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24/03/2016

ROBERT

DSCN1186.JPGRobert est, était plutôt un de mes deux seuls cousins germains. Agé de 13 ans de plus que moi, il m'a accompagné tout au long de ma vie.
La toute première fois que je l'ai vu (du moins que je m'en souvienne), c'était en juillet 1959, à Egletons (Corrèze) où il faisait son voyage de noces en vespa! En cela je l'imiterai 15 années plus tard, mais en solex. Il m'avait pris sur le tansad, et j'ai eu une des plus grosses frayeurs de ma vie lorsqu'il taquinait le 80 ! Bien qu'à ses dires il était à 40...
Ainsi il a connu le 13m2 sans eau ni toilettes où on s'est entassés à trois jusqu'à mes onze ans.
Celui, un peu amélioré de 29m2 où nous avions certes l'eau, mais toujours pas de WC.
Chez lui, je me souviens de lui comme d'un jeune officier, à Brest, dans les années 60. J'étais ébloui par le fait que, dès qu'on passait une barrière, on le saluait comme un général. Alors qu'il n'était que lieutenant.
Je m'étais lié avec ses enfants, mais je me souviens de son épouse qui me regardait toujours de travers dès que j'approchais l'une des deux filles.  Chez eux, c'était disputes continuelles, car ce que je vivais chez moi, c'était kif kif bourricot. J'en arrivais à me demander s'il y avait des couples qui s'entendent "vraiment" !!!

Puis on s'est perdus de vue, problèmes de "grandes personnes".... Où les enfants trinquaient !

Il a fallu attendre 1973 pour que je revoie Robert et toute sa petite famille, alors que j'étais militaire. Là, au Vigan, dans les Cévennes, nous avons passé trois jours magnifiques.

Je l'ai revu ensuite à Paris, où il était muté lors de mes stages professionnels. Je me sentais seul dans cette capitale d'où j'étais enfin parti, et j'appréciais les repas en famille au Kremlin Bicêtre. Bien que ces repas étaient de plus en plus ponctués de disputes.
Et ce qui devait arriver arriva, le divorce.

Mon cousin germain fera tout dans l'ordre, à tel point que - pourtant alors commandant - il devra vivre dans un Algeco pour pouvoir payer toutes les pensions qu'il devait à femme et enfants.

En 1987 il retrouva le sourire, avec l'arrivée d'une nouvelle femme dans sa vie. J'allai les voir - par surprise - en février 88 et j'avoue que je n'avais jamais encore vu mon cousin dans cet état de bonheur....

Mais pour moi les choses allaient se gâter, et, alors en poste à Mende, après une période où j'avais assuré les fonctions de directeur, j'avais demandé un chef administratif pour me soulager (je faisais alors 70 heures par semaine), le directeur en question s'est trouvé être une pourriture totale. Dés 1994 je tombai en dépression, qui allait se poursuivre sous diverses formes jusqu'en 2005 !

Mais pendant cette période, alors que mon entourage était plutôt honteux de moi, lui saura toujours trouver les mots pour me consoler. Entre 2000 et 2004, il me recevra - et sa gentille épouse Francine que je n'oublie bien sûr pas - au moins quinze fois.
Mieux : alors que j'essayais de faire sortir mon père de son logement insalubre au Vigan, et que je me heurtais au mur administratif et à son "cher médecin traitant" - qui avait été aussi le mien dans les années 70 et qui avait pris la douce habitude de me raccrocher au nez dès qu'il ne savait plus quoi dire - , est venu de Toulon m'épauler sans que je lui demande. Et m'a ensuite ramené chez lui. C'était en janvier 2002, je m'en souviens très bien.
Quand mon père est mort, en 2006, il est bien évidemment venu à l'enterrement, faisant l'aller et retour exprès dans la journée.

Plus tard, je l'ai revu à une fréquence moins élevée, mais quand même au moins deux fois par an. Parfois j'arrivais à l'improviste, et quand je lui disais que j'étais à l'hôtel, il m'engueulait, et la nuit d'après l'hôtel était décommandé !

En mars 2012 j'avais prévu de ne venir passer que trois jours, mais l'accueil fut si chaleureux que j'ai dû faire changer mes billets et revenir en TER (700 km !) afin de prolonger mon séjour...

Et puis, et puis....
Quelque chose qui ne s'oublie pas.

Quand je me suis résolu à partir de mon village Jurassien, il ne s'est pas - à l'inverse de la majorité de ma famille - posé en juge mais m'a accueilli les bras ouverts avec son épouse. Il avait pourtant 77 ans, aurait pu se la jouer "pères indignés" , mais non. Il a alors agi comme toujours, en Grand Frère que je n'avais pas connu. Comme je pense que pour lui j'étais le petit frère qu'il n'a jamais eu.

Il est mort hier matin.

Je redoutais ce jour, comme celui de la mort de mes parents et je suis triste, mais vraiment vraiment triste.

Je vous embrasse.

PS: sur la photographie, il allait sur ses 69 ans !

Commentaires

Sur la photographie, je lui aurais donné la mi-cinquantaine.
Il me semble bien que tu as eu de la chance de connaître cet homme qui t'a aimé et qui a laissé aller et s'ouvrir son cœur vers toi "à contre-courant".

Écrit par : Cristophe | 25/03/2016

émouvant ton histoire , comme d'habitude . robert était un sage ! bon courage . jean

Écrit par : jean | 25/03/2016

belle histoire entre toi et Robert car il est rare de conserver des liens étroits entre cousins germains après la période de l'adolescence. Un petit clin d'oeil, Robert est décédé le même jour que Johan Cruyff, dans les années 70 j'adorais le voir jouer.. c'était une de mes idoles et j'aurai aimé l'avoir comme grand frère, toi ton grand frère c'était Robert et il avait comme Cruyff une grande attention et amitié envers ses proches, amitiés, Renaud.

Écrit par : Renaud | 25/03/2016

En quelques phrases c'est tout une partie de ta vie que tu nous contes là.
J'imagine ton chagrin. Il est de ces personnes que l'on a du mal à voir partir.
Bon Courage. Marc

Écrit par : Marc | 25/03/2016

Tu as tout résumé Cristophe, je pense que j'ai eu énormément de chances de connaître cette personne, qui a agi avec moi, après "ma fuite" à contrario de la majorité de ma propre famille, qui pourtant connaissait le contexte dans lequel je vivais. Il nous a accompagné un bout de chemin, pendant deux ans et demie,comme pour nous mettre "en route". A présent, nous voguons de nos propres ailes, mais à partir de maintenant je vais commencer à en baver. Le "disjonctage" du premier jour -phénomène classique du cerveau - s'est vite dissipé quand j'ai vu sa dépouille avant-hier. Horrible sensation. A présent, malgré plus de médicaments, je ne dors que la moitié de la nuit (la preuve...), j'ai constamment cette image en moi. Et dire que ce "rituel" est imposé par les "convenances" de certaines régions ! Elles doivent faire le bonheur des psys !
Amitiés

Écrit par : cica pour Cristophe | 27/03/2016

Mon chagrin est à la hauteur de ce qu'a été l'homme pour moi. Et ne fait que commencer. Si j'en juge par la durée de mes "deuils", elle a été d'une année sans manger en 1980, et quinze années de douleur à partir de 1998. Où, heureusement, Robert a été là.... Il me disait souvent quand je parlais de la mort avec volupté (début des années 2000) "fais pas le con, la vie te réserve de bonnes surprises", et j'ai vu qu'effectivement il a eu raison. Mais le souci, c'est quand la situation s'est inversée ces derniers mois, j'ai eu beau lui répéter ses propres paroles, rien n'y a fait. Il était trop mal...
Je me console en me disant qu'à présent il doit être en paix,mais pas "sympa" pour ceux qui tiennent à lui. Si j'avais su tout ça, un certain 23 février 2003...
Pour répondre plus précisément à Renaud, c'est vrai que je ne le connaissais VRAIMENT que depuis le début de ce siècle. Mais j'ai rattrapé le temps perdu.
Et heureusement !
Amitiés

Écrit par : cica pour Jean, Renaud et Marc | 27/03/2016

Bonsoir Patrick,je viens de découvrir ta note. Évidemment,je suis très attristé d'apprendre la disparition de Robert;c'est un grand deuil que tu commences à ressentir. L'annonce d'une disparition représente tant de choses à la fois;choses insupportables même si la personne perdait ses forces et sa joie de vivre... Je te fais part de tout le chagrin que j'éprouve aussi en sachant que ces heures sont pour toi synonyme d'une grande douleur. Je voudrais encore te dire que je t'admire de savoir,au moment de cette grande perte,en parler avec tant de vérité,tant de tendresse. Sincèrement,en te remerciant de tout ce que tu nous apportes sur ce blog. En pensée avec toi,Cédric

Écrit par : Cédric | 28/03/2016

Sincères condoléances.

Écrit par : hug | 28/03/2016

Merci, du fond du coeur
Amitiés

Écrit par : cica pour Cédric et Hug | 28/03/2016

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