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09/12/2019

Souvenirs d'enfance : la révélation de la rue Tronchet

Quand j'étais gamin et que le temps le permettait, ma mère venait me récupérer à l'école à 16h30 et nous allions alors chercher mon père à son travail.
Son travail, c'était le Ministère de la Marine où il occupait le poste de chef de bureau.
Le plus souvent nous gagnions les quais de Seine, que nous longions jusqu'au pont du Carrousel, et de là les jardins des Tuileries, où nous attendions 18h30.
J'étais en admiration devant la place de la Concorde, et surtout la rue Royale, au bout de laquelle trônait la majestueuse Madeleine. Je m'étais dit qu'un jour on remonterait la rue pour la voir de plus près...
Mon père "récupéré", on prenait alors le bus qui nous ramenait chez nous.
Il faut dire que, "enfant de substitution" (mon frère est mort à la naissance un an et demie avant que je me pointe), ma mère me "surcouvait", et du coup les seules balades que l'on faisait elle et moi, c'était aller au jardin du Luxembourg, et les samedis soir le ciné rue Champollion où une dizaines de salles obscures proposaient la place au prix d'un sandwich. Bref, le VIème et la lisière du Vème. Montmartre je ne connaissais pas, ni la Tour Eiffel (que je voyais de temps en temps au loin au bout d'une rue) . Les Champs-Elysées c'était tous les 11 novembre où mon père m'amenait voir le défilé. Pas plus.

Mais Noël 58 allait me faire découvrir un nouveau quartier.
Un de mes parrains (j'en ai eu trois !) m'avait offert un projecteur de cinéma. Muet. Mais il fallait louer des films ! 
Une seule adresse : rue d'Amsterdam entre la gare St Lazare et la place Clichy (et non pas de Clichy !!) où pour quelques francs nous pouvions louer des Laurel et Hardy, Charlot et autres films des années 20. Et le soir, c'était ciné à domicile ! J'ai encore en tête le cliquetis du film entre les deux bobines.
Ca ne durait pas plus de 4 minutes, mais on le repassait plusieurs fois et ça faisait l'affaire !
C'était ma balade du samedi soir, dans un quartier très vivant. Nous descendions à Liège (quand elle était ouverte) et repartions par Clichy.

Pour moi, entre le bureau de mon père et le loueur de films, il fallait traverser Paris ! Dans le premier cas c'était direct en bus et pas trop loin à pied, dans le second il fallait prendre le métro et changer deux fois.



Un samedi soir de printemps, alors que nous venions de prendre possession de 200 mètres de Charlot, mon père me demande si je suis fatigué. Je réponds que non et il me dit qu'il voudrait récupérer quelque chose au bureau.
- Mais c'est à l'autre bout de Paris ! m'inquiétai-je.
- Mais non, ce n'est pas loin, tu verras...

Et on descend la rue de Liège. On passe devant St Lazare, et je me dis qu'on n'est pas sortis de l'auberge ! On traverse, et deux cents mètres plus loin, mon père me montre quelque chose:
- Tiens, c'est la Madeleine, toi qui voulais tant y aller...

Je tombe sur le c.... ! En fait, entre le quartier du loueur de films et le bureau de mon père il n'y avait même pas un kilomètre !
C'est la rue Tronchet qui fait le lien, une petite artère de même pas 400 m....
Le lien entre deux mondes complètement différents pour le môme de 8/9 ans que j'étais.

Je vous embrasse.

Commentaires

Beaux souvenirs d'enfance que tu racontes Patrick dans la traversée de certains quartiers de Paris et le plaisir de regarder les films muets de Charlot et les Laurel et Hardy. Avec le recul, moi même étant né en 1952, je me rends compte du succès populaire que rencontraient encore ces films (datant pourtant des années 20 et début années 30) à la fin des années 50 voir même au début des années 60, j'ai pu le vérifier à la maison lorsque la télé est arrivée en 1958, beaucoup de films de Charlot et surtout les Laurel et Hardy passaient beaucoup dans les programmes de l'après-midi, et ça plaisait bien à mes frères et moi, tous ces souvenirs restent ancrés dans notre mémoire et pourtant c'est loin tout ça ! Concernant la rue Tronchet, bien qu'ayant travaillé quatre ans à Paris, je ne m'en souviens pas mais j'y suis certainement passé sans le savoir. Amitiés, Renaud.

Écrit par : Renaud | 09/12/2019

toujours agréable à te lire Patrick , Paris m'a toujours fasciné alors cette traversée de Paris à toi quand tu était gamin en 58 ... du pur bonheur . amitiés à tous . Jean

Écrit par : jean | 13/12/2019

Je connais bien j'ai travaillé dans le coin tant d'années (métro Liège rue Jules Lefebvre). Pour moi c'est le quartier de la gare saint lazare, le plus beau de Paris, celui des grands magasins du passage du havre avec la rue tronchet dans son prolongement qui nous amène sur la Madeleine.
Souvenirs souvenirs, fin des années 50 ma mère nous emmenait mon frère et moi lécher les vitrines au moment de noel sur le bld Haussmann. on en prenait plein les yeux c'était féérique.
Et juste à coté le quartier de la trinité, le fief de johnny ...
Encore un très beau récit que tu nous a fait là ...

Écrit par : Marc | 13/12/2019

Bonjour!
Merci Patrick de cette page-souvenirs. Comme quoi il n'est pas nécessaire d'aller au bout du monde pour retrouver un monde disparu. C'est si joliment dit!
J'habitais et travaillais bld bonne-nouvelle; la Madeleine, l'Opéra, St-Lazare, le Luxembourg ou les Tuileries- et là je pense à Aragon et Colette Magny- oui, même si c'était 10 ans plus tard et c'est vrai qu'entre 58 et 68... Et j'étais le plus souvent possible happé par les salles obscures. La rue Tronchet ne me dit rien, alors que Poissonnière, j'empruntais régulièrement.
Salut à tous! Cédric

Écrit par : Cédric | 14/12/2019

Merci de vos coms. C'est vrai, quand on y songe, réaliser en 2019 qu'on se régalait avec des films vieux de 100 ans, ça fait drôle !
Marc parle du Bd Haussmann. J'y allais aussi pendant les fêtes, et effectivement c'était (c'est !) dans le même quartier. Mais - en bon Parisien - cela faisait partie des destinations "lointaines", comme tout ce qui dépassait mes "frontières" délimitées par la rue St Jacques, le Bd St Germain et la rue Bonaparte !
Cédric, je te rejoins quand tu parles de "monde" - temporel cette fois - entre 58 et 68. La télé a tout changé... Et idem entre 93 et 2003, avant et après le portable et internet.
Amitiés

Écrit par : Cica pour tous | 15/12/2019

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