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22/05/2013

mon père (suite)

Voilà 5 mois j'avais fait une note à son sujet, évoquant Daniel Guichard et me disant que moi aussi j'étais passé à côté de lui sans le regarder...

Mais je viens de faire une découverte : En fait j'ai eu deux pères.

Noooon !!! Pas de sombre histoire de papa caché dans ma famille, je suis bien le fils bilogique de mon père ! Il n'est qu'à comparer nos photos au même âge.

Mais je peux distinguer le père d'avant 1967, complice, sobre, indulgent, bien dans sa peau, et celui d'après où il est devenu renfermé, injuste, jaloux, s'adonnant à la boisson et aussi.... casse-cou !

Je vois dans notre aventure sur les pentes Mont-Aigoual en 1970 (vêtus en costume de ville dans le blizzard !!! ), dans la traversée du Mont-Blanc chevauchant nos solex en 71, dans notre mini-tour d'Europe en 72 sur les mêmes engins, certes la fierté d'avoir accompli ces exploits avec son fils, qu'il redécouvrait, mais aussi une sorte de défi désespéré. Il avait je crois, sans exagérer, perdu le gôut de vivre.

A cette époque, mon père était déjà "cassé", et devait le rester jusqu'à la fin de ses jours, en 2006.

C'est long, 39 ans dans cet état...

La "cassure" s'est donc produite en 1967. Année où je le voyais pleurer devant des chansons, sans chercher vraiment à savoir ce qu'elles contenaient. J'avais moi-même mes soucis, dont le fait de ne me pas me faire virer du lycée rupin (Louis Le Grand pour ne pas le nommer) que je devais aux bontés de la "carte scolaire".

Une femme, bien sûr.

Une "maîtresse" après tant d'autres, mon père ayant toujours été très porté sur le sexe opposé.

Mais cette fois c'était différent.

Jamais, au cours de cet été 67, je ne l'avais vu aussi heureux. Il m'avait mis dans la confidence, et rarement je l'ai vu aussi épanoui que ce mois de juillet où nous étions en vacances tous les deux près de Brest.
Il m'avait même montré ses lettres d'amour ! Il avait écrit des poèmes, de très beaux poèmes, qu'il avait envoyés à un "concours floral" local, où il avait rencontré un certain succès.
Elle s'appelait Annick, vivait à Cherbourg et avait....28 ans.

Les lettres d'amour ne mentent pas, y compris celles de rupture.

Annick, donc.

Mon père m'avait confié qu'il passerait le mois d'août avec elle, et que sans aucun doute cela se passerait de la même façon que dans la chanson d'Aznavour sortie un an plus tôt.

Moi ce mois d'août 67, je le passerai dans un Brest pluvieux et froid, sans mon ami Bernard qui avait commencé à travailler, et mon vélo ne servait pas très souvent....

Septembre en revanche rattrapa le reste, puisque passé en majorité à Lorient, là où j'avais - et où j'ai toujours - tous mes repères.

Je ne le saurai que bien plus tard, mon père après son mois "magique", après un mois d'amour avec la femme qu'il aimait, était écartelé.

D'un côté, une femme (ma mère) avec qui il était en couple depuis 35 ans. Et qui était une épouse admirable. De l'autre la femme qu'il pensait sincèrement être de sa vie. A cet âge-là 55 ans, on est très difficile en amour, et si on s'engageait c'était du sérieux.
Et il voulait s'engager...

Mon père voyait parfaitement les obstacles qu'il lui faudrait franchir pour pouvoir vivre pleinement son histoire.
D'abord, cette foutue distance. Paris-Cherbourg, 328 km. Là encore il n'avait pas trop à se plaindre. 3 heures et demie de train ce n'était pas la mort, quand on songe à ceux qui sont séparés par le double, et même pire, par la mer... Là oui, cela aurait été franchement atroce.

Puis, moi. Ce que j'en pensais au fond de moi.
Là je le rassurai : "Papa, vis ta vie avec la femme que tu aimes, ça me fera plus plaisir de te voir heureux avec elle que de vous voir vous déchirer continuellement avec maman.."
Ce que me dira ma fille 34 ans plus tard...

Puis, plus important, la différence d'âge. Je le dis haut et fort, après être passé par là et avoir suivi nombre de couples dans ce cas, plus de 10 ans d'écart c'est voué à l'échec.
Ca peut durer 5 ans, allez peut-être même 10, mais ensuite, pour l'homme c'est de moins en moins viable et pour la femme de moins en moins vivable.
Je sens déjà les plumes acérées qui ne vont pas m'empêcher de me piquer sur ce sujet "non politiquement correct", mais je le sais maintenant, la nature a ses lois...

Enfin, écartelé entre, d'un côté une femme (ma mère) avec qui il ne s'entendait plus depuis longtemps, et en couple avec elle depuis 35 ans. Et qui était une épouse admirable.
De l'autre la femme qu'il pensait sincèrement être de sa vie.

Si ma mère avait été une sombre mégère, lui rendant la vie pourrie, le maltraitant, le niant, allant même jusqu'à souhaiter sa mort par moments, alors là pour lui le choix aurait été plus facile.
Evident même !
Mais ce n'était pas le cas. Mon père était un homme de devoir et avait des scupules. Il savait ce que ne manqueraient pas de dire ses proches s'il y avait divorce, et ça il ne pourrait pas le supporter.

Alors il est resté.

Obérant d'un trait tout le reste de sa vie.

Et il est alors devenu le père que je décrivais tout à l'heure : renfermé, injuste, jaloux, s'adonnant à la boisson et surtout désespéré.

Jamais il ne s'en remettra, de ce choix dont il m'a si longtemps parlé pendant nos vacances Lozériennes, en 1970 et 1971.

C'est pour moi une leçon....

Je vous embrasse.

18:17 Publié dans détripage | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

C'est vrai que nos parents ont une vie à part entière, en dehors de nous et des états d'âme qui ne dépendent pas de nous aussi. Les pères sont assez difficiles à cerner, surtout ces anciens pères, plus "indépendants", moins paternels que ceux d'aujourd'hui. Moins présents aussi. Mais pourtant certainement aimants, mais à leur façon.
Bises

Écrit par : Béatrice | 22/05/2013

Je pense de plus en plus que pour comprendre les réactions de nos pères, il faut arriver à leur âge...
Bises

Écrit par : cica pour Béatrice | 23/05/2013

Une histoire de 5 ans, je trouve ça long, et ça a pour moi le mérite de vivre. Mais ce n'est pas le sujet de ton billet...

Ton papa ne pouvait pas avoir une histoire parallèle en pointillés ?

Écrit par : Cristophe | 26/05/2013

Une histoire de 5 ans, comme tu dis, est d'autant plus facile à vivre pour peu que les deux amants aient beaucoup d'occasions de se voir. Même sous les bombes.... Mais cette histoire de 5 ans peut se révéler finalement pas si solide que ça si l'un des deux abandonne au premier coup de vent. Mais ça on le réalise qu'après, bien après.

Mais comme tu dis ce n'est pas le sujet de ma note. Pour te répondre, je te dirai que, par définition, dans un couple on est deux, et je ne sais pas si Annick aurait pu se résoudre à cette vie-là... Se résoudre à être "la maîtresse" qu'on cache, d'accepter d'endosser ce rôle, même temporairement. Il faut être très amoureux, ou très fort, ou les deux, pour l'accepter.
Oui, pour pouvoir supporter une passion "en pointillés", je suis convaincu qu'il faut que le sentiment soit très fort, exceptionnellement fort, de part et d'autre.
Et surtout bien avoir en tête que ces pointillés-là ne peuvent être que provisoires, que la finalité d'un couple qui s'aime à la folie doit être de se retrouver ensemble, même s'il doit y avoir de la casse pour ça.
Bien savoir aussi que de toutes façons de la casse il y en aura si cette passion ne peut pas être assouvie, se retrouver soi-même cassé, voire pire, ce qui à mon avis n'est pas mieux... Mon père en a fait la triste expérience :(

Écrit par : cica pour Cristophe | 26/05/2013

Je relis cette note trois ans et demie après et je me dis que d'une part, finalement, à seize ans, j'étais plutôt mûr pour mon âge, et capable de comprendre bien des choses, et que d'autre part, mon père en revanche était déjà un vieux monsieur à 55 ans, à qui le divorce faisait peur.
Il avait pourtant quelque chose d'important, mon "feu vert", un vrai feu vert pas "de corconstance", celui-là...
Mais peut-être qu'Annick n'était pas assez fiable ??

Écrit par : cica | 24/11/2016

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