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30/03/2012

Le melon

Non ce n'est pas du légume que je vais vous entretenir, mais de cette attitude qu'ont la plupart des gens - et j'en fais partie - dès qu'une petite - ou une grande - responsabilité leur échoit.

D'abord, dans mon enfance.
Je me souviens d'un camarade de classe, Luc. Il était un des rares qui me fichait la paix, et je dirais même qu'on était copains comme cochons.
Mais.... Un jour j'intégrai les scouts, et Luc était mon chef de patrouille. Là, ce n'était plus la même chanson, je devais certes lui obéir là-bas (la discipline est le force des armées heu, du scoutisme, mais à l'école, là aussi il prenait des airs supérieurs... Dans la cour de récré, bien sûr, car en classe, mon statut de prix d'excellence me procurait une trêve à cet égard.

Plus tard, ce sera à l'armée.
Même topo, pendant les classes, nous sommes tous dans la même chambrée, et partageons tout. Essayant de nous protéger le plus possible des "gradés".
Mais ensuite arrive "le peloton". C'est à dire un mois pour essayer de monter en grade. Moi j'ai fait ce que j'ai pu pour rester "2ème pompe", j'ai merdé exprès dans certaines épreuves, mais j'ai fini par me retrouver caporal-chef.. !
Le pire ce sont ceux qui sont arrivés sergents. Je dois dire que pendant mon service, si les "sergents ordinaires", les engagés (correspondant au niveau BEPC) étaient disons, corrects, les sergents appelés étaient tous infâmes avec nous. Leur chevron doré leur montait à la tête, et j'en ai même vu certains qui collaient des punitions aux 2ème classes, des appelés comme eux !
Bon, c'est vrai que c'est parmi ceux-là qu'on recrutait le plus.... Ils ont déjà de bonnes "bases" ;-)

Puis ce fut dans la vie professionnelle.
4 exemples.

Toujours le même processus : un collègue qui devient chef. 4 histoires, 4 façons différentes.

D'abord à la station de l'aéroport de Grenoble. Quand je suis arrivé, en 1975, l'équipe était soudée, sous la direction d'un Monsieur, Marchini pour ne pas le nommer, qui fut je pense un des meilleurs chefs que j'ai eus de toute ma carrière. Mais monté en grade il dut partir, remplacé par un de nous qui lui aussi monta en grade par la même occasion.
La tyrannie totale : Tableaux de service connus 5 jours à l'avance (sympa pour prévoir quelque chose...), interdiction absolue de se remplacer, d'écouter la radio, de boire de la bière... ll en dégoûtera beaucoup, qui partiront, et au final, une lettre du personnel le fera dégager au début des années 80.

Second exemple : ma pomme.
Bombardé Directeur Départemental dans la profession que j'ai épousé par vocation, dans mon département de prédilection (la Lozère), j'avoue qu'au départ je me suis pris la grosse tête.
Non pas avec mes deux "collaboratrices" (mes collègues d'avant) mais à l'extérieur. C'est à dire que partout où je passais, je veillais à glisser que dans mon boulot, le chef, c'était moi...
Parmi mes voisins, amis, dans ma famille.
C'est vrai, ce n'était pas méchant.

Pire allait être mon successeur, dont j'ai parlé très souvent ici, sous le joli nom de "tortionnaire".
Un mec que tout le monde s'accordait à trouver "bon vivant et sympa" tant qu'il était technicien, mais qui passé ingénieur (on se demande comment, comme le disait souvent Nathalie) et donc chef, non seulement lui est monté à la tête mais a déclenché chez lui le gêne de la tyrannie, qui devait sommeiller depuis sa naissance. Ma seconde collègue n'a fait ni une ni deux, quand elle a vu ça, elle a demandé sa mutation. Elle pouvait. Pas les deux autres, Nathalie et moi, pour des raisons évidentes.

Il a tout de suite vu la faille, et de ce jour a complètement chamboulé la façon de travailler, interdit qu'on prenne désormais nos repas de midi à l'extérieur, viré nos armoires pour les remplacer par des mini-casiers, et bien sûr instauré des réunions-réquisitoires où chacun en prenait selon son grade.
Pour finir par une lettre à la direction pour exiger le départ de Nathalie ! Et donc notre arrachement.

Sautons quelques années, on arrive à Biarritz.
Le chef de l'époque était un mec assez antipathique mais qui dans l'ensemble nous fichait une paix royale. Ce chef était pourtant haï de l'équipe que je venais d'intégrer. Alors qu'un collègue, Daniel, faisait des trucs inimaginables : Il achetait sur e-bay des marchandises, qu'il revendait plus cher sur un autre site. Mais, à partir du boulot, et il stockait tout sur le lieu de travail...
Nous ça nous faisait marrer, le chef s'en fichait.
Mais le chef en question a eu l'opportunité d'aller en Outre-Mer, et n'a pas été remplacé. Même chose qu'à Mende, c'est quelqu'un de l'équipe qui devait prendre sa place. Là c'est encore ma pomme qui étais désigné. De par mon grade, le plus élevé de l'équipe.
Mais le collègue e-bayeur était là depuis 23 ans, et avait rêvé toute sa vie d'être calife à la place du calife. Et quand il me demanda si ça m'intéressait, je répondis que je ne voulais plus avoir aucune responsabilité dans une boîte qui avait laissé persécuter deux personnes pendant 3 ans et demie sans broncher.
Alors, ayant le feu vert, il nous raconta ce qu'il allait faire : Biarritz devait être le paradis sur Terre. Nous aurions chacun notre ordi. On allait repeindre entièrement les lieux. Il commanderait un lave-vaisselle !
Mais, quand il fut désigné, nous dûmes vite déchanter. D'abord il se fit poser un immense aquarium dans son bureau. Puis céda aux cartes de visite flatteuses : Mr. Daniel L.... Chef du Centre de Biarritz. Il imposa la "qualité", qu'on ne nous demandait pas. Et surtout, surtout, nous interdit de surfer sur le Net à partir du bureau !!!
Le clash avec lui se produisit le 26 octobre 2005. Alors qu'il était absent (il était de plus en plus absent, l'avantage d'être chef....) France 2 débarqua avec ses caméras et c'est moi qui dus le remplacer.
Dès lors il m'en voudra à mort... Je lui avais piqué son passage télé !!!!

Enfin, nettement plus insignifiant, plus récemment, dans le village, une dame qui était très cool avec tout le monde, qui me tutoyait, est arrivée présidente d'une association. A partir de là, le melon. Par exemple, lors des voeux du maire, toutes les femmes me firent la bise, sauf elle, vu que je faisais partie de l'association ! Et j'eus droit à un "vous" qui me glaça...

Certes, les différents "melons" que je cite ici n'ont pas tous le même ordre de grandeur... Qu'une dame que finalement je ne connais que peu me dise vous et ne me fasse pas la bise, ça n'est pas comme des chefs qui vous poussent à partir, et qui déchirent des couples.

Mais hélas, ce phénomène est quasi-général. Le fait d'avoir une quelconqe responsabilité, petite ou grande, dans quelque domaine que ce soit, vous fait prendre la grosse tête et souvent changer d'attitude avec les gens que vous côtoyez. Regardez bien autour de vous...

C'est humain, et on ne pourra hélas pas le changer.

Je vous embrasse.

 

 

12:40 Publié dans psy | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Quasi général ?
Comme tu y vas... je connais plein de gens qui n'ont pas pris la grosse tête en "portant un chapeau"
Mais en même temps, le rôle change aussi... celui qui prend du galon endosse aussi la responsabilité de ce que font ceux qui restent. Et doit des comptes au patron...
Ce qui ne devrait pas l'empêcher de rester sympa et respectueux.
On peut être chef et sympa. Même s'il y a parfois des choses désagréables à dire...
Et j'en connais plein qui n'ont jamais pris le melon. Mais je pense effectivement, que ce n'est pas la majorité. Mais ... ça existe ;-))

Écrit par : Teb | 30/03/2012

Tu as bien de la chance de ne pas trop en connaître !
Tiens, ne serait-ce que chez toi....! Au boulot là-bas, s'était passée la même chose, l'ingénieur est parti et c'est un de l'équipe qui est devenu chef. Et bien de l'avis de tous ses ex-collègues, il a avait pris la méga grosse tête :(
Et même en politique, combien y en a t'il qui deviennent puants dès qu'ils prennent la tête de quelque chose ! De gauche comme de droite, je me souviens par exemple de Ségolène qui en 2007 avait "puni" Arnaud Montebourg de 30 jours de mise à pied ;-))) !

Quand aux "responsabilités" laisse-moi rire ! L'immense majorité de ces responsables ouvrent de tels parapluies qu'il est vraiment difficile qu'ils endossent quoi que ce soit. Surtout dans le monde du travail, où tous les chefs ont des chefs au-dessus d'eux, jusqu'au PDG dans le privé, au ministre dans le public.

Bisous.

Écrit par : Cica pour Teb | 30/03/2012

Mon constat perso c'est que lorsqu'un membre d'une équipe passe à l'échelon supérieur pour diriger la même équipe, prendre la grosse tête est quasi-inévitable. C'est qu'il ne peut plus avoir le même relationnel copain-copain avec les collègues au risque d'avoir des situations délicates à gérer (t'es mon pote, tu me feras bien une faveur...), donc pour asseoir son autorité nouvelle il peut en arriver à devenir antipathique ! Ce n'est pas tant la grosse tête qu'une forme d'auto-défense pour protéger sa nouvelle position (sans parler des comptes à rendre à l'échelon encore au-dessus).
Et puis il y a ceux qui font des promesses... et là, surprise, elles ne sont pas tenues : c'est qu'en montant d'un échelon on a alors accès à des informations que l'on ne possédait pas avant et à de nouveaux objectifs dont on n'avait pas connaissance. Et on se rend compte que les promesses ne sont pas tenables.
Tout est relatif dans la vie...

Écrit par : Odile | 30/03/2012

Dans le cadre que tu cites, je suis parfaitement d'accord avec toi, pas facile de gérer la situation avec des collègues qui sont devenus des "collaborateurs", et j'en arrive même à comprendre la réaction extrême de mon "collègue/chef" de Biarritz.
En revanche ça ne vaut pas pour "tortionnaire mendois" qui ne nous connaissait pas quand il est arrivé.

Alors je nuancerai finalement ma position : je te rejoins à 100% quand le "responsable" est issu d'une équipe, comme tu dis, c'est "quasi-inévitable". Mais peut-être que dans un autre cadre, ce n'est pas une généralité, et je rejoindrais un peu le com de Teb.

De la discussion jaillit la lumière !

Bises

Écrit par : Cica pour Odile | 30/03/2012

Vite... essaye de trouver les principes de Peter... enfin je crois que c'est cela. Vieu bouquin que je ne retrouve plus.
Bises vite en passant

Écrit par : Brigitte | 30/03/2012

"tout homme s'élève jusqu'à son niveau d'incompétence". Je n'osais pas dans ma note parler des Principes de Peter, mais bon, tu l'as fait, ce qui prouve que tu as très bien compris son sens. J'espère que tu vas bien, je t'embrasse.

Écrit par : Cica pour Brigitte | 30/03/2012

Je pensais effectivement plus à celui qui devient chef dans la même équipe...
Mais en attendant, c'est vrai que, quand on devient chef, on se rend compte qu'il y a des données qu'on ne possède pas quand on ne l'est pas ...
Je ne connais pas Peter... (c'est grave ?)
Tout ça pour dire que les relations humaines sont bigrement compliquées... et que, parfois, il ne suffit même pas de discuter ou de s'écouter pour se comprendre... parce que chacun comprend ce que dit l'autre à la lumière de ses mots à lui...
Pffff
Ceci dit, je reconnais qu'il y a des chefs proprement imbuvables...carrieristes, et qui écrasent tout sur leur passage... même les anciens copains...
Allez, bisous... bonne nuit ;-))

Écrit par : Teb | 30/03/2012

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