14/09/2026
J'ai failli aller aux J.O. !
Si ! A Munich en 1972, et pas comme spectateur !
Mon amour pour l'athlétisme remonte à 1961, quand mon père m'a emmené voir un meeting au stade Charléty. Je suis alors resté scotché durant tout l'après-midi, et je bavais devant les sprinteurs.
Las, au lycée, ce n'était pas du tout le même "tabac". Si j'aimais l'athlé, lui en revanche ne m'aimait pas...
A chaque fois que la 6ème A4 du Lycée Montaigne de Paris - dans la cour des filles, plus grande - organisait une "composition" de 60 m, ceux qui n'avaient pas cours se déplaçaient pour me voir courir... Et se poiler !
Un style en canard, avec mes petites jambes (je mesurais 1m35) aboutissaient au fait que je faisais rigoler tout le monde. Un vrai spectacle ! Avec des temps de 11 à 12 secondes, j'étais bien entendu le dernier !
Les années passaient, et, n'étant pas rancunier, j'étais toujours en admiration devant les recordmen du 100m, notamment Roger Bambuck, qui avait fait en 1963 10'8" et en 1964 10'4".
En 1964 où je ne ratais pas une seule épreuve - quand j'étais à la maison - des JO de Tokyo. 10'5" pour Bambuck, éliminé dès le premier tour.
Moi je calculais : 10 secondes (j'avais fait des progrès) aux 60 m, ça faisait 17 secondes au 100 m ! Bambuck était déjà arrivé que je n'aurais fait que les 2/3 de la course...
Et puis deux processus vont changer grandement la donne.
D'abord ma croissance exceptionnelle entre 1964 et 1965, passant de 1m40 à 1m65 (je n'allais prendre que 2 cm par la suite).
Puis l'émulation.
J'étais en première à Louis-Le Grand lors des jeux olympiques de Mexico. Question sprint, j'étais à présent dans la moyenne avec 9 secondes aux 60 mètres.
Vint un certain jour d'octobre 1968.
Les jeux de Mexico, cause décalage horaire, passaient entre 22h et 3 h du matin. Le poste de télé était dans la salle à manger, qui était aussi "la chambre" de mes parents (nous habitions un T1)
Dilemme : devais-je regarder le 400 m dames, où notre représentante Colette Besson faisait partie - d'après télé 7 jours - des "tocards", à 1h30 du matin ? Sachant que le lendemain j'avais en première heure une "interro" de physique, et juste après un "contrôle" sur 60 m ? Les deux comptant bien sûr pour la moyenne ?
Après avoir demandé la permission à mes parents, je restai jusqu'à la finale du 400m dames.
Comme prévu, Colette se fait décrocher dès la ligne droite opposée. Après le dernier virage, elle est avant-dernière ! Mais, mais...
Je vous laisse regarder :
Les décorticages télé montreront qu'elle avait battu - officieusement - le record du monde du 100 m (départ lancé) sur cette course, dans sa dernière ligne droite.
J'attends la Marseillaise, où je vois Colette pleurer. Mes parents étaient réveillés, et assistaient aussi à cette cérémonie.
Après une nuit courte de 5 heures (si j'avais un mal fou à me réveiller, je m'endormais instantanément dans ces années-là) direction Louis le Grand.
Je ne monte pas la rue Monsieur le Prince comme d'habitude. Je me sens, comment dire, galvanisé.
Epreuve de physique : 17/20 !
Restait le 60 m.
Comme d'hab, avec mes baskets de prisunic je m'occupe très peu de mes starting-blocks, et quand le coup de sifflet retentit, je me sens alors une force inhabituelle. En m'étonnant moi-même, je double peu à peu tout le monde, et j'arrive premier de la course !
"8.1", annoncera le prof, incrédule. A tel point que je devrai recommencer la course.
Cette fois ce fut 7.8, record de la classe mais aussi record des premières !
A partir de là, le prof m'épargnera toute autre discipline lors des cours d'EPS. Fini ce fichu handball où dans le meilleur des cas je recevais le ballon en pleine poire !
Je changeai de baskets, mis un peu plus de soin à régler mes starting-blocks, et en juin j'arrivai à 7''4", le record du lycée !
Mais - comme Lemaître, je courais un peu comme lui - ce qui me pénalisait, c'était mes mauvais départs.
En terminale l'année d'après je m'exercerai à faire des 100 m dans des stades en banlieue.
De 11'2 en début d'année, je gagnerai 4 dixièmes (notamment en améliorant mes départs) et j'arriverai finalement à établir mon record perso à 10 secondes et 8 dixièmes. j'avais 19 ans, et une bonne marge de progression. Je détenais le record interlycées de Paris d'après mes profs (ils étaient désormais plusieurs) qui voulaient me faire participer aux championnats d'Ile de France, et pourquoi pas, avec un entraînement intensif, aux championnats de France en 1970 ?
Mais j'étais dans l'année du bac, et pas question de sacrifier du temps aux entraînements ! Et de plus les championnats de France devaient avoir lieu mi-juillet à Paris, pas question de louper mon mois de vacances à Lorient, dans une maison située sur la plage même, avec mes cousins tout à côté ! On verrait l'année d'après...
Au bac, justement, je sortirai un 8'9" aux 80 m qui me vaudra les félicitations du jury ! Qui me parleront eux aussi des championnats, de France, d'Europe et des Jeux de Munich !
Mais le mois d'août 70 me fit connaître une belle histoire d'amour, d'où je sortirai meurtri. Et avec une super bronchite qui ne cessera qu'au printemps, je passerai surtout mon année de fac accompagné de cinq potes (3 filles et 2 garçons) avec lesquels nous referons le monde dans les cafés en écoutant Léo Ferré ou Brassens. Deux d'entre eux, Annie et Michel, ne se quitteront plus.
J'étais bien avec eux, et peu à peu j'oublierai les cendrées.
Je continue du reste à jouer avec Annie deux fois par jour sur Facebook !!!!
Puis ce sera mon école professionnelle en 1971, ma première affectation au Mont Aigoual en 1972 où je rencontrerai ma première épouse.
Et c'est de là haut que je regarderai, un peu triste, les jeux de Munich.
Je sais que j'avais une petite chance d'accéder aux séries, voire plus.
Mais j'aurai appris une chose : pour tout exploit physique, le potentiel musculaire ne joue qu'à 50%. Le reste est dans la tête.
Je vous embrasse.
12:25 Publié dans moi, psy, Sport | Lien permanent | Commentaires (0)


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