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24/08/2026

PHILIPPE BOUVARD

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Encore un monument qui disparaît.
Ma pauvre mère le haïssait, me disant que c'était un vrai méchant, qui n'aimait personne. La réalité était toute autre : il aplanissait. Cassant les prétentieux(ses) et essayant de tirer le meilleur des effacés. 
Moi j'étais fan absolu et je ne m'en cachais pas.

Je ne vais pas retracer sa carrière, les média ne manqueront pas de le faire. On n'était pas du même bord, du temps où on pouvait simplifier la politique en la divisant en deux camps. Néanmoins j'ai acheté tous ses livres, qui m'ont pas mal appris sur mes contemporains.

Contemporain c'était d'ailleurs un de ses adjectifs préférés, dont il usait fréquemment. Il utilisait un vocabulaire imagé, notamment pour désigner les rapports sexuels : la bête à deux dos, le simulacre de la reproduction... Et pour lui la vie n'était qu'une vallée de larmes. Ce qui en dit long sur son optimisme.

Je l'ai croisé deux fois.
La première ce fut en 2000. J'étais alors en pleine maniaco-dépression. Pendant mes moments d'euphorie, j'écrivais tous azimuts, aux journaux (j'avais eu les honneurs de Marianne et de La Vie du Rail) et à ceux qui me marquaient : écrivains, journalistes, animateurs, hommes politiques, anciens collègues. 
Bien entendu ces lettres qui puaient le mal-être sont restées sans réponse. 
Sauf une.
Adressée à Philippe Bouvard, pour le féliciter de sa belle plume, lui demandant pourquoi il clamait partout qu'il était de droite alors que ses écrits montraient plutôt l'inverse. Et je terminai en lui exprimant mon regret qu'il n'ait jamais dirigé un journal.
Quatre jours après je reçus sa réponse, qui m'apprenait qu'il avait été patron de France-Soir pendant plusieurs années, et que ses démêlés avec le fisc giscardien avaient, certes, un peu modéré ses assauts contre la partie bâbord de l'hémicycle.
Et là j'avais été scotché ! Qu'un homme comme lui, qui bossait tous azimuts (radio, télé, presse écrite) ait pris le temps de me répondre !! Il en recevait des sacs entiers de ce genre de lettres, il les lisait toutes et y répondait (sauf si c'était des missives anonymes ou des tapeurs). 
Croisement épistolaire donc.

Mais croisement "pour de vrai" il y a huit ans et demie.
C'est le 9 mars 2018. Je reviens de Paris comme je le faisais tous les trois mois quand Chérie allait voir sa maman en Corse, endroit où ma tête était quasiment mise à prix ! En 2018 le TGV était encore un service public et en s'y prenant à l'avance on pouvait avoir des billets Paris-Toulon pour 20 euros, même en première classe.
Où je me trouvais.
Je regarde autour de moi. Je suis un des plus jeunes, comme c'est le cas en première. Je ne vois qu'une jeune femme de l'autre côté de l'allée.
Il règne un silence de mort dans le wagon, même un éternuement serait mal vu...
Mais juste à côté j'entends quelqu'un parler à haute voix.
- vous notez cette phrase : "au sujet des commémorations..."
La même voix que Philippe Bouvard. 
Et là je regarde d'où vient la voix. A côté de la jeune femme en question, un monsieur avec costume arborant la légion d'honneur, C'ETAIT PHILIPPE BOUVARD LUI-MEME !!!
J'en parle par sms à ma chérie laquelle me répond "demande-lui un autographe"...
Me croyait-elle ? Alors j'ai pris mon courage à une main, l'autre tenant le bouquin, et me suis adressé à lui.
vous êtes Monsieur Bouvard ?
Il me regarde avec des yeux pétillants. C'était bien lui.
ça me ferait plaisir que vous me dédicaciez ce livre, je suis un de vos plus grands admirateurs (ce qui est vrai)  et là il me répond :
Avec plaisir ! C'est quand même incroyable que vous lisiez un de mes ouvrages dans ce train !
Je lui réponds sans mentir, à savoir qu'il était (avec Patrick Cauvin) mon auteur de chevet quand je me rendais à Paris.
Là il se lève - enfin fait un geste en ce sens, il a 88 ans - et me serre la main, toujours avec le même regard pétillant, presque "reconnaissant". Me demande mon prénom et d'une écriture rapide, me fait ma dédicace, presque en s'excusant :
- Vous savez, avec l'âge, on lit de moins en moins bien et on écrit de plus en plus mal...
Cet autographe, le voici :

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Bonne transition, Monsieur Bouvard, je suis sûr qu'au paradis vous trouverez moyen de leur faire un journal...

Je vous embrasse.

Commentaires

Je me réveille entre deux phases de sommeil, allume mon ordinateur et apprend son décès, tout comme je l'avais fait quand j'ai appris le décès de Marie-Paule Belle il y a un mois, à qui Philippe Bouvard avait donné sa première émission de télévision. Je le trouvais aussi un peu dur. Ceci dit, Cica, je sais que tu l'appréciais et suis triste pour toi. Autrement, la semaine dernière, je t'ai envoyé un e-mail sur lequel j'ai noté toutes les chansons de l'album de Dorothée "Dorothée chante- Hou ! La menteuse". L'as-tu reçu ?

Écrit par : Hug | 24/08/2026

Patrick , moi je suis d'accord avec ta chère mère ... c'était un vrai méchant . Je me rappelle encore qu'un ami tout jeune gendarme à l'époque avec un autre gendarme sur l'autoroute vers Dijon , c'était fait traiter de tous les noms d'oiseaux lors d'une infraction qu'il venait de commettre , se croyant intouchable bien sur .... Sans oublier le papier qu'il avait fait à propos des Beatles à l'Olympia ... il leur avait prédit un avenir catastrophique , il avait eu le nez fin à l'époque ! ( lol ) .Par contre c'est un beau souvenir pour toi bien sur . Personnellement je ne l'aimais pas . Amitiés . Jean

Écrit par : jean | 24/08/2026

Jean : Tu as le droit de ne pas avoir aimé Philippe Bouvard, moi je le trouvais un peu moqueur. Mais écrire cela le jour de son décès... Cet été le jour du décès de Bonnie Tyler qui m'a tout de même rendu un peu triste à cause de son âge trop jeune, je n'ai volontairement écrit nulle part que je n'aimais pas sa voix (due à une opération des cordes vocales à la suite de laquelle elle s'est remise à parler trop tôt) ayant envie de lui envoyer des pastilles Valda à chaque fois que je l'entendais. Pour la même raison, je n'avais pas aimé l'hommage rendu par la féministe Sandrine Rousseau à Mme Geneviève de Fontenay le jour de son décès. Au moins attendre un peu me paraît plus convenable vis à vis des proches de ces personnes. Mais bon, je garde amitié par Internet pour toi, bien sûr. Cordialement.

Écrit par : Hug | 24/08/2026

Bonjour,
Jean, Bouvard était aussi détesté par Roger Peyrefitte, qui commençait son pamphlet par ... Bouvard, ce nabot plein de graisse... Peyrefitte, que je lisais, moi qui ne suis pas du tout adepte " des atouts de même couleur" que mentionnait Guy Béart...
Patrick, tu nous avais déjà raconté cette rencontre, assez impressionnante, et fait voir sa sympathique dédicace. J'ai peu connu ce bourreau de travail qu'il était mais je regardais De l'huile sur le feu, émission de très bon niveau où cependant on pouvait s'offusquer d'une certaine irrévérence. Le petit théâtre, j'ai connu un peu, les grosses têtes, vues de temps à autre.
Bref hommage de Guillaume Durand sur LCI, autre temps, une époque formidable par rapport au wokisme ambiant et délétère. Je ne puis que

Écrit par : Cédric | 25/08/2026

Pardon, suite je ne peux que regretter un temps béni pour la chanson, le cinéma et les arts en général sans oublier la littérature à laquelle Philippe Bouvard a contribué. Une cinquantaine de livres que je n'ai pas lu parce que je ne lisais que les classiques et les auteurs anglo -saxons même si André Billy et l'auteur des Résidences secondaires avaient mes faveurs.
Requiescat in pace...
Un monument, incontestablement.
A bientôt. Cédric

Écrit par : Cédric | 25/08/2026

oui un monument des médias presse, radio, télé qui s'en va... je l'appréciais beaucoup notamment à l'écoute de RTL dans les années 60 et 70, avant les grosses têtes il animait une émission de variétés en fin d'après-midi, on sentait qu'il préparait ses émissions, c'était un vrai professionnel. Les deux témoignages que tu racontes Patrick sont émouvants, ils démontrent que c'était une personne finalement profondément humaine tout en étant un bourreau de travail, on lui reprochait d'être exigeant pour les autres mais il l'était d'abord pour lui même. Les artistes lui étaient d'ailleurs reconnaissants, beaucoup ont été lancés par lui avec le petit théatre de Bouvard notamment Muriel Robin, Mimie Mathy, Régis Laspalès; je me souviens aussi d'une interview de Monty dans le magazine Platine qui évoquait la sortie de son dernier 45 tours "souviens-toi 63" et son départ de la chanson en 1981: "je devais encore un disque à Polygram, je m'étais mis dans l'idée que j'étais maintenant producteur, qu'il fallait que j'arrête de me monter, aussi je n'ai pas voulu faire de promo sauf une TV une seule à titre d'adieu que j'ai souhaité faire chez Philippe Bouvard". Amitiés à tous, Renaud.

Écrit par : Renaud | 25/08/2026

Je m'autorise à penser que beaucoup de gens de la maréchaussée rêvent de se faire une vedette, Patrick Sébastien le sait bien. Mais pourquoi les politiques le sont, eux, intouchables ? Le chauffeur en second de feu Chirac raconte dans son livre "en route avec le patron" avoir roulé dans Paris à.... 196 km/h, et quand les flics l'ont alpagué, il a montré sa carte de barbouze (c'est ainsi qu'il se présente) et les flics en question lui ont fait le salut militaire !
Personnellement j'ai eu affaire par trois fois à la maréchaussée (1976, 1985 et 1991) et j'en ai gardé des souvenirs cuisants.

Je t'accorde en revanche qu'en tant que critique de jeunes chanteurs il a eu du mal - comme beaucoup de gens de cette génération - à intégrer la "nouvelle vague". Mais ensuite il s'est rattrapé en les invitant dans ses émissions.

Écrit par : Cica pour Jean | 25/08/2026

Oui bien reçu ton mail, et j'ai été surpris que ta note sur l'ensemble de l'album n'ait été que "passable". Je ne dis pas ça par rapport à mes goûts car je ne connais que 4 chansons, mais tu me sembles sévère pour ta chanteuse de coeur. Un peu comme si j'avais mis 11/20 à Richard Anthony ou Dick Rivers !
Amitiés

Écrit par : Cica pour Hug | 26/08/2026

Cica : J'aime bien cet album, mais ce n'est en globalité, pas mon préféré. Mais ce n'est pas celui que j'aime le moins non plus. Mais pour les deux ou trois suivants, la note sera beaucoup plus haute, je pense.

Par contre attention pour l'album de 1987 comprenant les chansons "Docteur", "P'tit gars", "Hep ! Monsieur", "Pas pour toi", "Monsieur le directeur", "Ca donne envie de chanter", "Le jour où la Terre s'est arrêtée de tourner", "Shoubidoubidoubidou", "Les filles et les garçons, "Le rock'n'roll est de retour", "Valise, valise" et "Le blues de toi". Je pense que concernant ce disque je ne serai toutefois pas aussi sévère que certaines critiques que j'ai lues dessus.

Mais en gros, ma note pourrait tourner autour de 10 / 11.

Par contre, j'ai lu des critiques mitigées pour ses albums de 1988 ("Bom, bom, bom") et de 1990 ("Chagrin d'amour"), or moi ce sont des disques que j'aime bien. Mais les deux meilleurs albums qu'elle ait sortis selon moi ce sont "Pour faire une chanson" de 1983 et "Allô, allô monsieur l'ordinateur" de 1985, et pour celui-ci, la chanson donnant son titre à l'album n'est clairement pas celle que je préfère. Je lui préfère largement "La mer câline" une chanson que j'ai eu la surprise et le bonheur de la voir chanter en avril dernier et "A l'aventure".

Écrit par : Hug | 27/08/2026

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