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18/12/2010

La Révélation (été 2003)

Je reprends là ma "saga", profitant du cyber Jurassien. Le trajet fut assez épique pour arriver à Lons, mais partant de chez moi à 15h, pour arriver à 19h, grâce aux bons soins des autocars Mont-Jura et de la SNCF, j'y suis parvenu. Je n'aurais pourtant pas parié un kopek sur mes chances de "réussite".
Idem pour parvenir du taf jusqu'au cyber, la neige s'étant tassée : 35 minutes chrono pour 650m.
Vive les services de déneigement de M. Pélissard, Président des maires de France !


Saga donc.
Si le mois de juillet 2003 va me voir réconcilier avec les gens via internet, média qui me prouvera que je ne suis pas si horrible que je peux le penser, le reste de ma vie ne sera pas très cool.

Mi-juillet, mon père doit se faire amputer, cause diabète. Il a trop attendu, et cette amputation qui ne devait concerner qu'un orteil, puis le pied, portera en fait sur la jambe toute entière.
Là je suis partagé entre deux sentiments contradictoires : Le fait de savoir mon père dans cet état, qui le prive désormais de toute autonomie, mais aussi de le savoir définitivement parti de "chez lui" me rassure, lui qui ne voulait pas entendre parler de maison de retraite va devoir y passer.

Notre fille n'a pas perdu de temps sur Internet car elle y a trouvé une maison à Biarritz pour nous dépanner. Une maison que la propriétaire envisage de louer l'été à des touristes - et à un prix.... basque ! - mais qui restera vide de septembre à juin. Pour 700 euros mensuels, elle veut bien de nous pendant la saison morte.
Le 14 on fonce là-bas la voir, bingo, c'est juste ce qu'il nous faut !
Au passage je m'attendais à la canicule, laquelle avait commencé à Paris et même en Bretagne, mais mon thermomètre de voiture marquera 24 petits degrés quand nous arriverons là-bas....
En même temps on va voir mon père dans sa clinique. Idem pour le temps, pas de pic de chaleur non plus.
Tant mieux...


Le reste de l'été va voir à la fois la vente de la maison et les cartons. Plus internet pour moi.

La maison finira par partir (une affaire pour les acquéreurs, 20% de moins que le prix du marché, une affaire pour nous, 30% de plus que son prix de revient. Sans compter les quelques 40.000 euros que nous avons économisés en loyer....) mais les cartons se feront dans la douleur. Certes je ne suis pas le dernier à les faire, mais chère et tendre voudrait m'y voir tout le reste du temps où je ne bosse pas. Mais ça, pas question... j'ai trouvé enfin du réconfort, je ne vais pas m'en priver. Ce que ma fille comprend, vu que l'ordi est à elle et que ça se passe dans sa chambre.

Et j'y passe de longues soirées. Mon "post" sur le forum de Psychologies a beaucoup de succès, les gens me demandent ce qui s'est passé, et je leur fais un bref résumé. La plupart sont émerveillés par cette histoire d'amour, même si je n'y ai pas forcément le beau rôle. Mais ce forum est composé de gens intelligents et compréhensifs.

Sinon...j'aurai une dernière fois l'occasion de parler avec Nathalie !

Une énième crise d'hystérie de mon épouse, qui hurle "si tu ne descends pas faire les cartons, j'appelle Nathalie" !

C'est si saugrenu que je ne réponds même pas. C'est quand j'entends, en bas, mon épouse parler, que j'ai des soupçons. Elle a bel et bien appelé Nat !

Je lui arrache le combiné et mon premier réflexe, digne, est celui de m'excuser. En traitant - devant elle - mon épouse d'hystérique. Laquelle prend une nouvelle fois la voiture pour se défouler.

On peut discuter ainsi pendant 10 bonnes minutes, pendant lesquels je suis accablé de reproches : mon CD n'était pas le bienvenu, la lettre de ma fille était d'une méchanceté extrême (vrai), et elle ne tient pas à être appelée au téléphone pour un oui pour un non.
Je respecterai son souhait. Depuis, je ne l'ai jamais appelée, bien que sachant par coeur son numéro pro.


Le propre des forums, c'est de discuter. Et quelques-uns, rares il est vrai, n'y vont pas avec le dos de la cuillère ! Et me demandent sur quoi je me base pour dire que ce n'est pas en sorte, un amour "ordinaire" que j'aurais idéalisé, embelli. Et moi, embarrassé, je parle des poèmes que l'on s'était écrit pendant plus d'un an.

Où sont-ils d'ailleurs ces poèmes, enregistrés sur une disquette, laquelle est je ne sais pas trop où? Dans le meilleur des cas elle a passé quatre ans dans une cave humide et cinq ans dans le garage, avec des températures oscillant entre -5 et +40.
Dans le pire des cas, cette disquette n'a pas fait partie du déménagement de Mende... Et c'est du reste ce que je pense.

Début août, grande première : coup de fil entre moi et une internaute. Une certaine Christine, de Nice, qui va ENFIN me permettre de "dégorger". De dire tout ce que j'ai sur la patate. Elle me donnera même son numéro de portable quand elle partira en vacances, et me dit.... qu'elle serait bien contente que l'on se rencontre à 4, elle et son mec, moi et chère et tendre.
Et le hasard fait bien les choses, parce que depuis début juillet, j'ai planifié un voyage à Rome et Naples, ayant réservé un hôtel à Nice fin septembre.
Je lui donne mes dates : ça concorde.
Ce sera la première fois que je rencontrerai quelqu'un du net en chair et en os. J'ignore complètement ce que ça pourra produire !
Trente rendez-vous de ce genre plus tard, je ne peux que dire : c'est magique !!

Je deviens accro au forum, et me lance dans d'autres catégories, où je pose plein de questions. Comme celle du suicide, celle des appels au-secours sans réponse...
En un mois, je me suis déjà fait un nom dans ce forum qui est en soi une curiosité pour les non-initiés. On y trouve de tout, comme aux galeries Farfouillette. Des bons et des méchants, des sympa et des jaloux, mais en majorité des femmes. 90% de nanas et 10% de mecs, dont les deux tiers, sinon les trois quarts, sont uniquement là pour draguer !
Et certains y réussiront, comme le copain de la Christine dont je parlais tout à l'heure.
Les filles aussi draguent, mais plus soft !

Fin août ma fille vient me voir, alors que je suis en train de "cartonner", et me tend quelque chose.
"Tiens, je crois que c'est à toi..."

Une disquette.

LA disquette !!!

Tout tremblant de la revoir après tout ce temps, mon premier réflexe est de voir si elle est lisible.

Elle l'est !
Mais apparaissent alors des caractères qui ressemblent à des hiéroglyphes...

J'y suis ! Nous n'avions pas écrit cette disquette sous Windows, mais avec quelque chose d'ancien, le "MS DOS", qui avait disparu depuis des années. Le traitement de texte de l'époque, "sprint", était devenu illisible...




Et c'est le jour du départ.
Pas de regrets pour moi de quitter cette Bretagne qui n'a jamais voulu de moi, qui a pris la femme de ma vie, et qui me prendra - je le sais - la chair de ma chair.

Chair de ma chair qui est d'ailleurs partagée entre deux sentiments contradictoires. D'abord la beauté de ce pays, de cette ville qu'est Biarritz.
Ensuite l'éloignement de son petit copain. Ils se connaissaient depuis deux ans, mais c'était toujours resté au stade platonique...
Et aussi de quitter sa petite maison de banlieue (de Vannes) pour atterrir dans une agglomération de 300.000 habitants !
Idem pour aller au lycée : elle mettait 5 minutes à pied, là il lui faut une heure d'autobus...


Côté boulot, je ne suis pas fier quand je pénètre dans mon nouveau centre. Mais cette fois-là n'est pas comme les autres, car déjà je ne suis plus un boulet, je sais bosser, et surtout je ne la ramène pas.
Je vais très vite être adopté, et par mes collègues, et par le personnel de l'aéroport. Tous m'appelleront "Patxi" (Patrick en basque).

Mais quelques jours après notre emménagement, mon beau-père meurt. Mon épouse prend le train pour assister à ses obsèques, mais cette fois elle tient le choc. Elle s'y attendait, à ce décès, et j'oserais même dire l'espérait, mon beau-père étant atteint à la fois d'Alzheimer et de Parkinson.

J'ai peur qu'elle ne fasse une crise, mais le pronostic des professeurs se révèlera une nouvelle fois exact : elle est non pas guérie, mais "en rémission" depuis à présent 9 ans et demie. A tel point qu'on va lui enlever le médicament principal, le gardénal.

Je sympathise très vite avec le plus âge de mes collègues, dont bizarrement la première question concernera mon grade. Et ma réponse le verra fort contrarié... L'équivalent de commandant de police en haut de l'échelle.
Je sympathise à tel point que je lui parle de ma disquette, et lui me propose de tenter quelque chose.

J'ignore comment il s'y est pris, mais à la disquette était devenue lisible. Disons à peu près déchiffrable. Des caractères sont évidents, mais il me faudra deviner pour d'autres. Un travail qui va me tenir pendant deux mois...

Et, au fur et à mesure que la déchiffrerai, je m'apercevrai, en la lisant, que non seulement je n'avais pas enjolivé notre amour, mais qu'au contraire il était plus beau et plus pur que je ne me le rappelais.
En lisant la partie où je lui avoue mon amour, j'ai les larmes aux yeux en y lisant sa réaction.

Idem quand on se séparera pour les vacances, cela lui donnera l'occasion de faire de très beaux poèmes...


7 ans après, ce jour de son 42ème anniversaire, l'âge que j'avais quand je l'ai connue, que penser ?
Si les poèmes en question avaient révélé que je me consumais pour rien, mon deuil aurait été certes plus vite fait, et j'aurais abrégé mes souffrances. Même si celles-ci s'estompent et deviennent douce mélancolie.
Mais en revanche, je n'aurais pas eu cette sensation d'avoir vécu quelque chose d'extraordinaire, et qui arrive à si peu de gens...

Mon "succès" dans les forums de Psychologies viendra en grande partie de là.

(à suivre)

18:10 Publié dans moi, Web | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

c'est beau par chez toi, content d'être rentré ? :-) pour cette note ci-dessus: "révélation" je suis une fois de pluss triste de lire comment elle se termine, étant au stade "6ans et morte du coeur" pour cause de situation identique, je ne sais pas comment imaginer que toi après 9ans tout va pour le mieux ...je reste perplexe, subjuguée, bouche bez, scotchée, admirative. bises

Écrit par : Christel | 18/12/2010

Non, tout ne va pas pour le mieux de ce côté-là. Ca va MIEUX, oui, mais "elle" est encore en moi, comme probablement "je" suis en elle, vu qu'elle n'est toujours pas en couple (je le sais depuis octobre).

En plus comment ne pas voir la différence de destinée qui aurait été la mienne, si j'avais été avec celle que j'aime. A présent, j'en suis à préférer bosser plutôt qu'être chez moi et ma mégère non apprivoisée !
Feu Claude François pourrait aisément exprimer ce que je ressens :

"Tout le monde me demande si je t'aime encore Et si je pense encore à toi
Ils me demandent de parler de mon cœur
Si triste depuis de long mois.
Je mens un petit peu, et je dis fièrement :
"Cette histoire est finie"
Mais je dois avouer que certains soirs peut-être Parfois j'y pense et puis
j'oublie
J'y pense et puis j'oublie
J'y pense surtout quand je suis seul la nuit
Et quand ton souvenir Revient me faire souffrir
Très vite j'y pense et puis j'oublie."

C'est un peu ça, une douce mélancolie et la grande satisfaction d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel. Et ça, personne ne pourra me l'enlever.

bises

Écrit par : Cica pour Christel | 19/12/2010

le net est vraiment un bon exutoire dans ce cas... alors continuez de raconter votre histoire pour vous et pour tous ceux qui y trouvent du réconfort !

Écrit par : jeux de fille | 22/12/2010

Sans le net, je serais mort. Je ne me dissimule pas la vérité. J'avais besoin de me raconter en 2003, comme j'en ai éprouvé le besoin en 2010. Entre les deux ma façon de voir les choses a évolué, et mon rapport à la vie aussi. Heureusement...
Et, comme vous le soulignez, mon récit - qui est de plus en plus positif au fil du temps - peut apporter pas mal à ceux qui lisent.
Merci de votre com :)

Écrit par : Cica pour "jeux de Fille" | 22/12/2010

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