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15/05/2011

Mes rencontres avec Chamonix : 1 (1971)

Je ne pensais pas du tout, l'année de mes 20 ans, me retrouver à Chamonix.

A vrai dire, même la veille je n'y aurais jamais songé...

L'histoire commence pourtant bien. Mon père et moi sommes en vacances en Savoie, aux Ménuires, et le temps est parfait. Nous ne nous ennuyons pas car nous disposons de moyens de locomotion.
Non, pas de voiture (mon père n'a jamais eu le permis) mais des cyclos, des "Solex flash"

solex flash.jpgCes engins, fabriqués à la fin des années 60, n'ont pas grand-chose en commun avec leurs cousins noirs, si ce n'est la fameuse "solexine" qu'il fallait à tout prix se procurer.

Sinon, la transmission était assurée par arbre à cardan, la vitesse pouvait atteindre (débridé) 60 km/h, les freins étaient à disque et il y avait un "variateur de vitesse" qui répartissait la force du moteur selon le pourcentage de la côte.

Un jour mon père me parla d'une excursion. Il s'agirait de rejoindre l'Italie en passant par le col du Petit St Bernard (2200m); lequel servirait de "juge de paix". Si nous ne pouvions pas monter le dénivelé de 1300 m entre Bourg St Maurice et ce col, nous ferions tout bonnement demi-tour.

Départ des Menuires vers 10 h (nous n'étions pas matinaux), et belle descente de 1600m vers Moûtiers.
Puis, du semi-plat pendant 27 km jusqu'à Bourg St Maurice où l'on s'offre un bon resto, et ensuite la montée. 31 km de grimpette pour arriver là-haut. Soit du 4.2 % de moyenne, ce que nos montures avalent sans broncher.
Une photo immortalisera l'exploit !
7107c.jpg

Pour la première fois de ma vie, j'entrai en Italie.
Et le premier village rencontré avait des consonances bien françaises : "La Thuile".

Mais la cuisine et l'ambiance était typiquement italiennes, et pour une bouchée de pain, nous fîmes étape dans cette auberge appelée "Albergo Nazionale".

Le lendemain, enhardis par l'exploit de la veille, considérant que l'on n'était qu'à 42 km d'Aoste (ville Italienne qui n'a rien à voir avec le jambon du même nom, fabriqué à Aoste près de Chambéry) et que ma foi, rien ne pressait et que l'on pouvait tenter le coup.

La route descendait moyennement pendant quelques kilomètres, puis la pente devenait nettement plus raide sur 5 km. C'était le moment d'essayer nos fameux freins à disque !
Sans le savoir, nous étions tombés dans une nasse...

En bas de la vallée, une bonne moyenne de 40 km/h nous mena pour l'heure du déjeuner à Aoste, grâce à une route toute neuve, jonchée de tunnels. Ah que je n'aimais pas ça les tunnels...

Nous quittons Aoste vers 16h, en sens inverse. Mais était prévu un petit crochet vers Courmayeur, au pied du Mont-Blanc. Crochet de 10 km.
Là, nous trouvons tous les hôtels complets, et c'est dans un **** que nous dormirons ! Le budget des vacances sera sérieusement écorné cette nuit-là...

Le lendemain, départ vers le col du Petit St Bernard.
Mais.... les solex ne voulaient rien savoir devant la pente de plus de 10% que nous avions dévalé avec insouciance à l'aller.
Trois solutions s'offraient à nous :
- Monter à pied en poussant les machines sur les 5 fameux kilomètres
- Repasser un autre col, mais en regardant la carte, nous ne voyions que des cols à forte pente.
- Prendre le train en mettant les solex dessus, en passant par Turin, le tunnel du Mont-Cenis et Modane où nous reprendrions nos montures.

Mon père avait une autre idée...

Retour vers Courmayeur, où il commeçait à pleuvoir, puis, il continuait la route !!! Route qui pour moi était en cul-de sac puisque elle menait au Tunnel du Mont-Blanc.

Nous arrivons à l'entrée du fameux tunnel, et je vois le paternel, qui parlait assez couramment l'Italien, parlementer avec un mec du péage. Il désignait nos engins et disait "motocicletta francese, si !!!"
Puis je le vis faire une démonstration avec une pointe à 60 km/h.
Le gars dit "va bene", et donna deux bouts de papier à mon père.

Les bouts de papier, que j'ai gardés, étaient... des tickets pour franchir le Tunnel du Mont-Blanc ! Rien que ça...
Mon père était devenu fou. Et moi inconscient car j'ignorais ce que ça pouvait représenter...

Et nous voilà partis.
Le bruit était dantesque, un camion était audible à plusieurs kilomètres. En plus l'éclairage était faiblard, et un trottoir attendait le moindre faux pas que nous ferions.
Mon père m'avait dit qu'il avait graissé la patte au péagier pour qu'il attende deux minutes avant de lâcher un camion. Deux minutes, s'il faisait du 70 et nous du 50, ça nous laissait une petite marge.

Donc, ne pas quitter des yeux le rétroviseur, voir si mon père était toujours derrière moi, et voir également si un camion se rapprochait.

Le début fut "facile". L'aiguille rivée sur 50, je voyais défiler les panneaux, énormes à l'époque : KM 11, KM 10, KM 9...
Puis ça commença à aller moins bien. J'étais obligé de ralentir de temps en temps pour laisser se rapprocher mon père, et les kilomètres paraissaient une éternité. KM 8, KM 7, KM 6.... Tout ça encore!  Et le pire c'est que je voyais se rapprocher derrière un camion... Je calculais qu'il serait sur nous d'ici peu, à moins d'un miracle.
Lequel se produisit.

A un moment donné, je vois le panneau FRANCE et la route commencer à descendre. Cette fois nous étions à près de 70, et la distance avec le bahut restait stable.
Mais je commençais à m'asphyxier grave... Et machinalement j'appuyais à fond sur l'accélérateur. Je pense être arrivé à 85 quand je sors du tunnel côté français, devant des douaniers médusés. Je fais encore quelques centaines de mètres, et je m'arrête, pour reprendre mes esprits et attendre mon père.

J'avais été tellement crispé que j'avais cassé mon guidon...

Ds policiers arrivèrent, et nous demandèrent nos papiers.
"La traversée du tunnel est interdite en cyclomoteur...
Mon père était trop dans le coltard pour répondre, c'est moi qui le fit.
"Ce ne sont pas des cyclomoteurs, mais des prototypes. Aptes à 60 km/h.
- Je ne vous crois pas.
- Regardez notre heure d'entrée dans le tunnel, et vous verrez.

Nous avions mis un peu moins de 13 minutes....
Le flic revient à la charge.
"Attendez là.

Et moi, pas dans mon état normal, je commence à détaler sur la descente. Mon père me suit. Délit de fuite ! Au bout de quelques 500m, après un virage, un sentier nous tend les bras. Nous quittons alors la route, et nos engageons dans le sentier, tandis que je vois les flics, sirènes hurlantes, passer en trombe pour nous pourchasser.
Nous resterons une bonne demie-heure dans ce sentier, avant de tenter notre chance sur la grande route.
Il pleuvait des cordes, et c'est sans doute ce qui nous avait sauvés. Les flics n'avaient pas insisté.

Premier contact avec Chamonix, où j'essaierai vainement de faire réparer mon guidon. Trop de travail pour les garagistes.
Il faudra aller jusqu'à Sallanches, 28 km après, pour que l'on me fasse une soudure au gaz, le temps de me faire dépanner plus "sérieusement".

Du coup, le Mont Blanc, je ne l'ai même pas vu...!

Je vous embrasse

12:21 Publié dans moi, Voyage | Lien permanent | Commentaires (2)

14/05/2011

La saison des prunes

J'avais oublié...

Pendant toute la durée de mon séjour, je n'ai cessé de vitupérer les chauffards qui roulaient à 80 sur des routes à lacets, qui traversaient des villages à 70...

Et je ne parle pas de la "route blanche", la deux fois deux voies qui relie l'autoroute blanche au tunnel du Mont-Blanc, limitée à 90.

Je m'y suis fait doubler en permanence, parfois avec maints coups de klaxon rageurs à l'encontre de ce "touriste" qui venait perturber la circulation savoyarde. Et j'en venais à espérer qu'un radar bien caché ne ramène ces fous à la raison.

Il y était le radar.

Et même à 91 au lieu de 90, ça ne pardonne pas :

prune.jpg

 Je vous embrasse !!!

21:21 Publié dans Merci | Lien permanent | Commentaires (6)

De retour

Première "fin de vacances de retraité".

C'est un sentiment étrange.

J'ai connu des rentrées déchirantes, notamment lors de mes "Noëls magiques", ces vacances de fin d'année que je passais chez mes cousins de Bretagne. Chaque jour était rempli, je n'en perdais pas une miette, je savais que ces 13 jours-là m'étaient dévolus pour gommer les 352 autres.
Dans le train du retour il m'arrivait de verser ma larme, surtout à l'approche de la capitale. Une chance pour moi, l'arrivée par Montparnasse se faisait par des paysages assez jolis et vallonnés, pas comme l'arrivée par la gare d'Austerlitz, où le béton succédait directement aux champs de blé.

J'ai connu en revanche des rentrées de joie. Notamment en avril/mai 1993, où j'étais sur les mêmes lieux que lors de mes vacances magiques (Lorient) mais où me manquait l'être aimé. Déjà 24h sans elle c'était dur, je vous raconte pas deux semaines...

Mais là ?

Oui, j'étais à Chamonix. Oui j'avais devant moi des paysages de rêve. Voici ce que je voyais de mon balcon :

DSCN7486.JPG

Mais contrairement aux fois que je citais, il y a eu peu de contraste entre ces "vacances" et ce qui les entouraient. Quand j'allais en Bretagne, je quittais un monde gris, puant, avec des heures de classe interminables et éprouvantes, ponctuées des disputes incessantes entre mes parents, pour arriver dans une ville alors pimpante, joliment parée pour les fêtes, avec la mer en toile de fond, tout cela au milieu de mes cousins, de la joie de vivre qu'il y avait dans la famille qui m'accueillait.

Là je quittais mon village, ma belle maison, où je pouvais faire de belles balades, écouter de la musique et surfer sur la Toile, pour arriver dans un endroit certes unique au monde, que la planète nous envie, mais qui, finalement, au bout de 48 heures s'est révélé... ennuyeux !

Non je ne fais pas le difficile. Simplement, il faut le savoir (ce qui expliquait sans doute le tarif sans concurrence du gîte) en mai, tout, mais absolument tout est fermé là-bas. Le train, que la propriétaire nous vantait "en bas de sa porte", fermé, soi-disant pour travaux
Le tramway du Mont-Blanc, serpentant de St Gervais jusqu'à mi-hauteur du Mont-Blanc, fermé.
Le téléphérique de l'aiguille du Midi, fermé aussi.
Idem pour accéder au glacier des Bossons, lequel a reculé de près de 500 m par rapport à la première fois que je l'ai vu, le télécabine était en travaux.
La mer de Glace (ou plutôt ce qu'il en reste) était certes approchable en train, mais pas plus. Fermé aussi.
Le téléphérique du Brévent, closed également.

En fait, ne restait que les balades à pied dans les quelques endroits emménagés, ou la bagnole.

Si bien que dès le mardi, si certes je n'éprouvais pas de hâte à rentrer comme en 1993, je ne peux pas dire que j'aurais été déçu si j'avais dû rentrer dans la minute...

Bref, bien content de retrouver - même sous la pluie - mon village, les paysages du Haut-Doubs peut-être moins majestueux, mais qui ont aussi leur charme, mon chat, mes voisins, mon chez-moi, vous....

Je me suis aperçu que finalement, j'ai connu Chamonix par 3 fois dans ma jeunesse, en 1971, 1974, 1976, dans des conditions particulières que bien entendu je vous narrerai.

je vous embrasse.

19:21 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (5)