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14/11/2010

Ma fille et mon père perdent pied

Ma fille a ses lentilles depuis septembre, et je constate que le film "le miroir à deux faces " est toujours d'actualité. Car de deux choses l'une: soit il y a eu une génération spontanée de jeunes garçons dans le lotissement, soit la disparition des fameuses bésicles a attiré les mecs comme des mouches.
Des copains, tous...bien sûr ! (ben voyons...) Y compris le jeune voisin dont elle aimerait voir ses parties intimes.

L'année précédente, j'ai décidé de rattraper le temps perdu, et de consacrer les vacances de la Toussaint pour un "tête à tête" annuel. Je concède que 7 jours pour rattraper 7 ans, c'est un peu court...

Le premier (1999) alors que j'étais encore bien à l'aise dans mes baskets ne s'était pourtant pas trop bien déroulé, et je compte que celui-là rattrape le coup.

Dans un autre ordre d'idées, désormais il ne m'est plus possible de regarder un film où passe ne serait-ce qu'un soupçon d'émotion. J'en fais l'expérience la veille des fameuses vacances avec un épisode poignant de l'"Instit", où il est question de renvoyer des sans-papiers chez eux. La je ne peux même pas dire que je fonds en larmes, j'explose littéralement ! Et là, pour la première fois, me voyant dans cet état, mes deux nanas vont enfin réaliser que je ne tiens à la vie que par un fil.

10 ans après, je suis toujours incapable de regarder de spectacle où passent des émotions sans y aller de ma larme. Et c'est là que je me dis que la Cicatrice ne s'est pas encore refermée.

Ces vacances-là se passeront mieux que les précédentes. A tel point que je suis à deux doigts de lui "avouer" la vérité en ce qui concerne Nathalie. Mais je juge qu'à 16 ans elle est encore trop jeune pour comprendre. Même si à son âge j'avais compris ce que ressentait mon père.

La grande surprise sera quand, dans le TGV, je la verrai fumer ! Mais je pense qu'elle en a besoin, entre son corps - et son rapport aux autres - qui se transforme, et un père de plus en plus "en vrille", suivant sa propre expression.

Elle devient de plus en plus taciturne, agressive. Elle est exactement comme moi à son âge. Elle s'enferme des heures dans sa chambre et fait hurler ses disques. Elle ne consent à être avec nous que quelques dizaines de minutes, pour manger.
Sa mère ne s'arrange pas, lui gueulant dessus sans arrêt.

Cercle vicieux: Ma fille ne reste pas trop avec nous parce que sa mère l'agresse, du coup sa mère gueule encore plus ("on ne te voit jamais..") et du coup ma fille reste encore moins !

Côté collège ce n'est pas terrible non plus, la réunion parents / profs nous indique clairement que là-bas aussi elle est agressive. Et le fait qu'elle soit la 4ème élève plus vieille du collège n'arrange pas les choses. Elle joue au caïd avec les autres, répond aux profs, qui eux se posent des questions à son sujet.
De plus elle fréquente une nana dont le " look " n'aurait pas dépareillé à Pigalle !

Au conseil de classe, cette dernière essuie un tir de barrage ! Les profs s'en donnent à coeur joie. Et dans l'ordre alphabétique ma fille vient juste après.

Qui n'a après tout que 0.8 point de plus...

Je commence à prendre la position du foetus. Effectivement un prof ouvre le bal: " très faible, surtout pour une redoublante ". Je glisse timidement que ma fille ne redouble pas. Le prof accuse le coup et alors le prof de maths que ma fille m'avait décrit comme son " ennemi intime " prend la parole.

Je m'attends au pire.

Il dit ces quelques mots  : " Cette jeune fille est sauvable "...

Puis c'est le tour de la principale, qui jusqu'à présent ne m'avait semblé être qu'une sorte de comptable sans humanité doublée d'une surveillante générale ayant raté sa vocation, me dit " Je ne comprends plus ma .... " 

Le  " ma " me sidère. Ainsi cette femme que je pensais froide et dure a aussi un coeur, et considère ses élèves, du moins certains, comme presque ses enfants. C'est vrai que le fait d'avoir très récemment perdu son mari doit lui faire très mal. Et je verrai par la suite qu'elle reportera son amour mort sur ses 604 collégiens (à part quelques exceptions). Comme je le ferai quelques années plus tard, sur mon ordinateur.

Bilan du conseil: si Ma fille continue comme ça, c'est l'exclusion (eux aussi disent comme pour moi en 66 "orientation ... c'est bizarre l'Ed Nat a peu évolué sur ce point en 35 ans ! )

Mais elle est à la dérive, à tous les niveaux,  je le vois bien. Il faut donc maintenir la barre coûte que coûte...
Ce n'est pas le moment de m'écouter, oui je souffre de plus en plus mais elle a encore besoin de moi, sa mère se montrant hélas de moins en moins fiable.

Mon père également. Ses "chers voisins" sont en train de le dépouiller, et je ne peux rien faire. Je le vois aux vacances de Noël (où c'est moi cette fois qui conduit) durant lesquelles j'ai appris bien des choses et vu disparaître pas mal d'objets. J'apprends par exemple que toutes les semaines il fait un chèque en blanc à son "cher voisin" (il ne voit plus clair) lequel lui ramène 3 billets de 100 francs pour son "argent de poche" (ses repas sont apportés par l'hôpital )  alors que sur ses relevés bancaires, qu'il laisse traîner, c'est 3000 francs qui ont été retirés.

Donc là aussi, danger, je ne peux me permettre quoi que ce soit avant de savoir en sécurité, c'est à dire en maison de retraite. D'autant que là-bas, son toubib lui a préparé une place...

Mais combien de temps ça va durer tout ça, entre ma fille et mon père ?

Le moins de temps possible j'espère car, de plus en plus, en ce début de troisième millénaire, entre le silence de Nathalie, la dérive de ma fille, la folie de sa mère, l'incapacité de mon père et la méchanceté des collègues, j'aspire à quitter ce monde le plus rapidement possible.

Pour enfin "me reposer"

(à suivre)

Commentaires

J'ai eu du mal à lire ce billet. Je ne sais pas pourquoi, et vu le nombre de commentaire (je suis la première) je ne dois pas être la seule. Quoi qu'il en soit, il m'a interpellée. Ta fille semble avoir d'énormes similitudes avec toi au même âge (on dit bien que les chiens ne font pas des chats, ceci dit), et devait être en capacité de comprendre ce que tu vivais. Cela aurait peut-être pu t'aider, mais il est vrai que "ce ne sont pas des choses de son âge"... sauf que... y'a-t-il un âge pour comprendre la souffrance de ses parents? Je ne sais pas...
Je pense que de toute façon, tu as souhaité la protéger au maximum, l'épargner, d'autant plus que son enfance avait déjà été perturbée grandement par la maladie de sa mère, maladie oh combien envahissante, voire terrifiante. Mais peut-être que par cet aveux, tu aurais aussi pu l'aider... et t'aider!

Écrit par : CriCri | 17/11/2010

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