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17/05/2014

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Fin 1972 j'avais 21 ans. L'âge où on est blasé de tout, et où on ne se prend pas pour un étron de cheval, surtout, comme c'était mon cas, on est déjà dans le monde du travail.
Avec mes parents, j'avais des rapports plutôt tendus, bien que chacun soit chez soi. Ils m'adoraient, chacun à leur manière, mais j'arrivais toujours à leur trouver des défauts, et parfois on s'accrochait pour des riens, que bien souvent je montais en épingle.

En décembre ce fut l'appel sous les drapeaux. J'en ai déjà parlé dans ces colonnes, mais je découvrais alors la lie de l'être humain. Les brimades que des petits connards, dont on ne pouvait rien tirer dans la vie civile, infligeaient à ceux qui avaient eu la chance d'être plus intelligents (et aussi plus bosseurs) qu'eux étaient incroyablement cruelles. A l'armée de ce temps, la spécialité était de donner des coups de pieds à ceux qui étaient à terre.
"toi, le pleurnichard, tu seras de corvée le week-end prochain au lieu de partir en permission.."

Ce n'était pas à moi que ces propos s'adressaient.  Car j'avais 21 ans, j'étais - déjà - très sensible, mais encore costaud - plus comme aujourd'hui, assez usé je dois le dire - , et je peux me vanter de ne leur avoir jamais montré mes larmes.

Mes larmes, c'est en permission qu'elles coulaient. A gros bouillons.
Permission, déjà le mot est évocateur. Tu n'es plus libre, et tu as seulement la permission d'aller chez toi. Mais il te faut vite revenir, et sans une minute de retard...

Et moi, dès la grille de la caserne franchie, j'y pensais à ce retour. J'avais certes, la joie de revoir mon chez moi, mon décor, les miens, mais je savais que ça ne durerait pas. Et il m'arrivait souvent de pleurer dans mon lit.
Ma mère ne me comprenait pas.
"Mon Patounet, écoute, réagis, tu es là, à présent, auprès de nous, profite de cet instant, au lieu de te lamenter, en plus tu nous fais de la peine de te voir comme ça"...

Je me rendais malade au point que j'en suis arrivé à une fois prendre des tranquillisants ! Il me fallait ça comme béquille, ou alors je tombais en grave dépression. 

Par "chance", si j'ose dire, mon calvaire avait une durée fixée à l'avance. Et comme tous les bidasses, j'effaçais un à un les jours de la fameuse "quille" à mesure qu'ils passaient.
Nous avions même nos "grades" :
- bleu-bite (pardon mesdames) : encore plus de dix mois à tirer.
- bleu : encore plus de huit.
- pierrot : encore plus de six.

A partir de là, nous étions sur l'autre versant. Nous descendions la pente.
- pour l' "ancien", entre quatre et six mois.
- le "quillard" en avait pour plus de deux mois, et enfin
- le "libérable" avait moins de deux mois à faire.

Mon moral a évolué en fonction de ces grades. Le bleu-bite que je fus était angoissé, le bleu triste, le pierrot nostalgique, l'ancien apaisé, le quillard requinqué et le libérable plein d'espoir.

Quand je fus libéré, ce fut un des plus beaux jours de ma vie. Et la boîte de médicaments alla dans la première corbeille venue.

Et ensuite mes rapports avec mes parents devinrent nettement plus paisibles. J'avais compris la leçon.

Les "vieux c...." disent toujours que le service militaire ça vous fait un homme.
Enormité monstrueuse bien sûr mais avec un fond de vérité. Car après on sait nettement mieux apprécier les choses qu'avant. On se rend vraiment compte de la chance qu'on a, alors que ça paraissait aller tellement de soi ! Que ça semblait si naturel.

Leçon de morale du vieux Cica : quand on est heureux, il faut vivre son bonheur en "direct live". Car après, c'est trop tard. A moins qu'un bon avertissement sans frais vous remette les idées en place !

Je sais de quoi je parle ;)

Je vous embrasse.

20:58 Publié dans détresse | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

C'est toujours toi sur la photo en tête de ce blog ? Aurais-tu maigri ?

Jeune con je n'ai pas toujours su vivre, maintenant je suis d'accord avec ta morale.

Écrit par : Cristophe | 18/05/2014

Pas con - mais ignorant - jusqu'à l'age de 62 ans, je trouve qu(il n'est jamais trop tard pour comprendre certaines choses.
Et en tire les conséquences .

Écrit par : cica pour Crisyophe | 21/05/2014

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