28.10.2010

L'espoir (septembre-octobre 1997)

Napoléon a eu ses 100 jours, moi j’aurai mes 50.

 

Le soir même, nous étions à Limoges. C’est dire que chère et tendre bourrait comme pas possible !
Le lendemain matin, comme on se l’était promis, je téléphone à Nat d’une cabine.

Elle semble aller mieux. Me dit qu’il ne faut pas prendre ça au tragique, qu’on se retrouvera dans 5 ans pour la bague au doigt et les beaux bébés.
Un peu de soleil dans mon cœur…

Ensuite, c’est de nouveau flou dans ma tête.
Je sais que le lendemain soir nous avons couché au Formule 1, que le surlendemain nous avons emménagé. Bonjour l’emménagement !! Déjà caser un 100 mètres carrés dans un 80 n’est pas évident (on fera mieux ensuite !) mais l’appartement, dans une résidence chic, était quand même au second étage….

Dans cet appartement, situé dans la résidence « Les Jardins du Port » au sud de la ville je ne vivrai que 15 mois. Mais sans aucun doute les pires mois de ma vie…
Cependant, et c’est bizarre, j’en garde un bon souvenir ! Sans doute la vue sur le port et le passage des voiliers sous mes fenêtres...


Je serai assez bien accueilli par les collègues, et à merveille par le temps.
En effet ce mois de septembre 1997 sera – et de loin – le plus ensoleillé et le plus chaud que Vannes ait connu. Plus de 25 degrés tous les jours avec des pointes à 30, quasiment pas une goutte de pluie !

C’est alors que l’espoir va petit à petit renaître en moi.

Car, ne l’oublions pas, je ne suis désormais qu’à ¾ d’heure de Lorient, ma ville chérie, là où j’ai passé des Noëls magiques et des étés merveilleux.

Effectivement, les 5 premiers week-ends seront bien remplis : Tantôt c’est nous qui irons voir la famille, tantôt c’est la famille qui ira à nous. En tout cas, quel plaisir que de les quitter en se disant qu’on s’arrête 60 km plus loin. Moi qui avais toujours rêvé d’habiter en Bretagne, et bien ça y est mon gars, tu t’y trouves ! Même si le contexte n'est pas précisément des plus favorables...

Nathalie téléphone régulièrement. Au moins une fois tous les deux jours. Tantôt à la maison, tantôt au boulot. Où elle continue de me soutenir, de me dire que pour elle ça se passe bien dans son nouvel univers, et qu’il ne faut pas que l’on quitte des yeux le 18 septembre 2002, les 18 ans de ma fille, le jour où je me sentirai libre de vivre ma passion, après quand même 10 ans d’attente !

En attendant, pour son entrée en 5ème au collège Jules Simon, ça ne se passe pas terrible pour elle.
Déjà, décalage horaire ! A 7h15, quand elle prend son bus…. Il fait encore nuit ! Certes de l’autre côté c’est sympa, d’avoir un peu plus de soleil que les autres, mais cette tranche de soleil, il faut la rendre le matin…

Ensuite, après 13 ans passés au sud du 45 ème parallèle, elle a un peu l’accent « channtant », et du coup devient l’attraction durant les interclasses. Elle s’est longtemps demandée pourquoi on discutait énormément avec elle de tout et de rien, jusqu’au moment où une nana s’est adressée à une autre en lui disant « rends-moi mes 5 francs, elle n’a pas autant d’accent que tu le dis. » 

Mais ça, elle l’a oublié, elle qui ne jure plus désormais que pour « sa Bretagne », elle oublie la façon dont elle y a été accueillie.

Chère et tendre ne perd pas de temps. Après l’ « opération-voiture » en 1966, là c’est carrément l’ « opération-construction » ! Je me souviens du jour où elle est venue me chercher au boulot, m’emmenant signer des papiers au Crédit Foncier !

Moi à la limite je m’en fichais, cela faisait un certain temps que je n’avais plus regardé mon compte en banque, et le fait que je ne reçoive pas de nouvelles de celle-ci me faisait penser que je n’étais pas dans le rouge écarlate.

Mais, dans un sursaut, c’est quand même à trois que nous avons acheté le terrain !

Et en ce début octobre 1997, je me disais que ma foi, j’étais peut-être sorti du trou. D’autant que mes collègues ne m’avaient fait aucune remarque sur mon travail…

 

Jusqu’au 15 octobre.

Où le chef me posera des questions sur mes aptitudes, vu les énormes lacunes qu’il entrevoit en moi, et me montre pour appuyer ses dires une lettre du tortionnaire. Où ce sale type raconte tout de go que je ne suis qu’un dépressif incapable… Il ne m'aura pas laissé une seule chance :(

 

J’ai noté la date sur mon agenda.

Date où Nat m’appelle à la maison, l’air affolé.

« Quel jour travailles-tu prochainement ?
- Dimanche.
- Ok. Bisous ».

Et elle raccroche.

Le dimanche matin, téléphone.
C’est elle. En larmes.

« C’est fini, il ne faut plus se voir. Ils sont trop nombreux contre nous, on ne tiendra jamais. Je sais que c’est dur, mais je ne crois pas que l’on tiendra encore 5 ans comme ça…. »

Comme ça…. C’est à dire vraisemblablement sous la pression.
Belle-maman a dû sortir les arguments décisifs.

Moi je suis KO debout, le choc est heureusement amorti par les médicaments.

Médicaments dont j’avais gardé en cachette un bon stock (j’avais deux médecins à Mende, plus le psy, et je faisais peu à peu mes provisions), et dont je vais à présent doubler la dose.

Après Zombie, voici Super-Zombie qui fait son entrée chez les Bretons !

Où je vais me traîner, allant d’illusions en déceptions, pendant un peu plus de 63 mois…

Je ne me serais pas pensé si résistant !!

A mardi, je vous embrasse.