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03/03/2011

Ce soir c'est la quille !

Ma carrière s'est terminée tout à l'heure à 17 heures.

Tel que je me connais, je m’étonne de mon relatif détachement…
Il fut un temps où j’aurais solennellement fait le compte à rebours.

Mon dernier voyage à Lons pour aller bosser, la dernière fois que je me réveille pour accomplir ma journée, mon dernier repas pris là-bas, mon dernier bulletin (et oui, l’avantage de la retraite c’est que dorénavant je suis libéré de toute obligation de réserve. Mais soyons prudent quand même dans un premier temps…), la dernière fois que je classe les papiers avant de partir…

Oui, il fut un temps où j’aurais ressenti tout ça, où cette journée m’aurait torturé, soit en bien soit en mal. Où j’aurais fixé l’horloge.

Or là je me sens détaché, vraiment. Cette journée fut pour moi presque ordinaire, le trajet du retour comme d’habitude.

Du reste tout le monde me le dit, à commencer par ma fille : « alors, comment tu te sens ? » Comme si je venais de passer une épreuve difficile.

 

J’ai quelques éléments de réponse.

La première, la fondamentale, c’est que si professionnellement j’ai fini ma carrière, je n’ai rien accompli d’irréparable.

Je m’explique.
D’abord, pas de déchirement. Cette fin de carrière fut douce, et demain sera la première fois depuis…1979 (!) où je ferai un pot de départ. Je sais que je peux retourner voir les collègues quand je veux, je serai toujours bien accueilli.

Ensuite pas d’éloignement. Je bossais en Franche-Comté, j’habite toujours en Franche-Comté.

Egalement, grâce à Internet, je pourrai – un peu moins bien, c’est vrai – continuer à pratiquer un métier qui a toujours été une passion depuis mes 11 ans.

 

Et puis aussi, j’ai le cuir un peu tanné, avec les trois déchirures que j’ai subies entre 1997 et 2003.

1997, je quittais, par un coup de pied au cul, le département (la Lozère) que je chérissais à l’époque le plus au monde depuis qu’à mes 19 ans je l’avais découvert et où je comptais finir mes jours.
Et surtout, je quittais la femme de ma vie, que je comptais épouser et avoir avec elle de beaux bébés… Et même si ce jour-là j’étais plus ou moins anesthésié par les médicaments, je peux raconter minute par minute comment cette journée s’est déroulée.
Cela m’est resté – et restera - gravé à vie.
Je savais donc que plus jamais je ne pourrai vivre là-bas, plus jamais travailler avec elle, plus jamais être dans ses bras.

1998, j’allais enterrer ma maman. Je reverrai également toute mon existence ce voyage interminable en deux étapes, passant par Nantes, Niort, Limoges, Brive, Rodez, Millau. 
Cafetaria à Niort, je peux presque détailler le menu, Hôtel à Rodez, je peux aisément décrire la chambre.
Inlassablement, j’avais une petite voix intérieure qui me répétait  «tu es désormais orphelin »
Et oui, même à 47 ans on peut être orphelin. Il n’y a pas d’âge pour de telles choses.
Je reverrai toute ma vie cette camionnette Renault Express grise, de laquelle on a extrait le cercueil, à côté duquel je suis resté assis pendant toute la messe, à côté de mon père et de ma filles effondrés et en larmes. Moi je ne pleurais pas, j’avais dépassé ce stade. Il me faudra attendre quelques mois avant d’y arriver. Je serai du reste un vrai pro ensuite !

Je savais donc que plus jamais je ne pourrai parler avec elle, l’embrasser.

2003. Le jour où j’ai décidé de quitter cette vallée de larmes. La suite logique des deux épisodes précédents.
Certes, quand j’ai avalé – en trois étapes – mes 35 comprimés, je n’avais pas reculé. Mais au moment où je commençais à « plonger », alors là j’ai pris conscience que plus jamais je ne reverrais ma fille. C’était la seule chose qui à l’époque pouvait m’accrocher à la vie. Je me suis alors levé et suis allé dans sa chambre pour l’embrasser. Elle dormait, n’a rien vu. Je pleurais…

Alors, quand on a subi de tels chocs, le reste est finalement secondaire.

Aujourd’hui, si certes une page se tourne, il n’y a pas de véritable «plus jamais ».

Peut-être que je réaliserai dans quelques mois, quand je me dirai que finalement, ces vacances sont vraiment longues…
Mais pour l’instant, pas d’état d’âme. Je ne me sens pas soulagé comme j’aurais pu l’être à Vannes, je me sens pas frustré non plus comme j’aurais pu l’être voici deux ans, quand je pouvais faire mon métier à fond.

Ne manque plus que l’ADSL ! Mme Orange devait m’appeler à 19h, j’ai attendu longtemps son coup de fil…

Demain ça va ch… !

Je vous embrasse. 

21:17 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : retraite

Commentaires

Justement je pensais à toi ce soir au allen tour de 19h, je me disais mais on est en Mars !!!! et en Mars Patrick est "libéré" si je puis me permettre. Et ta note fait plaisir à lire quand à ton ressenti par rapport à cette vie qui continue d'une autre façon. Heureuse pour toi, tel que je lis en toi à travers tes notes, il me semble que les intérets, passions et ambitions sont gravées dans ton coeur, je pense également que l'aube de cette nouvelle période de ta vie t'apportera beaucoup de joies, en tout cas toute mes "félicitations" !!!! et belle vie !!!
PS: je trouve que ce n'est jamais trop de féliciter les personnes qui ont travaillé si longtemps, avec tout ce que comporte une vie professionnelle : respect :-) Bises

Écrit par : Christel | 03/03/2011

Et voilà, une page se tourne, une autre s'ouvre.
J'espère que la suivante te sera douce.
C'est parfois difficile de se retrouver 24/24 avec bergère ou berger ;-))
Je ne peux que t'encourager à trouver bien vite une occupation qui te sorte du quotidien et te fasse "voir du monde" ;-))
Enfin.. j'dis ça... j'dis rien, hein !!!

Moi, j'ai tourné la page "école" avec une facilité déconcertante... et je n'y suis pratiquement jamais retournée.
Maintenant, cependant, je suis heureuse d'avoir mes activités associatives pour m'occuper... comme un plein temps !!!
Je crois que je deviendrais folle de rester à la maison...
La Bise du départ !

Écrit par : Teb | 03/03/2011

Je reviens du pot de départ. Mes collègues m'ont offert un super-cadeau, un truc dont je rêvais mais que j'ai toujours hésiter à acheter vu le prix.
Merci pour ton com, et tes encouragements.
Je t'embrasse.

Écrit par : Cica pour Christel | 04/03/2011

C'est un peu ce que ressent mon épouse : rester à la maison because interdiction de conduire la rend folle. Par chance après quelques années de "froid", nous nous sommes réconciliés avec une voisine, qui a le même problème que mon épouse. Et elles se soutiennent.
Quand aux associations, je suis déjà inscrit à la bibliothèque, et je compte faire des permanences à présent que je suis "libéré".
La bise.

Écrit par : Cica pour Teb | 04/03/2011

Bravo!
Je suis heureuse pour toi et je te souhaite plein de courage pour la suite des événements!
Je t'embrasse!

Écrit par : CriCri | 04/03/2011

Des bises jeunes retraité.

Écrit par : Brigitte | 05/03/2011

Merci à toi, pour le courage ça ne dépendra pas de moi, mais de l'évolution de la maladie de mon épouse.
Je t'embrasse aussi et.. JE VAIS ENFIN POUVOIR ALLER CHEZ TOI !!!

Écrit par : Cica pour Cricri | 05/03/2011

Merci, je pense qu'on aura -enfin - après 2006 et 2007 - l'occasion de se revoir de nouveau.
Des bises

Écrit par : Cica pour Brigitte | 05/03/2011

Eh oui, une page se tourne dis donc...
Tu as l'air étonné, presque surpris, de ce détachement que tu vis... Sans doute était-il temps, sans doute sans enthousiasme mais avec avec patience attendais-tu ce moment... Le temps était venu sans doute.
Et voilà, maintenant tu vas devoir occuper tes journées différemment, et je gage que tu vas trouver de quoi faire... j'espère en tout cas...

C'est étonnant comme cet instant qui pourrait -qui aurait pu être- solennel semble être vécu par toi comme un événement tranquille, mais bon, c'est peut-être mieux ainsi...

Alors, très solennellement (sourire), je te souhaite une bonne retraite, Cica, pas retraite de la vie, mais retraite de ton travail...
Je t'embrasse.

Écrit par : Psyblog | 07/03/2011

J'avais trois façons possibles de réagir :
La solennité positive, la retraite "libératrice" avec compte à rebours etc, et une immense joie ensuite. Ce qui se serait passé si je l'avais prise entre 1995 et 2004.
La solennité négative, la retraite "petite mort", avec ensuite un grand vide. Ce qui se serait passé si je l'avais prise en 2005, ou entre 2007 et 2009.
Et la façon que j'ai adoptée, à savoir un certain détachement, une sorte de congé annuel qui ne comporte pas de date de retour.
Et puis c'est le meilleur moment de partir, même si on a des -8 tous les matins, le soleil donne l'après-midi et nous permet quelques marches à pied.
Je t'embrasse.

Écrit par : Cica pour Psyblog | 07/03/2011

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