD sans occasion spéciale : Pour que tu m'aimes encore de Céline Dion.
Ce ne sera que deux ans plus tard que je comprendrai pourquoi...


Je m'inventerai reine pour que tu me retiennes
Je me ferai nouvelle pour que le feu reprenne
Je deviendrai une autre après qui tu soupires
Ces jeux seront les nôtres, si tel est ton desir
Plus brillante plus belle pour une autre étincelle
Je me changerai en or pour que tu m'aimes encore...

(à suivre)

10.10.2010

L'acharnement - 4

Le sort s'acharne donc contre nous. Quelle sera la prochaine étape ?

A partir de ce jour, je vais vivre dans l'obsession. Celle de ne plus avoir de "chez moi", d'être en quelque sorte un SDF...
J'exagère, c'est l'effet de ma dépression, qui aggrave tout. J'exagère,  mais cet appartement, nous y vivions depuis huit ans et demie. Jamais au cours de ma vie d'homme je n'aurai vécu aussi longtemps dans un logement. Après un nombre effarant de déménagements (1972, 74, 75, 79, 80, 81, 84, 87) je pensais vraiment m'être fixé.
De ce jour, je mettrai un point d'honneur à ne plus dépendre d'un propriétaire.

Plus de maison, mais nouvel éloignement forcé d'avec Nat. Et cette fois, pas de miracle à espérer...

Vacances gâchées, bien évidemment, par cette obsession de maison. Obsession + somnolence, charmant pour mes deux nanas et notre ami de Lons le Saunier chez qui nous passions traditionnellement chaque été. Une fois de plus, le lit sera mon refuge, celui où j'oublierai tout. Y compris le canapé de notre ami, sur lequel je ferai des séjours prolongés. Il ne me reconnaîtra pas !

Et à mon retour, je donnerai les clés de la voiture à mon épouse : je ne sais plus conduire...
Pendant 5 ans je serai cloué au siège passager.
A une exception près, en septembre 1996, pour un cas de force majeure.

Dès la rentrée, mon épouse s'affole et est prête à accepter n'importe quoi à n'importe quel prix. Pour moi, un seul critère compte : Le plus près possible à la fois du boulot, de Nathalie, et du collège où va entrer ma fille.

Et on cherche, on cherche...
On se rend compte très vite que le marché locatif à Mende n'est plus ce qu'il était 9 ans auparavant, où l'on n'avait qu'à se baisser... L'effet autoroute a fait que cette ville à la montagne - le rêve concrétisé d'Alphonse Allais - attire de plus en plus de gens. On visitera ainsi près de 15 logements, mais aucun de répondra ni à  mes critères, ni à ceux de mon épouse.

Mais un matin, elle me passe un coup de fil : "Viens me rejoindre à la fontaine près du foirail, il y a peut-être quelque chose..."
Je me lève, je m'habille, je fonce. Mon épouse me montre une porte. "c'est là, j'attends les propriétaires".

Pour moi, plus la peine de visiter. Je prends, quoi que ce soit. Pile poil entre Nat et mon boulot, à moins de 500 m des deux. Et aussi, non négligeable, 200m du collège où va entre notre fille !

Pourtant, ce logement sera pour moi synonyme des années noires. D'abord, il est sinistre. Grand, mais sinistre. Du marbre partout, des plafonds de 3 de haut (la maison est du XVIème siècle) et le soleil n'y pénètrera jamais. Nous allons y rester pile deux ans, peut-être les deux ans les plus noirs de mon existence...

Le déménagement se fera sans moi. Pas la force. Mon épouse tient à faire ça elle-même, avec des copains, sans prendre de déménageur.
Qu'elle assume si elle le veut, si elle tient vraiment - c'est le but - à me faire honte. Nous avons largement les moyens de nous payer un professionnel, moi je me sens parfaitement incapable de défaire 9 ans de ma vie accumulés.

Les médicaments commencent à me faire perdre la mémoire. Car je ne me rappelle plus où se trouvait Nat au cours de cet été-là :((

A partir de là, d'ailleurs, finies les dates précises. Certes j'ai encore des points de repère, mais de plus en plus flous. Ce seront les lettres de ma mère et les photos qui vont me faire reconstituer le puzzle de ces années-là.

Ce que je sais, c'est que cette année-là mon épouse ne travaillera pas. Donc, de plus en plus dur pour se voir Nat et moi. On y parvient, quand même, les jeudis après-midi, où mon épouse se rend à son club de couture. Ces jeudis après-midi se passeront au lit au début, puis progressivement la forêt remplacera le lit, la marche remplacera le sexe, pour lequel désormais je peux aussi tirer une croix : Plus de libido - cause dépression - et la "machine" a de plus en plus de faiblesses, à cause des anti-dépresseurs.
Mais on continue à s'aimer, à voler le plus de baisers possibles, à voler des nuits d'hôtel Alésiennes  même si elles ne sont de moins en moins torrides.


A partir de cet automne 1995,  désormais je ne quitterai pas mon lit pendant les heures "autorisées".
Et mon épouse, à présent rassurée, sera de moins en moins présente. Vaut mieux d'ailleurs, car lorsqu'elle est à la maison, c'est crise d'hystérie sur crise d'hystérie.

Elle n'est jamais là, mais mène tout le monde à la baguette. Désormais c'est ELLE le chef, c'est elle qui décidera de tout (par exemple, dans un appart de plus de 100 mètres carrés, nous faire manger dans une cuisine de 1m50 sur 3...) qui s'occupera des papiers, et même des finances.
Qui m'imposera l'achat d'une nouvelle voiture.
C'est elle la patronne, et elle entend désormais bien le montrer.

Notre fille va passer directement de l'enfance à l'âge adulte, vu tout ce qu'elle aura à "gérer".
Je n'hésite pas à le dire, pendant ces deux années, entre la dépression de son père et l'hystérie - la folie grandissante - de sa mère, c'est elle qui "tiendra" la maison à elle toute seule. En plus de ses études qui ne s'annoncent pas des plus faciles.
Notre fille qui, pour faire face à tout ça, se couchera souvent à 2- 3 h du matin, avec un casque sur la tête imposé par l'orthodontiste. Je ne l'ai jmais dit à personne, mais cette image-là restera à jamais gravée dans ma mémoire. Pauvre gosse...

( à suivre )

L'acharnement - 3

La preuve qu'elle ne m'en voudra pas trop , c'est qu'on se téléphonera tous les soirs.
Et elle le fera de chez moi...! Haut-parleur ouvert, bien sûr et à partir de ce jour, mon épouse exigera que j'ouvre le haut-parleur lorsque je recevrai une communication téléphonique, même personnelle.

Depuis mon nouveau "traitement" désormais, quand je ne travaille pas, je dors jusqu'à 11heures - mon épouse sonne le réveil - et l'après-midi, sieste - limitée de 13h30 à 16h30 par la même épouse.
mais 16h30, ce ne sera pas 16h32 :(

15 ans après, je n'ai toujours pas compris ces "limitations", ce non-respect de la maladie. Alors que moi j'ai toujours été à ses petits soins pour la sienne, de maladie
Mais ce ne sera que le début en ce qui concerne l'attitude de mon épouse, qui sera complètement pourrie durant ma maladie.
Odieuse, même.

Pendant ce temps-là, au boulot nous arrive un nouveau logiciel, qui achève de me laisser en rade. Jusque-là j'avais essayé de ne pas trop me faire lâcher, mais là c'en était trop. Pour moi, les point.ini et les point.dot, ça me passait complètement au-dessus du crâne.
Je lâche tout !!!

Et les réunions se succèdent, toujours impitoyables. Nat est à chaque fois en larmes quand nous en ressortons, tandis que moi, je m'enfonce, je m'installe toujours un peu plus dans la dépression.
Le scénario est immuable : Ordre du jour, questions diverses. Dans l'ordre du jour, notre tortionnaire fait semblant de demander notre avis à tous les 4.
Systématiquement c'est deux contre deux, "Patrick et Nathalie" d'un côté, les deux autres collègues de l'autre. Et à chaque fois ce pauvre chef adoré devra trancher, la mort dans l'âme... En se ralliant systématiquement à l'avis des deux autres.
Et les "questions diverses", ce seront les règlements de comptes...
Tout cela au bureau, mais pas décompté en heures supplémentaires !

Mars. Mon épouse tente de passer le BAFA. Pour cela elle doit être une semaine en internat. Cette fois, pas question de me laisser notre fille, vu mon état. Mes parents la récupèrent avec joie.
Et Nat me demande une faveur : Qu'on aille passer une nuit en bord de mer. Le top serait une chambre sur la plage même.
Pas de problème, direction le Sud, direction Agde, le littoral le plus proche. Au Grau d'Agde nous dénichons un petit hôtel, pile sur la plage. Et c'est sur cette plage que je vais commettre LA gaffe. Due à ma maladie, oui, mais gaffe quand même.
Car Nat, en pleine dérive, veut avoir une preuve que je l'aime. Et pour elle la meilleure preuve serait que je l'embrasse en public. Que notre amour se voie devant tout le monde.
Je suis très surpris de sa demande, car jusqu'à présent elle ne l'avait pas trop souhaité, ce baiser en public. Il faut dire que nos baisers durent au minimum 3 à 4 minutes, et durant ces moments-là nous ne touchions plus terre. Dur ensuite d'y revenir, sur la Planète !

Et là donc, j'ai merdé. Oui, je l'ai embrassée fougueusement sur la plage, mais... j'ai voulu que ce soit la nuit. Pour que ce soit plus romantique, c'est vrai mais aussi pour être seuls, sans les autres, ces autres qui nous fusillaient du regard quand on "osait" marcher main dans la main.
Nat en aura beaucoup de peine, de ce semi-refus.

Pour moi c'est net, cette attitude, ce n'est pas moi, moi qui l'été d'avant à Briançon l'avais enlacée en pleine rue, dans une ville où j'étais connu comme le loup blanc !  Quelle dégringolade... De l'irresponsabilité à la couardise.

Autre dégringolade, c'est au volant. J'ai de plus en plus de mal à conduire, j'ai l'impression bizarre que je suis "tiré" vers le milieu de la route. Au départ je mets ça sur le compte de la direction (de la voiture lol), mais très vite je me rends compte que la voiture n'est pas en cause.

En mai nous allons en Bretagne, avec le Futuroscope prévu au retour. Je ne verrai rien, me traînant  lamentablement dans les stands en regardant ma montre, attendant la fermeture, attendant le retour à l'hôtel, attendant mon lit...

Un jour de juin, pendant ma sieste, mon épouse reçoit un coup de fil. C'est notre tortionnaire, qui ORDONNE que je vienne vider mon armoire au bureau, car elles doivent disparaître le soir même.
Ces armoires, fermées à clé, où Nat et moi avions accumulé nos trèsors, il nous faut les vider devant tout le monde, notamment mon épouse. Inutile de dire combien le monsieur jubilait en nous voyant faire...
Et c'est dans la précipitation que j'ai vidé mon armoire, et que j'ai rempli 3 cartons avec leur contenu.
Dont la disquette où Nat et moi avions écrit nos poèmes. Disquette que je vais chercher ensuite des années durant...

Juillet. Nat emménage dans son nouvel appart. Plus grand, plus clair, et surtout pas si loin que ça. Certes, ce sera beaucoup moins facile qu'avant de nous voir, mais nous restons à côté, c'est l'essentiel.

Enfin, nous croyons rester, car le jour où elle emménage, c'est nous qui recevons une lettre recommandée stipulant que notre bail n'est pas renouvelé.
Bref, qu'on est à notre tour fichus à la porte...

Vous avez dit "acharnement" ?

(à suivre)

09.10.2010

L'acharnement - 2

Christel se demandait pourquoi ma chère et tendre nous faciliatait les choses. Comme je lui ai répondu, ça reste pour moi un mystère...

 Et rebelote début décembre, elle repart en Normandie pour 10 jours. Sans notre fille, qui doit aller à l'école.

Et pendant ces 10 jours, nous serons tous les deux intégralement pris en charge par Nathalie.
Laquelle me semble bien plus résistante que moi.
Et je constate que je suis devenu désormais incapable de jouer mon rôle de père...

Une anecdote : Tous les trois sommes allés voir le Roi Lion au ciné. Nous sommes ensuite revenus chez nous, moi ne desserrant pas les dents. J'envoie ma fille prendre un bain "en haut", alors que moi je reste avec Nat. Pour me jeter dans ses bras, et ... pleurer, pleurer, sans interruption pendant 20 bonnes minutes !

C'est depuis cette date que je suis incapable - encore aujourd'hui - de regarder un fim au cinéma ou à la télé, sans me transformer en fontaine.

Décembre 1994 va aussi me faire découvrir quelque chose d'incroyable, de formidable dans le sens littéral du terme, c'est à dire proprement terrifiant.
Ma dépression va prendre une forme très aiguë.

Ca a duré dix jours, dont le réveillon chez mes parents.

Le matin je me réveillais complètement paniqué. Affolé. Je tremblais, je ne voulais pas sortir du lit. Je n’avais qu’une hâte: vite le soir pour que je puisse me recoucher. Cela se passait par «crises». Tout d’un coup je la sentais arriver, cette crise et j’étais alors obligé de m’allonger, d'attendre que ça passe. Non, impossible vraiment à décrire, ça dépasse l’imagination. Je ne savais pas que la nature avait prévu de tels supplices pour l'être humain.

J’ai dû prendre une semaine de congé-maladie. Ce sera la seule durant mes 10 années de dépression/maniaco-dépression, à l'exception de 4 semaines en février/mars 2003, mais là, ça sera vraiment "obligatoire" pour moi.

La réponse est simple, évidente même : Tout simplement parce qu'au boulot, pendant que j'étais malade, mon tortionnaire s'en donnait à coeur joie contre une Nathalie de plus en plus affaiblie. Allant même jusqu'à lui laisser des messages pour moi, style "si Patrick prolonge son arrêt, je me verrai dans l'obligation de le confiner dans un bureau"... Le placard, quoi.


Et là j'ai été voir un psy, entre deux crises
. Un psy qui était complètement à côté de la plaque, se bornant à me bourrer de médicaments.

Dans une certaine mesure ils ont été efficaces puisque ils ont réussi à calmer mes crises, à atténuer ma dépression. Mais bonjour les effets secondaires ! Envie de dormir permanente, transpiration abondante, regard hagard, démarche hésitante... Et surtout, surtout, diminution des facultés intellectuelles.
C'est à dire que peu à peu, je vais décrocher de mon boulot, ne pourrai plus "suivre".

Ce que ne manquera pas de souligner notre tortionnaire dans ses réunions mensuelles :
"On pourrait effectivement accomplir telle ou telle tâche, mais malheureusement tout le monde n'a pas les mêmes facultés dans l'équipe..."
Et de bien me regarder, de ses yeux noirs ébène.

Néanmoins, Nat et moi continuons de nous aimer. Peut-être même plus intensément.

Invité pour le réveillon du nouvel-an, mon meilleur ami nous dira que notre amour n'était pas discret, vu la façon dont nous nous parlons, dont nous nous regardons...
Notre amour se voyait encore de l'extérieur, il n'était pas mort...

Même si en tant que collègues nous étions souvent séparés, en tant que voisins nous pouvions nous voir à notre guise.

                         
Hélas, l'année 1995 va nous enlever ce dernier privilège.   


Début janvier, Nat reçoit une lettre recommandée stipulant qu'elle était mise à la porte de son appart à la fin de son bail, en septembre. Alors que sa proprio lui avait juré mordicus qu'elle était là pour longtemps...


Interdit de congés de maladie, il me reste les congés annuels pour essayer de me retaper. Mon cousin/frère Jean-Yves accepte que je vienne passer 10 jours chez lui, en Bretagne.

Mais la veille de mon départ, Pompon (le cochon d'Inde de Nat, l'être sur qui elle a toujours reporté tout son - immense - trop plein d'amour) tombe malade.

nat et pompon.pngLe véto consulté ne veut pas se prononcer, et moi je ne sais plus quoi faire. Partir malgré tout, ou rester auprès d'elle, en cas de "pépin" ?

Je choisis de partir, tandis que Pompon choisira de mourir.

Là encore, un grand coup de chapeau à mon épouse, car c'est elle qui soutiendra Nat pendant cette terrible épreuve.

Mais pourquoi ???????

Nat au départ elle m'en voudra, mais peu à peu elle comprendra, et me pardonnera.

C'est pendant ces 10 jours épiques, où je dormirai dans le salon au milieu des cris des enfants, que mon cousin/frère me fera partager une de ses dernières découvertes : internet.

(à suivre)


 

L'acharnement - 1

Malgré cette maladie qui pose ses premiers jalons, malgré, pour moi, les effets des médicaments - envie de dormir permanente, entre autres -, malgré cela nous continuons à y croire. D'autant que cela nous sera facilité par l'embauche en CES de mon épouse. Plus besoin d'échafauder des plans abracadabrantesques pour nous voir.

Surtout que notre vie en couple durant ce mois de juillet nous a laissé un tel souvenir que nous brûlons d'envie de recommencer...
La plénitude de s'endormir à deux, enlacés comme pas possible, et surtout de se réveiller à côté de l'être aimé, se demandant si l'on est réellement réveillés, où si cela fait partie de la "vraie" vie.
Ces nuits-là nous manqueront tellement que l'on viendra à imaginer un stratagème pour les revivre.

Pour cela nous allons profiter de mes nombreux déplacements au siège Régional de la boîte, c'est à dire Marseille. Je l'ai dit - et mon épouse le sait - que, tenant à mes os, je ne tiens pas du tout à aller en voiture dans la cité phocéenne et que du coup je prends le train. Pour l'aller pas  de souci, partant à 18h, j'arrive à St Charles à 23h34. Mais pour que je puisse rentrer le lendemain soir à Mende, il faudrait que je sois quitte à 16h. Ce qui n'est jamais le cas. Force m'est de coucher une seconde nuit à Marseille.
Cela, je le fais régulièrement depuis 1987, et si mon épouse a eu quelques soupçons au début, assez vite elle a admis que je ne pouvais faire autrement.

Ces déplacements ont lieu environ 4 fois par an : Réunions d'information, réunion syndicales, stages même.
Et c'est ainsi que la seconde nuit se passera désormais avec Nat, dans un hôtel d'Alès
- 1 heure et demie en voiture - , un hôtel différent à chaque fois. Je pense qu'en-dehors des hôtels de passe, nous avons dû tous les faire !
Non, nous ne sommes pas décidés à baisser les bras, un amour comme le nôtre ne mérite pas qu'on les baisse au premier coup de vent - quoique là on en arrive au stade du Grand Frais - et du coup, je me réduis de moitié ma ration d'anxyolitiques.

Et pour bien marquer le coup, elle sera avec nous chez mes parents le week-end de l'anniversaire de ma fille. Présentation "officielle" de Nathalie à mes parents...

Fiasco total. Miracle, mon père, lui, le sauvage, le misanthrope, a la même réaction que l’an passé à la communion. Il est sous le charme. Et fait tout son possible pour qu’elle soit bien.

Mais ma mère, elle, ne la saque pas. Et elle lui envoie des vannes dès qu’elle peut. Le repas du soir se passe très mal, celui du lendemain midi encore plus mal. Pourtant Natou sera parfaite. Très polie, très discrète...
En fait je saurai pourquoi bien plus tard, par un cousin . 
De deux choses l'une : Soit cet amour est à sens unique, et alors elle déteste légitiment celle qui ferait souffrir son fils.
Soit nous nous aimons pour de bon, et alors ça signifierait divorce, et leur petite-fille en Normandie, qu'ils ne reverraient jamais. En 1994, mes parents ont 82 ans...

Nat souffrira énormément de ce rejet de ma mère.

Octobre arrive. Nat et moi commençons à redresser la tête. Nous profitons au maximum des occasions qui nous sont données d'être ensemble. Nous allons très souvent au cinéma, nos mains l'une dans l'autre pendant près de deux heures...

Mais également, nous avons de plus en plus de scrupules vis à vis de mon épouse. Laquelle - je ne saurai jamais pourquoi - multiplie pourtant les occasions de nous voir en dehors du boulot. Invitations à dîner, promenades les après-midi... Elle le fera jusqu'au bout !
Je sais mon épouse intelligente et intuitive, et je me demande encore le pourquoi de cette attitude...

Par exemple, c'est devenu un rite, après chaque soirée chez nous, Nat insiste pour que je la raccompagne chez elle. A l'étage du dessous  !
Et le "raccompagnement" durera à chaque fois près d'une heure !!
Et jamais mon épouse ne me l'interdira ce "raccompagnement" qui fut parfois torride.

Novembre. Ma feuille de notation. "D'évaluation", litote-t'on maintenant.
Je m'attends au pire. En fait je serai très surpris :
___________________________________________________________________

Cet agent est passionné par son métier, dont il maîtrise tous les aspects avec brio. A su cumuler les tâches d’exploitation à celles de directeur départemental de novembre 93 à février 94. . Excellent agent..
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Mais en revanche Nathalie est saquée.
Pas mal joué, pour semer la zizanie dans le couple : Il ne pouvait déjuger ses prédécesseurs, qui m'encensaient depuis des années, mais qui restaient réservés vis à vis de ma bien-aimée.

Elle ne m'en veut pas, au contraire, mais elle est peinée, immensément peinée de  se voir si mal jugée. Et du coup commence à perdre la confiance en elle qu'elle avait réussi, sur le plan professionnel,  à accumuler depuis deux ans.

Très dure pour Natou, cette période. Rejetée par ma mère, rejetée par le travail...
Heureusement, il lui reste notre amour, qui lui n'est pas soumis à des notations annuelles.

12 novembre 1994. Pour moi, 11ème anniversaire de mariage !

 

A partir de cette date notre lutte ne sera plus la même.
Avant nous luttions pour rester ensemble, pour essayer de tenir le coup jusqu'en 2002, date à laquelle nous pourrions nous marier et faire de beaux bébés.

Mais ensuite, ce sera différent. Car il s'agira désormais ni plus ni moins de survivre, face aux coups de massue répétés que notre tortionnaire va nous infliger. Finis les projets à long terme, même à moyen terme, nous devrons désormais essayer de tenir jour après jour.

Le 12 novembre donc, notre tortionnaire passe au boulot, pour nous qu'il avait prévu une réunion du personnel pour le jeudi 17. En ajoutant, le sourire carnassier aux lèvres, que nous n'allions pas trop être contents de ce qui allait en découler, certains de nos privilèges (sic) seraient dorénavant abolis.

C'est à cette occasion que j'apprendrai que la "réunionnite" à outrance est peut-être une des meilleurs méthodes de harcèlement qui soit. Je reviendrai - longuement- là-dessus, mais pour moi, de novembre 1994 à ...septembre 2006 (!) réunion rimera très souvent avec coups de bâton..

Quand notre tortionnaire quitte la pièce, Nat prend un rictus qui ne trompe pas. Et ses pleurs suivent. Quand à moi, je vais être pris d'un tremblement qui ne me quittera pas de la journée.
Il faudra appeler le médecin, qui me prescrira encore plus de médocs.

A partir de ce jour, ils vont de plus en plus prendre le pas chez moi, allant jusqu'à me transformer en parfait zombie.  Partant de 6 comprimés quotidiens en cet automne 1994, je vais arriver à ...14 quelques mois plus tard : un coktail à base de Xanax, de Lexomyl, de Prozac, de Rohypnol et de Témesta.


Effectivement, il avait eu raison de nous prévenir.
C'est l'artillerie lourde qui se déclenche ce jeudi 17 : D'abord, fini les journées ensemble. Dorénavant, il faudra que nous nous "mélangions" entre collègues. L'argument étant qu'il n'y ait pas de "clans".

Et pour mieux marquer cette frontière, Nat et moi seront interdits de ... pause-café le matin ! Seuls notre tortionnaire et nos deux autres collègues y auront droit.
Et ce sera l'occasion pour nous - désormais séparés - d'entendre lors de ces pauses-cafés des phrases peu amènes à notre sujet, chuchotées/marmonnées au cours de ces pauses, mais néanmoins parfaitement audibles.

Je suis conscient, en écrivant cela j'imagine que les lecteurs auront du mal à le croire. C'est vrai que dans les blogs j'ai vu pas mal d'histoires de harcèlement moral mais qui n'ont - heureusement - jamais atteint un tel degré.

Seconde décision : Obligation de prendre nos repas sur place.
Notre tortionnaire a vu que nous étions dépressifs, et a dû se renseigner sur le fait que pour un dépressif "la maison" est le refuge. Nous priver de cette "plage" entre deux séances de bombardements accélèrerait à coup sûr le processus. 
Par chance, un collègue, habitant à 7 km de là, et ne voulant pas faire les frais de l'acharnement de Chef Adoré contre nous fera valoir qu'il n'y a pas de coin-cuisine pour manger sur place.

Et notre tortionnaire va aussitôt sauter sur l'occasion pour réaménager de fond en comble les locaux. Là aussi il fera fort... j'y reviendrai.

Il annonce aussi que ce type de réunion sera désormais mensuel, la réunion se passant après le travail, pouvant se prolonger jusque tard dans la soirée s'il y a lieu ! Aucune objection ne sera prise en compte, circulez y a rien à voir...

En écrivant ces lignes, je me remémore ces années. Et je comprends de plus en plus pourquoi, moi qui pardonne tout, qui pardonne trop, je serais aux anges si on m'annonçait un jour la disparition de ce type. Il y a six ans je m'interrogeais sur un forum "Suis-je un monstre" ? A présent que tout ça m'est revenu en mémoire, je peux répondre non sans hésitation.
 

(à suivre)

08.10.2010

Le début des médocs (septembre 1994)

Nous digérons peu à peu le choc du 8. Enfin nous croyons digérer.
Nous nous baladerons beaucoup : Haute-Loire, Ardèche, Le Mont-Dore, Vichy, Super-Lioran, Aurillac... Autant d'endroits qui sont désormais pour moi sont une sorte de zone Seveso, une zone dont je ne sortirai pas intact si jamais j'ose m'y aventurer...
Je le sais, j'ai essayé.
Nous avons une prédilection pour les pédalos, grâce auxquels nous pourrons nous embrasser longuement à l'abri des regards. Du coup, nous connaissons tous les lacs de la région !

Amis pique-niqueurs, si vous arrivez à Langogne par la route du Puy, vous verrez peut-être sur votre droite une table en bois. Si vous cherchez bien, vous pourrez voir inscrit N ♥ P 1994...

Pendant ce mois, nous avons bien sûr été danser. Le Déclic nous verra par deux fois. J'ai un tendre souvenir de la seconde fois : C'est la "série-tendresse", et nous dansons un slow, essayant de ne pas trop nous serrer. Passe "Il me dit que je suis belle", de Patricia Kaas. Version longue, près de 6 minutes.
Minutes pendant lesquelles nos défenses vont tomber, nos corps se laisser aller. Et nous entendrons distinctement une voix de femme - pas une mendoise, une touriste, vu son accent - s'exclamer "mais regarde-moi ces deux-là, on dirait qu'ils font l'amour sur la piste..." !

Bref, en cette fin juillet, au vu des semaines passées, il semble évident que nous finirons notre vie ensemble... L'attente vaudra le coup.

Août est le mois des vacances. Pour mon épouse et moi un combiné Pays-Bas/Lille/Alsace/Lons le Saunier/Briançon, et pour elle... Briançon tout court. Dans un appartement qui m'appartient.

Mais ce mois d'août 1994 nous montrera à quel point nous sommes fragiles l'un sans l'autre. Nous nous téléphonerons presque chaque jour - d'une cabine, nous sommes en 1994 - pour nous remonter le moral.
Pour ma part, je me surprendrai en laissant ma fille à sa colo, comme les 4 années précédentes. Car aussitôt après l'avoir laissée, je vais pleurer sans interruption sur le trajet...

Ce jour-là marque pour moi très précisément le début de ma dépression. Laquelle, en ajoutant la maniaco qui allait suivre, ne durerait pas moins de 11 ans...

Dépression certes déclenchée par notre tortionnaire, mais le terrain était déjà bien préparé, par cet amour incroyable que je n'avais pas le droit de vivre encore. Par ces mensonges éhontés qu'il me fallait faire.

Septembre 1994, c'est le début des comprimés pour moi.
Car Nat, prétextant l'arrivée d'une vague cousine qu'elle n'avait jamais encore vue de sa vie, restera cloîtrée chez elle pendant 5 jours..
Du coup, crise de larmes, arrivée du toubib qui d'entrée me prescrit un traitement de cheval. Début de la spirale infernale...

Supplice inimaginable de la savoir juste en-dessous mais de ne pas pouvoir la voir.

En fait, elle aussi était entrée en dépression. En même temps que moi. Mais elle refusera les médocs, préférant le psy. Et cette fameuse semaine était en fait destinée à me cacher son état.

Deux ans qu'on se connaît, un an qu'on est amants, reste 8 pour la bague au doigt...

(à suivre)

07.10.2010

L'heure de vérité (juillet 1994)

J'ai lu ici et là - également sur Hautetfort - des témoignages incroyables, qui me disent entre autres qu'ils n'ont pas osé aller trop loin avec l'objet de leur pensées.

On m'a souvent dit, quand j'ai eu le malheur de me confier, que finalement, je ne sais pas ce qu'aurait pu donner une vie à deux. Je ne connaissais que les "bons côtés" de cete relation, mais je n'avais pas subi le quotidien.
Ce fameux quotidien qui tue la majorité des couples.

Mais aussitôt je leur rétorquerai juillet 1994.

Juillet 1994 qui sera l'épreuve de vérité à ce sujet.

 

Toujours en mai, mon épouse fait une nouvelle crise. Inexpliquée celle-là, contrairement aux précédentes.
Nathalie, qui a une horreur absolue des hôpitaux, viendra quand même lui apporter un bouquet de fleurs. Nathalie qui elle aussi est écartelée, à la pensée de trahir cette femme qu'au fond elle estime.

Et chef adoré continue son travail de sape. Sans qu'on lui ait rien demandé, il introduit Windows dans le boulot. Double conséquence : nos poèmes seront écrasés si on ne les sauvegarde pas, et surtout, tout est à apprendre ! A commencer par admettre qu'une "souris" peut remplacer un clavier .

Pour vous faire une idée, c'est un peu la situation des conducteurs de locomotives à vapeur qui ont dû se reconvertir aux machines diesels ou électriques. Le métier était pourtant le même, mais la façon de le faire avait radicalement changé.
Beaucoup de démissions, de dépressions, ou de retraites anticipées ont eu lieu à cette époque-là à la SNCF.
Mais moi j'avais 43 ans, Nat 26, il nous fallait à tout prix passer par ces nouvelles technologies.
Une formation aurait été la bienvenue - c'était bien le moins - mais pour les "Mendois", rien de prévu :(


On continue dans la gaieté. Mon père m'apprend que sa filleule Annie, 39 ans, - qui fut ma camarade de jeux favorite durant mon enfance - vient de mourir, elle et son mari...

En cette mi-mai 1994, on comprendra que je ne suis pas au meilleur de ma forme...


Les masques vont tomber début juin. Chef adoré nous invite chez lui, afin de faire plus ample connaissance. Avec les conjoints évidemment. Ma seconde collègue a décliné l'invitation, et Nat refuse d'y aller toute seule. On la comprendra aisément.

Ce repas sera carrément surréaliste. La tactique de chef adoré est de nous faire boire, tant et plus, afin qu'il sache ce qu'on a dans le ventre. Mais... en même temps qu'il se sert, il NOUS sert.
Nat et moi avons compris la manoeuvre, de sorte que nous ne buvons qu'une gorgée tandis que chef adoré lui, s'enfile le verre entier. Puis s'empresse de nous le remplir.

Chef adoré a bien des défauts, mais il n'est pas alcoolique. Si bien que le résultat qu'il escompte va s'inverser, à savoir que si Nat et moi resterons assez "réservés", lui va s'épancher.

Et son "épanchement" ne sera pas triste... Il commencera par faire de grosses allusions sur Nat et moi, sous-entendant un chantage éventuel auprès de mon épouse. Puis, ayant épuisé le côté "personnel", il va s'attaquer au côté "boulot", où il nous annonce carrément que deux nouveaux ont arriver, qu'il a bien l'intention de refaire entièrement l'antenne de Mende avec eux deux, et que nous, les "archaïques" (sic) devrons nous soumettre ou nous démettre. Et, toujours sous l'emprise de l'alcool, nous conseillera vivement de demander une mutation !

Voilà. En ce mois de juin 94 le décor est planté.

Mais ma Nathalie va se montrer beaucoup plus forte que prévu. Non seulement elle ne baissera pas les bras, mais tiendra la dragée haute à chef adoré.

C''est... mon épouse qui va - involontairement - nous donner un coup de pouce. A savoir qu'elle envisage de partir 4 semaines chez elle en Normandie, son père venant d'avoir un accident. 4 semaines que je n'ai pas posées en congés - c'est prévu pour août - et que par conséquent je devrai passer à Mende...
En clair, un mois entier ensemble, Nat et moi. Et ça, mon épouse le sait parfaitement.
Un mois où l'on a prévu de vivre "ensemble", chez elle, mais aussi éventuellement chez moi, et pendant ce mois de juillet nous pourrons nous tester au quotidien, ce quotidien qui tue bien des couples naissants.

Certes, les beaux sentiments c'est facile quand les questions basiques ne se posent pas, comme la cuisine, la vaisselle, le ménage, les courses, la lessive, le repassage...
Et bien ce challenge-là, Nat et moi on se promet de le tenir pendant ce mois de juillet, à l'issue duquel on verra si le mariage est toujours d'actualité. 
Soit ça passe, soit ça casse. Inutile de continuer à faire de beaux projets -  le mariage, les beaux bébés - avec tous les boulets que nous traînons, si nous ne sommes finalement qu'un couple occasionnel de "cinq à sept".
 

Et la machine à broyer va de nouveau frapper un grand coup.


Après avoir assommé Nathalie le 12 mai, c'est à présent sur moi que l'attaque va se porter.
Et pas dans la dentelle.

C'est très exactement le 8 juillet que cela va se produire
. Après une semaine en couple que je qualifierai de réussie.
Chef adoré est une fois de plus fin bourré. Et, alors que je parle du travail de la vacataire - avec qui tout le monde a couché sauf moi - qui n'est ni fait ni à faire, il rugit.
"Parce que tu crois que ton travail à toi il est bon ? C'est de la m... ce que tu fais ! Sans parler de ta personnalité, tu n'es au fond qu'un sale hypocrite".
Je ne bronche pas. Partant du principe que se faire insulter par un imbécile est un plaisir de fin gourmet.
Il le voit, et change alors de registre. Tape alors où ca fait mal.
"De toutes façons, Nathalie et toi vous êtes aussi mauvais l'un que l'autre, aussi hypocrites, vous faites bien la paire".
Là, je m'apprête à répliquer, et c'est alors qu'il me saisit par les épaules (1m95, carrure de catcheur) et hurle qu'il en a maaarre de nous deux.

Menace physique, là, je suis dépassé, je suis choqué, et je file dehors en pleurant et en claquant la porte vitrée, qui se brise en mille morceaux.
Et je le vois alors sortir en beuglant :
"Tu me la rembourseras cette porte, je te le promets... Allez, va chialer, petit con"...


Puis je croise Nat qui me voit dans cet état, me demande pourquoi, et je ne pourrai que montrer le bureau du doigt.
"Ne t'inquiète pas, j'y vais" me dit-elle en m'embrassant sur la joue.

Elle aussi se fera traiter de tous les noms, d'une façon incroyable. Elle aussi ressortira du bureau en pleurant, ce qui fera sa joie. Car je l'apprendrai dans les mois qui suivront, son pied, à ce monsieur, c'est de voir Nat pleurer...

Le soir, nous irons pique-niquer à 20 km, pour nous changer les idées, et en quelque sorte faire le point.
Le point sur notre situation, sur notre pauvre couple qui s'aime éperdument et qui est menacé de tous côtés...

Mais durant les trois semaines qui vont suivre, nous allons bien gérer le quotidien, chacun se répartissant les rôles (vaisselle, aspirateur, lessive, commissions) malgré les bombes qui de tous les côtés viennent s'écraser sur nous.

En cette fin juillet 1994, nous avons compris qu'hors catastrophe, nous sommes capables de vivre ensemble, et pas seulement un "cinq à sept".

Hors catastrophe....


Je vous embrasse

06.10.2010

Premier coup de tabac (mars à mai 94)

Ce fut plus que Kiss-cool, car non pas un double effet mais un triple.

a) Je m'explique. Si ma situation de directeur est honorifique et commode, en revanche elle est fatigante - pour elle aussi - et me met dans une situation que je n'aime pas, à savoir être "son" supérieur.
Les rares fois où je "favorise" Nathalie, mon autre collègue me saute alors dessus, me faisant alors des allusions à la limite du chantage. Si c'est l'inverse, alors Nat me dit que je fais passer mon rôle de chef avant notre amour.
 La situation n'est donc pas tenable, alors j'accepte qu'un chef soit nommé afin d'une part qu'on "souffle" un peu - on sera donc un de plus - et d'autre part pour que cesse cette hiérarchie entre nous que je ne supporte plus.

C'est un "jeune" qui viendra me relever.
Un jeune de 31 ans, très fort en maths, et qui du coup a pu, à cet âge-là, arriver à ce grade grâce à un concours.

b) Le jour même de son entrée en fonctions, alors que je ne bosse pas, Mon épouse pique une grave crise d'épilepsie. Hôpital, Samu, tout le bastringue.
La dernière fois, c'était 3 ans et demie auparavant, dans un tram de Genève. 3 ans 1/2 où notre fille et moi nous avons pu respirer...

Puis la rencontre entre le jeune chef et nous deux, le 2 mars.

Plus rien à voir avec celui qui, en janvier, était venu se renseigner, flanqué de sa femme et de son petit garçon. Ce jeune sympathique barbu a cédé la place à un type froid, qui se met à inspecter le bureau de fond en comble.
Il finit par nous lâcher : "j'ai l'impression que votre devise ici était "pour vivre heureux vivons cachés".
A présent, je vous préviens, ça ne va plus être la même musique, il va falloir bosser..."

Alors que durant les quatre mois de ma "gérance", jamais le boulot au niveau du département n'avait jamais autant progressé !!! En 1993 nous étions dans les années 60 et là, prêts pour l'an 2000.
Une seule chose nous manquait : le niveau en informatique.

Et pourtant, elle était bien partie ma Natou ! Sans pour autant couper les ponts, elle décide en ce mois de mars de récupérer les affaires qu'elle avait laissées à Nîmes chez sa mère.
Un geste d'amour, que j'apprécierai beaucoup.

Avril voit la dégradation progressive au boulot. Notre autre collègue - peut-être aucun rapport ? - pose sa mutation.
Le nouveau chef prend bien soin de supprimer toutes les initiatives que j'avais prises, sans même se justifier. Il sait très bien que Nat et moi fonctionnons de la même façon, et que nous n'aimons pas trop le changement brutal. C'est pourtant ce qu'il se hâte de faire.

"Ici, c'est moi qui commande"  sera désormais son credo.
Et pendant ce mois d'avril, sans nous le dire, Nat et moi allons pas mal gamberger.

Vacances de Pâques. Que nous avons réussi à prendre elle et moi en même temps, grâce à l'appoint des "polyvalents", ces sauveurs de congés - dont je fais désormais partie :)
Pour elle c'est l'Aude, pour moi le Pays Basque.
Tant pour elle que pour moi, ces vacances seront un calvaire. Désormais, 8 jours, 8 petits jours l'un sans l'autre, c'est devenu mission impossible.

Une semaine plus tard, nous irons assister à un spectacle de Demis Roussos à Marvejols (30 km).
Nous ne sommes qu'une centaine, groupés dans l'église. Pendant tout le concert nous serons - en douce - main dans la main, à écouter. Comme nous le ferons désormais à tous les spectacles où nous irons - et il y en aura pas mal...
Demis ne cessera pas, au cours de son spectacle, à se balader entre les travées, et je le verrai à plusieurs reprises poser un regard bienveillant sur nous deux. Du reste Demis Roussos sera une des très rares personnes à nous avoir vus main dans la main !

Serions-nous donc "présentables" ?
Pour l'interprète de "quand je t'aime", la réponse a l'air d'être positive...

Le lent travail de sape de notre "chef adoré" (c'est du reste comme ça qu'il se nommera lui-même !) commence à faire son oeuvre dans nos esprits.

le 12 mai 1994 allait être un jour noir pour nous deux, peut-être le plus noir que l'on n'ait jamais connu.

Ca commence au taf, où Chef adoré attaque sauvagement Nathalie, lui reprochant... de ne pas savoir parler. Puis lui dit carrément que son travail... c'est de la M..

Il sait TRES BIEN que Nat a un gros complexe vis-à-vis de son élocution, et bien entendu, appuie où ça fait mal. Il sait très bien aussi que c'est une bosseuse hors pair, et surtout qu'elle est hyper douée. Nos clients habituels le savent aussi d'ailleurs, qui sont de plus en plus nombreux au fil des mois.

Nat écrira le soir même, dans nos poèmes :

Le cauchemar va-t-il bientôt s'arrêter?
Quand pourrons-nous nous marier?
Je continue chaque jour de m'interroger
En suppliant le Ciel de venir m'aider
A cette terrible épreuve supporter.

Ce seront ses tout derniers vers, d'une oeuvre qu'elle et moi avions tissé au fil des semaines.  Un long poème intime, plein d'amour...

De mon côté, ce 12 mai ne sera pas triste non plus.

Et ce sera le c).

A la pause de midi, déjà ébranlé par ce qui vient de se passer au boulot, j'avise chez moi une feuille chiffonnée dans la corbeille à papiers. Ja la déchiffonne et en prends connaissance.

C'est un rapport de l'orthophoniste concernant ma fille, son école ayant estimé que cette visite était nécessaire. Ils ne sauront jamais ce qu''a écrit la praticienne, dont j'extrais ces lignes, qui me claquent en pleine figure :

_______________________________________________________________

“ Mme C... a un caractère abrupt et des jugements tranchés et sans appel qui perturbent les relations amicales. Elle entraîne sa fille dans cette façon de faire.... (notre fille) ne peut s’épanouir psycho-affectivement ni psycho-intellectuellement, les troubles (...) sont à rapprocher de ce contexte...  Dans un premier temps il serait préférable d’envisager quelques entretiens avec un psychiatre. Mme C... ne paraît pas prête à accepter une structure telle que le centre de guidance infantile alors qu’elle pourrait profiter elle-même d’entretiens individuels...” .
_______________________________________________________________

Traduction littérale : mon épouse est en train de bouffer notre fille.

Tout de suite j'en fais part à Nat, qui me dit "t'inquiète pas mon chéri, on tiendra face à tout ça..."

Je n'avais pas encore lu ses derniers vers...

(à suivre)



05.10.2010

Sur notre nuage - 3

J'ai enlevé la note interrogations, étant donné qu'elle sert d'exutoire à des personnes de mon ancien site, ce qui est j'ai l'impression inévitable.
Pardon à Cri-Cri d'avoir enlevé son com en même temps que la note.

Passons donc au sujet qui me préoccupe, et qui fait grincer bien des dents !

___________________________________________________________

Le passage à l'année 1994 se fera... dans un hôtel de Lorient, ma famille Bretonne, à cette époque en train de s'étriper préférant que ça se passe sans témoin. Je réussirai tout juste à parler 3/4 d'heure seul à seul avec mon presque-frère Jean-Yves.

Durant cette entrevue, je lui "avouerai" Nathalie. Pensant qu'il avait les idées larges comme au temps de notre jeunesse.
Mais c'est un cousin "installé" que je verrai, tant dans sa vie conjugale que familiale, qui me répondra du bout des lèvres que cela ne se fait pas.

Ce refrain, je vais désormais l'entendre souvent de la part de ma famille...
Du moins aux rares à qui, pendant les années 2000, j'en parlerai.

En attendant, Nat et moi poursuivons notre lune de miel. Comme je l'ai dit, nous bossons ensemble presque tous les samedis - ce qui arrange fortement mon autre collègue - tantôt l'un à 6h et l'autre à 8h, et inversement.
Quand je commence à 8h, je me fais non pas un devoir, mais un plaisir de lui apporter à chaque fois un bouquet de fleurs. Je ne vous raconte pas la gymnastique que je dois faire pour dissimuler le bouquet sitôt sortis de la boutique...
Les fleuristes peu à peu commencent à me regarder de travers !

Le plus souvent, je prends un énorme sac "Darty" - le même où elle met la cage de Pompon quand on est en balade afin de traverser les rues mendoises où à présent tout le monde me connaît. C'est que - malgré moi - je suis devenu un "notable", un mec qui tutoie le secrétaire général de la préfecture et qui de temps en temps trinque avec le député...

Ses séjours à Nîmes chez sa mère deviennent à nouveau plus espacés, Nathalie arrivant peu à peu à réaliser que sa mère ne tient pas tant que ça à la protéger du "porc", mais plutôt à faire en sorte qu'elle aussi soit toute seule, de manière à ce qu'elle vienne la voir.

Et arrive la Saint Valentin.

De ma part elle aura une bague en or, de la sienne je recevrai une gourmette en argent avec mon prénom. Gourmette que je me ferai un plaisir d'arborer, bien qu'à la base je n'aime pas trop ça...

Pour les vacances de Février, comme d'hab, moitié Paris, moitié Lozère. Là encore la femme de mon cousin Georges - 23 ans de moins que lui.... - me fera une remarque pas très sympa concernant mon "amitié" avec ma jeune collègue.
Bien entendu les 5 jours Lozériens sont fantastiques, même si des orages éclatent de temps en temps. Qui n'a pas eu de orages dans une vie de couple ?

A la fin du mois, nous allons chez mon autre cousin, Robert. Il habite - provisoirement - les Pyrénées et semble s'étonner de ma joie de vivre. A la fin du dîner, alors que les esprits sont désinhibés, j'entendrai la femme de mon cousin - 17 ans de moins que lui - nous dire à mon épouse et à moi, alors que pourtant, pas une seul fois nous nous étions disputés (record):


"Vous êtes au bord de la rupture, tous les deux".

Ce qui pouvait se traduire par "attention cousine, ton mari est amoureux"...

Et oui, cela se voit comme le nez au milieu de la figure !


Nous sommes en attendant très bien partis pour attendre ces fameux neuf ans, qui ne sont d'ailleurs plus que huit et demie. J'ai "sondé" mon épouse, qui ne me cache pas que retourner en Normandie lui serait d'une grande satisfaction. Avec ou sans moi.

C'est vrai qu'elle en était partie en courant, un jour d'octobre 1982 où, à la suite d'une énième humiliation de la part de sa soeur, elle avait pris sa 2 CV et avait parcouru d'un trait les 900 km qui la séparait de Briançon !

Notre fille est pour sa part très éveillée, et à certaines de ses blagues je vois bien qu'elle a plus ou moins pigé qu'entre son père et Nat il se passe quelque chose. Et ma foi, ça ne la perturbe pas plus que ça, tant que je peux rester auprès d'elle.

Dans notre disquette de poèmes, nous comptons désormais les semaines qui nous séparent du mariage et des beaux bébés que nous aurons. Ils portent même un nom : Jason et Marie.
Papa aura alors 51 ans et maman 34.

Ciel-mena-ant.jpgTout à notre bonheur, nous ne voyons pas les gros nuages noirs arriver.

Pourtant la tempête va être très rude, la menace viendra de trois endroits différents.

Saurons-nous l'affronter ?

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

04.10.2010

Sur notre nuage - 2

Les premiers mois allaient être idylliques.

Du moins en ce qui concernait notre amour. Car une visite de routine chez l’ophtalmo révéla une déchirure de ma rétine, qu’il allait falloir «recoudre» au laser. Cinq interventions très douloureuses, où j’ai pu comparer les réactions de mon épouse et de mon aimée.
En effet ma chère et tendre ne daigna pas venir une seule fois – pas le temps ! – alors que Nathalie, au contraire fut là à chaque séance, me tenant la main quand elle voyait que j'avais mal.

Il était prévu de longue date que les vacances de la Toussaint se passeraient en Normandie, après quelques jours à Paris, j’avais promis EuroDisney à ma fifille. 9 jours de séparation se profilaient, et c’est alors que le Destin nous fit un cadeau inattendu : la réussite de notre chef à son concours.
Et par conséquent ma nomination à sa place. D’où, bien entendu une bien moindre disponibilité parce que personne n’était prévu pour me remplacer.
Pour moi, cette période restera un sommet : Tandis que je vis des moments d’amour inoubliables, je suis le directeur départemental dans un métier que j’ai épousé par vocation, et en plus, dans mon département de prédilection.

Une fois n’est pas coutume, j’ai fait pleurer de joie mon père en annonçant la nouvelle. Là encore, comment allais-je gérer – plutôt digérer – mes nouvelles fonctions ? Allais-je, comme je l’avais vu et le verrai ensuite, me prendre le melon et considérer mes collègues comme des «grouillots» ? D’autant que mes deux «collaborateurs» sont en fait deux collaboratrices !  Deux femmes dont l’une a été presque une amie pendant quelque temps, et l’autre…


Deux femmes qui ne s’entendent pas du tout, en plus.
Sans compter la charge de travail, il allait falloir bosser avec une personne de moins. Enfin, bémol quand même car notre chef ne consacrait pratiquement pas de temps à sa fonction, donc la différence ne se verrait que peu.
Allai-je, moi qui n’avais jamais envisagé la chose, avoir la compétence – et la pédagogie – nécessaires pour assurer ce nouveau rôle, celui de dirigeant ?

Mes chevilles dussent enfler, durant les 4 mois où je serai en poste, hormis une fatigue de plus en plus pesante, je remplirai fort convenablement mes fonctions. Je faisais appel à des «polyvalents itinérants» (ce que je fais aujourd’hui) durant les congés, et passerai un accord avec ma seconde collègue, celle de 35 ans. A savoir qu’elle pouvait venir les jours de son choix, à la condition expresse que le boulot soit bouclé à la fin du mois.

Quand à ma « jeune collègue », forcément nous dûmes changer nos horaires pour que je puisse assurer à la fois la fonction de directeur et celle d’exploitant. A savoir que je ferais tous les samedis, et un dimanche sur 3. Et Idem pour elle, qui en plus venait m’ «aider» - et purement bénévolement – les dimanches après-midi où je travaillais.

Bien entendu, durant ces week-ends, nous ne faisions pas que nous regarder dans les yeux ! Nous bossions aussi comme des malades, galvanisés par notre amour qui nous donnait des ailes.
Finalement, notre entreprise aura tiré un grand bénéfice de tout cela… Du moins jusqu'à fin février. Mais on y reviendra…


Donc, pour la Toussaint, je maintenais mes trois jours à Paris, et donc Eurodisney, mais hélas (lol) je «devais» rentrer juste après, de par mes nouvelles fonctions.

Et ces jours-là, c’est intégralement chez Nathalie que je les passerai. Je ne grimperai à mon second étage que pour éplucher le courrier !
Et c’est aussi pendant ces jours-là que, progressivement, je ferai découvrir le sexe à ma jeune aimée. Et qu’en même temps, je réaliserai, moi, ce que cela peut être quand deux personnes s’aiment à la folie… Loin, très loin de la "porcherie" prônée par belle-maman.
Jusque là, si elle n’avait rien connu de ce côté, je pourrais dire que finalement moi non plus en fait.
Certes j'ai eu beaucoup de "partenaires" - je déteste ce mot pour les choses de l'amour, ça fait penser à un tournoi de belote ! - mais jamais, au grand jamais, je n’avais éprouvé de telles sensations avec une femme. Moi qui pensais avoir tout vu de ce côté-là, et bien je ferai finalement une bien belle découverte…
Oui, novembre 1993, LE sommet de notre amour.

D'autant que, pour la première fois, mon épouse avait réussi à passer trois ans sans crise...

18:10 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

03.10.2010

Sur notre nuage - 1

L'insouciance n'aura pas duré longtemps dans notre tout jeune couple, Nathalie et moi.


Car dès le lendemain, au boulot,  LA question inévitable arrive sur le tapis.

Nathalie, après avoir longtemps cru, longtemps nié que l'amour entre deux personnes puisse exister, vient à présent de le découvrir, et ayant su ce que c'était, ayant connu la félicité que cela pouvait procurer, ne compte pas en rester là.
Elle veut, ni plus ni moins qu'on se marie, et qu'on ait des "beaux bébés".

Que dire, sinon que je suis ravi ?
Ravi de pouvoir fonder une famille avec la femme que j'aime au plus fort de mon être, ravi de donner des frères et soeurs à ma fille, qui est à l'âge où on souffre le plus d'être enfant unique.

Mais en jetant un coup d'oeil sur mon annulaire gauche, j'y vois un cercle de métal qui compromet pas mal ces beaux projets. (J'ai bien écrit "ces", et non pas "ses", car ce sont NOS projets).

En fait il y a trois solutions :

1)  Continuer cet amour "clandestin", en profitant bien du fait que nous sommes collègues et voisins, sans remettre en cause pour autant mon "couple légitime".
C'est la solution "traditionnelle", dite "ménage à trois", celle où l'épouse "bafouée" (que de guillemets mon Dieu !) subit la situation de peur que son mari ne la largue. Très courant, mais...
Pas de ça chez moi. Nat ne mérite absolument pas ce rôle de "maîtresse cachée".

2) Carrément divorcer, puisque de toutes façons l'on ne s'entend plus mon épouse et moi.

Déjà envisagé ! Et bien avant de connaître Nat ! Depuis que chère et tendre a jeté mes parents dans la neige à Noël 1990.
Et là, je m'étais renseigné auprès d'un avocat pour savoir au bout de combien de temps je pourrais être divorcé.
La réponse avait été sans appel :
"Tout dépendra de votre épouse. Si elle veut faire traîner les choses, cela peut aller jusqu'à 5 ans...
Et sachez bien qu'une fois divorcé - à vos torts donc -, votre épouse obtiendra sans nul doute la garde de votre enfant...
- Malgré la maladie de sa mère ?
- Sa mère est-elle dans l'incapacité totale - je dis bien totale - de s'occuper de sa fille ?
- Non mais...
- Voilà... "

Nanti de cette réponse-là, je parcours ma collection - environ 500 numéros, que ma chère et tendre jettera au feu - du  Particulier, qui me confirmera bien la chose.

Sachant tout cela, et sachant aussi qu'à chaque scène à laquelle j'ai droit depuis nos 10 ans de mariage, sa réplique est invariablement "Puisque c'est comme ça, moi, j'fous l' camp en Normandie", ne la voyant pas trop rester à Mende si j'étais marié avec Nat, j'imagine sans peine qu'elle irait se réfugier chez ses parents.
Avec notre fille.
Notre fille qui est détestée de ces gens-là.

Donc, résumé des courses:
Divorce = perte de temps + le malheur de notre fille. Notre fille, qui a déjà pas mal "dégusté" avec la maladie de sa mère, apparue quand elle avait un an.

Reste la troisième solution,  un truc un peu fou...
Ce que je vais lui proposer.


Elle s'inspire un peu de la première mais pas dans le même sens.
C'est à dire qu'effectivement, nous continuons à nous "aimer clandestinement", mais pas de façon éternelle. C'est à dire nous fixer une date butoir, celle où ma fille pourra éviter de vivre là où elle ne veut pas - où que ce soit - c'est à dire jusqu'à sa majorité.

Oui, j'avais prévenu, c'est fou à première vue..
Ce serait - un peu à la manière de Bruel - se donner rendez-vous dans 9 ans. Mais se donner rendez-vous à la mairie.
Neuf ans ça peut paraître énorme, mais ce sera tout de même neuf années où nous continuerons d'être ensemble. Pendant lesquelles bien entendu j'expliquerai les choses à ma fille. Que par exemple, il n'y a pas de bouton "arrêt" pour les choses du coeur. Ces neuf années passeraient vite à côté de celle - éprouvante - que l'on vient de traverser...

Et puis cela, surtout, atténuerait notre différence d'âge. Je le verrai dans les semaines à venir, en l'an de grâce mil neuf cent quatre vingt treize, il est très mal vu de voir une jeune femme de 25 ans donner la main à un mec de 42.
Mais un homme de 51 et une femme de 34, ça passe nettement mieux, c'est même courant (à tel point que depuis dix ans Leclerc a basé sa pub radio sur ça, sur le couple à différence d'âge).

Bien entendu, Nathalie est libre de "quitter le jeu" à tout moment, je m'impose cette épée de Damoclès, ne voulant pas hypothéquer sa jeunesse.

Et tout cela, je lui écris dans une lettre, que je dépose dans sa boîte. Qu'elle lise tout mot par mot, qu'elle ait le temps de réfléchir.

J'aurai la réponse "par retour du courrier", à savoir le lendemain.


                                                            ♥♥♥♥♥♥♥♥♥



Elle me dit qu'elle est d'accord, qu'elle saura attendre ces neuf années, si c'est pour pouvoir nous aimer au grand jour et avoir nos "beaux bébés".
Mais elle pose une condition :

Qu'elle arrive vierge au mariage.

Pas de souci... Je saurai attendre.

En ce début septembre, après une année de tourments, la situation est enfin claire, limpide pour nous deux.
Il ne nous reste plus qu'à attendre, attendre ce 17 septembre 2002 qui sera pour nous la Porte du Bonheur.

Si, bien sûr, le Destin en est d'accord...

 

Gérard Lenorman- Le Funambule.mp3

 

(à suivre)

 

18:52 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

02.10.2010

Vers les étoiles - 8

A partir de là, nous allons être soulagés. Nous avons franchi une étape de plus dans notre "relation". Mais si les sentiments sont là, pour l'instant c'est hélas le non-dit qui l'emporte.

Nous avons pris l'habitude, depuis quelques semaines, d'écrire des poèmes sur tout et n'importe quoi.
Cela sur une disquette, que nous cachons bien soigneusement au boulot. Celui des deux qui est absent écrit quelques vers que l'autre pourra lire à son retour.
Ce sera une sorte de journal intime à quatre mains, que nous poursuivrons pendant presque un an.

Ce journal va nous permettre de crever l'abcès, le 8 juillet 1993.

Alors qu'elle s'y demande ce qui lui arrive, quel est ce sentiment qu'elle n'arrive pas à nommer, m'y prenant le plus doucement possible, je prendrai alors la plume (enfin le clavier) à mon tour, pour lui dire que le sentiment qu'elle ressent n'est ni plus ni moins que de l'amour. Celui des films. Celui des livres. Celui de la plupart des gens qui sont prêts à le recevoir.

Alors nous allons faire une chose que nous crevons d’envie de faire depuis des mois et des mois: Nous toucher.
Nous serrer l’un contre l’autre. Nous allons le faire pendant de longues, longues minutes, être enveloppé par l’autre, se sentir.

On se croit sur un petit nuage. On est bien. Du reste comment a-t'on pu exister avant cela ?
A partir de ce moment-là nous allons rattraper le temps perdu, et déjà danser de nombreux slows – on arrivera même à le faire en public – d'une façon très très langoureuse.

Certes, une étape est franchie – et quelle étape – et il est évident que des décisions sont à prendre. Mais pour l’instant, on savoure. Pas question de gâcher notre bonheur, le moment de revenir sur Terre viendra bien assez vite.

D’autant que se profile un spectre, auxquel bien sûr nous avons songé, mais qui prend une toute autre dimension sous ce nouvel éclairage :
Nos vacances d’été…

Afin de ne pas trop se séparer, nous préférons prendre au même moment nos 3 semaines. 3 semaines qui en fait auront un petit « entracte ». Car... nous allons nous croiser, et très loin !
Moi, je vais déposer ma fille en Haute-Savoie, puis passer notre semaine habituelle à Lons Le Saunier, puis 3 jours à Londres et le reste à l'avenant, en descendant : Belgique, Ardennes, Alsace.

Nat de son côté va passer 10 jours chez sa sœur dans le Pas de Calais, puis descendra se faire dorer dans le midi.

Et il se trouve - nous ne l'avons pas fait exprès, billets et hôtels sont réservés depuis longtemps à l'avance - que le 11 août, nous serons dans le même département, le Pas de Calais !

Miracle, nos deux "chefs" - mon épouse et la mère de Nat - sont d'accord pour que Nat et moi nous nous voyions. Il est même prévu pour elle un "quartier libre" pour cette fameuse journée du 11.
Cette immense coupure sera ainsi atténuée, au lieu d’être séparé d’elle près de 4 semaines non stop, ça fera 12 jours d’un côté, 15 de l’autre.

Mais pour l’instant, place à l’euphorie. Je me souviens par exemple d’un déplacement de 36h à Montpellier, durant lequel je marchais littéralement à côté de moi. C’était le 13 juillet, j’avais dans ma poche un de ses poèmes, que je lisais et relisais en marchant.
« tu illumines ma vie. Rien ne pourra jamais nous séparer ».

Ce jour-là, effectivement, je ne voyais pas trop ce qui pourrait nous séparer. Alors que j’étais dans la ville de celui qui allait pourtant réussir à le faire. Il lui faudra trois ans et demie, trois ans et demie de coups de boutoir interrompus, mais il arrivera à ses fins.

Nous allons continuer la disquette de poèmes que j’avais inaugurée. Mais les sujets ne seront, bien sûr, plus les mêmes ! Bien entendu on est des brêles totales en informatique, et nous nous imaginons qu’en faisant ça sur disquette, qu’en éliminant les éventuels fichiers temporaires crées, qu’en «compressant» le disque, aucune trace n’était visible. De vrais petits enfants innocents.

Le 23 juillet, alors que mes nanas "légitimes" regardent un spectacle de hard-rock (!) gratuit je n’ai qu’une seule envie : aller rejoindre ma Natounette chez elle. Je prends prétexte que cela ne me plait pas, et je leur fais savoir que je rentre. Mon épouse, qui a de plus en plus de soupçons, se lève aussitôt. A la grande désillusion de ma fille.
« Oh non maman, t’avais dit que tu resterais jusqu’au bout »… Et moi, machiavélique – ce genre de situation rend machiavélique – dis à ma chère et tendre que sa fille a bien le droit d’écouter de la musique, et qu’il n’est pas nécessaire d’être en « délégation » (je reprends ses propres mots) pour cela. Et je réussis à partir.

Là, danger, car se trouve aux aguets le voisin-amant de mon épouse. Oui, car je n’en avais pas encore parlé, mais entre le voisin et mon épouse, il se passe pas mal de choses les après-midi où je bosse. Ce sont des « mauvaises langues » qui me le raconteront, mais mon épouse elle-même le confiera à ma cousine. Moi, je le répète, je ne désire plus mon épouse depuis des années déjà, et ma foi, si ça peut leur faire plaisir de faire des galipettes...
Nat et moi sommes bien au-dessus de ça…
Nat et moi, c’est à la fois cérébral et tactile. Pas une seule fois je ne pense à dégrafer son chemisier, son soutien-gorge pour voir ce qu’il y a dessous, mais en revanche, pouvoir la toucher me propulse dans un nirvana incroyable. Et pour elle, c’est pareil.

Donc, je file direct chez Nat, en ayant pris soin de mettre un mot sur le téléphone de notre appartement «je suis chez Nat, je reviens tout se suite». J’ai couru pour venir de la place de la Cathédrale à la maison (800 m). Connaissant l’allure de mon épouse, je sais que j’ai au moins 10 mn d’avance, dans la mesure où elles rentrent tout de suite.

Et là va arriver sur la scène le réveil de Natou. Ce fameux réveil qu’elle mettra sur une étagère, et qui nous indiquera désormais le temps qui nous reste.

Pendant ces instants volés chez elle, d’abord des slows langoureux puis..., au lit !

Au lit tout habillés !!! Nous faisons comme « plus tard », quand nous serons mariés, car elle m’en parle de plus en plus. Nous n’enlevons pas un seul vêtement, mais nous nous serrons fort l’un contre l’autre.  Pas très satisfaisant sur le plan sexuel mais ça fait tellement de bien…

27 juillet, jour de sa fête. Je lui offre une montre plaqué-or. La tête de mes deux nanas, qui pourtant ne manquent de rien… Dès le lendemain, ma chère et tendre ira s’offrir une montre deux fois plus chère ! Après tout, elle a sa CB....

29 juillet, dernier jour où nous travaillons ensemble avant ces foutues vacances. Inutile de dire qu’elle est triste. Même si elle sait que le 11 août on pourra de nouveau se serrer l’un contre l’autre… Mais qu'ils seront longs ces douze jours...

Lons le Saunier... Londres... Bruxelles...Strasbourg....Bregenz...
Cet été-là j'aurai fait des tas de villes, et je n'en profiterai pas. Londres surtout, où je me promets de revenir quand j'aurai l'esprit un peu plus libre...

Je passerai sur nos retrouvailles, qui seront à la mesure de notre amour.

                                                      ♥♥♥♥♥♥♥♥♥               

En cette fin août 1993, c'est cette fois mon épouse qui commence à déprimer. Mon épouse, hyper intuitive, et qui doit bien se douter de quelque chose, me demande d'aller passer la semaine qui reste avant la rentrée en Normandie, dans sa famille.

Sait-elle qu'en faisant ça, elle introduit le loup dans la bergerie ? Merci la SNCF et sa carte Kiwi, qui a permis cette semaine-là, de requinquer mon épouse et de me laisser -enfin - seul avec ma bien-aimée.

Lundi 30 août.
Nous dînons chez elle. Puis, série slows, dont le fameux Jamais loin de toi, qui la fait toujours vibrer.

Il fait doux. La journée a été du genre torride mais en Lozère les soirées sont fraîches. Et plus encore si l'on monte en altitude. C'est ce que l'on fait en grimpant les pentes du Causse, là où Laurent Jalabert s'illustrera deux ans plus tard dans le Tour de France.

La soirée est au romantisme, si bien que j'arrête la voiture pour me blottir dans ses bras. On y est si bien...
A la radio passe justement Jamais loin de toi, qui est devenu ce qu'on appelle un Hit dans le jargon des radios.
Et là, je me peux m'empêcher de mettre mes lèvres sur les siennes.
Elle ne me dit rien, me laisse faire.
Alors je risque le tout pour le tout, et je vais jusqu'au bout.

Je m'attends - comme dans les films - à la baffe retentissante, mais non. Elle a l'air d'apprécier. Et ce baiser va durer de longues, très longues minutes. Nos langues vont rattraper ces douze mois où nous nous serons tant retenus..

(à suivre)

 

Retour

Retour de ce stage de psychologie où j'ai appris pas mal, et même sur des choses auxquelles je ne m'attendais pas.

D'abord ma capacité de pardon !

Dans la note "je n'aurai plus jamais de chef"

http://cicatrice.hautetfort.com/archive/2010/08/31/je-n-a...

Je traitais le chef que j'avais eu à Embrun entre 1984 et 1987 de "caractériel". Je n'oublie pas, certes, que lors de la première crise de mon épouse, j'ai eu beau le supplier mais je n'ai pu avoir deux jours pour l'accompagner dans sa famille.

Mais 5 ans de retraite ont apparemment transformé le bonhomme, à qui j'ai quand même rappelé ses petits coups de griffe... Et quand à moi, je suis du genre à pardonner à tout le monde (une seule personne fera exception) et donc nous avons pu enterrer sans souci la hache de guerre.

Mais dans ce stage, je serai placé à côté d'un mec qui bosse actuellement avec Nathalie. Et du coup j'aurai des nouvelles. Dont je ne sais pas si on peut dire qu'elles sont bonnes ou mauvaises. On y viendra.

Voilà, Nathalie elle arrive pour le tome 8, je vous embrasse.

 

25.09.2010

Vers les étoiles - 7

Nat, écartelée, replonge de plus belle dans la dépression.

Triplement écartelée, puis-je avancer avec le recul que j'ai. D'abord, elle est amoureuse (enfin ressent quelque chose pour moi, elle ne sait pas ce qu'est être amoureuse) mais en est-il de même pour moi ?
Car sa chère maman lui a bien dit que les hommes faisaient la cour aux dames pendant un certain temps puis allaient directement à l'essentiel. Or moi, cela fait déjà plus de 8 mois que l'on se connaît, que l'on s'apprécie, mais je n'ai rien tenté. Alors je ne l'aimerais pas ??

Ensuite, sa chère maman toujours, qui me déteste cordialement. Et ça, Nat ne peut le supporter.

Enfin mon épouse, qui lui témoigne de plus en plus d'affection. Du coup Nat est de moins en moins à l'aise.
Elle parle sans cesse de mourir, et me fait même une brillante démonstration un jour où nous partons en tournée d'inspection. Les virages pris à gauche, sans visibilité, les dépassement très limite, et j'en passe.

On se tourne autour tous les deux, sans s'avouer quoi que ce soit. Parce que ce n'est pas bien. Parce qu'on ne doit pas. Verbotten !!

Pour toutes ces raisons, elle "balançait" pour venir ou pas à la communion de ma fille, le 27, et ce sera finalement oui.

Ce jour-là sera hyper-important dans notre relation (c'est elle qui emploie sans arrêt ce mot) car à partir de là ma mémoire défaillante sera aidée par des traces audio-visuelles...

Déjà pour un père c'est une date historique de voir sa fille communier. Certes, ce n'est pas St Germain des Prés comme pour moi, mais quand même la majestueuse Cathédrale de Mende.

Alors, pendant la messe, je mitraille. Ma fille par devant, ma fille sur le côté, ma fille par en-haut...
Le parrain de ma fille, qui est -aussi- photographe professionnel, prend beaucoup de clichés noir et blanc.
Il mitraille ma fille, mais aussi mes parents et moi, assis dans la même travée. Sans se rendre compte qu'entre mes parents et moi se trouvait une certaine jeune fille habillée comme dans l'ancien temps...
Avec une mantille sur son visage.

Fin de la cérémonie. Mes parents, moi et Nathalie sommes les derniers à sortir.
Le hasard nous fait passer le porche en même temps elle et moi, sous les yeux émerveillés de mon père, qui ne pourra s'empêcher de dire :
"On dirait deux jeunes mariés."

Nathalie ne s'offusque pas. Elle sourit...

C'est à cet instant précis que je réalise qu'il faut que je "force la porte".
10 mois qu'on se connaît à présent, qu'on s'apprécie, qu'on s'aime puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, il faut que je crève l'abcès. Absolument.
Reste à trouver le moment propice...


J'ai assez souvent critiqué ma belle-famille que je peux, là, m'autoriser à leur dire merci.
Pourquoi ? Parce qu'ils ont amené un camescope. Avec lequel je suis chargé de filmer ce dimanche.
Je me suis doté de deux cassettes de 45 mn chacune, et j'ai bien l'intention de faire "the" film.

Effectivement, les deux cassettes y passeront. Je vais filmer "au feeling", mettant en boîte les plans qui me paraîtront les plus importants. Ainsi, j'insiste 5 bonnes minutes sur la découverte par ma fille de son gâteau de communion. Un plan qui vaut son pesant d'or...
Je filmerai partout : dans l'église, à la maison, dehors, en balade à Sainte Enimie l'après-midi...
Sincèrement, vraiment sincèrement, je suis content de mon "oeuvre" que je fait visionner dès le lendemain par le "conseil de famille" réuni chez moi.

A vrai dire, ils ne seront que modérément contents. Une tante à mon épouse dira "mais dis donc, la voit pas beaucoup la petite communiante".. alors que j'ai filmé ma merveille de fille pendant quelques 35 minutes.

Non, le problème est que...Nathalie sera présente sur l'écran
...durant près d'une heure !

Tout le monde rouspète, bien évidemment, sauf... ma fille. Ma fille, la principale intéressée,  qui s'estimera satisfaite de la grosse demie-heure que je lui ai consacrée.
Un plan est décisif, très révélateur de ce Nathalie pouvait souffrir à cette époque-là. : celui où je fais semblant de faire un jeu radiophonique et où j'interwieve Nat. Je lui pose - sans le savoir - une question qui la touche et je la vois grimacer, puis pleurer.
Ce plan, entre 2000 et 2003, j'ai dû me le passer environ 200 fois.

Oui, je crois qu'il n'y a pas de temps à perdre, si je ne tiens pas à déclarer ma flamme à une pierre tombale.
Ca tombe bien, une tournée est prévue pour le mardi. Ce sera le moment idéal.

Tournée qui a bien failli ne jamais arriver. Car Nat a de plus en plus l'impression que la fais marcher. Et si, finalement elle avait tout faux ? Et si je ne faisais que m'aamuser avec elle ?
Pas de doute, ma déclaration se fera aujourd'hui.

La tournée commence - encore - mal. Nat ne desserre pas les dents. Silence pendant les 50 premiers kilomètres.

On arrive dans un village nommé Grandrieu. Les personnes que l'on va voir sont lees parents de nos voisins. C'est à dire qu'il se situent entre nos deux appartements à Nathalie et à moi.


Je stoppe la fourgonnette, la regarde droit dans les yeux. 
" Nathalie, si je n’étais pas marié et si j’avais 10 ou 15 ans de moins, pourrais-tu alors envisager de faire ta vie avec moi ?  ”

Elle ne répond pas, détourne les yeux, gênée.
Et on rentre chez les gens qui nous attendent.

Qui nous servent, à 10 h du mat, un verre de gnôle titrant un nombre impressionnant de degrés...

C'est un peu un mélange de " quand harry rencontre Sally" et "les Bronzés font du ski"...

Je regrette vite mon audace. C’était tout ou rien, et bien ce sera donc rien. Encore heureux si elle veut encore de moi comme "meilleur ami" !

Je sors - elle aussi -  en titubant. J’ai un peu abusé de l’alcool pour “oublier” ma connerie, ma question. Et je démarre, me fichant comme d’une guigne d’un éventuel ballon gendarmesque ! 

On ne fait pas 10 mètres que Nathalie me lance: “tu m’as bien posé une question tout à l’heure ?»

Je manque de dire, comme Barthez, «laisse tomber, c’est une cônnerie». Mais quand même, je tiens à assumer, et  lui réponds «ben oui…».

Elle me fixe alors de ses yeux bleus magnifiques, et me dit :
«Bon».

Un temps, interminable pour moi, mais qui n’a pas dû dépasser les deux secondes.

«Alors la réponse est oui..”

 

 

                                                  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE. La suite dans une semaine, car je pars demain matin très tôt en stage. Dernier stage de ma carrière, un stage de "préparation à la retraite".

Si vous voulez savoir comment, au bout d'un an pile, j'ai réussi à l'embrasser, puis mieux encore.
Si vous voulez savoir comment j'ai géré les quelques mois où j'ai atteint mon bâton de maréchal.
Si vous voulez savoir comment on essaie de détruire un couple en le harcelant.
Si vous voulez savoir ce qu'est vraiment une dépression, une vraie, celle qui te transforme en zombie.
Si vous voulez savoir ce qu'est un "vrai" couple, qui arrive à survivre pendant 3 années malgré tous les coups qui lui sont portés..

Alors rendez-vous à partir de la semaine prochaine, sur cette même antenne !

Je vous embrasse.

 

 

 

24.09.2010

Vers les étoiles - 6

Le 17 mars au matin, mon épouse monte dans ma chambre et me tend une enveloppe.
"c'est pour toi"..
Je reconnais tout de suite l'écriture. J'avoue que j'hésite à l'ouvrir, car connaissant Nathalie, ça peut être tout bon ou tout mauvais.

Bah, dans les deux cas ça précipiterait les choses...

C'est du bon.
Du très bon même, inespéré dirai-je. Une carte de bonne fête où elle a écrit un petit poème :

"En ce jour aussi joli / Je fais un gros bibi / A mon meilleur ami / De toute une vie"

Son meilleur ami de toute une vie. Il faut connaître le contexte pour comprendre ce que ses mots veulent exprimer. En me hissant au grade de "meilleur ami de toute sa vie", cela signifie tout bonnement que je suis la personne qui compte le plus pour elle. Elle ne peut pas faire plus...

Car je le répète, Nat n'a encore jamais éprouvé de l'amour pour un homme, elle ne sait donc pas par quoi ça peut se traduire. Elle "se sent bien avec moi" - elle me l'a souvent dit - et a de plus en plus de mal à être séparée de moi. C'est quoi docteur ? C'est pas de l'amour ?

A la manière de Mr Jourdain, Nathalie était depuis longtemps amoureuse de moi sans le savoir. Mais d'autres - comme Michel, notre chef - le savaient déjà...

A propos de docteur, mon corps va réagir très positivement à cette annonce. Déjà le soir même je sors de ma chambre, et descends dans la salle, chose que je n'avais pas faite depuis plus d'une semaine.
Le lendemain je fais quelques pas dehors, et le surlendemain, je téléphone au boulot pour leur dire que je peux reprendre doucettement.
Ma fièvre tombera très vite, en deux jours, tandis que ma toux s'estompera en quelques semaines.

Le docteur "pessimiste" confiera à mon épouse qu'il n'a jamais vu ça de sa vie.

Et pourtant....
Il aurait dû lire le magazine Psychologies de janvier 1992 - 13 mois auparavant - qui expliquait ce phénomène :

psycho2.jpg

 

 

 



Donc voilà. Je l'aime et elle m'aime. Elle ne peut pas me le dire "directement", aussi use-t'elle d'autres mots pour l'exprimer. Pour ma part, c'est tout ce que je demande. De savoir qu'elle a les mêmes sentiments que moi, et que par la double grâce du travail et de l'immobilier, on aura des tas d'occasion de se voir.

En cette fin mars, je suis le plus heureux des hommes. Certes, je ne pourrai pas la prendre dans mes bras, certes je ne pourrai pas l'embrasser - voire plus - mais ce statut de "meilleur ami" nous satisfait très bien l'un et l'autre.


En fait il va nous satisfaire... pendant 3 petits mois.

Moi qui suis la politique à fond, les législatives me passent complètement à côté, alors que pourtant, et à mon grand désespoir, la droite est revenue au pouvoir. Et pour longtemps.

 Le vendredi 9 avril, soudain changement d'attitude : elle ne veut plus me parler.
La raison : conversation téléphonique avec sa mère, qui n'apprécie pas le nouveau meilleur ami de sa fille. Qui continue son credo : je n'ai qu'une idée en tête, et je ne suis qu'un porc comme les autres mâles de la planète.
Madame aurait-elle oublié ce qu'était l'amour ? L'a-t'elle au moins connu....?

  Je mettrai des heures et des heures pour la remettre en confiance, mais pas de doute, Nat est comme moi : écartelée. Hélas ça ne suffit pas de s'aimer, il faut l'être en communion avec les autres. Et là c'est loin d'être le cas.

Les vacances de Pâques sont un formidable test pour mesurer l'intensité de nos sentiments : J'ai réservé une maison, sur la plage, près de Lorient, au milieu de tous mes cousins/cousines.
Et pas pour une semaine, pour 15 jours.

Il fera un super beau-temps pendant ce séjour. Ma famille - tous confondus - me réservera un accueil chaleureux. Nous irons même faire des escapades, notamment à Rennes, St Malo, Dinan, Brest, Quimper, Pointe du Raz...
Cependant, durant ces vacances qui en d'autres temps auraient pu être exceptionnelles, moi, je...compterai les jours. Les jours qui me séparent du retour. Qui me séparent d'elle.

Et elle ? Et bien, elle me demandera de l'appeler d'une cabine tous les jours où elle bossera !! Et ces conversations sans fin.


Retour - enfin ! - au bercail.
Trimestre décisif pour notre fille, qui doit cravacher si elle ne veut pas redoubler son CE2. Il lui faut à tout prix un soutien scolaire, ce sera... Nathalie qui se proposera ! Entre les deux règne une complicité de plus en plus évidente.

Mais mon épouse commence à se douter de quelque chose. Déjà les 9 kilos que j'ai perdus depuis septembre ne sont pas tous à mettre sur le compte de la maladie, et elle le sait.

Mais c'est "autre chose", la fameuse intuition féminine...Toujours est-il qu'elle me fait de plus en plus de scènes, sur tout et n'importe quoi. Ce qui m'enlève du même coup pas mal de remords, d'oser ressentir des sentiments pour "une autre". Comment rester avec une telle mégère, même si je suis conscient que c'est la maladie qui l'a rendue comme ça ?

Et puis, désolé, mais je n'ai rien demandé, rien recherché... Ca serait bien si on disposait d'un petit bouton "reset" que l'on actionne lorsqu'on tombe amoureux alors que c'est règlementairement interdit, vous ne croyez pas ? Hélas ça n'existe pas...


(à suivre)