Web Analytics

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/04/2024

les mots pour le dire

On croit avoir tout dit quand on dit frileusement "la maladie". Quelle erreur ! la maladie, bon, elle est la circonstance, l'occasion, le terrain sur lequel vont pouvoir se construire des choses.
Mais voici que tu te mets à penser à toi-même de façon toute différente, toute nouvelle. Tu t'aperçois avec effarement, peut-être en pleine panique, que tu penses à toi de l'extérieur. Tu prends conscience de ton corps, de tes organes, par la souffrance toute nouvelle qui te les révèle. 
Jusque là tu les ignorais. Tu t'ignorais. Tout fonctionnait dans l'huile. Si de temps à autre, l'un manquait soudain à sa fonction, ses copains, unis, contribuaient à y remédier. 
La maladie détruit ce bel accord.
Peut-être suis-je trop général en disant "la maladie". Peut-être suis-je à ce point perturbé par la brutale incursion dans ma vie de la Parkinson sinistre que j'ai tendance à tout ramener à cette fille de pute.
C'est qu'aussi elle aime morbidement vous faire prendre conscience de son pouvoir et de la méchanceté de ses caprices. Au maux variés dont elle m'accable en permanence - le pire étant de ne plus faire cent mètres en marchant - elle en ajoute d'autres, furtifs ou tenaces, qui vous montrent que, s'il lui plaît, elle peut faire encore plus mal.
Et puis il y a les médicaments.
Presque tous les parkisoniens en conviennent, les remèdes sont plus astreignants que le mal lui-même. C'est entre 3 et 6 fois par jour qu'il faut ingérer une demi-douzaine de produits différents, dosés avec précision. Ajoutons à cela les maux accessoires qui, au fur et à mesure de la détérioration de vos organes, naissent sous vos pas comme pâquerettes en avril, et qu'il faut bien soigner aussi.
La maladie de Parkinson s'attaque à la matière même du cerveau. On la soigne donc avec des produits agissant sur ces régions, avec des résultats pas forcément concluants, mais souvent bizarres...

 

François CAVANNA*, in "crève Ducon", Editions Gallimard.

* fondateur de "hara-kiri" en 1960, puis de "Charlie-hebdo" en 1970. Mort des suites du Parkinson en 2014. 


 

14/02/2024

Tout le monde veut prendre sa place

Mon émission de jeux préférée, que je ne verrai pas encore aujourd'hui... Remplacé par l'hommage national rendu à un ancien ministre qui aura certes marqué son époque, mais cependant vécu 20 ans de plus que la moyenne de ses contemporains, et ce, sans avoir déchu.

La grande faucheuse a pas mal frappé ces derniers mois. Notamment :

- Guy Marchand, chanteur/acteur de grand talent, mais surtout connu pour son personnage télé Nestor Burma (années 90/2000), vaincu par le cancer.

- Marion Game, notre "Guéguette" de "scènes de ménages", emportée par un méchant alzheimer.

- Marie-Claire Buzy, interprète de "dyslexique" morte à 66 ans d'une maladie inavouable (pas moyen de savoir laquelle).

- Jane Birkin, qu'on ne présente pas, emportée par un AVC.

- Emmanuelle, l'ado de "premier baiser" morte à 59 ans.

- Marcel Amont, un des chanteurs les plus populaires des années 50 à 70, victime de problèmes cardiaques.

- Jean-Louis Murat, chanteur Auvergnat (ils ne sont pas si nombreux) dont on se souvient de "regrets" avec Mylène Farmer, victime d'une embolie pulmonaire.

Elle guette aussi Florent Pagny, qui résiste pour l'instant à son cancer, Michel Drucker, qui la narguait chaque fin d'année, et qui a fait 3 infarctus dans la foulée...

Par chance, je n'ai aucune de ces maladies. Le gendre d'une amie chère vient de partir après un an et demie d'agonie : Charcot. Horrible... Et je me plains !

Pour en revenir à mon émission, c'est une femme, Stéphanie, qui occupe le fauteuil tant convoité.

Dans le temps (je regarde l'émission depuis ses débuts) j'ai failli passer les sélections. Mais un contretemps au boulot m'en a empêché. Pas de fauteuil rouge !

Mais j'ai eu un noir à la place, qu'on m'a livré hier :

Capture.JPG

Aux beaux jours (quoiqu'aujourd'hui on a 21°) je vais pouvoir enfin sortir de chez moi !

Je vous embrasse.

 

16:02 Publié dans détripage | Lien permanent | Commentaires (7)

12/12/2023

Mes années-radio. Chapitre 1 : la découverte (1981)

Juin 1981. Je suis à l'hôpital Saint Eloi à Montpellier, section "maladies infectieuses". Grosse suspicion de tuberculose. Moral en berne car on a évoqué devant moi un pronostic vital mal barré...

Un gros évènement va marquer ce séjour à l’hosto. J’ai bien sûr emmené mon radio cassette, et continue d’enregistrer. RMC surtout. Et un beau jour, je ne sais pas lequel, je tombe sur une « radio pirate ».

La vraie radio pirate, Radio 2000, qui émet quelques heures depuis une avenue voisine. Mitterrand avait promis qu’il autoriserait de telles radios sur la FM, et certains ont vite réagi, sans attendre le décret d’application.

Là on sent vraiment que c’est des amateurs.... Les « heu... » sont partout, ils se trompent de temps en temps de disques. « Et heu main-te-nant - heu, plaace à notre ami, heu...Ange, qui va heu nous préparer, pardon, vous présenter, heu sa fameuse émission.... »
N’empêche, c’est sympa. Ils n’ont en tout et pour tout que 20 disques (je les ai comptés) dont ma chouchoute Kids In America de Kim Wilde mais vraiment, oui, c’est sympa ! D’entrée j’enregistre une cassette. Et un jour, où j’avais un gros coup de blues (car ça me prenait de temps en temps, au point qu’ils sont même un jour allés chercher un psy pour m’examiner) le fameux Ange lance une émission de dédicaces. Il donne le numéro, et moi je le compose. Ca fait vraiment film américain larmoyant, mais pourtant c’est rigoureusement exact: 

« Allo, Radio 2000..
- Oui, bonjour, ce serait pour avoir un disque.
- Oui, tu t’appelles comment ?
- Patrick.
- Et à qui tu le dédicaces ?
- Ben (là je souris) à moi.
- Comment ça à toi ?
- Oui, je suis dans une chambre d’hôpital et je vais peut-être mourir... »

Je le sais, j’en rajoutais un peu, mais en même temps ils avaient leur scoop à Radio 2000. Je demande bien sûr Kids in América.
C’est Maxime Leforestier qui passe, et tout à coup ça s’arrête net. « J’interromps ce disque pour dédicacer Kim Wilde à Patrick, qui est en train de mourir à St Eloi... »

Je venais à cet instant même de découvrir ce que la radio libre pouvait apporter. Cette petite radio de quartier, d’immeuble presque, qui devait compter à tout casser quelques dizaines d’auditeurs, s’est permis de tout chambouler pour « une cause ». La mienne en l’occurence. RMC ou Europe 1 ne l’auraient jamais fait, même si - je l’ai dit - la radio est un média beaucoup plus souple que la télé. A grande radio grandes causes, ce qui est normal (comme l’arrêt brutal de l’émission culte Quitte ou double le jour de décembre 1959 quand le barrage de Malpasset a cédé) à mini-radios mini-causes. Bien sûr je ne suis pas passé à l’antenne (ils n’étaient pas équipés, ou... ne savaient pas encore comment faire) mais n’empêche ça m’a donné du courage. Je savais que maintenant je n’étais plus seul dans ma chambre d’hôpital. D’autres pensaient à moi, sans même me connaître...

(à suivre)

Ces lignes ont tout juste 20 ans (mars 2003), extraites de mes "mémoires".

12:03 Publié dans détripage, moi | Lien permanent | Commentaires (5)

15/06/2023

Harcèlement scolaire : déjà voilà 60 ans...

Le tragique suicide de la petite Lindsay m'a choqué. Certes il apparaît à une lecture plus approfondie et sans vouloir jouer les psys à deux balles que la jeune fille portait déjà un lourd fardeau : son père suicidé en prison. Alors ce harcèlement au collège, puis dans les réseaux sociaux a été de trop, de cette vie elle n'en pouvait plus, sa seule solution pour  échapper, c'était échapper à la vie.

Ceux (95%) qui ne connaissent mon blog que pour la musique n'ont pas lu la note d'août 2010 où j'ai évoqué le problème.


Je suis entré en 6ème à 10 ans. Puis en 5ème à 11, je pense que vous suivez.
A 11 ans j'en paraissais 8, et j'étais avec des "camarades" de parfois 13/14 ans. Des mastards de 1m80 !
Pour deux ou trois d'entre eux j'étais le souffre-douleur idéal. Pendant cette 5ème je n'en ai pas parlé à mes parents, pas plus qu'au début de ma 4ème où je retrouvais mes tortionnaires.
Ils ont fini par le savoir quand l'un d'eux m'a déchiré mon manteau.
Là, ils ont fait intervenir... l'assurance (!) pour que le manteau soit remboursé !


J'entrai en 3ème à 13 ans, avec 20 à 30 cm de moins que les autres. Cette année scolaire fut un calvaire pour moi, comme ça a été le cas pour la jeune Lindsay.
Et c'est alors que la solution est venue.
Pas de suicide, une phrase qu'un jour de décembre 1964 mon oncle a prononcée. Il s'en voudra longtemps...

Vous voulez en savoir plus ? C'est là ...

Je vous embrasse

17/04/2023

Mes racines...

Si on regarde "en diagonale" je suis Parisien, né dans la capitale et y ayant vécu 23 ans (jusqu'en juin 72 et de février 74 à août 75).

Mon père est né à Marseille mais a surtout vécu au Vigan, dans les Cévennes (34 ans) et à Paris (34 ans aussi).
Ma mère était "pied-noire", 34 ans parisienne et 26 ans viganaise.

Pour se faire une idée de l'étendue de mes origines, prenons mes huit arrière-grands-parents. Ca part de tous les côtés !

- la mère de la mère de la mienne, Louise Daigneau (née en 1857) était de la Sarthe.

- son mari, Achille Pofilet (1845) du Haut-Doubs ! 

- la mère du père de la mienne, Justine Escande (1848) était de Carcassonne.

- tout comme son mari Pierre Bastide (1846) où il était garçon de café.

- le père du père de mon père, Alexis-Marie "Cicatrice", ébéniste, était breton des Côtes d'Armor, né à Plénée-Jugon en 1863.

- sa femme Anna Rizzo (1871) était Italienne.

Pour les deux autres aucune idée. Mon père a toujours nié sa mère, plongeait dans un grand mutisme quand j'avais le malheur d'y faire allusion. Ce n'est qu'à sa mort en 2006 que, via son livret de famille, je finirai par apprendre qu'elle s'appelait Julie Bonnet. Sans autre précision.

C'est une tradition, chez les "Cicatrice", de cacher les grands-parents à leurs petits-enfants...

Je vous embrasse.

16:01 Publié dans détripage, moi | Lien permanent | Commentaires (0)

16/04/2023

à mes commentateurs

Je tiens à m'excuser d'avoir viré vos coms, très intéressants, qui m'ont montré qu'il ne fallait pas que je m'aventure dans des terrains que je ne maîtrise pas, notamment les histoires d'albums qui ne sont achetés que par moins de 1% de la population (disque d'or : 10.000 unités) et qu'il valait mieux que je reste dans mes bons vieux singles/45 tours, des chansons qu'on a des chances d'avoir entendues. Pour moi - et j'imagine l'auditeur lambda - la dernière chanson d''Adamo était "puzzle" et pour Souchon "et si en plus il n' y a personne" ! Vous imaginez. la honte...

J'ai donc viré une note qui manifestement (c'est le cas de le dire, en ce moment) était fausse, mais les commentaires sont partis avec ! 

J'espère que vous ne m'en voudrez pas. Je reviendrai dans la semaine avec une note plus adaptée à mon niveau.

Je vous embrasse.

15/03/2023

1500 ème note (longue) : une belle "synchronicité'

En ce été 70, mon père m'avait promis une mobylette si j'obtenais mon bac. En guise de mob il m'achètera un solex (flash) d'occasion...Capture.JPG C'est avec lui que je traverserai l'année d'après le tunnel du Mont-Blanc ! C'est à Lorient que je l'étrennerai, au cours d'un mois de juillet formidable avec mes cousins.
Hélas août se présentait sous de moins bons auspices. Un mois dans un bled perdu du Doubs ! E
t j'étais prêt à parier à 100 contre un que j'allais m'ennuyer ferme dans ce coin de France, pourtant très joli, à un jet de pierre de la Suisse.

Hélas je ne m'étais pas trompé, malgré le solex, malgré la Suisse toute proche, les deux premières semaines furent pour moi très très mornes. Pour la première fois de ma vie, je n'attendais qu'une chose, le retour à Paris, la rentrée universitaire où j'allais côtoyer un monde nouveau - et mixte surtout ! - après les grises années lycéennes Louis-Le-Grandesques.

Pourtant le petit village était sympa, tout en longueur au milieu des "juralpages" (les alpages jurassiens !) vraiment parfait pour se reposer d'une année trépidante, mais à 19 ans, soyons justes, même en 1970 on a d'autres horizons...

Tout bascula le 16 août. Ce jour-là c'était la fête au village, et je fis la connaissance d'une jeune fille, Brigitte. Elle était un peu plus jeune que moi, et on se plut tout de suite.
Ce fut sur la chanson "Gloria" que l'un et l'autre échangeâmes notre premier baiser... Sensation si étrange sur le moment qui vous laisse ensuite avec une envie irrésistible de recommencer !

Aux 15 premiers jours de mortel ennui succédérent alors 15 jours de rêve. Elle travaillait dans une épicerie pour se faire un peu d'argent de poche, mais tous les soirs nous nous donnions rendez-vous sur un banc près de chez elle, et là nous faisions de beaux projets d'avenir.
Lors d'une autre fête du village, les jeunes nous élirent carrément "le couple de l'année" tant nous étions mignons ! Oui, mignons, mais O combien naïfs...

Arriva ce foutu mois de septembre, celui qui brise les unions, et comme tant d'autres nous dûmes nous séparer, se promettant  - comme tout le monde - de nous revoir le plus tôt possible. Un mois après, très exactement, quand elle reviendrait de ses vacances avec ses parents, en Vendée.

Je ne rentrais en fac que le 25 octobre, j'avais le temps. Les hôteliers du village, émus par notre petit couple, m'offraient même la pension complète gratuite si je revenais ! Mais restait le billet de train.

Et là, mon père fut intraitable. Pas question de débourser le moindre centime pour aller revoir "cette petite paysanne"... Et puisque j'étais en âge de "courir les filles", je devais me donner les moyens de le faire !

Coincé j'étais. C'est alors que j'entendis une annonce à la radio. On recherchait des vendangeurs dans le Bordelais.
Pourquoi pas ? C'est vrai que j'étais aussi doué pour ce genre de choses que Laurent Roumejko en météorologie, et surtout je n'étais pas du tout mais alors pas du tout "manuel". Mais quand même j'étais prêt à tout pour rejoindre ma petite fiancée.
Et je me lançai alors dans la grande aventure !

Ce coup-là, mon père était d'accord pour me payer le billet de train (pourtant bien plus cher !)...Rien que pour avoir le plaisir de me revoir revenir la queue basse le surlendemain.

Ma mère, elle, était angoissée en me voyant partir, et moi je n'en menais pas large non plus.

On m'en avait parlé, des vendanges, du fameux mal de dos qui élimine 80% des candidats les 3 premiers jours, des conditions plutôt éprouvantes.


Non seulement cela se révéla exact, mais le temps exceptionnellement caniculaire de cette fin septembre 1970 n'arrangea pas les choses. Gelée blanche le matin, avec parfois un brouillard à couper au couteau,  33 degrés à l'ombre l'après-midi... De toutes façons il n' y avait pas d'ombre !

Pour se désaltérer entre deux rangs de vigne, pas d'eau, seulement...du vin ! Du Graves quand même, mais du vin. Moi qui n'avais jamais bu autre chose que de l'eau...
Lever à 5 heures,  coucher à 23, dans des baraquements qui n'avaient rien du trois étoiles.

Je tins miraculeusement le premier jour. Mon sécateur à la main, je regardais le bout du rang de vigne, et je voyais Brigitte qui m'y attendait...

Le second jour ce fut encore pire, j'étais à deux doigts d'abandonner mais je savais pourquoi j'étais là, je ne devais pas flancher.

Le troisième jour je reçus une lettre de Brigitte, qui me disait entre autres " je t'aime tu sais, bien plus que tu ne peux le croire"...

Y avait-il un rapport ou pas ? Je pense que oui si j'en juge de mes exploits au sprint.
Le 4 ème jour mon mal de dos avait disparu, et à partir de là je me mis à foncer comme un malade ! On me surnommait "la formule 1 du rang de vigne" (rien à voir avec les hôtels, qui n'existaient pas encore !), à tel point que je devins le chouchou des patrons, content d'avoir un "employé" si zélé, à 15 francs (l'équivalent de 20 euros actuels) par jour... En plus, je faisais le clown tous les soirs, avec quelques imitations. Notamment celle du fils de la maison !

Comme je leur avais dit d'entrée, je ne restai pas jusqu'au dernier jour, la fameuse "gerbebaude"...
Je partis le 6 au soir, afin de retrouver ma Brigitte pour sa fête, le surlendemain.
Toute la troupe au complet m'accompagna à la gare de Libourne pour prendre le train de nuit, je m'étais fait beaucoup d'amis pendant ces trois semaines, et certains le sont restés très longtemps.

1200 km de train plus tard, j'étais de retour dans le petit vilage, le coeur battant.

Mais elle n'était pas là. Ses parents l'avaient mise en pension, voyant d'un très mauvais oeil cette relation avec un "parisien"... Grâce à la fille de mes hôteliers, je parvins à la voir ...quelques minutes à travers une grille de son lycée. Elle pleurait, moi aussi.

Néanmoins je n'abandonnai pas. C'est De Gaulle qui vint à mon secours !
Plus exactement sa mort, ce qui occasionna un jour de deuil national. Si bien que j'avais un week-end de trois jours.  Ce qu'il fallait à mes voisins horticulteurs pour aller chercher des chardons. Et où ça donc ?  Oui, dans le Haut-Doubs.

Je sautai sur l'occasion pour leur demander s'il y aurait une place pour moi, la réponse fut oui, à condition que ça ne me dérange pas d'être serré et de voyager à bord d'une voiture d'avant-guerre !
Bien entendu je n'avais pas prévenu Brigitte. Je voulais lui faire la surprise. D'autant, m'avait-elle dit, qu'elle serait parée de ses plus beaux atours car elle était de mariage.

La Châtelaine Peugeot de 1938 roulait à fond, en ce samedi 14 novembre, sur l'autoroute en direction de ma bien-aimée. A fond, c'est à dire entre 65 et 70 km/h !!
Pouilly en Auxois, sortie pour Dijon, puis Dole, Salins, Levier et enfin Pontarlier. Ils me firent une fleur, celle de me déposer 10 km plus loin, dans le village de Brigitte où j'arrivai en pleine nuit.

Ses copains (copains version années 60/70) étaient surpris de me voir là, et admiratifs que j'aie accompli un tel exploit. Là-bas, tout était blanc, et le village en était transformé...
fourgs_1.jpg
Rien à voir avec l'été.
 

Le lendemain, alors que les cloches sonnaient, d'un pas hésitant je me dirigeai vers le cortège, dans lequel je vis ma Brigitte avec une belle robe et des fleurs dans les cheveux. Elle manqua de défaillir quand elle me vit, et me fit signe qu'on se verrait après.
Les minutes étaient longues, et quand enfin le cortège fut terminé, c'est non pas Brigitte que je vis, mais sa soeur.
Qui me dit "va-t'en, ma soeur ne veut pas te voir".
 
Le coeur arraché, je m'en allai vers ma pension où les hôteliers faisaient ce qu'ils pouvaient pour me consoler.
Le lendemain, départ pour Paris, et durant le trajet, je n'avais qu'une envie : qu'une voiture venant d'en face nous percute... Hélas le trajet se faisait en majorité sur la nouvelle autoroute A6 !
 
A Noël je lui envoyai une lettre, et par retour du courrier elle confirma qu'elle ne voulait plus me voir, en disant : "je ne veux pas m'engager si jeune".

Les années passèrent, 2 très exactement. Et en ce mois d'octobre 1972 j'étais avec une jeune fille, qui allait devenir ma femme. La première. Brigitte vint sur le tapis, et elle me demanda comment ça s'était passé.
Je lui racontai tout d'un bout à l'autre, et comme ma fiancée était très romantique, elle était très émue de mon récit.
Mais elle était également méfiante, et, carrément, écrivit à Brigitte pour lui demander des explications. Lui précisant qu'on allait se marier et qu'elle voulait savoir si je racontai ou non des bobards.
Brigitte lui répondit dans la semaine, disant que ses parents lui avaient bourré le mou, et qu'ils l'avaient persuadée que j'étais venu... pour l'espionner ! Qu'elle regrettait, et qu'elle avait de la chance d'être tombée sur quelqu'un d'aussi romantique que moi. Se taper les vendanges uniquement pour revoir une jeune fille, on devait être peu dans ce cas...


Le temps passa encore, chacun fit sa vie. Elle se maria, moi aussi.  Et, pendant 30 ans, j'évitai soigneusement ce petit village.
Ca me faisait mal. Les rares fois que j'avais à le traverser (il est situé sur une route internationale) c'était une véritable épreuve. S'ils avaient mis un radar, j'aurais eu mon permis de retiré depuis longtemps....

En 2002 j'étais très mal. Très très mal, et je sentais au fond de moi que j'avais atteint la fin de "mon voyage". Et je décidai alors de passer 8 jours là-bas. Juste avant de tirer ma révérence.
Ma femme et ma fille étaient contentes que j'accepte enfin de faire ce deuil. Sans trop savoir pourquoi.

Pendant cette semaine, malgré un soleil radieux, je n'étais pas très bien, j'avais une drôle de sensation...Toujours cette satanée hyperintuition !

Et le dernier jour, le vendredi, sur l'insistance de "mes nanas" (qui certainement voulaient en finir avec cette histoire), je me décidai quand même à me rendre chez elle.
J'y trouvai alors une dame, qui me déclara être sa belle-soeur. A l'évocation de Brigitte, je vis son visage se fermer.

"Vous la connaissez" ?

Je répondis que j'avais été son premier amour.
Et là je vis son visage presque s'illuminer l'espace d'un instant puis, m'avoua alors que Brigitte avait depuis longtemps quitté le village.

Qu'elle avait habité la Vendée, à quelques deux heures de voiture de chez moi à l'époque.

Et elle m'apprit aussi... qu'elle était morte du cancer deux ans auparavant.

J'y passerai plein de fois, dans le petit cimetière de Saint Avaugourd des Landes, pour fleurir celle qui fut mon premier véritable amour. J'y ai déposé une plaque :"à mon amie". Cela par rapport à son mari et ses enfants, dont j'apprendrai plus tard qu'elle leur parlait de temps en temps de moi...

 

L'histoire aurait pu s'arrêter là.  Mais très récemment j'appris que dans son boulot, à la Roche sur Yon, elle avait côtoyé pendant quelques années le père du commentateur le plus prolifique de mon blog, qui l'avait trouvée gentille.


Une belle "synchronicité"....

Je vous embrasse.

7008z.JPG

 

24/02/2023

20 ans de rab !

20 ans aujourd'hui que, normalement, je ne devrais plus être de ce monde. Cette année je ne vais pas vous refaire le film, je vous renvoie à la note écrite voilà 5 ans où j'explique tout.

Que s'est-il passé depuis ?

Sentimentalement, que du bon. Certaines me disaient que personne ne pourrait me supporter plus de 10 jours, là ça va faire 10 ans, et je sais que j'ai enfin trouvé la femme de ma vie. Qui a bien du mérite car...

J'ai une sale maladie.

Dieu merci, pas un cancer, comme Michel. Pas Alzheimer non plus mais quand même pas triste : parkinson.

Je le savais déjà quand j'avais écrit 15 ans de rab. Je tremblais depuis quelques mois et j'espérais que ça n'irait pas plus loin. J'avais acheté le bouquin de Catherine Laborde, et quand le neuro m'a annoncé le verdict le jour de mes 68 ans je n'ai pas cillé, j'ignorais alors le déroulement de la maladie.

Le bouquin ne parlait pas de déchéance, alors que c'est ce que je vis depuis 2017. Je ne conduis plus depuis 3 ans. Monter sur un lit relève à présent d'un exploit olympique. Je mange comme un cochon (Chérie doit me couper ma viande). Je parle en balbutiant avec une voix à la Delon (actuellement j'entends).  Même là, pour ce blog, c'est souvent ma souris qui clique toute seule. J'ai des étourdissements (un copain en est mort voilà quelques semaines) et je marche de moins en moins longtemps.
Cette nuit, en allant aux toilettes, je suis tombé. Heureusement que Chérie, en entendant le bruit, était là pour me ramasser.

Une des conséquences : plus de vie sociale. Par exemple, alors que je cherchais depuis 30 ans mon ami de lycée, François, je l'ai enfin retrouvé mais, hélas, plus question pour moi d'aller le voir à Paris...
Voilà encore deux ans j'allais en Bretagne, l'an passé à Vichy, et désormais pas question de changer de train, ce sera au maxi Clermont ou St Etienne.

Je parle aussi dans ma note d'il y a 5 ans de ma mise au ban par ma fille, qui m'a privé de ma petite-fille Margot (7 ans et demie). J'ai appris - toujours par le même canal, le bulletin municipal de Lamballe - la naissance d'un petit frère, Raphaël. 
5 ans plus tard, je n'existe toujours pas pour eux. J'ignore comment les parents ont présenté la chose, mais quand les gamins demanderont des comptes dans quelques années, et qu'ils sauront qu'on leur a caché leur grand-père pour une banale histoire de vieux couple qui ne s'entend plus et qui se déchire, je ne voudrais pas être à la place de ma fille.
Je le confesse, ça m'a fait un choc quand je l'ai appris fin 2016, mais à présent je me suis fait une raison et d'ailleurs je n'aimerais pas qu'ils fassent la connaissance d'un grand-père cacochyme...

Pensons au présent, à ces petits bonheurs furtifs qu'il m'arrive encore de rencontrer. Et puis, il y a la musique ! Le concert d'Indochine au cinéma du Puy m'a revigoré. 

Je vous embrasse.

15:04 Publié dans détripage | Lien permanent | Commentaires (9)

14/12/2022

27 minutes !

C'est le temps (entre 22h05 et 22h32) que j'ai mis hier soir, du fauteuil télé à mon lit position allongée, pour aller me coucher !
Je détaille :
- d'abord sortir du fauteuil. Disons entre 1 et 2 mn.
- opération pipi. Pas (trop) de problèmes pour m'y rendre et m'y installer. Mais en revanche pour en sortir, c'est pire que pour le fauteuil ! Et une fois sorti, il faut remonter le pantalon, et boutonner. Avec une main tremblante je vous dis pas. Bref, 5 bonnes minutes sont passées.
- monter l'escalier. 13 marches de bonne hauteur, montées doucement une par une. Entre une et deux minutes.
- prendre les médocs. C'est rapide pour les comprimés, mais prend du temps pour les gouttes, avec un compte-gouttes à piston qui se coince ! là aussi entre 2 et 4 mn.
- Encore 6 marches pour atteindre la chambre, et c'est l'opération déshabillage. 
Et notamment le déchaussage et surtout le déchaussettage ! Je ne mens pas, un soir je n'y suis pas arrivé... Enfin bref là encore 4 à 7 minutes.
- Pour finir Un gros morceau : l'escalade du lit. Autant voilà encore deux ans je ne réfléchissais pas trop quand je me glissais sous les draps, autant là je dois tout calculer : l'angle d'attaque (par les genoux ou en m'asseyant), et l'endroit exact où je pourrais avoir la tête sur l'oreiller ! Encore quelques minutes, et finalement hier je suis arrivé à 27...
Je pense avoir fait "mieux" au mois de mai dernier, quand je n'étais que douleur.

Chacun ses petites misères !

Je vous embrasse.

21/11/2022

Jeudi je vais voir Indochine

indo.JPG

Non pas dans un stade ou une salle de concert mais au cinéma du Puy ! Spectacle retransmis à la même heure dans une centaine de salles à travers la France, de 20h à 22h50.

C'est un challenge pour moi, dont la dernière sortie remonte à l'an passé et qui, voilà encore 5 mois, suis resté 35 jours sans sortir de chez moi, souffrant le martyre. A cela s'ajoute le parkinson, qui ne s'arrange pas.
Mais je m'estime heureux car encore vivant, ce qui n'est pas le cas d'un copain d'Aix en Provence, diagnostiqué en même temps que moi, et qui en est mort la semaine dernière...

Un cousin m'avait prédit le fauteuil pour mai 2023 si je continuais sur la même pente, en attendant c'est dans un fauteuil rouge de cinoche que je m'installerai jeudi pour assister au concert de mon groupe préféré.
Que j'ai classé plusieurs fois en tête des hit-parades que j'animais (et fabriquais !) entre 1983 et 1987. 

J'espère que je pourrai tenir les 2h50, pas de souci pour y aller (et revenir), nous irons avec nos voisins de maison accolée, dont la dame est folle d'Indochine depuis ses 6 ans.

Je vous embrasse.