Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/01/2021

Ma famille se rétrécit...

Foutu mois de janvier....
Celui de 2019 m'avait enlevé un cousin. Frère de celui que depuis 59 ans je considère comme "le frère que je n'ai jamais eu" comme le chantait Maxime.
Je le connaissais depuis sa naissance, en 1960. C'est chez eux que je passais "mes Noëls magiques".
Pour être franc, c'est celui de la fratrie avec qui j'ai eu le moins de rapports.
Mais à une époque où "je sentais le gaz", soit juste après ma fuite fin 2013, alors que je présentais mes voeux à sa mère, ma cousine germaine qui était alors très tiède avec le déserteur de foyer que je devais représenter à ses yeux, lui a demandé à me parler, à m'exprimer les siens.
C'était la première fois...
Par ce geste il tenait, je pense, à m'accorder son soutien.
Il ne fumait pas, était sportif, ne faisait pas d'excès et ne buvait pas une goutte d'alcool.
Un méchant crabe l'a emporté en six semaines...

Ce matin, à 10h30, à quelques kilomètres du bourg cévenol où vivaient mes parents, on enterrait un autre de mes cousins. Georges.
Lui, même si nos routes ne se croisaient que tous les dix ans, je le connaissais beaucoup mieux.
Premier contact dans les années 50. Assez "houleux", car je n'avais que 4 ans, lui 11, et il n'appréciait que modérément mes crises de nerfs, dues à mon enfermement parisien. Lui avait grandi dans une belle villa de Toulon avec de l'espace.
Second contact, en 1963. A l'époque j'étais choriste et il m'avait accompagné à la guitare électrique alors que je chantais le temps de l'amour et les bras en croix. Enregistré sur magnétophone (pas encore de cassette à l'époque), je donnerais très cher pour avoir cette bande.
Nos contacts s'étaient bien améliorés !
Mon père ne l'aimait pas. Au point de me cacher qu'il habitait à quelques kilomètres de chez moi...
Pour moi il était toujours à Toulon.
Il ne l'aimait pas parce qu'il avait "osé" ne pas rempiler dans l'armée, où il avait fait 3 ans. Il était devenu marionnettiste, un métier de saltimbanque qui n'était pas bien vu dans les "bonnes familles". Il était perçu - juste après moi, météo ce n'était pas un métier dans les seventies - comme le raté de la famille.
Jusqu'au 3 avril 78.
Pendant 4 ans la moitié des gamins de France le verront bougonner en sortant de sa poubelle, il était le chien Mordicus dans 1 rue Sésame sur TF1.
Il était devenu plus "présentable" aux yeux de la famille avec ce rôle, qui lui ouvrira les portes de la profession. Il deviendra un décorateur de films renommé, et aussi sculpteur.
En 1984, il viendra me rendre visite à Embrun, et sera aux petits soins avec mon petit bébé, au point que nous le choisirons comme parrain.
Il sera évidemment là pour sa première communion, à Mende où il viendra passer une quinzaine de jours avec leur petit bout de chou. C'était en 1993, et je me souviens d'une phrase qu'il m'a lancée alors que je me montrais empressant avec une jeune collègue prénommée Nathalie :
"tu vas la lâcher ?"
Je serai de son mariage en 1995, célébré dans les Cévennes où il avait choisi de s'établir. C'est avec moi qu'il prospectera les agences immobilières de Ganges (34).

La fin des années 90 nous serons fatales à tous les deux. Sa jeune épouse va le quitter, emmenant les deux gamins à Paris.
Dès lors, il va vieillir de 20 ans. La dernière fois que je le verrai, en novembre 2001, j'aurai du mal à le reconnaître, tant il semblait "éteint". Lui qui, peu de temps auparavant, jeune papa, mordait la vie à pleine dents.
Il se retirera dans "ses" Cévennes, complètement démoralisé. Il aura deux cancers et deux infarctus.
Plus parkinson, qu'il m'annoncera en mars dernier.
Je l'appelais une ou deux fois par an, et peu à peu je sentais sa voix faiblir. En 2016 je suis passé à 10 km de chez lui. Mais ce n'était pas moi qui conduisais, et surtout dirigeais.
J'avais prévu d'aller le voir, Alleyras n'étant pas si loin des Cévennes. Quand ? Cette année, aux beaux jours, ayant enfin trouvé une dame qui garderait minou (Cédric doit comprendre...)
Oui, on le dit, mais on dit toujours ça (Jean-François Michael).

Bien sûr, je suis peiné, énormément même.
Mais pas surpris.
Tout seul dans sa maison ravitaillée par les corbeaux, loin de ses enfants, malade, dépressif, je savais que mon vieux Georges filait du mauvais coton.
Quand je l'ai eu au téléphone voilà 4 semaines, il m'avait dit "être philosophe", au vu de qu'il avait subi.
"la seule chose qui m'embête un peu, c'est de monter à l"échelle pour me coucher car mon lit est sur une mezzanine".

C'est en tombant de cette échelle que, vendredi, il a trouvé la mort...

Oui, la famille se rétrécit.

Commentaires

Patrick , tu nous plombes la soirée , c'est tellement triste pour ton cousin finir tout seul et en plus à la campagne où tu ne vois pas grand chose bougé surtout l'hiver dans les villages , par contre ce n'était pas du tout prudent d'avoir un lit comme ça . la famille se rétrécit , la mienne aussi vu que déjà qu'on n'est pas nombreux dans la famille , en plus j'ai failli perdre mon cousin du covid après deux mois d'hôpital , c'est seulement maintenant qu'il va mieux . amitiés . Jean

Écrit par : jean | 15/01/2021

Désolé pour vous

Je ne sais pas quoi dire (quand on a rien à dire, on ne l’ouvre pas)

Écrit par : Hasni | 15/01/2021

Le récit de vie et de tes relations avec tes deux cousins est émouvant, surtout celui de Georges avec qui tu as connu une certaine complicité et vécu des grands moments de vie (naissance bébé, mariage..), en lisant ta note je me rends de plus en plus compte au fil des années que la vie passe vite, trop vite et qu'il nous appartient de profiter au maximum des moments de vie avec nos proches. Pour moi aussi la famille se rétrécit mais plus lentement, étant le septième enfant d'une famille de huit, j'ai la chance d'avoir encore cinq frères et une soeur, résidant dans des régions différentes (Nord, Oise, Hte Savoie, Dordogne) on se voit finalement assez peu, une cousinade prévue en juin dernier a été annulée à cause du covid, on s'est retrouvé pour une partie récemment à Bayonne pour les funérailles d'un neveu décédé accidentellement en octobre dernier à l'âge de 40 ans, il laisse son épouse avec deux petits enfants de trois et six ans. Amitiés, Renaud.

Écrit par : Renaud | 16/01/2021

C'est une des raisons pour laquelle je me suis enfui en 2013, je me voyais mourir dans mon sous-sol, je savais que j'avais encore de belles années devant moi, et j'ai préféré vivre mes rêves que rêver ma vie. En sachant les risques, ma fille m'avait prévenu : "tu ne connaîtras jamais tes petits-enfants". Ce qui s'est passé. Ils jugeront quand ils auront l'âge de le faire. Moi je ne regrette rien malgré mon état de santé, après avoir été "aidant" pendant 30 ans, je suis devenu "aidé".
Et surtout aimé.

Écrit par : Cica pour Renaud | 16/01/2021

Pensées des Morts, c’est un poème d’au moins trente strophes de Lamartine, pas vraiment une nouveauté ,on le trouve en intégral sur le net mais je ne vous en mets que quelques vers , histoire de mettre des mots sur la peine, votre peine à laquelle je compatis pleinement.

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon,
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon,
Voilà l'errante hirondelle .
Qui rase du bout de l'aile :
L'eau dormante des marais,
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.
.../...
C'est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents ;
Un vent qui vient de la tombe
Moissonne aussi les vivants :
Ils tombent alors par mille,
Comme la plume inutile
Que l'aigle abandonne aux airs,
Lorsque des plumes nouvelles
Viennent réchauffer ses ailes
A l'approche des hivers.
.../...
C'est un ami de l'enfance,
Qu'aux jours sombres du malheur
Nous prêta la Providence
Pour appuyer notre cœur ;
Il n'est plus ; notre âme est veuve,
Il nous suit dans notre épreuve
Et nous dit avec pitié :
Ami, si ton âme est pleine,
De ta joie ou de ta peine
Qui portera la moitié ?
.../...

La peine il faut bien la nommer, lui laisser toute sa place, avant que des plumes nouvelles viennent réchauffer vos ailes .

Peut-être en écoutant Miossec qui nous conseille simplement de "Rester en vie" https://www.youtube.com/watch?v=EiOXzl752p0&ab_channel=Miossec-Topic

Écrit par : Hypothetique | 18/01/2021

Merci pour votre com. Amitiés.

Écrit par : Cica pour Hypothétique | 18/01/2021

Plutôt VIVRE MES REVES que REVER MA VIE, je retiens l'expression, que je replacerai certainement, ELLE EST DE TOI ?

Sinon, j'avais découvert ton blog par la musique, mais je m'aperçois que le "passé" revient à grandes foulées, cette sorte de psychothérapie que tu avais commencé, est-ce bien raisonnable d'y revenir, et de ressortir pour certains d'anciennes douleurs ? Je ne le pense pas.

Je continuerai de "boire vos paroles " musicales.

Je vous embrasse.

Écrit par : boixiere | 18/01/2021

je te présente naturellement mes très sincères condoléances pour cette perte familiale.

Écrit par : boixiere | 18/01/2021

Elle n'est pas de moi, mais de Proust.
Pour répondre à ta seconde question, c'est justement parce que je ne ressens plus "les anciennes douleurs" que ça ne me dérange pas que le jeune Hasni déterre mes anciennes notes.

Tu as raison, par le biais de mes deux blogs j'avais entamé une vraie psychothérapie. Il me fallait "cracher" ce que j'avais en moi, tant dans le passé, qu'au fur et à mesure que j'écrivais.
A une époque où j'en avais marre de vivre.

Aujourd'hui c'est l'opposé : Non seulement je suis guéri, mais j'ai peur de mourir. Quand je vois tous ces départs, dans ma famille et chez les "people", je frémis. Ca serait vraiment trop bête, à présent que mon esprit a enfin trouvé la zénitude, de tirer déjà ma révérence, même si mon corps a décidé de se passer des ordres de mon cerveau.
Je t'embrasse.

Écrit par : Cica pour Boixière | 18/01/2021

Patrick, pensées émues et toute ma sympathie. Oui, pour Minou, je comprends très bien. Cet isolement, un refuge sans doute sans alternative... Et cette mezzanine qui devenait un souci. C'est un drame de la solitude, si j'ai bien compris; l'épouse s'en va avec les enfants et c'est la descente aux enfers.
Sincères condoléances. Cédric

Écrit par : Cédric | 19/01/2021

Tu as bien résumé Cédric. La même chose que ce qu'il m'était arrivé à moi en 80.
Arrivée dans un nouvel environnement par choix (à deux), beau départ dans cette nouvelle région, et l'épouse qui s'en va. Moi j'avais eu la chance de n'avoir que 30 ans, et une mère attentive qui venait me voir dès qu'elle pouvait. J'y avais quand même laissé 30 kilos perdus en 6 mois et la perte de mes défenses immunitaires, ce qui me provoquera la tuberculose en 81, la typhoide en 82 et la mononucléose en 84.
Georges lui aussi était plein de punch en cette année 95, où il venait de se marier, d'avoir deux beaux bébés, dans une région qui lui convenait. Il avait 50 ans et se sentait jeune homme.

Je ne jetterai la pierre à personne, j'ignore ce qui s'est passé dans leur couple, mais Georges s'est retrouvé seul dans une région où il ne connaissait personne, et comme tu dis, ce fut la descente aux enfers. Lui aussi est devenu gravement dépressif, lui aussi a perdu ses défenses immunitaires et a survécu à deux cancers et un infarctus. Mais pas à la solitude. Qu'il exprimait d'ailleurs sur sa page Facebook, les rares fois où il y allait. Qui a tué Davy Moore ? Un peu tout le monde, dont moi d'ailleurs, qui aurais pu aller le voir avant que le chat n'arrive et surtout alors que je pouvais encore conduire...

Écrit par : Cica pour Cédric | 19/01/2021

Écrire un commentaire