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18/05/2026

Retour vers le futur

1970.
Je viens de visionner le film Hibernatus, avec Louis de Funès.
Pas mal du tout ce film ! 

Un homme congelé dans les glaces du pôle nord est retrouvé miraculeusement vivant au bout de 65 ans par une expédition polaire. Après enquête, il s'avère qu'il s'agit d'un jeune homme de 25 ans parti en exploration en 1905 et parfaitement conservé. Il est alors progressivement réanimé par un professeur, spécialiste mondial de l'hibernation artificielle. 
Humm... Pourquoi pas ?
Un vaudeville se met alors en place, le pitch étant de cacher à "l'hiberné" qu'il n'est plus en 1905 mais en 1969 afin de lui épargner un choc émotionnel ! Alors on le "confine" dans une maison décorée façon 1900, la rue étant reconstituée comme au début du siècle, tout cela payé par l'Etat au nom de la recherche scientifique.

Mais un jour, le jeune homme trouve un poste de télévision - couleur, ils ont du fric dans la prod ! - qu'il met en marche, et fait ainsi une découverte bouleversante : il est bel et bien mis devant la réalité du monde moderne.
On imagine le choc du "jeune homme" né en 1880 et qui n'a que 25 ans !


J'ai bien aimé, mais à présent dodo car demain, je dois prendre le train pour aller voir mes cousins à Marseille pour y passer les vacances de Pâques. 

Je mets le réveil sur 6h, car je prends le rapide de 7h45 qui ne met que sept heures 5, presque aussi bien que le Mistral !

Le lendemain, dès que je sors dans la rue, je me demande ce qui se passe. Les gens ont tous un petit boîtier à la main, de la taille d'un paquet de cigarettes. Tantôt ils tapotent fébrilement dessus, tantôt ils l'ont à l'oreille, tout en parlant, comme s'ils téléphonaient.
Et les voitures ! Toutes des monstres, on dirait des chars d'assaut, avec une petite "casquette" à l'arrière. Même la DS de mes parents a l'air d'une voiturette à côté de la plus petite d'entre elles. Et le pire c'est qu'elles ne font pas de bruit...

Je prends donc le métro pour aller à la gare de Lyon, mais bizarrement ils ont mis des grilles de verre au bord de chaque quai...

La gare de Lyon est bien la même, mais c'est au niveau trains que ça déconne. Je regarde le panneau d'affichage mais ne trouve pas mon rapide de 7h45.  Apparemment il y a des supplémentaires car il en part toutes les heures. De toutes façons je n'ai pas mon billet, il faut que j'aille au au guichet pour en acheter un.
- un aller Marseille St Charles s'il vous plaît.
- quel train ?
- ben, le prochain.
- 8h05 arrivée Marseille 11h08.

In petto je me dis qu'il ne doit pas être réveillé... trois heures pour aller à Marseille ???

- vous pouvez me répéter les horaires ? Je n'ai pas bien compris.
- 8h05 arrivée Marseille 11h08. Mais si vous voulez avoir de la place, je vous conseille le 8h35 qui arrive à Marseille à 11h46. Il est plus lent mais moins cher, 75 euros au lieu de 92.

75 quoi ??? C'est un train français j'espère ! Je ne cherche pas à comprendre, je fais un chèque. En écrivant bien "EUROS" !
Je regarde quand même dans mon porte-monnaie : j'y vois alors des pièces inconnues...

Pour accéder aux quais,  pas de contrôle des billets ! Alors tout le monde peut monter dans les trains ? Bizarre.
Je trouve le mien, un train bizarre, tout étroit et tout gris, qui ressemble à un suppositoire. Pour être étroit il est étroit. Pas de compartiment on se croirait dans un avion.
Dès le premier quart d'heure je sais comment on pourra aller à Marseille en 3 heures. En effet, passé Maisons-Alfort, on tourne à gauche, puis on s'enfonce dans un tunnel. A sa sortie le train fonce à la vitesse d'un avion au décollage ! Mais on va 
dérailler !!!
On ne déraillera pas, et après un autre long tunnel que je connaissais pas, à 11h46 pétantes, je suis complètement étourdi quand le "train" accoste en gare de St Charles. Mais du coup j'ai 3 heures d'avance.  Il faut que je prévienne mes cousins, je cherche une cabine. Pas de cabine. Je m'adresse alors à un agent SNCF et je lui demande où je pourrais trouver une cabine. Il me regarde alors avec des yeux de merlan frit puis se met à rigoler :
- uneu cabi-neu ? C'est pour une émission de télé ? 
- mais non, c'est pour téléphoner !
- oh peuchère ! vous ne m'aurez pas. C'est sur quelle chaîne ? La 238 ils aiment bien ce genre de choses...

Fatigué par les trois heures de suppositoire à réaction, voyant qu'il se paye ma tête et que les gens commencent à me regarder d'un drôle d'air, je décide de croquer un morceau et d'y aller à pied, ça n'est pas très loin.
C'est alors que je vois écrit 
MÉTRO

Ils tournent un film ? C'est ça, ils doivent tourner un film ! Le métro à Marseille ! Avant que Marius me tombe dessus accompagné de Panisse et d'Escartefigue, je dévale l'escalier monumental. Qui est toujours là, avec la Bonne Mère en toile de fond.  Le Boulevard d'Athènes aussi, ainsi que la Canebière, que je remonte. C'est à peine si je remarque la présence de tramways de chaque côté... Mais après tout ça fait un an que je ne suis pas venu, ils ont dû faire ça en accéléré. 
En revanche ce que je n'explique pas, c'est des voitures branchées sur des prises de courant !!!!

J'arrive chez les cousins. Là tout est normal. L'ascenseur années 50 est toujours le même.
- Té, Patrick ! Tu ne devais pas arriver en fin d'après-midi ?
- Si, mais il y a des trains en forme de suppositoire qui ne mettent que 3 heures, j'en ai pris un.
- Mais tu découvres les TGV peuchère ! Ça fait 25 ans qu'on fait Paris-Marseille en trois heures... Allez viens te mettre à table, tu dois avoir faim.

Et retour à la science-fiction. Ça commence par la cuisine où j'entends un "ding !". C'est un four.
"va falloir qu'on change le micro-ondes" me dit ma cousine, qui entre parenthèses est encore plus jolie que l'an passé.
il met de plus en plus de temps à faire cuire les plats. là, pour ce surgelé, ça m'a pris au moins 10 minutes !"

Je ne relève pas.

Et je LA vois. C'est sans doute une télé, mais en 4 fois plus grand. On ne voit juste que l'écran, rien derrière, et les images sont hyper-nettes. 
"J'ai mis la chaîne 158, y a un truc pas mal à cette heure-là."

158. Donc le type de la gare se fichait pas de moi avec sa 238.
Pendant le repas mon cousin insiste pour une photo souvenir. Pas d'appareil photo, c'est avec le boîtier que ça se passe. Et là, mieux que le polaroïd, se trouvent les clichés qui viennent d'être pris !

Après, le repas il me lance "je vais quand même voir mon courrier" !
Mais au lieu d'aller dehors à la boîte aux lettres,  il tapote sur l'étrange boîtier. Apparemment il fait tout ce machin. Peut-être qu'il lave la vaisselle ?

Puis il me dit qu'il faut s'occuper de mon billet de retour.
Oh non, pas de gare, j'en sors !

Mais non, pas de gare... il tapote  encore sur son  bidule à tout faire et je vois inscrit sur l'écran "OUI SNCF".
Oui ?? 
Et là, des horaires... des prix. Toujours avec cette fameuse monnaie.
Je choisis le moins cher, même si je dois rentrer à Paris à 21h. 
"tu sais pour ce prix-là tu pouvais prendre l'avion, il y en a un qui arrive à Roissy à 20h.
- Où ça ??
- Ben Roissy ! Orly est saturé le soir"
Roissy, Roissy, faut que je me renseigne si je ne veux pas passer pour un c... ! 

Ma plus jeune cousine - qui ne m'est pas indifférente et elle non plus - me demande d'aller dans sa chambre.
"On s'écoute un disque ?
- Avec joie..."

Elle sort d'un tiroir un petit bidule de deux centimètres sur un et me tend des écouteurs.

Posé sur son lit, un étrange mini 45 tours d'un centimètre d'épaisseur où je vois écrit : 

LA COMPIL DES CHANTEURS DISPARUS
Claude François - C. Jérôme - Jacques Brel - Dalida - Serge Gainsbourg - Nino Ferrer - Gérard Palaprat - Michel Delpech - Frank Alamo - France Gall - Dick Rivers - Gilbert Bécaud - Johnny Hallyday - Christophe - Jane Birkin - Richard Anthony - Marie Laforêt - Françoise Hardy - Alain Barrière - Henri Salvador - Annie Cordy - Juliette Gréco - Charles Aznavour .


Elle regarde ma mine inquiète et me dit d'une voix douce :
- Ce voyage t'a fatigué, tu n'as pas l'air d'être dans ton état normal....
- Non, c'est rien, ça va passer..."

Je ne vais pas lui dire qu'après les téléphones portatifs à tout faire, les voitures monstrueuses et électriques, les métros sans conducteurs, les "euros", les trains-suppositoires à 300 à l'heure, le métro à Marseille, les tramways sur les trottoirs, un aéroport inconnu, les courriers qu'on reçoit par téléphone, les fours qui cuisent les surgelés en 10 minutes, les immenses télés plates avec 238 chaînes, les mini-photomaton, les petites boîtes qui remplacent les 33 tours, l'hécatombe chez les chanteurs, je m'attends à voir surgir des extra-terrestres ! Elle a l'air de trouver ça si normal....

...........

6h. Mon réveil sonne.

Et c'est là que je m'aperçois que tout ça je l'ai rêvé.

Mon premier réflexe est de me précipiter vers mon pantalon afin d'en extraire le portefeuille.
Des billets de 10 et 50 francs. Ouf !!!!
Dans la rue, personne n'a de trucs aux oreilles, les métros sont comme d'habitude, idem les voitures et les trains aussi...
Tain, où ai-je pu trouver des trucs pareils moi ? Hibernatus, à tous les coups ! Comme si je m'étais retrouvé moi aussi 60 ans plus tard...
Si ça continue je vais rêver que les voitures - électriques tant qu'on y est - ne roulent plus qu'à 30 km/h dans Paris !

Vite à la gare, mon train (normal) m'attend.

Je vous embrasse.

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