05.04.2011

Nathalie : le "bon côté"

On m'inonde de PPS qui me disent que dans tout malheur il faut "toujours voir les choses du bon côté".

Bon.

Je suis au "régime sans elle" depuis pas loin de 14 ans.

"Elle", ce n'est pas mon épouse, c'est Nathalie, la femme de ma vie. Nous avions 17 ans et 5 cm d'écart, ce qui a pas mal joué dans le processus d'arrachement que nous avons subi.

Mon épouse, elle, à l'issue d'une erreur médicale, est devenue invalide en mars 2006. A présent elle a du mal à s'exprimer, voit très mal, ne peut plus travailler, ne peut plus conduire, est dépressive, est parfois invivable au milieu de sa souffrance et se sent très mal dès que je ne suis plus auprès d'elle pendant plus de 24 heures.

Ma fille, elle est à 800 km de moi et de sa mère. Elle m'adore, je le sais, mais si elle m'est indispensable, je pense que je le suis moins pour elle. Et c'est tant mieux, car il nous ne faisons pas nos enfants pour nous.

Mon frère est mort bébé, ma (demi)soeur semble avoir subi la même voie.

Donc, quand même, toujours voir les choses du bon côté...

Admettons qu'après quelques années où l'on avait tourné en rond, nous ayions fini par nous retrouver Nathalie et moi.

Admettons que mon épouse - valide jusqu'en 2005 - ait fini par admettre la chose, et soit retournée chez elle en Normandie, voire près de notre fille en Bretagne.

Admettons que Nat et moi nous ayions réussi à bosser dans le même endroit.

Bon.

Grâce aux politiques (je viens d'entendre Martine Aubry parler du programme PS, pour eux aussi partir "normalement" à 60 ans est désormais une idée dépassée) Nat aura la joie de pouvoir bosser jusqu'à ses 62 ans. Au moins.
Soit jusqu'à la fin 2030.

Moi je suis en retraite depuis mars. Mais il est évident que dans ce cas, j'aurais prolongé ma retraite au maximum, soit 67 ans. 2018.

Ce qui veut dire que, pendant 12 ans, j'aurais été "l'homme au foyer". J'aurais attendu que ma bien-aimée rentre du travail, comme dans les années 50.

Rassurez-vous, je n'ai pas cette mentalité des années 50.
Mais hélas, Nathalie l'a.
Et c'est pour ça que je l'ai choisie, pour ce côté rétro qu'elle a, qui date du temps où, comme disait Julien Clerc on appelait les dames des Dames. Elle, c'était vraiment une Demoiselle, une vraie, qui avait fini par s'habiller en robe, et qui mettait une mantille pour les grandes occasions, qui ne couchait pas dès le premier soir. Ni la première année d'ailleurs...

Mais je crois néanmoins que pendant 13 ans - au moins - la situation aurait été tendue. De son côté comme du mien. Entre la bosseuse et l'assisté.

C'est peut-être une petite consolation, mais je me dis qu'au moins Nat n'aura pas vécu ça, de mettre son réveil tandis que son (vieux) mec resterait à ronfler dans son lit.

Je vous embrasse.

01.12.2010

Nos 5 heures inoubliables (1er novembre 2002)

En ce jour de Toussaint 2002 le rendez-vous est donc fixé à Montparnasse, devant le magasin Pier Import à 14h20. Elle doit arriver avec le "14h17".
Je laisse ma fille l’attendre et me mets au-dessus des voies « arrivée banlieue ».
Le flot du 14h17 arrive, et j’ai beau scruter je ne vois pas de Natou. Et je remarque qu’il y a ...deux sorties ! A 14h21 je rejoins donc Pier Import, et je les vois alors toutes les deux.

Du calme...
Je ralentis fortement. Au contraire des films américains où on voit les deux héros - souvent au ralenti - se précipiter dans les bras l’un de l’autre, là je ralentis, le temps de m’habituer à cette image, pour moi impensable il y a encore quelques mois, quelques semaines.
J’approche, je la vois. Elle a maigri par rapport à l'an passé, et visiblement s’est habillée en explorateur susbsaharien afin de me repousser le plus possible.

Bon. Comment vont se passer les retrouvailles ? Aurai-je droit à un simple signe comme le 28 décembre, pourrai-je quand même lui faire la bise ?

J’ai droit à 4 bises !
Et du coup malgré tous mes efforts, je fonds en larmes. Sous les yeux gênés de Nat et de ma fille (laquelle a pourtant l’habitude de voir pleurer son père depuis bientôt 3 ans).
Je me ressaisis néanmoins très vite et demande à Nat où elle veut aller.
"Où tu veux, je vous suis.."
Au début je pense à la voie piétonne le long de l’ancienne voie ferrée de la Bastille. Puis aussi à la Chapelle Miraculeuse.
"Nat, Tu connais la Chapelle Miraculeuse ?". C’est un peu comme si je demandais à un Marseillais qu’il connaissait Notre-Dame de la Garde...
Bon, alors une autre idée me vient, ce que j’ai vu la veille avec ma fille, chargés d’histoire, les vestiges de l’enceinte de Philippe-Auguste, à St Paul.

Nat et moi on bavarde comme de vieux amis qui se retrouvent. On rigole souvent tous les deux, sous les yeux de plus en plus réprobateurs de ma fille. Je suis tellement troublé que je rate....2 stations ! J'ai vécu 23 à Paris, deuxième fois que ça m’arrive !
C’est à la gare de Lyon que je me rends compte que St Paul, c’était avant ! Nat rigole. Puis on marche un peu à pied, car je compte lui faire voir, pas très loin, les arènes de Lutèce. On passe devant ma fac, endroit où 32 ans auparavant j’étais déjà amoureux fou, de Brigitte, mon premier baiser.

Arènes donc où je la prends en photo avec ma fille. Laquelle je le vois bien apprécie de plus en plus modérément notre complicité retrouvée. Elle doit se dire que là, ce qui était prévu va nettement être dépassé. On va à ce train-là se remettre ensemble ! Et c’est pour ça qu’elle reste collée à nos basques, au lieu de nous laisser tous les deux.

Du coup elle devient opportuniste. Elle insiste - puisque nous sommes à Paris - pour aller acheter des fringues. Si je ne connaissais pas ma fille je dirais que c’est une manipulatrice. Mais pour moi en fait ce n’est qu’une petite fille « qui profite de l’occasion ». C’est tout. Et je ne vais pas refuser ça devant Nat quand même !
Direction Jennyfer, à Barbès et j’entraîne Nat dehors, pour discuter. Ma fille vient toutes les 3 minutes pour me demander si ça me convient, et ça, ou ça...
Alors en ayant ras-le-bol et voulant quand même parler seul à seul avec Nat ne serait-ce qu'une poignée de minutes, je lui file ma carte bleue, qu’elle s’achète ce qu’elle veut ! Je donne même le code presque à voix haute !

Et là enfin on commence à discuter. Sérieusement.
La Natou complice redevient celle du 28 décembre, en pire même. C’est la Natou réaliste qui parle. Qui me dit qu "elle veut vraiment oublier cette période Mendoise, où quoi que je dise j’ai fait mon choix en 93. Car là j’avais - selon elle - deux solutions. Soit attendre sagement (tu parles !) les 9 ans, sans se tenir par la main, sans s’embrasser, sans se toucher, ou soit carrément tout plaquer".

« Tu sais ce n’était pas marrant pour moi là-bas de passer pour ta maîtresse... »
Elle a raison. C’est à cet instant précis que je le comprends.

Aveuglé dans mon amour puis torturé au boulot je ne m’en étais au fond pas trop rendu compte à l’époque. Je ne voulais pas m’en rendre compte. Conforté par ses je t’aime qui pour moi étaient des quitus.
Mais en fait elle souffrait abominablement. Un vrai calvaire.

Je suis, sur le moment, à chaud, anéanti.

Notre fille sort avec un manteau, et moi pendant 5 minutes ne pipe mot. Mais je réalise quand même très vite que c’est Natou qui est à côté de moi. Qu’enfin malgré tout je la vois, je l’entends. 62 mois que j’attends ce moment quand même. Qu’il ne faut pas gâcher en boudant...
Et donc je cesse de « faire l’andouille ».

On arrive à Montparnasse, une heure avant le départ du TGV de 19h35, Nat prendra un train après le nôtre, à 19h38.

Et là, changement de programme. Natou redevient gentille et commence à me parler. Vraiment me parler. Me parler de plus en plus intimement. Pas des banalités, mais de Mende, par exemple, dont elle me dit (chose que j’ignorais) que notre tortionnaire fois a failli un jour l’étrangler, pour de vrai.
Elle me parle de sa famille, avec laquelle elle a coupé définitivement les ponts.
De son avenir aussi. Pour elle sa vie sentimentale est bien finie.

« Nat, tu es jeune est désirable...
- Tu rigoles ? Qui voudra encore de moi ?
- D'après toi ?"

Elle sourit, manque de me donner sa main (un réflexe pas oublié depuis 5 ans) parle, elle parle...
Notre fille, inquiète de voir le couple se reformer, comme si les 5 années précédentes avaient été zappées, nous interrompt.
Une fois, deux fois. A la troisième je pète les plombs et lui dis "tu permets quand même que je puisse avoir une heure de conversation avec Natou tous les 5 ans non ? "
Mademoiselle - grâce à qui je dois quand même ces moments inoubliables (et qui le sait....) - se drape alors dans sa dignité et s’en va lire sur un banc. En regrettant sans doute amèrement d'avoir facilité cette rencontre.

Rien à fiche. Il nous reste près d’une demi-heure et je sais que c’est peut-être - sûrement - la dernière à passer ensemble. Nat me dit alors :
« tu vois, ça n’a pas changé, elle ne supporte pas de nous voir ensemble, hier toutes les deux c’était super et là elle n’est plus la même ».

Mais malgré tout Nat choisit son camp, c’est à dire moi. Et je revois notre dernière danse...

On est vraiment partis pour parler des heures. C’est ma fille qui nous signale que le TGV part dans 10 minutes. On serait bien restés je pense.

Que se serait-il passé si j’avais donné ses billets à ma fille - laquelle ne s'arrêtait pas à Vannes, mais poursuivait jusqu'à Lorient - et que moi j’étais resté , quitte à repartir le lendemain ? Ca fait 8 ans que je continue de me poser la question.

Sur le quai on se dit au-revoir et Nat nous dit "si vous repassez à Paris dites-le moi...on pourra se voir".

On se fait encore 4 bises, Natou a les yeux mouillés. En me dirigeant vers mon quai je la regarde une dernière fois.
« Mais oui elle est là, » me lancera ma fille agacée.

Je monte dans le TGV, qui part en retard, en même temps que le train de Nat.
Pendant quelques centaines de mètres on se longe, mais on finit par aller plus vite, et à Malakoff, les deux voies se séparent.
Et je vois le train de Nat s’éloigner.
Même dans les contes de fée, les TGV finissent par dépasser les trains de banlieue...

Nat, que cette fois, je ne reverrai plus jamais.

30.11.2010

la divine surprise (octobre 2002)

Pour la Toussaint, nous devions encore y aller tous les trois, dans le **** de Montmartre. Mais... plus de place, il faut se rabattre vers le Formule 1 de Noisy le Grand. Du coup mon épouse ne viendra pas.

Intéressant...

De plus nous avons un chat. Se poserait le problème de le faire garder.
En fait en Bretagne, il n'y aura jamais de problème, vu que PERSONNE ne voudra le garder, à commencer par la personne qui nous l'a mis dans les pattes...

Mais il est si mignon !

Début octobre, stage obligatoire à Rennes. En deux parties. L'hostilité que je ressens autour de moi est vraiment palpable.
Sauf de la part de mon voisin de gauche. Qui lui arrive tout juste dans le "panier de crabes" Breton et n'a pas pu être au courant de ce que "biloute" (c'est le gentil surnom que mes collègues me donnaient, à présent que j'ai vu Bienvenue chez les Chtis, je rigole franchement car ils étaient complètement à côté de la plaque lol !) avait fait.

Il a l'air de patauger, et j'apprends qu'il est assez novice dans le métier (1995) et qu'auparavant il était ingénieur dans le privé.  On sympathise et systématiquement je serai souvent en face de lui au resto. On parle de choses et d’autres, et on (lui plus exactement) en vient à aborder le sujet du harcèlement moral. Il a été récemment victime d’un chef qui carrément lui sabotait son travail !

Moi bien entendu, j’embraye illico, toujours sans citer de nom, et je dis que moi aussi j’y ai eu droit, deux fois de suite en prime. Mais que le pompon a été celui de Mende. Un barbu - avec bien entendu une arrière-pensée - me demande à qui je fais allusion, je nomme sans hésiter E.B.
Il me répond « je le connais, c’est un bon copain, ». Je ne me démonte pas, je sais qu'avant d'être chef, ce type-là était "normal". C'est la casquette de boss qui lui a fait péter un plomn et qui a révélé sa véritable nature.
Je lui dis quand même « qu’il a quand même fait partir deux personnes de là-bas, moi et une jeune femme qui est à présent dans un placard alors que c’était le top dans le métier »

Mon « collègue » est alors très étonné, et, toujours sans la nommer, je lui dis que pour la jeune collègue, il a carrément envoyé un mot au chef de Région pour qu’elle dégage. Parce qu’elle ne voulait plus lui serrer la main, qu’elle était paraît-il « asociale », qu’elle s’emportait facilement, qu’elle ne s’entendait avec personne...
Et je fais remarquer que le destinataire, le chef de Région,  n’a même pas pris la peine de les convoquer (séparément) afin d’en savoir un peu plus.... Disfonctionnement total de la hiérarchie.
Résultat des courses, la jeune femme (toujours pas nommée) s’est finalement retrouvée dans un placard (que je ne nomme pas non plus, car là aussi ça pourrait donner des indices).
C’est le deuxième jour, on se quitte là-dessus.

Troisième jour, le jeudi. Mon collègue, qui se nomme Hervé, le bon vin aidant, finit par me dire.....qu’il vient de Trappes !

Non, je ne bondis pas. Et lui demande s’il avait l’occasion comme ça, de temps à autre, de fréquenter la bibliothèque.
« Oh oui, j’y allais souvent...
- Ah, et tu connais la fille qui s’en occupe ?
- Nathalie . Bien sûr, je la connais bien...Elle est adorable...J’ai très souvent mangé avec elle à la cantine...

( là je bois du petit lait ).

- Oui, je la connais aussi....(je brûle d’envie de tout cracher, mais le laisse parler en toute objectivité)
- Mais elle semble triste. J’aime bien discuter avec elle, et je sens qu’elle manque d’énergie, qu’elle est un peu molle et a toujours l’air de presque pleurer.... »

Là je me dis j’y vais ou j’y vais pas ?

J’y vais.

« Ben oui, pas étonnant, Nathalie est la jeune femme dont j’ai parlé au sujet du tortionnaire de Mende. C’est elle qui avec moi a été obligée de partir en catastrophe... »

Le mec est scié. Complètement KO.

Et oui. Evidemment je préfère éviter de parler « du reste ». De la partie immergée de l’Iceberg. Que mon manque d’elle ma précipite vers la mort de plus en plus vite.

Et on arrive à ce contraste saisissant: les autres stagiaires savent - plus ou moins - que je veux me fiche en l’air à cause d’une femme, qu’ils ne connaissent pas, et Hervé, le gars en question, pense que je suis «fort et plein d’énergie», ne sait pas où moralement j’en suis, mais en revanche lui connaît la femme en question !

De retour à Vannes (49 minutes !- record battu) je me hâte d’avancer mes mémoires, car je ne peux décemment m’en aller sans que tout ait été écrit.
Je vois alors ma fille arriver, et elle me dit qu’elle a acheté un jeu de tarot, et qu’elle...tire les cartes !

Là encore, bon sang ne saurait mentir.

Je lui demande de me les faire. Elle accepte. De son jeu il ressort nettement que « je ne peux plus rester dans la situation où je suis, et qu’il faut que je me prenne par la main pour m’en sortir ».

Elle frémit un peu en me disant ça, car c’est clair comme de l’eau de roche.
Il n’y a pas 36 solutions de me sortir de ma situation:

- soit Nat veut bien qu’on se voie, qu’on se contacte (à présent, je n’en demande pas plus ) et je suis sauvé.

- soit elle reste sur ses positions, et dans ce cas c’est le Grand Saut.

Ouh la la on va encore m’objecter ma femme, ma fille...
Bon. Ma femme devient folle. Elle fait des crises d’hystérie de plus en plus rapprochées. Depuis quelque temps je coche les dates sur un cahier, on en est à 2 par mois !
Je ne supporte plus, et j'ai tellement peur qu'elle fasse des bêtises avec mes médicaments que j'ai été porter une grande partie de ceux-ci à mon bureau, dans un placard fermé à clé.

Ma fille.
Elle  a peut-être, sans doute besoin de moi, mais elle ne m’aide pas. Elle n’est à présent plus du tout à la maison. Bien sûr elle fuit sa mère, mais me fuit par la même occasion. Fuit "mes histoires".
Tantôt elle va à la maison des jeunes,  tantôt elle va chez une copain, la semaine prochaine ce sera (je ne rigole pas) « l’anniversaire d’un copain d’une copine ».... Bref je ne la vois plus.

Elle ne me voit donc plus également. Et sincèrement, encore là si physiquement elle ne me voit pas tellement, quelle sera la grande différence si je ne suis plus de ce monde ? Qu’elle écoute Mon Vieux de Guichard et elle comprendra. Et encore je ne me trouve pas très ressemblant au prolo-alcoolo de la chanson !
Et sans le savoir elle m’enfonce.

 

Rennes II le retour.
Première des choses que je fais, je montre le papier de Tortionnaire à Hervé, qui n’en revient pas. Sauf pour «asociale» car depuis 2 à 3 ans elle ne mange plus à la cantine avec les autres.

En bref elle ne mange plus tout court le midi.

Le mercredi à la suite du cours, je me décide de tout dire à Hervé. Il n’y tient pas au début puis finit par accepter. « demain jeudi entre midi et deux  ». C’est donc le coeur léger que je me balade le soir dans Rennes. Voulant prendre le métro, c'est la panne, et je suis obligé de rentrer en bus !!


Pour en revenir à ma vie, je serais le premier à accepter de « rester » si ça m’était facilité par une épouse équilibrée. Mais je l’ai dit, elle tourne dingue. Déjà, lors de certaines vidéos on peut voir des amorces de crise d’hystérie. Comme je fais de la vidéo familiale , et que je ne bosse pas pour TF1, je coupe.

Mais des gens - complètement hors du coup, qui ne savent strictement rien de notre vie, craquent ce samedi 19 octobre. J’ignore totalement ce qu’a bien pu faire Sonia notre voisine d'en face mais ça devient de l’acharnement. Limite du harcélement. Mon épouse attend la moindre occasion de faire un esclandre. Et ça se produit donc, sous la forme d’une voiture qui vient se garer sur la pelouse devant chez nous. Redoutant le pire, je sors, alors que Mon épouse traite la voisine de « connasse » ni plus ni moins...

Samedi prochain ce sera qui qui prendra ?

Alors Pascal, le mari de Sonia sort tandis que je dis à mon épouse de dégager. Au début presque style western pour « régler ça entre hommes »...
Mais à sa grande surprise il voit que je suis d’accord avec Sonia. Sonia qui me dit même « Franchement Monsieur, je ne sais pas comment vous pouvez supporter une femme pareille... ». Et moi je ne réponds pas. Que répondre ? Si, mes yeux répondent. Et là ils ont la révélation, au point que Pascal viendra me tendre la main en me disant « sans rancune »....

Comme le policier, au commissariat de Mende, 6 ans auparavant. Elle avait alors, devant le flic abasourdi, déchiré le PV qui lui avait été - à juste titre - donné.

 

C'est clair, si je reviens bredouille de ces vacances de la Toussaint, la partie est terminée.

Bien entendu, c'est délicat car je ne dois pas forcer ma fille, tout au plus dois-je lui rappeler qu'elles devaient faire une bonne bouffe ensemble. C'est tout. Surtout pas de pression.


31 octobre.
Elles ont rendez-vous à la gare de Trappes à 13h30. Je l'accompagne jusqu'à la gare d'avant, St Quentin en Yvelines, car c'est un coin qui craint un max. J'ai mon portable (un gros machin des années 90 avec une antenne au bout !) et c'est elle qui m'appellera pour me dire quand je dois venir la chercher.
Mais, dans le train du retour, surprise ! Appel sur mon portable de... mon épouse qui me dit texto :

« Je viens d’appeler notre fille, qui m’a dit qu’elle était à Trappes et qu’elle attendait Natou. Puis celle-ci est arrivée, et je lui ai demandé si je pouvais lui parler. Elle a bien voulu et la conversation a été très cordiale »

Bon point.

Je passerai la journée à me balader, le coeur battant, dans Paris, guide du Routard à la main.
Et je regarde les heures tourner, le temps joue pour moi. Si elles entament une conversation poussée, elles ne peuvent pas ne pas parler de moi...

Vers 18h, coup de fil de ma fille : elle est invitée à manger par Nathalie. Elle me téléphonera pour que je puisse la récupérer.

Hum, que c'est bon tout ça...

20h, nouveau coup de fil. Elle m'attend à la gare de St Quentin à 21h44.
C'est très juste, parce que Montmartre-St Quentin à cette heure-là, c'est pire que Paris-Le Mans en TGV...

J'y suis quand même. Et là je vois ma fille rayonnante.
"O s'est baladées toute l'après-midi, on a même fait des photos.

Et sa dernière phrase :

- Elle est d'accord pour une nouvelle après-midi demain, et tous les trois "

(à suivre)

28.11.2010

l'été du quitte ou double (juillet aout 2002)

Cet été commence par une excellente nouvelle : Après 4 ans, mon cousin/frère Jean-Yves a le mal du pays. Et compte venir un mois pour les fêtes de fin d'année. J'en aurai des choses à lui dire !

4 juillet. Encore une réunion au boulot. Mon principal souci est de savoir quand ils vont attaquer, sur quoi et comment .
Le matin se passe peinard, on discute de trucs inutiles, comme d'hab.
Bref on arrive à midi là-dessus, et moi je me dis que vu les différents avertissements que j’ai lancés (« si on m’agresse, je m’en vais ») peut-être que cette 37ème ou 38ème réunion depuis la première en novembre 94 aura - enfin - un autre ordre du jour que celui de me descendre en flammes. Ca serait vraiment une première ! Je vais quand même par précaution manger à la maison, et quand je reviens, trois quarts d’heure après, ils sont tout étonnés que je n’aie pas mangé avec eux ! Ils m’offrent du Brouilly, plaisantent avec moi. On me supplie même de prendre une tranche de gâteau !

Je me dis que finalement c’est peut-être vrai que je deviens parano... Je suis tellement mal que je pense que la Terre entière m’en veut !

Puis reprise de la réunion, sur des sujets très « passionnants » où l'on s’endort, au sens propre du terme. Tout le monde baille, et semble attendre la fin de cette réunion finalement inutile. 

16h04.
«Questions internes ».

Là c’est littéralement Pearl Harbour.

L’effet de surprise total.
Alors que je m’étais installé dans un doux ronron, je vois Harceleur doubles initiales attaquer brutalement, en répétant sa litanie habituelle «excuse-moi, mais quand je vois ça ou ça , j’ai l’impression que tu te fous de notre gueule.». Avant que je n’aie le temps de dire ouf un troisème larron  - qui jusqu'ici me préservait - prend aussitôt le relais. Puis c'est le chef , qui lui aussi y va de sa cargaison de griefs.
Quand Jean-Paul demande à prendre la parole. Je me dis, enfin, lui qui sait par où je passe, va me défendre.
Tu parles ! Il commence par dire que...je le distrais sans arrêt avec histoires perso, et que son boulot s'en ressent. 

Tu quoque, fili ...

Et là je sens mes larmes monter. Il ne faut pas, il faut éviter de me donner en spectacle, ce que Tortionnaire n’a jamais eu l’honneur de voir (en réunion), il ne faut pas qu’il y assistent.

Mais pas possible, la fontaine commence.
Pas pour autant que le bombardement cesse ! Seule la secrétaire paraît très gênée. Les autres, ça a plutôt l’air de les exciter...

Bref, je ne m’étais pas trompé une fois de plus. Parano mon cul !

Je donne quelques explications au chef puis je me dirige vers le pont tournant. Cette fois, c'en est trop, ils auront eu ma peau...

Mais je ne vais pas au bout de ma démarche, j’ai une fille et surtout la noyade, non !

Et je rentre chez moi faisaint comme si de rien n’était.

Je télépone même à mon père « Je vais bien tout va bien » et mange, plutôt grignote.  Mais là encore durant le repas je craque. Je ne fais que ça décidément.... Il paraît que les femmes aiment les hommes qui pleurent. Depuis un an je suis alors le vrai Don Juan !

N’empêche que ça je ne leur pardonnerai jamais à ces pourris.

Sauf à JP, avec lequel je m’explique longuement le lendemain vendredi (en dehors de mes heures !!!) et qui a l'air de me comprendre.

Le 25 juillet, coup de tonnerre : la secrétaire (45 ans) a un cancer. Dû sans doute à son harcèlement.
Tout de suite je pense à Nathalie, ce qu'elle m'avait dit lors de notre entrevue de décembre :
 Je suis malade, mes analyses ne sont pas bonnes... puis je prie pour qu’on me rappelle...

A propos de maladie, le docteur de mon épouse (moi je ne suis pas "fidèle") lui dit un jour de consultation que je l'inquiétais au plus haut point... Alors que devant lui, je joue toujours la comédie style Dany Boon "je vais bien, tout va bien..."

En attendant je me rends régulièrement à la plage. Pas trop de bronzage, car si cela pourrait être un avantage avec Brigitte - si jamais je la vois dans son Haut-Doubs - cela n'en serait pas un avec Nathalie -si je la vois aussi ! - bronzage étant souvent synonyme de "bien dans sa peau".

Dernier film vu à la télé : "t'aime" de Patrick Sébastien. Là c'est la fontaine ilico, et qui dure cette fois toute la nuit. Quand je dis "dernier", ce sera bien le dernier. Depuis cette date, en dehors des comédies burlesques, je n'ai plus jamais regardé un film à la télé...

Et elles finissent par arriver, ces vacances dans le Odou.

La location (un chalet) est situé à l'opposé de la maison de Brigitte. Brigitte ("premier baiser") dont je me poserai toute la semaine la question de savoir si je dois aller la voir ou pas.

Aussi fais-je du tourisme à fond. Camescope en main. Il y a de quoi faire dans cette belle région.
Le dimanche, un petit tour côté Suisse (la frontière est à 2 km)
Le lundi c'est le Haut-Jura puis la Suisse. Retour par Yverdon, où je me gare, tandis que ma fille me fait discrètement observer devant quelle boutique je me suis garé :
pressing.jpg

Encore un signe ?

Le mardi nous allons voir un cousin à Lausanne, tandis que ma fille fera toutes les boutiques de skate pour faire un cadeau à son Jules !

Le jeudi c'est la source de la Loue. Magnifique. Puis on reprend la route en sens inverse pour admirer le panorama au-dessus des gorges. Ca vaut les Gorges du Tarn...
En passant, entre la source et le panorama, nous avions - c'est obligatoire - traversé un petit village. Ouhans !

Le vendredi, poussé par mes nanas qui veulent que j'accomplisse mon deuil, je vais voir Brigitte. Le coeur qui tape à 100 à l'heure, la première femme que j'ai aimée, idem pour elle... C'était 32 ans auparavant, une époque où on ne mélangeait pas les torchons et les serviettes, les jeunes parisiens et les filles de village, déjà "promises"....

Une femme de 35 ans nous reçoit. On demande à voir Brigitte. Air gêné de la  femme.
Brigitte avait (pourquoi cet imparfait là ?) fait construire dans le coin avec son mari puis était partie en Vendée, qu’elle aimait tant. Oui..

Après ? Brigitte est morte il y a deux ans.

Je me prends ça sur la tronche en essayant de ne rien faire voir.

« Mais vous étiez qui exactement pour elle ? »

J’ai décidé de ne rien cacher.

«  Moi ? Son premier amour... »

Et là la belle-soeur paraît heureuse. On va voir de l’autre côté de la maison, où on tombe sur la soeur de son mari. Moi je voudrais bien une photo d’elle mais (ça le le sais !!!) elle n’aimait pas se faire photographier. Je n’avais qu’une photo, prise au forceps, que j'ai mise dans ma note "premier baiser".

Une est encadrée dans la cuisine. Et là je vois que Brigitte un an avant sa mort avait une certaine classe, surtout que j’apprends qu’elle était plus ou moins la secrétaire particulière de De Villiers...

La « petite paysanne » de mon père avait fait son chemin...

Certes Brigitte n’est pas Natou. Je ne suis plus amoureux d'elle mais c’est quand même une partie de moi. C’est quand même la première fille qui ait osé m’écrire sur une feuille de papier « je t’aime ». En ajoutant « Bien plus que tu ne crois ».

Je décide de ne pas gâcher la journée à mes nanas. Déjà je ne dis rien à ma fille, fais comme si de rien n’était. J’ai une énorme boule dans la gorge, mais elles ne sont pas là pour me voir pleurer. Je chiale déjà assez comme ça, pas la peine d’en rajouter.
Et c’est dignes que l’on se dirige vers les destinations choisies par Mon épouse à savoir le bateau à Villers Le Lac et le musée des horloges.

Retour à la maison, où je téléphone à mon père, car « il est inquiet ». Mon père qui a fait tout ce qu’il pouvait pour que Brigitte et moi ça ne marche pas. Au bout de 3 minutes je l’envoie aux pelotes. Je « n’ai plus de pièces ».....

Repas aux Fourgs, et avec la tombée de la nuit, me vient le spleen que je redoutais tant. Je filme avec mon camescope la chapelle et l’Eglise, là où ça a commencé et là où ça a fini. Je pleure (ça s’entend dans le film). Et je pleurerai toute la nuit ! Décidément, je ferais un tabac à Cholet...

Départ le samedi 24 où l'on passe par Besançon, que je ne connaissais pas. Cette ville me séduit, et séduit aussi mon épouse.

Escale à Paris, comme prévu.

RER, train, Trappes à 15h32. Poste de garde. Ma fille reste un petit moment, puis revient.
« Elle a pris sa journée, elle sera là demain. ».
Connaissant Nat, je sais que c’est vrai.
« Tu es OK pour demain ? » Elle dit oui et lui écrit un mot.

Le lendemain on est de retour dans la ville de Jamel Debouzze.

A 15h32 nous revoilà, sous le pluie, devant l'endroit où elle bosse. Comme la veille je me mets dans un abri-bus et Ma fille entre. Elle arrive au poste de garde et les minutes, hyper-longues, s’écoulent. Enfin, elle va vers le bâtiment 41, où travaille Natou.

Il est 15h41.
Et là je compte les minutes. Le temps travaille pour moi. Plus c’est long plus ce sera bon. Elle est acceptée, c’est déjà beaucoup, mais le choix est vaste entre un froid « Qu’est-ce que tu deviens, ravie de t’avoir revue » et « Viens chercher ton père, je crois qu’on a à parler tous les trois... »

1h19.
Elles vont parler 1h19. Je suis presque joyeux, m’attendant à pas mal de choses. En 1h19 elles ont dû s’en dire, d’autant que Ma fille 2002 n’est plus celle de 1997. Là , "elle sait".

Des 79 minutes passées, je ne saurai que quelques bribes que Ma fille voudra bien me dire parcimonieusement. D’abord la plus importante :

Elle va bien.
Mieux, elle se plaît dans la région Parisienne, qui est je le rappelle (comme moi) sa région de naissance et d’enfance.

Puis le coup de fouet, cinglant, « On n’a pas parlé de toi ».

Et enfin, le coup de grâce. Elle donne son numéro professionnel à Ma fille et lui dit: « si tu repasses par Paris, téléphone-moi, on se fera une petite bouffe à deux »


C'est quand même marrant ! A chaque fois je pense avoir touché le fond, mais ce fond s'agrandit au fur et à mesure que je m'avance. Ca sera quand le "vrai" fond ?

Et surtout, aurai-je la patience - et surtout la force - de l'attendre, ce fond ? Est-ce que je ne vais pas descendre (de la vie) en marche ???

(à suivre)

 

 

23.11.2010

La Rencontre (28 décembre 2001)

Donc Pays Basque pour cette fin d'année 2001.
Hôtels retenus, tout bien préparé.

Quand, vers le 21 décembre, ma chère et tendre, qui avait vu un reportage sur les marchés de Noël en Alsace, me supplia de changer de destination. Le cap à l'est plutôt qu'au sud-sud-est !

Ma foi, pourquoi pas, si on trouve de quoi se loger...

On trouva.
Mais... pour qui ne le sait pas, l'Alsace, région si belle et si animée - surtout l'été - se referme complètement sur elle-même du 24 décembre à 16 h au 27 au matin !
Quand le 27 ne tombe pas un dimanche...

Comme ils le disent, "c'est une fête familiale, chez nous"...
Ils n'ont peut-être pas si tort que ça ?

Bref, après avoir passé la soirée du réveillon dans le seul restaurant de Strasbourg qui veuille bien nous accepter (à savoir... le buffet de la Gare - je vous jure que c'est vrai !), avec comme menu de fêtes une choucroute garnie à 59.95 (soit l'équivalent de 11 euros actuels)  après nous être baladés le lendemain dans un Strasbourg désert et glacial, dans un Colmar encore pire et surtout l'absence criante, hurlante même de restos ouverts, et surtout "non réservés " j'entends alors ma femme me dire "et si au lieu de rester là nous passions deux jours de plus à Paris ?"


Paris, c'est bien joli, mais encore faut-il trouver- toujours - à se loger.
Je téléphone au Formule 1 Noisy le Grand, interface idéale entre la route et le RER parisien, sans trop y croire :
"vous avez de la chance, c'était complet, et un couple vient juste de se désister..."

Bref, 5 minutes avant ou 5 minutes après, on ne parlait plus de Paris !

La traversée des Vosges sous la neige sera dure. Sans équipement, c'était première/seconde/première. Et à côté, j'entendrai chère et tendre qui me dira "mais double, ah la la, mais tu ne sais vraiment plus conduire..."
Arrivés en bas, à St Dié, ma fille et moi lui disons qu'on ne pouvait pas faire mieux.

Et là, je la vois faire une de ces crises d'hystérie dont elle a le secret, critiquant tous les détails de notrs voyage. " Tu m'as fait dormir dans un hôtel Bonsaï !!! Moi dans un hôtel Bonsaïi (NDR : douche-WC-Télé, quand même ), à présent tu conduis comme un pied !" J'an ai Maaaarre !"

Et quand ma fille et moi lui faisons remarquer qu'au départ il était question de Pays Basque, et que les hôtels réservés étaient, eux très confortables, je la vois qui ouvre la portière, et s'enfuit.
Son truc à elle.

Ma fille et moi nous nous attablons quand même dans une cafet, et devant mon air désespéré, elle me dit, les larmes aux yeux :

"Papa, va vivre ta passion avec Nathalie. Maman ne te mérite pas, et moi je vois que tu es en train de mourir à petit feu... Tu sais je préfère voir un papa de teps en temps mais bien en vie, que de fleurir une tombe..."

Pour moi, c'est une sorte de "feu vert", et le 26 au soir nous sommes à Noisy le Grand.

Le 27 au matin, je pars à Suresnes acheter du vin.  Mais auparavant je m'arrête à la Défense.
Soit... à quelques gares de ma bien-aimée par le train direct "DEFI".

Efectivement c'en est un de défi, que je vais tenter...

Je me dirige vers une cabine téléphonique, compose son numéro professionnel.
S'ensuit alors une communication comme rêveraient de l'écrire les scénaristes des States :
« Allo..
- C’est moi, Pat...
- Oui... ( grand silence )

Puis suit une conversation d’un bon quart d’heure où elle me dit que quelque part tout s’était brisé en elle et que maintenant il fallait tourner la page. Qu’elle avait énormément changé, qu’elle n’était plus la même.

Pas gagné.

« Tu sais, je n’aime pas parler de ça au téléphone. Il faudrait que’on se voie entre 4 zieux, et qu’on en discute, si j’ose dire, entre hommes ».
Elle rit.
Un petit rire.
Petit espoir.
Et j’enfonce le clou. « Si tu veux je suis là dans moins d’une heure. »
Elle suffoque.
- Co...Comment , tu es à Paris ? -
- Oui, mais je suis passé par Strasbourg avant..
(encore un petit rire)
- Alors à midi devant la gare."

Et c'est comme ça que j'ai pu enfin la revoir.

Va savoir aussi si je ne m'étais pas monté un cinéma pendant 4 ans, si je ne m'auto-suggestionnais pas, si je ne l'idéalisais pas, si finalement c'était vraiment elle que j'aimais, et non pas une icône.
Va savoir si on peut être séparés pendant des années et toujours s'aimer.

La réponse fut oui, des deux côtés.

Oh, certes elle ne me le dit pas "directement", mais elle n'a pas enlevé ma main quand j'ai commencé à lui caresser les cheveux...

Nous sommes restés ainsi pendant près d'une heure et demie, à parler, parler, parler. Au milieu des voitures calcinées (c'est à Trappes que ça se passe).

J'ai su qu'effectivement son collègue Michel et elle avaient beaucoup parlé de moi. Ce qui pouvait expliquer ses coups de fil.

Ce jour-là elle m'a lancé un message, que je n'ai pas saisi sur le coup.

Qui peut paraître complètement fou, irrationnel.
Qui peut me mener aussi sec à Ste Anne ou à Charenton.

Son message : il était impossible qu'un amour comme le nôtre ne voie pas un jour son aboutissement.
Qu'ici-bas "ce n'était pas la peine" mais qu'on se rattraperait "ailleurs"...

Le fameux "ailleurs" dont je parle depuis déjà pile deux ans...

Elle n'a pas mangé quand on se quitte, moi non plus, et c'est avec mes deux bouteilles de vin de Suresnes que je rentre à Noisy.
Mes nanas étaient inquiètes, surtout ma fille qui se doutait bien d'où je venais.

Sur le moment j'ignorais que retenir de cette rencontre incroyable et du dialogue qui en avait découlé.

Pour moi, une seule chose se vérifiait : nous pensions toujours l'un à l'autre.

( à suivre)

20.11.2010

Je me décide à aller la trouver (octobre 2001)

C'est pendant ces périodes-là que je fais le plus attention aux chansons. Ainsi me suis-je battu comme un beau diable pour pouvoir acheter le disque d'un jeune inconnu, Frédéric Lerner. A Vannes, ils ne connaissaient pas !

En revanche ils connaissaient Isabelle Boulay, et notamment cette chanson-là :

 

Tu es comme une odeur Dans un coin de mon cœur Qui me colle aux regrets

Et même t'apercevoir A travers le brouillard Je m'en contenterai

Sur le grand tableau noir La craie de ma mémoire Ne peut pas s'effacer

Et même te voir de loin Dire adieu à un train Je m'en contenterai

Je m'en contenterai Je n'ai pas d'autres choix Tu es le seul été

Qui me sauve du froid Même tes non-dits Et même de ton mépris

Sache que bon gré mal gré Je m'en contenterai

Tu erres en mon chagrin Comme on promène un chien Dans un mauvais quartier

De ces mots de bazar Que t'écris au hasard Sur du mauvais papier

Je m'en contenterai Je n'ai pas d'autres choix Tu es le seul baiser

Que je n'oublierai pas Mon cœur vide de mots Et mon corps, de ta peau

Je m'en contenterai

Dans un coin de mon lit  Ton absence est un cri Que je n'ai,pas poussé

Un cri du fond de moi Qui grandit chaque fois Que je crois t'oublier

Jusqu'au bout de ma vie  Je me contenterai D'un reflet dans la vie

Je me contenterai De toi par petits bouts

Je me contenterai Je t'attendre partout

 Et si je meurs de ça Tu t'en contenteras.

 

Au boulot, je me contenterais... qu'on me foute la paix ! J'épluche désormais les postes à pourvoir à chaque fois qu'ils sortent, mais je ne vois vraiment rien qui puisse emporter l'adhésion de mes deux nanas.

Et un jour, j'apprends.... qu'Isabelle Boulay va se produire non loin de là, à Lorient. Il reste encore des places. Je m'empresse de les acheter. Une seule, mon épouse ne tenant pas à se déplacer si loin pour une chanteuse et Isabelle ne faisant pas partie de ce que "kiffe" ma fille.

C'est le 27 octobre, et même si je suis loin, très loin de la scène, je chanterai ses chansons en même temps qu'elle. ET je pleurerai à verse, surtout quand elle chantera ma chanson fétiche.

Le lendemain départ pour les vacances de la Toussaint. Cett année ce ne sera pas en solo avec ma fille, mais à trois dans un appartement "Pierre et vacances" à Montmartre, obtenu pour une bouchée de pain grâce au comité d'entreprise.

 

C'est le 31 octobre que je vais tenter ma chance.

Epouse et fille ont l'intention de faire du shopping, j'ai donc quartier libre.
Prenant mon courage à deux mains, je me dirige vers la gare Montparnasse. D'une cabine, je téléphone de nouveau à ma bien-aimée, juste pour savoir si elle travaille cet après-midi-là.
Là encore, j'entends son "oui", qui une fois de plus me pénêtre jusqu'au plus profond de mon être.

Elle est donc de service. Honteux de ce procédé je raccroche, tout en regardant la Tour Montparnasse au-dessus de moi, des fois qu'il se trouverait des avions dans le coin !

J'entre dans la gare, et le train direct part dans....une minute !
Je n'ai pas de billet, mais si le prix à payer pour la revoir est celui d'un PV, alors aucune hésitation...

Bzzzzzzzz.... Clac !

Les portières se ferment devant moi, le train de 15h09 part... Je n'ai plus qu'à me rabattre sur l'omnibus de 15h37.
Connaissant les horaires de la maison, je sais qu'ils ferment à 17h, et que le train arrivant là-bas à 16h15, c'est encore bon.

Je sors de la gare comme un fou. Par chance, son boulot se trouve juste à côté. Je vois des gens qui en sortent....
Je fonce au poste de garde, qui me dit que ce 31 octobre, exceptionnellement tout le monde a quitté à 16h...

J'aurai au moins tenté !

Je rentre à l'hôtel sur les coups de 18h, une bouteille de vin de Suresnes à la main. Car immanquablement j'aurais droit au questionnaire sur mon emploi du temps, aussi préférè-je, tout en séchant mes larmes, passer par Suresnes pour acheter le dit breuvage. Entre parenthèses, il se défend bien, comme vin...

Raté, donc, et je suis alors persuadé que la prochaine occasion ne se représentera pas de sitôt.

Qu'importe, je suis prêt à tout pour la voir, et du coup, je lui envoie une lettre à son boulot (sur laquelle j'ai bien spécifié "personnel" ), où je lui dis tout. Que depuis 4 ans je ne suis plus qu'une épave qui se traîne, que pour moi, ce n'étaient pas de vaines paroles que de lui promettre le mariage en septembre 2002, et qu'en ce qui me concerne c'est toujours d'actualité...

Une bouteille à la mer, j'attends et espère.

(à suivre)

28.10.2010

L'espoir (septembre-octobre 1997)

Napoléon a eu ses 100 jours, moi j’aurai mes 50.

 

Le soir même, nous étions à Limoges. C’est dire que chère et tendre bourrait comme pas possible !
Le lendemain matin, comme on se l’était promis, je téléphone à Nat d’une cabine.

Elle semble aller mieux. Me dit qu’il ne faut pas prendre ça au tragique, qu’on se retrouvera dans 5 ans pour la bague au doigt et les beaux bébés.
Un peu de soleil dans mon cœur…

Ensuite, c’est de nouveau flou dans ma tête.
Je sais que le lendemain soir nous avons couché au Formule 1, que le surlendemain nous avons emménagé. Bonjour l’emménagement !! Déjà caser un 100 mètres carrés dans un 80 n’est pas évident (on fera mieux ensuite !) mais l’appartement, dans une résidence chic, était quand même au second étage….

Dans cet appartement, situé dans la résidence « Les Jardins du Port » au sud de la ville je ne vivrai que 15 mois. Mais sans aucun doute les pires mois de ma vie…
Cependant, et c’est bizarre, j’en garde un bon souvenir ! Sans doute la vue sur le port et le passage des voiliers sous mes fenêtres...


Je serai assez bien accueilli par les collègues, et à merveille par le temps.
En effet ce mois de septembre 1997 sera – et de loin – le plus ensoleillé et le plus chaud que Vannes ait connu. Plus de 25 degrés tous les jours avec des pointes à 30, quasiment pas une goutte de pluie !

C’est alors que l’espoir va petit à petit renaître en moi.

Car, ne l’oublions pas, je ne suis désormais qu’à ¾ d’heure de Lorient, ma ville chérie, là où j’ai passé des Noëls magiques et des étés merveilleux.

Effectivement, les 5 premiers week-ends seront bien remplis : Tantôt c’est nous qui irons voir la famille, tantôt c’est la famille qui ira à nous. En tout cas, quel plaisir que de les quitter en se disant qu’on s’arrête 60 km plus loin. Moi qui avais toujours rêvé d’habiter en Bretagne, et bien ça y est mon gars, tu t’y trouves ! Même si le contexte n'est pas précisément des plus favorables...

Nathalie téléphone régulièrement. Au moins une fois tous les deux jours. Tantôt à la maison, tantôt au boulot. Où elle continue de me soutenir, de me dire que pour elle ça se passe bien dans son nouvel univers, et qu’il ne faut pas que l’on quitte des yeux le 18 septembre 2002, les 18 ans de ma fille, le jour où je me sentirai libre de vivre ma passion, après quand même 10 ans d’attente !

En attendant, pour son entrée en 5ème au collège Jules Simon, ça ne se passe pas terrible pour elle.
Déjà, décalage horaire ! A 7h15, quand elle prend son bus…. Il fait encore nuit ! Certes de l’autre côté c’est sympa, d’avoir un peu plus de soleil que les autres, mais cette tranche de soleil, il faut la rendre le matin…

Ensuite, après 13 ans passés au sud du 45 ème parallèle, elle a un peu l’accent « channtant », et du coup devient l’attraction durant les interclasses. Elle s’est longtemps demandée pourquoi on discutait énormément avec elle de tout et de rien, jusqu’au moment où une nana s’est adressée à une autre en lui disant « rends-moi mes 5 francs, elle n’a pas autant d’accent que tu le dis. » 

Mais ça, elle l’a oublié, elle qui ne jure plus désormais que pour « sa Bretagne », elle oublie la façon dont elle y a été accueillie.

Chère et tendre ne perd pas de temps. Après l’ « opération-voiture » en 1966, là c’est carrément l’ « opération-construction » ! Je me souviens du jour où elle est venue me chercher au boulot, m’emmenant signer des papiers au Crédit Foncier !

Moi à la limite je m’en fichais, cela faisait un certain temps que je n’avais plus regardé mon compte en banque, et le fait que je ne reçoive pas de nouvelles de celle-ci me faisait penser que je n’étais pas dans le rouge écarlate.

Mais, dans un sursaut, c’est quand même à trois que nous avons acheté le terrain !

Et en ce début octobre 1997, je me disais que ma foi, j’étais peut-être sorti du trou. D’autant que mes collègues ne m’avaient fait aucune remarque sur mon travail…

 

Jusqu’au 15 octobre.

Où le chef me posera des questions sur mes aptitudes, vu les énormes lacunes qu’il entrevoit en moi, et me montre pour appuyer ses dires une lettre du tortionnaire. Où ce sale type raconte tout de go que je ne suis qu’un dépressif incapable… Il ne m'aura pas laissé une seule chance :(

 

J’ai noté la date sur mon agenda.

Date où Nat m’appelle à la maison, l’air affolé.

« Quel jour travailles-tu prochainement ?
- Dimanche.
- Ok. Bisous ».

Et elle raccroche.

Le dimanche matin, téléphone.
C’est elle. En larmes.

« C’est fini, il ne faut plus se voir. Ils sont trop nombreux contre nous, on ne tiendra jamais. Je sais que c’est dur, mais je ne crois pas que l’on tiendra encore 5 ans comme ça…. »

Comme ça…. C’est à dire vraisemblablement sous la pression.
Belle-maman a dû sortir les arguments décisifs.

Moi je suis KO debout, le choc est heureusement amorti par les médicaments.

Médicaments dont j’avais gardé en cachette un bon stock (j’avais deux médecins à Mende, plus le psy, et je faisais peu à peu mes provisions), et dont je vais à présent doubler la dose.

Après Zombie, voici Super-Zombie qui fait son entrée chez les Bretons !

Où je vais me traîner, allant d’illusions en déceptions, pendant un peu plus de 63 mois…

Je ne me serais pas pensé si résistant !!

A mardi, je vous embrasse.

13.10.2010

L'arrachement (août 1997)

Face à ce cataclysme, nous allons encore avoir un tout dernier sursaut, en écrivant aux syndicats.

A présent, il est certain qu'un "responsable" écrivant noir sur blanc que le fait qu'une jeune collaboratrice ne lui serre plus la main nuisait à son équilibre personnel ne ferait pas de vieux os dans une boîte, quelle qu'elle soit. Mais nous ne sommes que début 97 et le harcèlement moralo-sexuel n'est pas encore entré dans les mentalités.

Les syndicats nous répondront, penauds, qu'ils ne peuvent rien faire.
Et Nat n'a d'autre choix que de poser une mutation. Dans un grand centre, car elle ne veut plus entendre parler de petites unités.

Et là, moi je décroche, complètement. Je retrouve mes comprimés, mon lit, mon zombisme et ma transpiration. Je ne veux plus entendre parler de quoi que ce soit, je ne veux plus être là, qu'on me laisse tranquille. Je suis tellement KO que je n'ai même plus la force de me tuer...

Je poserai également une mutation. Enfin, mes nanas rempliront la feuille que je n'aurai qu'à signer.
Je Elles inscriront Vannes, Lons le Saunier, Briançon et Belfort.

Je ne veux pas me dédouaner en disant cela, mais vraiment, je suis tellement sonné, écoeuré et surtout découragé que je ne suis plus capable de prendre la moindre décision. 
Pour "illustrer mon propos" - comme dirait l'autre enflure - je ne suis même plus capable d'effectuer les gestes quotidiens. Par exemple c'est ... ma fille qui me fera mes shampoiings !

                                            °°°°°°°


J'ai sincèrement du mal à faire une chronologie des derniers mois.

J'aurai ma mutation, pour Vannes, alors que Nat ne l'aura pas....

Je me souviens que j'étais au lit en permanence, et qu'au taf je dormais en arrivant au boulot. Mais je dormais VRAIMENT, allongé sur le sol ou la tête entre mes mains.

Je me souviens de la semaine de juin passée à chercher un appartement en Bretagne.
Je verrai mon cousin Jean-Yves à cette occasion, qui me dira "avoir vraiment peur" de l'image que je renvoie...

Un autre souvenir aussi, ma fille, qui me demande de lui acheter un VTT. Alors qu'on part un mois après ! Mais je le lui achèterai, sans regarder le prix. Je m'en fous, je me fous de tout.

Encore une anecdote, en vrac. Elle date de l'été, mais impossible de préciser quand.
C'est au cours d'un repas à 4, Nat, découragée par le monde du travail, Nat qui est vous le savez très pieuse, nous confie qu’elle envisage éventuellement de devenir Religieuse.
Ma fille lui dit « Soeur Nathalie des Anges », ça sonne bien...
- Non, je ne prendrais pas ce nom-là..
- Ah ? Tu t’appellerais comment ? » Et là, la tête vers le bas Nat dit simplement:
« Soeur Marie-Patrick »...

Finalement elle trouvera quelque chose pour échapper aux griffes du tortionnaire : un congé - formation  où elle étudiera à Bordeaux en licence de psychologie !

Ah si...

Je me souviens du week-end des 23 et 24 août.
L'adieu à mes parents, dans les Cévennes.
Ma mère sait que désormais, nous ne pourrons plus venir tous les deux mois, comme nous le faisons depuis 11 ans. A présent, la distance sera tellement grande (deux jours de route) que cela ne sera qu'une ou deux fois par an. En outre elle sait que je ne conduis plus.

Malgré mon état, je reverrai distinctement ma mère nous accompagner en larmes à la voiture. Mon épouse aura du mal à démarrer. Finalement on décollera, et je reverrai toujours ma mère en larmes dans le rétroviseur.
Ce sera la dernière image que j’aurai d’elle, elle mourra 5 mois plus tard, de chagrin.

 

Je revois notre dernière danse, à Nat et moi.
C'est au cours d'un bal de village, je fais tapisserie regardant danser Nat et ma fille.  Ca "Macarénise" à tout va quand arrive un slow. Lucie, de Pascal Obispo.

Nat me regarde. Moi je pense à Agde, à la plage, deux ans et demie avant. Cette fois je ne lui ferai pas d'affront, et nous le danserons ensemble, ce slow. Devant tout le monde.
Et là je vois ma fille qui tire une tronche pas possible... Nat va s'en apercevoir, et les larmes aux yeux me dira "Tu vois, Pat, inutile de lutter, on est vraiment seuls contre tous les autres"...

Comme le chantait Cabrel 17 ans plus tôt...

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fous, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

                                           °°°°°°°

Le déménagement se fera une fois de plus sans moi, pas la force ni morale ni physique de le faire...

Et arrivera ce maudit 30 août.

15h13. Le camion de déménagement est déjà parti, mon épouse m’attend dans la voiture.
Nat est de service - comme par hasard - ce jour-là , et tous les deux nous sommes enlacés dans le bureau directorial, pleurant tous les deux sans pouvoir nous interrompre.

Nous n’arrivons pas à nous séparer physiquement, sachant bien que le moment où nous pourrons à nouveau nous serrer l’un contre l’autre relève de l’inconnu.
Moi je pars pour la Bretagne, elle à Bordeaux. On se dit, on se jure que l’on restera en contact. Malgré tout ce qui est contre nous. Notre amour hors du commun saura résister à ma maladie, à la distance, au temps.
On se mariera comme on se le promet depuis 4 ans et on se fera les trois beaux bébés que l'on a "programmés". Le jour où l’on saura que ça ne fera de peine à personne. On a le temps, on est encore jeunes.
Par un effort surhumain, j’arrive à me détacher d’elle, de son corps, de sa voix qui me dit un dernier «je t’aime» désespéré.
Je fonce – c’est le mot – à travers le jardin, sans me retourner, passe en trombe le portail et m’engouffre dans la Micra où sur l’autoradio j'entends "en cloque" de Renaud. Une chanson que désormais je ne pourrai écouter qu’en pleurant… Pas plus tard qu'hier en passant.

Ce week-end là la Princesse Diana va trouver la mort. Tout comme Mère Térésa.

Et moi...

Voilà comment un couple fusionnel - mais interdit - qui a quand même duré quatre ans, a pu être séparé sans que ni l'un ni l'autre ne le désire. Sans qu'aucun des deux ne prenne l'initiative de la rupture.

montsouris.jpg


05.10.2010

Sur notre nuage - 3

J'ai enlevé la note interrogations, étant donné qu'elle sert d'exutoire à des personnes de mon ancien site, ce qui est j'ai l'impression inévitable.
Pardon à Cri-Cri d'avoir enlevé son com en même temps que la note.

Passons donc au sujet qui me préoccupe, et qui fait grincer bien des dents !

___________________________________________________________

Le passage à l'année 1994 se fera... dans un hôtel de Lorient, ma famille Bretonne, à cette époque en train de s'étriper préférant que ça se passe sans témoin. Je réussirai tout juste à parler 3/4 d'heure seul à seul avec mon presque-frère Jean-Yves.

Durant cette entrevue, je lui "avouerai" Nathalie. Pensant qu'il avait les idées larges comme au temps de notre jeunesse.
Mais c'est un cousin "installé" que je verrai, tant dans sa vie conjugale que familiale, qui me répondra du bout des lèvres que cela ne se fait pas.

Ce refrain, je vais désormais l'entendre souvent de la part de ma famille...
Du moins aux rares à qui, pendant les années 2000, j'en parlerai.

En attendant, Nat et moi poursuivons notre lune de miel. Comme je l'ai dit, nous bossons ensemble presque tous les samedis - ce qui arrange fortement mon autre collègue - tantôt l'un à 6h et l'autre à 8h, et inversement.
Quand je commence à 8h, je me fais non pas un devoir, mais un plaisir de lui apporter à chaque fois un bouquet de fleurs. Je ne vous raconte pas la gymnastique que je dois faire pour dissimuler le bouquet sitôt sortis de la boutique...
Les fleuristes peu à peu commencent à me regarder de travers !

Le plus souvent, je prends un énorme sac "Darty" - le même où elle met la cage de Pompon quand on est en balade afin de traverser les rues mendoises où à présent tout le monde me connaît. C'est que - malgré moi - je suis devenu un "notable", un mec qui tutoie le secrétaire général de la préfecture et qui de temps en temps trinque avec le député...

Ses séjours à Nîmes chez sa mère deviennent à nouveau plus espacés, Nathalie arrivant peu à peu à réaliser que sa mère ne tient pas tant que ça à la protéger du "porc", mais plutôt à faire en sorte qu'elle aussi soit toute seule, de manière à ce qu'elle vienne la voir.

Et arrive la Saint Valentin.

De ma part elle aura une bague en or, de la sienne je recevrai une gourmette en argent avec mon prénom. Gourmette que je me ferai un plaisir d'arborer, bien qu'à la base je n'aime pas trop ça...

Pour les vacances de Février, comme d'hab, moitié Paris, moitié Lozère. Là encore la femme de mon cousin Georges - 23 ans de moins que lui.... - me fera une remarque pas très sympa concernant mon "amitié" avec ma jeune collègue.
Bien entendu les 5 jours Lozériens sont fantastiques, même si des orages éclatent de temps en temps. Qui n'a pas eu de orages dans une vie de couple ?

A la fin du mois, nous allons chez mon autre cousin, Robert. Il habite - provisoirement - les Pyrénées et semble s'étonner de ma joie de vivre. A la fin du dîner, alors que les esprits sont désinhibés, j'entendrai la femme de mon cousin - 17 ans de moins que lui - nous dire à mon épouse et à moi, alors que pourtant, pas une seul fois nous nous étions disputés (record):


"Vous êtes au bord de la rupture, tous les deux".

Ce qui pouvait se traduire par "attention cousine, ton mari est amoureux"...

Et oui, cela se voit comme le nez au milieu de la figure !


Nous sommes en attendant très bien partis pour attendre ces fameux neuf ans, qui ne sont d'ailleurs plus que huit et demie. J'ai "sondé" mon épouse, qui ne me cache pas que retourner en Normandie lui serait d'une grande satisfaction. Avec ou sans moi.

C'est vrai qu'elle en était partie en courant, un jour d'octobre 1982 où, à la suite d'une énième humiliation de la part de sa soeur, elle avait pris sa 2 CV et avait parcouru d'un trait les 900 km qui la séparait de Briançon !

Notre fille est pour sa part très éveillée, et à certaines de ses blagues je vois bien qu'elle a plus ou moins pigé qu'entre son père et Nat il se passe quelque chose. Et ma foi, ça ne la perturbe pas plus que ça, tant que je peux rester auprès d'elle.

Dans notre disquette de poèmes, nous comptons désormais les semaines qui nous séparent du mariage et des beaux bébés que nous aurons. Ils portent même un nom : Jason et Marie.
Papa aura alors 51 ans et maman 34.

Ciel-mena-ant.jpgTout à notre bonheur, nous ne voyons pas les gros nuages noirs arriver.

Pourtant la tempête va être très rude, la menace viendra de trois endroits différents.

Saurons-nous l'affronter ?

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

04.10.2010

Sur notre nuage - 2

Les premiers mois allaient être idylliques.

Du moins en ce qui concernait notre amour. Car une visite de routine chez l’ophtalmo révéla une déchirure de ma rétine, qu’il allait falloir «recoudre» au laser. Cinq interventions très douloureuses, où j’ai pu comparer les réactions de mon épouse et de mon aimée.
En effet ma chère et tendre ne daigna pas venir une seule fois – pas le temps ! – alors que Nathalie, au contraire fut là à chaque séance, me tenant la main quand elle voyait que j'avais mal.

Il était prévu de longue date que les vacances de la Toussaint se passeraient en Normandie, après quelques jours à Paris, j’avais promis EuroDisney à ma fifille. 9 jours de séparation se profilaient, et c’est alors que le Destin nous fit un cadeau inattendu : la réussite de notre chef à son concours.
Et par conséquent ma nomination à sa place. D’où, bien entendu une bien moindre disponibilité parce que personne n’était prévu pour me remplacer.
Pour moi, cette période restera un sommet : Tandis que je vis des moments d’amour inoubliables, je suis le directeur départemental dans un métier que j’ai épousé par vocation, et en plus, dans mon département de prédilection.

Une fois n’est pas coutume, j’ai fait pleurer de joie mon père en annonçant la nouvelle. Là encore, comment allais-je gérer – plutôt digérer – mes nouvelles fonctions ? Allais-je, comme je l’avais vu et le verrai ensuite, me prendre le melon et considérer mes collègues comme des «grouillots» ? D’autant que mes deux «collaborateurs» sont en fait deux collaboratrices !  Deux femmes dont l’une a été presque une amie pendant quelque temps, et l’autre…


Deux femmes qui ne s’entendent pas du tout, en plus.
Sans compter la charge de travail, il allait falloir bosser avec une personne de moins. Enfin, bémol quand même car notre chef ne consacrait pratiquement pas de temps à sa fonction, donc la différence ne se verrait que peu.
Allai-je, moi qui n’avais jamais envisagé la chose, avoir la compétence – et la pédagogie – nécessaires pour assurer ce nouveau rôle, celui de dirigeant ?

Mes chevilles dussent enfler, durant les 4 mois où je serai en poste, hormis une fatigue de plus en plus pesante, je remplirai fort convenablement mes fonctions. Je faisais appel à des «polyvalents itinérants» (ce que je fais aujourd’hui) durant les congés, et passerai un accord avec ma seconde collègue, celle de 35 ans. A savoir qu’elle pouvait venir les jours de son choix, à la condition expresse que le boulot soit bouclé à la fin du mois.

Quand à ma « jeune collègue », forcément nous dûmes changer nos horaires pour que je puisse assurer à la fois la fonction de directeur et celle d’exploitant. A savoir que je ferais tous les samedis, et un dimanche sur 3. Et Idem pour elle, qui en plus venait m’ «aider» - et purement bénévolement – les dimanches après-midi où je travaillais.

Bien entendu, durant ces week-ends, nous ne faisions pas que nous regarder dans les yeux ! Nous bossions aussi comme des malades, galvanisés par notre amour qui nous donnait des ailes.
Finalement, notre entreprise aura tiré un grand bénéfice de tout cela… Du moins jusqu'à fin février. Mais on y reviendra…


Donc, pour la Toussaint, je maintenais mes trois jours à Paris, et donc Eurodisney, mais hélas (lol) je «devais» rentrer juste après, de par mes nouvelles fonctions.

Et ces jours-là, c’est intégralement chez Nathalie que je les passerai. Je ne grimperai à mon second étage que pour éplucher le courrier !
Et c’est aussi pendant ces jours-là que, progressivement, je ferai découvrir le sexe à ma jeune aimée. Et qu’en même temps, je réaliserai, moi, ce que cela peut être quand deux personnes s’aiment à la folie… Loin, très loin de la "porcherie" prônée par belle-maman.
Jusque là, si elle n’avait rien connu de ce côté, je pourrais dire que finalement moi non plus en fait.
Certes j'ai eu beaucoup de "partenaires" - je déteste ce mot pour les choses de l'amour, ça fait penser à un tournoi de belote ! - mais jamais, au grand jamais, je n’avais éprouvé de telles sensations avec une femme. Moi qui pensais avoir tout vu de ce côté-là, et bien je ferai finalement une bien belle découverte…
Oui, novembre 1993, LE sommet de notre amour.

D'autant que, pour la première fois, mon épouse avait réussi à passer trois ans sans crise...

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03.10.2010

Sur notre nuage - 1

L'insouciance n'aura pas duré longtemps dans notre tout jeune couple, Nathalie et moi.


Car dès le lendemain, au boulot,  LA question inévitable arrive sur le tapis.

Nathalie, après avoir longtemps cru, longtemps nié que l'amour entre deux personnes puisse exister, vient à présent de le découvrir, et ayant su ce que c'était, ayant connu la félicité que cela pouvait procurer, ne compte pas en rester là.
Elle veut, ni plus ni moins qu'on se marie, et qu'on ait des "beaux bébés".

Que dire, sinon que je suis ravi ?
Ravi de pouvoir fonder une famille avec la femme que j'aime au plus fort de mon être, ravi de donner des frères et soeurs à ma fille, qui est à l'âge où on souffre le plus d'être enfant unique.

Mais en jetant un coup d'oeil sur mon annulaire gauche, j'y vois un cercle de métal qui compromet pas mal ces beaux projets. (J'ai bien écrit "ces", et non pas "ses", car ce sont NOS projets).

En fait il y a trois solutions :

1)  Continuer cet amour "clandestin", en profitant bien du fait que nous sommes collègues et voisins, sans remettre en cause pour autant mon "couple légitime".
C'est la solution "traditionnelle", dite "ménage à trois", celle où l'épouse "bafouée" (que de guillemets mon Dieu !) subit la situation de peur que son mari ne la largue. Très courant, mais...
Pas de ça chez moi. Nat ne mérite absolument pas ce rôle de "maîtresse cachée".

2) Carrément divorcer, puisque de toutes façons l'on ne s'entend plus mon épouse et moi.

Déjà envisagé ! Et bien avant de connaître Nat ! Depuis que chère et tendre a jeté mes parents dans la neige à Noël 1990.
Et là, je m'étais renseigné auprès d'un avocat pour savoir au bout de combien de temps je pourrais être divorcé.
La réponse avait été sans appel :
"Tout dépendra de votre épouse. Si elle veut faire traîner les choses, cela peut aller jusqu'à 5 ans...
Et sachez bien qu'une fois divorcé - à vos torts donc -, votre épouse obtiendra sans nul doute la garde de votre enfant...
- Malgré la maladie de sa mère ?
- Sa mère est-elle dans l'incapacité totale - je dis bien totale - de s'occuper de sa fille ?
- Non mais...
- Voilà... "

Nanti de cette réponse-là, je parcours ma collection - environ 500 numéros, que ma chère et tendre jettera au feu - du  Particulier, qui me confirmera bien la chose.

Sachant tout cela, et sachant aussi qu'à chaque scène à laquelle j'ai droit depuis nos 10 ans de mariage, sa réplique est invariablement "Puisque c'est comme ça, moi, j'fous l' camp en Normandie", ne la voyant pas trop rester à Mende si j'étais marié avec Nat, j'imagine sans peine qu'elle irait se réfugier chez ses parents.
Avec notre fille.
Notre fille qui est détestée de ces gens-là.

Donc, résumé des courses:
Divorce = perte de temps + le malheur de notre fille. Notre fille, qui a déjà pas mal "dégusté" avec la maladie de sa mère, apparue quand elle avait un an.

Reste la troisième solution,  un truc un peu fou...
Ce que je vais lui proposer.


Elle s'inspire un peu de la première mais pas dans le même sens.
C'est à dire qu'effectivement, nous continuons à nous "aimer clandestinement", mais pas de façon éternelle. C'est à dire nous fixer une date butoir, celle où ma fille pourra éviter de vivre là où elle ne veut pas - où que ce soit - c'est à dire jusqu'à sa majorité.

Oui, j'avais prévenu, c'est fou à première vue..
Ce serait - un peu à la manière de Bruel - se donner rendez-vous dans 9 ans. Mais se donner rendez-vous à la mairie.
Neuf ans ça peut paraître énorme, mais ce sera tout de même neuf années où nous continuerons d'être ensemble. Pendant lesquelles bien entendu j'expliquerai les choses à ma fille. Que par exemple, il n'y a pas de bouton "arrêt" pour les choses du coeur. Ces neuf années passeraient vite à côté de celle - éprouvante - que l'on vient de traverser...

Et puis cela, surtout, atténuerait notre différence d'âge. Je le verrai dans les semaines à venir, en l'an de grâce mil neuf cent quatre vingt treize, il est très mal vu de voir une jeune femme de 25 ans donner la main à un mec de 42.
Mais un homme de 51 et une femme de 34, ça passe nettement mieux, c'est même courant (à tel point que depuis dix ans Leclerc a basé sa pub radio sur ça, sur le couple à différence d'âge).

Bien entendu, Nathalie est libre de "quitter le jeu" à tout moment, je m'impose cette épée de Damoclès, ne voulant pas hypothéquer sa jeunesse.

Et tout cela, je lui écris dans une lettre, que je dépose dans sa boîte. Qu'elle lise tout mot par mot, qu'elle ait le temps de réfléchir.

J'aurai la réponse "par retour du courrier", à savoir le lendemain.


                                                            ♥♥♥♥♥♥♥♥♥



Elle me dit qu'elle est d'accord, qu'elle saura attendre ces neuf années, si c'est pour pouvoir nous aimer au grand jour et avoir nos "beaux bébés".
Mais elle pose une condition :

Qu'elle arrive vierge au mariage.

Pas de souci... Je saurai attendre.

En ce début septembre, après une année de tourments, la situation est enfin claire, limpide pour nous deux.
Il ne nous reste plus qu'à attendre, attendre ce 17 septembre 2002 qui sera pour nous la Porte du Bonheur.

Si, bien sûr, le Destin en est d'accord...

 

Gérard Lenorman- Le Funambule.mp3

 

(à suivre)

 

18:52 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

02.10.2010

Vers les étoiles - 8

A partir de là, nous allons être soulagés. Nous avons franchi une étape de plus dans notre "relation". Mais si les sentiments sont là, pour l'instant c'est hélas le non-dit qui l'emporte.

Nous avons pris l'habitude, depuis quelques semaines, d'écrire des poèmes sur tout et n'importe quoi.
Cela sur une disquette, que nous cachons bien soigneusement au boulot. Celui des deux qui est absent écrit quelques vers que l'autre pourra lire à son retour.
Ce sera une sorte de journal intime à quatre mains, que nous poursuivrons pendant presque un an.

Ce journal va nous permettre de crever l'abcès, le 8 juillet 1993.

Alors qu'elle s'y demande ce qui lui arrive, quel est ce sentiment qu'elle n'arrive pas à nommer, m'y prenant le plus doucement possible, je prendrai alors la plume (enfin le clavier) à mon tour, pour lui dire que le sentiment qu'elle ressent n'est ni plus ni moins que de l'amour. Celui des films. Celui des livres. Celui de la plupart des gens qui sont prêts à le recevoir.

Alors nous allons faire une chose que nous crevons d’envie de faire depuis des mois et des mois: Nous toucher.
Nous serrer l’un contre l’autre. Nous allons le faire pendant de longues, longues minutes, être enveloppé par l’autre, se sentir.

On se croit sur un petit nuage. On est bien. Du reste comment a-t'on pu exister avant cela ?
A partir de ce moment-là nous allons rattraper le temps perdu, et déjà danser de nombreux slows – on arrivera même à le faire en public – d'une façon très très langoureuse.

Certes, une étape est franchie – et quelle étape – et il est évident que des décisions sont à prendre. Mais pour l’instant, on savoure. Pas question de gâcher notre bonheur, le moment de revenir sur Terre viendra bien assez vite.

D’autant que se profile un spectre, auxquel bien sûr nous avons songé, mais qui prend une toute autre dimension sous ce nouvel éclairage :
Nos vacances d’été…

Afin de ne pas trop se séparer, nous préférons prendre au même moment nos 3 semaines. 3 semaines qui en fait auront un petit « entracte ». Car... nous allons nous croiser, et très loin !
Moi, je vais déposer ma fille en Haute-Savoie, puis passer notre semaine habituelle à Lons Le Saunier, puis 3 jours à Londres et le reste à l'avenant, en descendant : Belgique, Ardennes, Alsace.

Nat de son côté va passer 10 jours chez sa sœur dans le Pas de Calais, puis descendra se faire dorer dans le midi.

Et il se trouve - nous ne l'avons pas fait exprès, billets et hôtels sont réservés depuis longtemps à l'avance - que le 11 août, nous serons dans le même département, le Pas de Calais !

Miracle, nos deux "chefs" - mon épouse et la mère de Nat - sont d'accord pour que Nat et moi nous nous voyions. Il est même prévu pour elle un "quartier libre" pour cette fameuse journée du 11.
Cette immense coupure sera ainsi atténuée, au lieu d’être séparé d’elle près de 4 semaines non stop, ça fera 12 jours d’un côté, 15 de l’autre.

Mais pour l’instant, place à l’euphorie. Je me souviens par exemple d’un déplacement de 36h à Montpellier, durant lequel je marchais littéralement à côté de moi. C’était le 13 juillet, j’avais dans ma poche un de ses poèmes, que je lisais et relisais en marchant.
« tu illumines ma vie. Rien ne pourra jamais nous séparer ».

Ce jour-là, effectivement, je ne voyais pas trop ce qui pourrait nous séparer. Alors que j’étais dans la ville de celui qui allait pourtant réussir à le faire. Il lui faudra trois ans et demie, trois ans et demie de coups de boutoir interrompus, mais il arrivera à ses fins.

Nous allons continuer la disquette de poèmes que j’avais inaugurée. Mais les sujets ne seront, bien sûr, plus les mêmes ! Bien entendu on est des brêles totales en informatique, et nous nous imaginons qu’en faisant ça sur disquette, qu’en éliminant les éventuels fichiers temporaires crées, qu’en «compressant» le disque, aucune trace n’était visible. De vrais petits enfants innocents.

Le 23 juillet, alors que mes nanas "légitimes" regardent un spectacle de hard-rock (!) gratuit je n’ai qu’une seule envie : aller rejoindre ma Natounette chez elle. Je prends prétexte que cela ne me plait pas, et je leur fais savoir que je rentre. Mon épouse, qui a de plus en plus de soupçons, se lève aussitôt. A la grande désillusion de ma fille.
« Oh non maman, t’avais dit que tu resterais jusqu’au bout »… Et moi, machiavélique – ce genre de situation rend machiavélique – dis à ma chère et tendre que sa fille a bien le droit d’écouter de la musique, et qu’il n’est pas nécessaire d’être en « délégation » (je reprends ses propres mots) pour cela. Et je réussis à partir.

Là, danger, car se trouve aux aguets le voisin-amant de mon épouse. Oui, car je n’en avais pas encore parlé, mais entre le voisin et mon épouse, il se passe pas mal de choses les après-midi où je bosse. Ce sont des « mauvaises langues » qui me le raconteront, mais mon épouse elle-même le confiera à ma cousine. Moi, je le répète, je ne désire plus mon épouse depuis des années déjà, et ma foi, si ça peut leur faire plaisir de faire des galipettes...
Nat et moi sommes bien au-dessus de ça…
Nat et moi, c’est à la fois cérébral et tactile. Pas une seule fois je ne pense à dégrafer son chemisier, son soutien-gorge pour voir ce qu’il y a dessous, mais en revanche, pouvoir la toucher me propulse dans un nirvana incroyable. Et pour elle, c’est pareil.

Donc, je file direct chez Nat, en ayant pris soin de mettre un mot sur le téléphone de notre appartement «je suis chez Nat, je reviens tout se suite». J’ai couru pour venir de la place de la Cathédrale à la maison (800 m). Connaissant l’allure de mon épouse, je sais que j’ai au moins 10 mn d’avance, dans la mesure où elles rentrent tout de suite.

Et là va arriver sur la scène le réveil de Natou. Ce fameux réveil qu’elle mettra sur une étagère, et qui nous indiquera désormais le temps qui nous reste.

Pendant ces instants volés chez elle, d’abord des slows langoureux puis..., au lit !

Au lit tout habillés !!! Nous faisons comme « plus tard », quand nous serons mariés, car elle m’en parle de plus en plus. Nous n’enlevons pas un seul vêtement, mais nous nous serrons fort l’un contre l’autre.  Pas très satisfaisant sur le plan sexuel mais ça fait tellement de bien…

27 juillet, jour de sa fête. Je lui offre une montre plaqué-or. La tête de mes deux nanas, qui pourtant ne manquent de rien… Dès le lendemain, ma chère et tendre ira s’offrir une montre deux fois plus chère ! Après tout, elle a sa CB....

29 juillet, dernier jour où nous travaillons ensemble avant ces foutues vacances. Inutile de dire qu’elle est triste. Même si elle sait que le 11 août on pourra de nouveau se serrer l’un contre l’autre… Mais qu'ils seront longs ces douze jours...

Lons le Saunier... Londres... Bruxelles...Strasbourg....Bregenz...
Cet été-là j'aurai fait des tas de villes, et je n'en profiterai pas. Londres surtout, où je me promets de revenir quand j'aurai l'esprit un peu plus libre...

Je passerai sur nos retrouvailles, qui seront à la mesure de notre amour.

                                                      ♥♥♥♥♥♥♥♥♥               

En cette fin août 1993, c'est cette fois mon épouse qui commence à déprimer. Mon épouse, hyper intuitive, et qui doit bien se douter de quelque chose, me demande d'aller passer la semaine qui reste avant la rentrée en Normandie, dans sa famille.

Sait-elle qu'en faisant ça, elle introduit le loup dans la bergerie ? Merci la SNCF et sa carte Kiwi, qui a permis cette semaine-là, de requinquer mon épouse et de me laisser -enfin - seul avec ma bien-aimée.

Lundi 30 août.
Nous dînons chez elle. Puis, série slows, dont le fameux Jamais loin de toi, qui la fait toujours vibrer.

Il fait doux. La journée a été du genre torride mais en Lozère les soirées sont fraîches. Et plus encore si l'on monte en altitude. C'est ce que l'on fait en grimpant les pentes du Causse, là où Laurent Jalabert s'illustrera deux ans plus tard dans le Tour de France.

La soirée est au romantisme, si bien que j'arrête la voiture pour me blottir dans ses bras. On y est si bien...
A la radio passe justement Jamais loin de toi, qui est devenu ce qu'on appelle un Hit dans le jargon des radios.
Et là, je me peux m'empêcher de mettre mes lèvres sur les siennes.
Elle ne me dit rien, me laisse faire.
Alors je risque le tout pour le tout, et je vais jusqu'au bout.

Je m'attends - comme dans les films - à la baffe retentissante, mais non. Elle a l'air d'apprécier. Et ce baiser va durer de longues, très longues minutes. Nos langues vont rattraper ces douze mois où nous nous serons tant retenus..

(à suivre)

 

Retour

Retour de ce stage de psychologie où j'ai appris pas mal, et même sur des choses auxquelles je ne m'attendais pas.

D'abord ma capacité de pardon !

Dans la note "je n'aurai plus jamais de chef"

http://cicatrice.hautetfort.com/archive/2010/08/31/je-n-a...

Je traitais le chef que j'avais eu à Embrun entre 1984 et 1987 de "caractériel". Je n'oublie pas, certes, que lors de la première crise de mon épouse, j'ai eu beau le supplier mais je n'ai pu avoir deux jours pour l'accompagner dans sa famille.

Mais 5 ans de retraite ont apparemment transformé le bonhomme, à qui j'ai quand même rappelé ses petits coups de griffe... Et quand à moi, je suis du genre à pardonner à tout le monde (une seule personne fera exception) et donc nous avons pu enterrer sans souci la hache de guerre.

Mais dans ce stage, je serai placé à côté d'un mec qui bosse actuellement avec Nathalie. Et du coup j'aurai des nouvelles. Dont je ne sais pas si on peut dire qu'elles sont bonnes ou mauvaises. On y viendra.

Voilà, Nathalie elle arrive pour le tome 8, je vous embrasse.

 

25.09.2010

Vers les étoiles - 7

Nat, écartelée, replonge de plus belle dans la dépression.

Triplement écartelée, puis-je avancer avec le recul que j'ai. D'abord, elle est amoureuse (enfin ressent quelque chose pour moi, elle ne sait pas ce qu'est être amoureuse) mais en est-il de même pour moi ?
Car sa chère maman lui a bien dit que les hommes faisaient la cour aux dames pendant un certain temps puis allaient directement à l'essentiel. Or moi, cela fait déjà plus de 8 mois que l'on se connaît, que l'on s'apprécie, mais je n'ai rien tenté. Alors je ne l'aimerais pas ??

Ensuite, sa chère maman toujours, qui me déteste cordialement. Et ça, Nat ne peut le supporter.

Enfin mon épouse, qui lui témoigne de plus en plus d'affection. Du coup Nat est de moins en moins à l'aise.
Elle parle sans cesse de mourir, et me fait même une brillante démonstration un jour où nous partons en tournée d'inspection. Les virages pris à gauche, sans visibilité, les dépassement très limite, et j'en passe.

On se tourne autour tous les deux, sans s'avouer quoi que ce soit. Parce que ce n'est pas bien. Parce qu'on ne doit pas. Verbotten !!

Pour toutes ces raisons, elle "balançait" pour venir ou pas à la communion de ma fille, le 27, et ce sera finalement oui.

Ce jour-là sera hyper-important dans notre relation (c'est elle qui emploie sans arrêt ce mot) car à partir de là ma mémoire défaillante sera aidée par des traces audio-visuelles...

Déjà pour un père c'est une date historique de voir sa fille communier. Certes, ce n'est pas St Germain des Prés comme pour moi, mais quand même la majestueuse Cathédrale de Mende.

Alors, pendant la messe, je mitraille. Ma fille par devant, ma fille sur le côté, ma fille par en-haut...
Le parrain de ma fille, qui est -aussi- photographe professionnel, prend beaucoup de clichés noir et blanc.
Il mitraille ma fille, mais aussi mes parents et moi, assis dans la même travée. Sans se rendre compte qu'entre mes parents et moi se trouvait une certaine jeune fille habillée comme dans l'ancien temps...
Avec une mantille sur son visage.

Fin de la cérémonie. Mes parents, moi et Nathalie sommes les derniers à sortir.
Le hasard nous fait passer le porche en même temps elle et moi, sous les yeux émerveillés de mon père, qui ne pourra s'empêcher de dire :
"On dirait deux jeunes mariés."

Nathalie ne s'offusque pas. Elle sourit...

C'est à cet instant précis que je réalise qu'il faut que je "force la porte".
10 mois qu'on se connaît à présent, qu'on s'apprécie, qu'on s'aime puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, il faut que je crève l'abcès. Absolument.
Reste à trouver le moment propice...


J'ai assez souvent critiqué ma belle-famille que je peux, là, m'autoriser à leur dire merci.
Pourquoi ? Parce qu'ils ont amené un camescope. Avec lequel je suis chargé de filmer ce dimanche.
Je me suis doté de deux cassettes de 45 mn chacune, et j'ai bien l'intention de faire "the" film.

Effectivement, les deux cassettes y passeront. Je vais filmer "au feeling", mettant en boîte les plans qui me paraîtront les plus importants. Ainsi, j'insiste 5 bonnes minutes sur la découverte par ma fille de son gâteau de communion. Un plan qui vaut son pesant d'or...
Je filmerai partout : dans l'église, à la maison, dehors, en balade à Sainte Enimie l'après-midi...
Sincèrement, vraiment sincèrement, je suis content de mon "oeuvre" que je fait visionner dès le lendemain par le "conseil de famille" réuni chez moi.

A vrai dire, ils ne seront que modérément contents. Une tante à mon épouse dira "mais dis donc, la voit pas beaucoup la petite communiante".. alors que j'ai filmé ma merveille de fille pendant quelques 35 minutes.

Non, le problème est que...Nathalie sera présente sur l'écran
...durant près d'une heure !

Tout le monde rouspète, bien évidemment, sauf... ma fille. Ma fille, la principale intéressée,  qui s'estimera satisfaite de la grosse demie-heure que je lui ai consacrée.
Un plan est décisif, très révélateur de ce Nathalie pouvait souffrir à cette époque-là. : celui où je fais semblant de faire un jeu radiophonique et où j'interwieve Nat. Je lui pose - sans le savoir - une question qui la touche et je la vois grimacer, puis pleurer.
Ce plan, entre 2000 et 2003, j'ai dû me le passer environ 200 fois.

Oui, je crois qu'il n'y a pas de temps à perdre, si je ne tiens pas à déclarer ma flamme à une pierre tombale.
Ca tombe bien, une tournée est prévue pour le mardi. Ce sera le moment idéal.

Tournée qui a bien failli ne jamais arriver. Car Nat a de plus en plus l'impression que la fais marcher. Et si, finalement elle avait tout faux ? Et si je ne faisais que m'aamuser avec elle ?
Pas de doute, ma déclaration se fera aujourd'hui.

La tournée commence - encore - mal. Nat ne desserre pas les dents. Silence pendant les 50 premiers kilomètres.

On arrive dans un village nommé Grandrieu. Les personnes que l'on va voir sont lees parents de nos voisins. C'est à dire qu'il se situent entre nos deux appartements à Nathalie et à moi.


Je stoppe la fourgonnette, la regarde droit dans les yeux. 
" Nathalie, si je n’étais pas marié et si j’avais 10 ou 15 ans de moins, pourrais-tu alors envisager de faire ta vie avec moi ?  ”

Elle ne répond pas, détourne les yeux, gênée.
Et on rentre chez les gens qui nous attendent.

Qui nous servent, à 10 h du mat, un verre de gnôle titrant un nombre impressionnant de degrés...

C'est un peu un mélange de " quand harry rencontre Sally" et "les Bronzés font du ski"...

Je regrette vite mon audace. C’était tout ou rien, et bien ce sera donc rien. Encore heureux si elle veut encore de moi comme "meilleur ami" !

Je sors - elle aussi -  en titubant. J’ai un peu abusé de l’alcool pour “oublier” ma connerie, ma question. Et je démarre, me fichant comme d’une guigne d’un éventuel ballon gendarmesque ! 

On ne fait pas 10 mètres que Nathalie me lance: “tu m’as bien posé une question tout à l’heure ?»

Je manque de dire, comme Barthez, «laisse tomber, c’est une cônnerie». Mais quand même, je tiens à assumer, et  lui réponds «ben oui…».

Elle me fixe alors de ses yeux bleus magnifiques, et me dit :
«Bon».

Un temps, interminable pour moi, mais qui n’a pas dû dépasser les deux secondes.

«Alors la réponse est oui..”

 

 

                                                  ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥ ♥

 

 

FIN DE LA PREMIERE PARTIE. La suite dans une semaine, car je pars demain matin très tôt en stage. Dernier stage de ma carrière, un stage de "préparation à la retraite".

Si vous voulez savoir comment, au bout d'un an pile, j'ai réussi à l'embrasser, puis mieux encore.
Si vous voulez savoir comment j'ai géré les quelques mois où j'ai atteint mon bâton de maréchal.
Si vous voulez savoir comment on essaie de détruire un couple en le harcelant.
Si vous voulez savoir ce qu'est vraiment une dépression, une vraie, celle qui te transforme en zombie.
Si vous voulez savoir ce qu'est un "vrai" couple, qui arrive à survivre pendant 3 années malgré tous les coups qui lui sont portés..

Alors rendez-vous à partir de la semaine prochaine, sur cette même antenne !

Je vous embrasse.

 

 

 

24.09.2010

Vers les étoiles - 6

Le 17 mars au matin, mon épouse monte dans ma chambre et me tend une enveloppe.
"c'est pour toi"..
Je reconnais tout de suite l'écriture. J'avoue que j'hésite à l'ouvrir, car connaissant Nathalie, ça peut être tout bon ou tout mauvais.

Bah, dans les deux cas ça précipiterait les choses...

C'est du bon.
Du très bon même, inespéré dirai-je. Une carte de bonne fête où elle a écrit un petit poème :

"En ce jour aussi joli / Je fais un gros bibi / A mon meilleur ami / De toute une vie"

Son meilleur ami de toute une vie. Il faut connaître le contexte pour comprendre ce que ses mots veulent exprimer. En me hissant au grade de "meilleur ami de toute sa vie", cela signifie tout bonnement que je suis la personne qui compte le plus pour elle. Elle ne peut pas faire plus...

Car je le répète, Nat n'a encore jamais éprouvé de l'amour pour un homme, elle ne sait donc pas par quoi ça peut se traduire. Elle "se sent bien avec moi" - elle me l'a souvent dit - et a de plus en plus de mal à être séparée de moi. C'est quoi docteur ? C'est pas de l'amour ?

A la manière de Mr Jourdain, Nathalie était depuis longtemps amoureuse de moi sans le savoir. Mais d'autres - comme Michel, notre chef - le savaient déjà...

A propos de docteur, mon corps va réagir très positivement à cette annonce. Déjà le soir même je sors de ma chambre, et descends dans la salle, chose que je n'avais pas faite depuis plus d'une semaine.
Le lendemain je fais quelques pas dehors, et le surlendemain, je téléphone au boulot pour leur dire que je peux reprendre doucettement.
Ma fièvre tombera très vite, en deux jours, tandis que ma toux s'estompera en quelques semaines.

Le docteur "pessimiste" confiera à mon épouse qu'il n'a jamais vu ça de sa vie.

Et pourtant....
Il aurait dû lire le magazine Psychologies de janvier 1992 - 13 mois auparavant - qui expliquait ce phénomène :

psycho2.jpg

 

 

 



Donc voilà. Je l'aime et elle m'aime. Elle ne peut pas me le dire "directement", aussi use-t'elle d'autres mots pour l'exprimer. Pour ma part, c'est tout ce que je demande. De savoir qu'elle a les mêmes sentiments que moi, et que par la double grâce du travail et de l'immobilier, on aura des tas d'occasion de se voir.

En cette fin mars, je suis le plus heureux des hommes. Certes, je ne pourrai pas la prendre dans mes bras, certes je ne pourrai pas l'embrasser - voire plus - mais ce statut de "meilleur ami" nous satisfait très bien l'un et l'autre.


En fait il va nous satisfaire... pendant 3 petits mois.

Moi qui suis la politique à fond, les législatives me passent complètement à côté, alors que pourtant, et à mon grand désespoir, la droite est revenue au pouvoir. Et pour longtemps.

 Le vendredi 9 avril, soudain changement d'attitude : elle ne veut plus me parler.
La raison : conversation téléphonique avec sa mère, qui n'apprécie pas le nouveau meilleur ami de sa fille. Qui continue son credo : je n'ai qu'une idée en tête, et je ne suis qu'un porc comme les autres mâles de la planète.
Madame aurait-elle oublié ce qu'était l'amour ? L'a-t'elle au moins connu....?

  Je mettrai des heures et des heures pour la remettre en confiance, mais pas de doute, Nat est comme moi : écartelée. Hélas ça ne suffit pas de s'aimer, il faut l'être en communion avec les autres. Et là c'est loin d'être le cas.

Les vacances de Pâques sont un formidable test pour mesurer l'intensité de nos sentiments : J'ai réservé une maison, sur la plage, près de Lorient, au milieu de tous mes cousins/cousines.
Et pas pour une semaine, pour 15 jours.

Il fera un super beau-temps pendant ce séjour. Ma famille - tous confondus - me réservera un accueil chaleureux. Nous irons même faire des escapades, notamment à Rennes, St Malo, Dinan, Brest, Quimper, Pointe du Raz...
Cependant, durant ces vacances qui en d'autres temps auraient pu être exceptionnelles, moi, je...compterai les jours. Les jours qui me séparent du retour. Qui me séparent d'elle.

Et elle ? Et bien, elle me demandera de l'appeler d'une cabine tous les jours où elle bossera !! Et ces conversations sans fin.


Retour - enfin ! - au bercail.
Trimestre décisif pour notre fille, qui doit cravacher si elle ne veut pas redoubler son CE2. Il lui faut à tout prix un soutien scolaire, ce sera... Nathalie qui se proposera ! Entre les deux règne une complicité de plus en plus évidente.

Mais mon épouse commence à se douter de quelque chose. Déjà les 9 kilos que j'ai perdus depuis septembre ne sont pas tous à mettre sur le compte de la maladie, et elle le sait.

Mais c'est "autre chose", la fameuse intuition féminine...Toujours est-il qu'elle me fait de plus en plus de scènes, sur tout et n'importe quoi. Ce qui m'enlève du même coup pas mal de remords, d'oser ressentir des sentiments pour "une autre". Comment rester avec une telle mégère, même si je suis conscient que c'est la maladie qui l'a rendue comme ça ?

Et puis, désolé, mais je n'ai rien demandé, rien recherché... Ca serait bien si on disposait d'un petit bouton "reset" que l'on actionne lorsqu'on tombe amoureux alors que c'est règlementairement interdit, vous ne croyez pas ? Hélas ça n'existe pas...


(à suivre)

22.09.2010

Vers les étoiles - 5

30 janvier 1993. C'est mon anniversaire. pour la première fois Nat nous invite chez elle, car elle a préparé un repas pour cette occasion.
C'est la première fois que j'entre "chez elle", mais pas dans l'appartement ! Lequel avait abrité mon ami-collègue dont j'ai été le témoin de mariage.
C'est dans cet appartement que nous créerons pendant quelques mois en 1989 une "radio pirate" dont la portée ne dépassait pas celle de l'immeuble.

Je regarde son appartement comme si c'était un sanctuaire. Peu ou pas de meubles. Juste le strict minimum. La porte de sa chambre est entrouverte, et je distingue deux choses : sur le mur un immense poster - qui recouvre l'intégralité de la surface - représentant un lac de montagne, et aussi une immense statue de Saint Joseph posée au pied de son lit.

Au vu de certaines de nos conversations sur Dieu, je savais qu'elle était très pieuse - attention, pas bigote, tout comme moi elle n'apprécie pas trop ceux qui seraient Ses représentants sur Terre, papes, évèques et curés - mais là, j'en mesure le degré.
Et là je me rends compte de ce qu'elle doit souffrir dans sa chair si jamais elle est vraiment amoureuse de moi, comme je le pense de plus en plus. Car cet amour représenterait pour elle la Tentation, le Diable en somme.

Donc, résumé de la situation, après cinq mois de passion dévorante, mais inexprimable :

De mon côté j'aime Nat à la folie, mais je ne peux concrétiser cet amour du fait que j'ai "des chaînes".
De son côté, en admettant que c'est réciproque, c'est encore pire.  Car en plus de sa mère, qui sera un "morceau" redoutable, j'ai aussi Dieu contre moi...


                                                    ♥♥♥♥♥♥


Ce mois de février va être décisif.
Désormais, nous essayons de nous voir le moins possible.
Inutile de nous torturer. Au boulot, nous "tournons" le plus souvent avec notre autre collègue, une femme de 35 ans.
Elle ne vient plus à la radio.
Ses week-ends Nîmois redeviennent nombreux, et pour ma part je multiplie aussi les sorties.
Nous espérons nous en tirer comme ça, à bon compte, pensant naïvement "loin des yeux loin du coeur".

Désormais, toute son affection, son amour, qu'elle ne peut canaliser, est reportée sur un seul être, un animal qu'elle a toujours considéré comme son enfant, et qui ma foi le lui rend bien. C'est cet animal qui lui fera passer ces mois extrêmement difficiles, un animal qu'elle chérira de toutes ses forces, le seul être qu'elle aime et qu'elle a le droit d'aimer.

Cet animal, c'est un petit cochon d'Inde.

Et qu'elle a baptisé "Pompon"...

Nous essayons de nous éviter, mais il apparaît que c'est désespérément impossible.
Un jour, notre chef nous fait une réflexion amusée, mais révélatrice. Il était question d'éditer une brochure, et on se demandait quoi mettre en couverture.
C'est alors qu'il lance "En tout cas, il ne faut pas confier ce travail à Patrick, car on risquerait fort d'avoir la photo de Nathalie"

Ce chef-là nous aime bien. Arrivé le 1er septembre, il a donc pu assister - discrètement - à l'évolution de notre relation. Pourtant il ne "cheffe" que peu, étant absorbé par la préparation d'un concours dans la fonction publique. Mais il a déjà tout vu.
En attendant, même si Nat et moi jouons les offusqués, cela signifie une chose : notre amour ne passe pas inaperçu.

18 février, mon meilleur ami (qui décèdera en 2007) vient nous voir.  Nat est invitée à dîner, elle accepte du bout des lèvres. Ils font connaissance, c'est plutôt glacial...

Toujours notre chef, Michel. J'aurai toujours un doute sur son attitude, hyperbienveillante, car il fera son maximum pour que Nat et moi soyons le plus possible ensemble.
Et c'est ainsi qu'il nous met ensemble de service le 23 pour une tournée d'inspection à travers les Cévennes.

Donc, Nathalie et moi côte à côte dans la  4L fourgonnette de l'entreprise. Au début nous traversons des paysages enneigés, semblables au climat qui règne entre ma jeune passagère et moi. Elle ne se déride pas, les seules paroles auxquelles j'aurai droit seront des diatribes sur l"hypocrisie des mecs... Et puis peu à peu, au fur et à mesure que l'heure s'avancera, elle va se dérider. A tel point que je vais lui proposer une chose, c'est de conduire la fourgonnette !

"mais je n'ai jamais fait ça...je n'y arriverai jamais !"

Je lui réponds du tac au tac que l'année passée à la même époque je tenais rigoureusement les mêmes propos. Et je m'improvise sur-le-champ moniteur d'auto-école !

Au début j'aurai des sueurs froides. Notamment quand elle prendra très large certains virages au ras du précipice. Mais rapidement elle aura l'engin en main, et quand nous nous arrêtons pour déjeuner, elle sait la conduire aussi bien que moi.

"Tu vois bien que tu y est arrivée. C'est comme pour le reste, tu peux faire de grandes choses, mais tu n'as pas assez confiance en toi.."
Là - j'aurais dû m'y attendre - elle fond en larmes, comme à chaque fois que je lui fais un compliment.

Mais l'averse passe assez vite, et au fil des heures je la sens de plus en plus proche de moi. A tous niveaux. Plusieurs fois on se frôle, ça me fait un effet incroyable. Je meurs d'envie d'arrêter la voiture, et de tout lui dire. Lui avouer que je l'aime, à en crever, et ce depuis le premier jour où je l'ai vue. Mais ce n'est pas possible, ce ne serait pas "raisonnable", nous n'en avons pas le droit.                                     

                                                    ♥♥♥♥♥♥♥


Et c'est alors que, simultanément, nos deux corps vont se rebeller.

Tous les deux allons tomber malades.

Très malades, surtout moi.
Broncho-pneumonie.

Dès le lendemain de la tournée la fièvre va me gagner très vite. Elle sera suivie par une toux qui ne me quittera plus. Au départ, j'essaie de ne pas m'aliter, car c'est les vacances et si je suis "arrêté", c'est Nathalie qui devra bosser toute seule. Nathalie dont j'ignore qu'elle aussi est malade. Mais finalement je "craque" le mercredi 2 mars, je m'alite.
Nat que je n'ai pas prévenue, le prend mal, d'autant qu'elle n'est pas beaucoup plus vaillante que moi.

Dans mon lit, Complètement terrassé par la fièvre et la toux, je n'attends qu'une chose : que Nat vienne me voir, me dise qu'elle ne m'en veut plus. Et puis, pourquoi pas, me dire autre chose...

Un soir, la sonnette.
C'est elle. Je reconnais sa façon de sonner, très particulière. De mon étage - nous logeons dans un duplex - j'entends des bruits de voix, la porte d'entrée qui se referme, puis se rouvre, et se referme,  cette fois définitivement.

"C'était Nathalie ?", demandai-je fébrilement à mon épouse, dans tous les sens du terme.
"Non..."

En fait, je l'apprendrai plus tard, c'était bien elle. Mais ma chère et tendre, pour une raison que Nat ne voudra jamais me dire, la chassera méchamment.

A partir de là, je ne lutte plus. Je me laisse emporter par la maladie. Les toubibs se succèdent, me soignent à coups de piqures de cortisone (3 par jour) mais rien n'y fait. Mes fesses crient "grâce", mais fièvre et toux persistent.
Notre fille - heureusement - n'a pas trop l'air de réaliser, mais en revanche mon épouse oui. 
Un soir, je la verrai même pleurer devant mon état !
Ce sera la seule fois où mon épouse pleurera pour moi.

On me parle d'hôpital, je refuse catégoriquement. Qu'on me laisse tranquille. Une seule chose pourrait me sauver : Voir Nathalie.  Mais au bout de tant de jours, je n'y crois plus. Bien entendu, j'ignore sa maladie, et surtout la façon dont elle a été "accueillie".

Ca aussi je le saurai plus tard : le 15 mars le médecin confiera à mon épouse que - sauf miracle - j'avais désormais peu de chance de voir la belle saison si je ne voulais pas entrer à l'hôpital.

Pendant ce temps-là, Nat aussi luttait contre une terrible anémie.

Nos deux corps en avaient marre, des conventions, des obligations morales imposées par nos cerveaux. Puisqu'ils n'avaient pas le droit d'être ensemble, alors ils se laissaient mourir tranquillement.

 

(à suivre)

                                    

18:46 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

Vers les étoiles - 4

Les semaines passent.

Un truc que j'ai du mal à comprendre, moi le statisticien, c'est la fréquence à laquelle nous nous rencontrons dans la rue. Dieu sait pourtant qu'on ne sort pas souvent, aussi bien elle que moi. Juste à Super U ou Inter faire les courses, une heure maxi dans la journée et basta.
Et bien pourtant, quelque que soit l'heure où je suis dehors, je la croise !

Un jour elle me demande si elle peut venir assister à mes émissions. On imagine ma réponse !
Dans le studio, je la regarde. Une petite fille d'un autre siècle, émerveillée par tout ce qu'elle découvre. Un sourire candide qui ne la quitte presque jamais, de temps en temps interrompu par une crise de fou-rire ou bien de larmes.

Ses larmes, il faudra que j'attende encore quelques mois pour les comprendre. Des trucs trop subtils pour le mec basique que j'étais encore.

Arrive Noël. Il est prévu que mes parents viennent passer ces fêtes avec nous.

Cette fois, les conditions ne sont plus les mêmes. Je suis tellement transcendé par mon amour que je sais que je ne me laisserai plus faire, que je ne laisserai plus faire de pareilles choses.

Mon épouse, justement, me pose problème. Car elle aussi est tombée sous le charme de ma petite collègue, et l'invite très souvent à dîner. Sans se douter qu'elle amène le loup dans la bergerie...
D'un côté ça me met énormément mal à l'aise, mais de l'autre je me dis que je ne vais pas refuser ces moments magiques, ces moments où je vois l' "autre" Nathalie, celle qui adore les enfants et qui va rapidement devenir la meilleure amie de ma fille.

Oui, vraiment, au milieu de tout cela, je me sens mal à l'aise.

Arrivent donc les fêtes.
Je vais chercher mes parents dans les Cévennes, et ma foi les premiers jours de "cohabitation", contrairement à la dernière fois, se passent bien. Ma chère et tendre sent bien qu'elle n'a pas trop le choix...

Le 24 au soir va être une sorte de révélation.
Nathalie a décidé de nous présenter sa mère, qui passe les fêtes chez elle.

Je me souviendrai longtemps de cette entrevue à 6, qui finalement allait présager de tout ce qui arriverait par la suite.

Entre Nathalie et mon père, c'est pratiquement le coup de foudre. Mon père, qui n'est pas du genre démonstratif, se lèvera de son fauteuil pour aller embrasser ma jeune collègue.

En revanche, ma mère ne semble pas l'apprécier. En bonne mère, elle doit sentir mes sentiments, et doit penser que cet amour par définition impossible va me faire souffrir.

Et entre "Mme Mère" et moi, ce sera encore plus glacial. Elle ira même jusqu'à interrompre l''apéritif que nous étions en train de déguster.
"Viens Nathalie, on a encore plein de choses à faire"...

Et devant notre air déçu, elle me lancera, sèchement :

"Vous aurez, j'en suis certaine, bien d'autres occasions de vous revoir..."

Le décor est planté. En admettant qu'un jour Nat arrive à avoir les mêmes sentiments que j'ai pour elle, nos deux mères seront en travers. Or cette expérience, je l'ai déjà faite 20 ans plus tôt, et je ne sais que trop où elle peut aboutir.

En attendant, je suis de plus en plus torturé, et pour la première fois, c'est avec satisfaction que j'accepte de passer le réveillon du nouvel an chez mes beaux-parents, en Normandie.

Cette fois, je ne suis plus si pressé de rentrer à la maison..

Je suis écartelé entre deux sentiments contradictoires : D'un côté une indescriptible envie de la revoir, de lui parler, de l'entendre. Mais de l'autre même si je pressens de plus en plus que cet amour n'est peut-être pas si à sens unique que ça, il m'est rigoureusement interdit, et les barrières sont nombreuses pour me le rappeler. C'est donc la veille de la rentrée scolaire que nous rentrons, après être passés par le Mont-Dore.

Nous rentrons juste avant la tombée de la nuit, vers les 17h, et juste après Nat frappe à la porte.
C'est pour nous donner des cadeaux, cadeaux de nouvel-an !!

On n'en revient pas mon épouse et moi, et c'est l'occasion d'un long repas.
Au cours de ce repas Nathalie se livre complètement. On sent qu'elle a un besoin de parler, je me doute qu'elle vient de passer une sale semaine avec sa mère. Elle révèle à mes deux nanas une bonne partie de ce qu'elle m'avait confié, quand nous étions seuls au boulot.

Mon épouse est vraiment touchée par ce qu'elle nous raconte.

Nathalie commence à déprimer, c'est évident. Elle nous donne des tas de raisons, toutes aussi valables les unes que les autres, mais ayant pu me rendre compte de la force de caractère de ma jeune collègue, je pense que sans un "terrain" favorable, aucune de ces raisons ne pourrait la mettre dans cet état.

Et si le terrain s'appelait l'amour ?

Mais cela, elle ne peut le savoir, n'ayant jamais connu ce sentiment de toute sa jeune vie. Elle est comme moi en 1963, elle ressent plein de choses, qui tantôt la fait monter jusqu'aux étoiles, et qui tantôt la plonge au 36ème dessous. Elle ressent plein de choses, mais ne peut mettre un nom sur cette sensation.
Plutôt ne veut pas.

(à suivre)

05:39 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

21.09.2010

Vers les étoiles - 3

Et c’est le retour à Mende par le train de nuit. Là encore ce voyage me rappelle étrangement celui d’il y a 20 ans. Quand je quittais Paris pour retrouver Mireille. Mon coeur bat la chamade, malgré moi.

Ce ne loupe pas : dès que je la revois, je suis comme ébloui. Oui, mordu mon gars, tu l'es, et à un point que tu n'as jamais connu.

Néanmoins, je continue à "lutter". A me dire que c'est vraiment le démon de midi, et que tout finira par rentrer dans l'ordre. Surtout pour un coeur d'artichaut comme moi !

J'essaie de pas "tourner" avec elle, mais c'est elle qui insiste pour le faire, tenant à ce que lui apprenne "vraiment" le métier.  Et c'est ce que nous allons faire, passer des journées entières en double,  journées pendant lesquelles je lui apprendrai toutes les ficelles du métier, ficelles qu'elle notera scrupuleusement sur un cahier, prenant des notes comme si j'étais son prof.

On ne parlera pas que de boulot, pendant ces journées. On parlera aussi d'elle. Du moins je lui ferai parler d'elle. Peu à peu, au fil des semaines, j'apprendrai beaucoup de choses.
Que jusqu'à présent, elle a toujours été rejetée. Surtout par son père, qui lui préférait son aînée Sylvie qui elle au moins avait "réussi". Réussi en tout : travail, beau mariage...

J'apprendrai ainsi que les escapades à Nîmes, ce sera uniquement pour voir sa mère, laquelle l'a prise sous son aile, et hélas, beaucoup plus que ça. Nathalie est sous l'emprise totale de sa mère, qui veille jalousement à ce que personne ne tourne autour de sa cadette, et ce depuis son divorce.

Ce divorce très douloureux l'a aigrie, et désormais son credo est "les hommes sont tous des porcs, qui ne pensent qu'à une seule chose". Et Nathalie l'a finalement adopté, ce credo.

Je ne peux alors m'empêcher de lui poser la question : "tu penses vraiment que les hommes sont des porcs ?"
Et elle répliquera très vite:"oui, et ce n'est pas demain qu'un mec me touchera..."

Ce sera vrai...


Ce jour-là je reçois trois infos en pleine gueule, aussi importantes les unes que les autres et qui décidément n'arrangeront pas mon "cas".

D'abord Nathalie n'a pas de mec.

Ensuite, elle n'a jamais connu l'amour.

Et surtout, elle refuse de le connaître. Elle n'y croit pas, à ce mot magique, qui pour elle n'est qu'une "invention destinée à faire rêver".

Au stade où en arrive cette conversation, je m'enhardis : "mais Nat, moi je suis bien un mec, et pourtant tu me fréquentes..."
Et elle me lâchera la réponse qui tue :
"Oui, tu es un mec, mais je te dirai que je suis très surprise, c'est la première fois de toute ma vie que je peux discuter avec quelqu'un aussi profondément. Et surtout avec un garçon. J'avoue que je ne comprends pas..."

En ce début novembre 1992, je fais alors cette triple - et triste - constatation :

1 ) J'aime Nathalie de plus en plus fort.

2 ) Le seul "rempart" qui pouvait m'aider à lutter contre cet amour est tombé, à savoir qu'elle n'a pas d'amoureux.

3 ) Je suis le seul confident qu'elle n'ait jamais eu. Et il ne faut surtout pas que je "gâche" ça...

Par "chance", une nouvelle occasion de prendre du champ m'est offerte : Il nous faut obligatoirement tapisser le studio que nous avons à Briançon. Cela doit être fait dans les 15 jours, et plus le temps de faire des devis. Alors c'est nous qui devons nous y coller. Moi qui n'ai jamais posé de papier peint de ma vie !
Là encore je me surprendrai : si le premier "lai" fut plus que laborieux, au fil des heures je vais devenir un champion du papier peint ! Tout comme pour les vendanges 1970, l'amour m'a donné des ailes. Pour moi, plus vite fini, plus vite on repart, plus vite je la revois...

                                                  ° ° °

Elle va de moins en moins à Nîmes voir sa mère.
Et c'est tant mieux car pendant ces 48 heures-là, je ne vis plus. Le vendredi soir je suis presque prostré, le samedi je tire une tronche pas possible et le dimanche après-midi, je le passe le nez collé contre ma vitre, guettant le moment où je verrai apparaître sa R5 blanche.

Là, et seulement là, je peux enfin respirer. C'est vraiment le mot.

"Elle" est de nouveau tout près de moi...

(à suivre)

17:50 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

Vers les étoiles - 2

L'éloignement me fait prendre un recul considérable sur les choses. Je fonctionne ainsi, si j'ai un problème, de rester dans l'ambiance du "problème" ne fera que l'accentuer, alors qu'un changement radical d'atmosphère m'aide à y voir plus clair.
En fait ce changement, cet éloignement fait un tri considérable : il gomme les soucis mineurs - même si je les considère comme majeurs - et fait ressortir les autres, d'une manière plus objective.
Donc "Paris" déciderait, en quelque sorte.

Déjà, j'avais prévenu : je n'appellerai à la maison que si j'avais un problème. Dans l'autre sens je pouvais être joint à tout moment par mon cousin germain, que j'avais décidé de voir afin de régler de sordides histoires de famille, d'héritage. Mes "nanas" savaient que j'allais aller le voir.

C'est au Formule 1 de St Denis que je posai mes valises. Endroit très coloré qui est à l'opposé de l'ambiance lozérienne. Pourquoi ce choix ? Simple : d'abord le prix. A l'époque ces hôtels étaient imbattables - ce n'est plus le cas. Ensuite le le lieu :  4 stations de métro du studio d'enregistrement.

L'enregistrement qui ne fut pas semblable au précédent, à celui de juin 1991 où j'avais gravi tous les échelons, m'étant retrouvé parmi les 10 premiers puis parmi les deux finalistes. Et où j'avais été - sans gagner - le "meilleur" !  Cette fois, je n'avais pas la tête au jeu, et si j'arrivai une fois de plus dans les dix premiers, je n'allai guère plus loin.
Le lendemain, cousin germain. J'étais venu avec la ferme intention de dénouer une crise familiale déclenchée par le mari de notre cousine commune, j'étais presque muni d'un "mandat", mais très rapidement la conversation dévia sur un autre sujet. A savoir sa fille cadette. Sa fille cadette devant laquelle - j'ignore pourquoi - j'avais toujours été baba. Sa fille cadette qui venait de s'installer dans la banlieue parisienne où elle venait d'accoucher. Je me promis d'aller la voir.
Ce qui n'allait pas tout à fait dans mon sens, celui de la raison de mon séjour, étant donné le prénom de la cousine ! Mais bon, même à cette époque "elles" étaient très répandues. "elles" le sont toujours d'ailleurs, c'est le prénom féminin le plus porté en France en 2010.

Ce fut en revenant de chez elle que j'eus un déclic. Seuls les "parigots" bon teint pourront me comprendre : J'ai fait, à plus de minuit, parfois à pied, parfois en bus, le trajet Bagneux-St Denis.
Et cela, sans éprouver la moindre crainte. Contrairement à mes habitudes. A la limite de l'inconscience.
J'étais "ailleurs". Certes j'avais été content de revoir ma cousine Nathalie, mais  je ressentais quelque chose en moi, difficile à exprimer, je me sentais disons invulnérable. Voilà, c'est le mot.

Au bout du 5 ème jour, je voyais bien que l' "opération Paris" commençait à me donner des résultats.

Pas du tout ceux que j'attendais, résultats confirmés par un autre cousin, le parrain de ma fille, qui me trouva "pas comme d'habitude". Beaucoup plus zen, plus posé.

Inutile de poursuivre plus loin l'expérience, et j'annonçai par téléphone à mes nanas mon retour le lendemain matin. Mon épouse était contente de m'entendre, et bien entendu je dus détailler chaque heure de mon séjour ! Elle parut satisfaite de mes alibis, et tout à coup me lança :
" tiens, je vais t'en dire une bonne : tu sais, ta petite collègue, qui vient d'arriver. Je l'ai croisée dans l'escalier, car figure-toi qu'elle emménage juste en-dessous de chez nous..."

C'est pas, mais vraiment pas gagné...

(à suivre)

05:20 Publié dans ELLE, moi | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : nathalie

20.09.2010

Vers les étoiles -1

Beaucoup d'entre vous se demanderont pourquoi un presque sexagénaire a tenu à écrire sa vie et la publier, et ce, dans deux sites différents.
Je suis moi-même très féru de biographies, et quand je tombe sur un récit sans intérêt, même si ce récit concerne quelqu'un de très connu, je lâche vite le morceau. Et je pense que ça doit être cas pour les lecteurs d'un blog.
Je vais être dur, mais je pense qu'il y a deux raisons pour en venir au blog :
- soit comme thérapie, et c'est ce que j'ai fait à partir de 2005 sur l'autre site.
- soit parce qu'on a des choses exceptionnelles à faire partager.

Or si, jusqu'à présent, ma vie a été jonchée de trucs assez peu communs, style voyage de noces en mobylette, faire les vendanges pour retrouver sa bien-aimée, devenir vedette départementale après avoir été largué deux fois en 16 mois d'intervalle, pour moi, sincèrement, ce que j'ai vécu jusqu'en 1992 ne mérite pas un blog.

Mais à partir de là, on change de régime, on change de catégorie. Si vous êtes romantiques et aimez les histoires d'amour pur, d'amour fort, qui triomphent de tout, alors vous aimerez ce qui va suivre.
Même si, hélas, à la fin je n'ai pas triomphé. Mais je me serai bien battu....

 

Bon, donc on en est à mes vacances à Amsterdam. Ville où nous ne chômerons pas car y est organisé un véritable racket, à savoir le "vrai-faux ticket parcmètre". Où il est stipulé - comme sur les autres tickets - l'heure à partir de laquelle vous êtes en infraction, mais également, en très petits caractères, écrits en néerlandais que.... le stationnement est interdit de 8h30 à 9h30 !
Moi j'avais un ticket valable jusqu'à 10h20, ça n'a pas empêché ma clio flambant neuve de se retrouver à la fourrière ! Entourée d'un nombre impressionnant de voitures françaises. Du reste le préposé parlait un français impeccable (tu parles) et les paiements CB étaient acceptés ! cela m'a coûté 300 florins de l'époque, soit l'équivalent de 200 euros actuels !

Dès que j'ai pris possession de ma voiture, j'ai foncé direct vers la frontière, Anne Frank et les canaux attendront !!!


2 septembre 1992, 7h55.
J’arrive au bureau, le nouveau boss est là, enfin, côté encadrement  la relève arrive entre le XIXème siècle et l’actuel. J’aimais bien mon ancien chef mais il était beaucoup trop ancré dans ses certitudes dans une discipline qui évolue chaque minute, il était vraiment temps qu'il prenne sa retraite.

Je reste cinq bonnes minutes à discuter avec lui, avec eux. Pour moi tout est changé, je vais enfin pouvoir travailler dans des conditions optimales. L’ère du collage sur cahier est terminé, place aux nouvelles technologies. C’est à peine si je remarque une jeune femme dans la salle principale.
C’est vrai, c’est « la petite nouvelle ». Celle qui remplace l’autre enflure, le cireur de bottes qui a toujours considéré Mende comme Alcatraz, et ses collègues comme des matons.
Ma foi elle a l'air très jeune et est assez mignonne. Une beauté surannée je dirais. J’aurais très bien vu Nathalie – car tel est son prénom – évoluer dans les années 50, 30 même. Rien à voir avec la féminité éclatante de notre vacataire estivale Valérie, dont j'ai parlé ce matin, une jeune fille bien en formes – et qui les montre – qui a déjà fait tomber la plupart du personnel masculin de l’équipe. Je suis le seul mâle à avoir résisté !

Au cours de cette journée, je verrai Nathalie venir timidement me demander des conseils. Vraiment timidement. Comme si elle avait peur de mes réactions… C’est vrai que je n’étais pas au courant de ce qui s’était passé pendant mes vacances Hollandaises, de la façon dont «on» m’avait été présenté :
Le mec en fin de carrière avec qui on ne plaisante pas…

A l’heure de la débauche, je lui dis au-revoir en lui faisant la bise.
Ce soir-là, chose inhabituelle pour moi, je ne rentre pas directement chez moi, mais je me prends à me balader dans les rues de Mende. Comme si je découvrais la ville.
Je me vois rentrer au Prisunic, me jeter sur un disque de François Feldman : «tombé d’amour», et une fois rentré chez moi, le passer en boucle.
Pendant le repas, mes nanas me demanderont pourquoi j’ai «l’air bizarre».
Bizarre ? Vous avez dit bizarre ? Non, je ne pense pas…  

Et pourtant, par certains côtés...

Mais que m'arrive-t'il ?
J'en aurai la confirmation le lendemain, de ce qui m'arrive. L'emploi du temps a voulu que je sois une nouvelle fois avec Nathalie. Elle est vêtue comme la veille, à savoir gros pull-jean-pataugas.  En mec, quoi, comme si elle voulait renier sa féminité. Mais comment pourrait-elle la renier, sa féminité ? Même en se dissimulant sous une burqa, son regard bleu tendre ficherait tout par terre.

Oui, ses beaux yeux bleus, c'est ce que j'ai regardé en premier chez elle. Alors qu'en général, vers les femmes mon regard se porte un tout petit peu plus bas...

Oui, que m'arrive-t'il ?
On discute un peu tous les deux. Elle me révèle qu'elle a été très mal accueillie dans notre petite unité, et par les collègues et par le chef, le vieux chef qui la rabaissera tant qu'il pourra, et lui dira "mais attendez que Patrick arrive...tel que je le connais, il sera encore plus sévère que moi !"

C'est vrai que côté boulot, sortie - même major de sa promo - toute fraîche émoulue de l'école, ça n'est vraiment pas ça. Pas sa faute, mais celle de l'école, qui en 1992 continue à rabâcher des cours de 1972.
Mais je sens au fond d'elle une énorme volonté d'apprendre, de "faire ses preuves" dans ce métier qu'elle a finalement choisi après avoir tâté de tout. Et d'avoir été reçue à tous les concours auxquels elle avait postulé.
Et, une chose qui me frappe par-dessus tout, c'est qu'à tout bout de champ, pour un oui pour un non, elle rit. Un rire communicatif qui ne peut que vous entraîner. Je crois que ça aussi ça m'a séduit.

Séduit.
Le mot est lâché.


Pas de doute, le démon de midi vient frapper à ma porte. Du moins c'est comme ça que je le prends.

Du calme, Patrick, du calme. Rappelle-toi : Après des années un peu folles, tu as réussi à te stabiliser, à te marier et à avoir un beau bébé. Non pas trois comme tu voulais - comme "nous" voulions - parce que, non prévu au programme, il s'est avéré que ton épouse avait une saloperie de maladie, mais une seule, une adorable petite fille de bientôt 8 ans. Bref, tu as fondé une famille, même si la famille en question bat de l'aile, même si cette sale maladie a transformé ta tendre épousée en sale mégère, même si tu sais que tout ça ça ne pourra pas durer des années, fais attention !!!
Et puis, quoi, elle a quel âge ? 18 ? 20 ?


24. Elle a 24 ans, c'est ce qu'elle me dira au cours de cette journée mémorable. 24 ans paraissant 17.

Mais moi j'en ai 41, presque 42 !!! Raisonne-toi Bon Dieu, tu as passé l'âge de faire la sortie des lycées!!
Hein ?
Des universités. Si tu veux. Mais n'empêche, ça fait 17 ans et demie d'écart ! Te rends-tu compte de ça?
Quoi ?
L'amour n' a pas d'âge ? Oui, dans les romans et dans les films, je veux bien, mais pas "pour de vrai" !Tu imagines ta fille de 24 ans t'annonçant qu'elle aime un mec de 41 ? Comment tu prendrais ça ?
Hein ? Tu le prendrais bien, s'ils s'aiment ? Ben bravo... T'es pas soixante-huitard pour rien toi...


Bon de toutes façons, y a pas à y aller par quatre chemins, tu as 41 ans, tu es marié-père-de-famille, elle en a 24, et mignonne comme elle est elle a bien évidemment un mec ! Du reste au cours de ta journée "mémorable", ne t'a t'elle pas glissé qu'elle partait dès qu'elle pouvait à Nîmes ?

D'après toi c'est pour quoi faire ?  Allez mon gars, un conseil,
OUBLIE ! Débrouille-toi comme tu veux, mais avant que ça prenne de trop grandes proportions, FUIS !!!


Fuir... j'en ai de bonnes, moi ! Et fuir où ? Et quel prétexte prendre ?

Le lendemain matin, comme par "hasard" - notez les guillemets - je reçois une convocation à l'émission "que le meilleur gagne", animée par Nagui, et où j'avais brillé l'année passée. Je m'étais même payé la poire de l'animateur-vedette.

Je ne cherche pas à comprendre, je pose illico presto 8 jours de congé, et file à la gare prendre un billet pour Paris. Histoire d'y voir un peu plus clair, histoire de "revenir à la raison".

Mon épouse n'apprécie pas, elle pense même - tout haut - que cette escapade subite cache en fait une femme.
En fait, elle n'a pas tort...
Mais si je "monte" à Paris, ce n'est pas pour voir une femme, mais en fuir une autre !

(A suivre)

16.08.2010

Juste un passage

Nous sommes tous les deux à Lons. Mais quelles péripéties !

 

Départ de Strasbourg avec un quart d'heure de retard. Vu la ligne, ça serait plutôt positif.

 

Je descends à Besançon où le fille de nos futurs voisins m'attend. Direction mon village.

Il pleut des cordes, au passage je me rappelle que ça fait pile quarante ans que j'ai connu, à 10 km de Pontarlier, la fille que j'ai embrassé pour la première fois. Je vous raconterai.

 

Je récupère la voiture, mais au moment de la démarrer, clac ! Rien...

 

C'est un autre futur voisin, celui qui a pourtant la plus mauvaise réputation, qui me dépannera avec une batterie, faisant contact avec la mienne.

 

Arrivée à Pontarlier, mon épouse est en pleine forme mais il faut batailler (comme on dit dans le 64) pour arriver à la faire sortir.

 

17h35, on sort.

 

17h37, la voiture me fait "clac" de nouveau !!!

 

Je vous épargnerai toutes les péripéties, mais vers 18h on peut repartir.

Voyage sous la pluie battante, avec une voiture que je ne connais plus.

Arrivée à 19h10 en remerciant le Ciel, car vraiment, il m'a beaucoup aidé !

 

Je mets la télé. Mais comme il pleut des cordes. Et l'eau sur l'antenne, les chaînes n'aiment pas ça !

 

Alors je zappe : 1 (non faut pas pousser! ) 2 - 3 - 4.....

152 - 153 - 154 -155 .

 

Ca marche!!! C'est "TéléMélody". Et à cet instant précis je vois Herbert Léonard.

 

Qui chante "petite Nathalie"....

 


 

Message reçu :)

 

Je vous embrasse.

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PS : Hautetfort, c'est bien. Mais il faut bien réfléchir avant de taper sur la touche "supprimer"....!!!