23.11.2010
La Rencontre (28 décembre 2001)
Donc Pays Basque pour cette fin d'année 2001.
Hôtels retenus, tout bien préparé.
Quand, vers le 21 décembre, ma chère et tendre, qui avait vu un reportage sur les marchés de Noël en Alsace, me supplia de changer de destination. Le cap à l'est plutôt qu'au sud-sud-est !
Ma foi, pourquoi pas, si on trouve de quoi se loger...
On trouva.
Mais... pour qui ne le sait pas, l'Alsace, région si belle et si animée - surtout l'été - se referme complètement sur elle-même du 24 décembre à 16 h au 27 au matin !
Quand le 27 ne tombe pas un dimanche...
Comme ils le disent, "c'est une fête familiale, chez nous"...
Ils n'ont peut-être pas si tort que ça ?
Bref, après avoir passé la soirée du réveillon dans le seul restaurant de Strasbourg qui veuille bien nous accepter (à savoir... le buffet de la Gare - je vous jure que c'est vrai !), avec comme menu de fêtes une choucroute garnie à 59.95 (soit l'équivalent de 11 euros actuels) après nous être baladés le lendemain dans un Strasbourg désert et glacial, dans un Colmar encore pire et surtout l'absence criante, hurlante même de restos ouverts, et surtout "non réservés " j'entends alors ma femme me dire "et si au lieu de rester là nous passions deux jours de plus à Paris ?"
Paris, c'est bien joli, mais encore faut-il trouver- toujours - à se loger.
Je téléphone au Formule 1 Noisy le Grand, interface idéale entre la route et le RER parisien, sans trop y croire :
"vous avez de la chance, c'était complet, et un couple vient juste de se désister..."
Bref, 5 minutes avant ou 5 minutes après, on ne parlait plus de Paris !
La traversée des Vosges sous la neige sera dure. Sans équipement, c'était première/seconde/première. Et à côté, j'entendrai chère et tendre qui me dira "mais double, ah la la, mais tu ne sais vraiment plus conduire..."
Arrivés en bas, à St Dié, ma fille et moi lui disons qu'on ne pouvait pas faire mieux.
Et là, je la vois faire une de ces crises d'hystérie dont elle a le secret, critiquant tous les détails de notrs voyage. " Tu m'as fait dormir dans un hôtel Bonsaï !!! Moi dans un hôtel Bonsaïi (NDR : douche-WC-Télé, quand même ), à présent tu conduis comme un pied !" J'an ai Maaaarre !"
Et quand ma fille et moi lui faisons remarquer qu'au départ il était question de Pays Basque, et que les hôtels réservés étaient, eux très confortables, je la vois qui ouvre la portière, et s'enfuit.
Son truc à elle.
Ma fille et moi nous nous attablons quand même dans une cafet, et devant mon air désespéré, elle me dit, les larmes aux yeux :
"Papa, va vivre ta passion avec Nathalie. Maman ne te mérite pas, et moi je vois que tu es en train de mourir à petit feu... Tu sais je préfère voir un papa de teps en temps mais bien en vie, que de fleurir une tombe..."
Pour moi, c'est une sorte de "feu vert", et le 26 au soir nous sommes à Noisy le Grand.
Le 27 au matin, je pars à Suresnes acheter du vin. Mais auparavant je m'arrête à la Défense.
Soit... à quelques gares de ma bien-aimée par le train direct "DEFI".
Efectivement c'en est un de défi, que je vais tenter...
Je me dirige vers une cabine téléphonique, compose son numéro professionnel.
S'ensuit alors une communication comme rêveraient de l'écrire les scénaristes des States :
« Allo..
- C’est moi, Pat...
- Oui... ( grand silence )
Puis suit une conversation d’un bon quart d’heure où elle me dit que quelque part tout s’était brisé en elle et que maintenant il fallait tourner la page. Qu’elle avait énormément changé, qu’elle n’était plus la même.
Pas gagné.
« Tu sais, je n’aime pas parler de ça au téléphone. Il faudrait que’on se voie entre 4 zieux, et qu’on en discute, si j’ose dire, entre hommes ».
Elle rit.
Un petit rire.
Petit espoir.
Et j’enfonce le clou. « Si tu veux je suis là dans moins d’une heure. »
Elle suffoque.
- Co...Comment , tu es à Paris ? -
- Oui, mais je suis passé par Strasbourg avant..
(encore un petit rire)
- Alors à midi devant la gare."
Et c'est comme ça que j'ai pu enfin la revoir.
Va savoir aussi si je ne m'étais pas monté un cinéma pendant 4 ans, si je ne m'auto-suggestionnais pas, si je ne l'idéalisais pas, si finalement c'était vraiment elle que j'aimais, et non pas une icône.
Va savoir si on peut être séparés pendant des années et toujours s'aimer.
La réponse fut oui, des deux côtés.
Oh, certes elle ne me le dit pas "directement", mais elle n'a pas enlevé ma main quand j'ai commencé à lui caresser les cheveux...
Nous sommes restés ainsi pendant près d'une heure et demie, à parler, parler, parler. Au milieu des voitures calcinées (c'est à Trappes que ça se passe).
J'ai su qu'effectivement son collègue Michel et elle avaient beaucoup parlé de moi. Ce qui pouvait expliquer ses coups de fil.
Ce jour-là elle m'a lancé un message, que je n'ai pas saisi sur le coup.
Qui peut paraître complètement fou, irrationnel.
Qui peut me mener aussi sec à Ste Anne ou à Charenton.
Son message : il était impossible qu'un amour comme le nôtre ne voie pas un jour son aboutissement.
Qu'ici-bas "ce n'était pas la peine" mais qu'on se rattraperait "ailleurs"...
Le fameux "ailleurs" dont je parle depuis déjà pile deux ans...
Elle n'a pas mangé quand on se quitte, moi non plus, et c'est avec mes deux bouteilles de vin de Suresnes que je rentre à Noisy.
Mes nanas étaient inquiètes, surtout ma fille qui se doutait bien d'où je venais.
Sur le moment j'ignorais que retenir de cette rencontre incroyable et du dialogue qui en avait découlé.
Pour moi, une seule chose se vérifiait : nous pensions toujours l'un à l'autre.
( à suivre)
17:10 Publié dans beaux moments, ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : volonté, dieu, désillusion, nathalie
18.11.2010
L'incroyable....(septembre 2001)
2 questions avec cette note :
1) où vous trouviez-vous le 11 septembre 2001 à l'heure des attentats ?
2) que pensez-vous des "actes manqués" ? Par exemple une note tapée au brouillon, et qui disparaît corps et biens grâce à la magie de l'informatique ? Faut-il oui ou non la retaper ?
Autant je saurai répondre de façon précise à la première (on le verra), autant je suis circonspect sur la seconde. Souvent, je "prends acte" et ne refais pas la note. C'est plus la superstition qui me guide plutôt que la flemme. Mais cette fois - oui, ça m'est arrivé - je "force la porte", et refais cette note dans son intégralité.
On est donc en juin 2001, je suis au plus bas, ayant pris conscience que d'une part le vide se fait autour de moi, que c'est tout à fait normal vu que je deviens invivable, et que par conséquent je vais arrêter le seul médicament que je prends encore : l'anticholestérol.
Le 20, notre fille demande la pilule à sa mère sans m'en parler. Alors que, avant cette foutue dépression, j'étais son confident numéro 1...
Du coup je laisse tomber les fameux "neufs ans", les 18 ans de ma fille. Si, par un quelconque miracle, Nathalie me revient, on se marie dans la foulée, sans se mettre de barrières. Ma fille, sexuellement, a l'air majeure.
En attendant, je tombe de plus en plus dans le sordide.
Le 6 juillet, après une dispute avec un de ses grands copains, notre fille sort de la maison, l'air désespéré. A 22h, personne, ni à 23h30, heure où j'appelle les gendarmes, qui feront des barrages sur les routes !
Mais notre chère fifille nous revient à minuit 15, fier d'elle. cet air qui signifie "voyez, je fais ce que je veux"...
Au collège peut-être, avec ses copains peut-être, mais pas avec nous. Elle n'a pas le droit de "jouer" comme elle le fait, et sans réfléchir je lui envoie deux gifles.
Puis, tout de suite après, on finit, autour d'un verre de liqueur, par parler. Mais, une nouvelle fois, j'ai frappé.
Là c'est clair, je ne vais pas attendre la patience d'attendre que M. Cholestérol me prenne, il me faut en finir au plus vite. Je suis devenu non seulement inutile, mais nuisible.
Le 9, je me mets à pleurer, sans raison (apparente) au boulot. C'est la dépression qui, manifestement, prend le pas sur la maniaco...
Le 24, je reçois un mail de mon ami du Jura chez qui nous passions au moins une fois par an, et qui me dit qu'il ne préfère plus me voir.
Encore un de perdu, après ceux de Dinan et celui de Quimper. Me reste celui de Grenoble, mais saura-t'il me supporter ?
En août, vacances prévues dans le Haut-Doubs. C'est là que je retrouverai - et mon épouse aussi - une certaine sérénité. Ce pays nous va, c'est indéniable, même si Mademoiselle râle en permanence, car "ça ne capte pas" !
Retour par Paris, sous une chaleur écrasante (36 degrés) où une fois encore je ressens "sa" promiscuité.
Fin août, je reçois un coup de fil au boulot. Tout de suite Harceleurs I et II se précipitent, comme à chaque fois que j'"ose" téléphoner ou être appelé.
Je les calme quand je leur dis "c'est un collègue".
Oui c'est un collègue, un collègue de promotion. Que je n'ai pas vu depuis....1972 !
- Allo, c'est Michel.
- Michel ???
- Michel L., on était à l'école ensemble.
C'est vrai, mais il ne faisait pas partie de mes intimes, nous avons dû nous adresser la parole quatre ou cinq fois, pas plus. Que me veut-il, 28 ans après ?
- Alors comme ça tu es à Vannes ? Tu as beaucoup bougé, il me semble.
Mais comment il sait ça, lui ?
- Oui, j'ai fait pas mal de centres, c'est vrai. Et toi, tu es où, demandé-je par politesse.
- Moi je suis dans la région Parisienne.
- Roissy, Orly, service central ?
- Non, à Trappes.
Boum !
- heu, à quel endroit ?
- à la bibliothèque, et je suis également conservateur du musée...
Re-boum !
- Hum, hem, heu.... tu connais Nathalie X ?
- Ben oui, je suis son chef !
Re re boum.
Que faire ? Tout déballer à ce mec que je ne connais pratiquement pas ?
Pas question. Je lui dis que nous avons été à Mende ensemble - il le savait - et que Nat était quelqu'un, au niveau travail, d'exceptionnel. Il savait aussi !
Puis quelques réminiscences de 1971/72, quelques amabilités et nous raccrochons.
Je suis troublé. Pourquoi cet appel ? Je ne suis pas un idiot, je sais très bien qu'il a un rapport avec Nathalie. Mais est-ce que c'est elle qui lui a demandé de prendre de mes nouvelles, ou bien lui qui, intrigué par ce que disait sa jeune collègue à mon sujet, a voulu en savoir plus ?
Je serai fixé quelques mois plus tard.
En attendant, je cède à ce que me demande mon cousin/frère Jean-Yves, à savoir aller à Tahiti chez lui.
Mais au dernier moment, on me fait savoir que le vol est annulé...
Et le téléphone de Nat à son boulot me nargue. Mais vas-y Bon Dieu, appelle-la ! C'est peut-être ce qu'elle attend !
01 65 30......
De toutes façons, je dois attendre d'être seul pour appeler. Ici le téléphone "perso pendant le boulot" est considéré comme un crime. Du moins quand c'est moi le criminel !
L'occasion va se produire le mardi 11. Pas de collègue avec moi, et le chef part l'après-midi en mission. Voie libre. Ce sera aujourd'hui ou jamais. Allez mon vieux, fonce, dis-lui que tu l'attends dans sa belle robe blanche, dis-lui que cette fois c'est bon, qu'il n'y a pas besoin attendre encore un an, que notre purgatoire est fini....
Je fais le numéro.
Et j'entends sa voix. Une voix comme désespérée, qui me dit simplement "oui ?"
Elle répète son "oui ?" pendant que moi, tétanisé, je n'arrive pas à articuler un seul son.
Elle finit par raccrocher, juste au moment où le chef revient.
Fausse sortie, comme d'hab. Et pour qu'il voie que je ne suis pas dupe, je regarde ostensiblement la pendule.
14h46.....
Heure Française.
(à suivre)
17:46 Publié dans actualité, ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : dieu


