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29/04/2011

Doit-on piquer mon chat Bob ?

DSCN7292.JPGJ'ai fait faire une nouvelle analyse de son sang, afin de voir si les croquettes anti-diabète avaient fait baisser son taux de glycémie.

Le résultat n'est guère encourageant : 3, 92 g soit une augmentation de 20% par rapport à la dernière fois...

Et pourtant, il fait "bonne figure", son comportement a l'air tout à fait normal, mis à part qu'à la différence des autres années, aller dehors n'est plus pour lui une récompense, mais une punition.

Mon épouse est passée d'un extrême à l'autre, tolérant il y a encore 6 mois que le chat dorme avec nous dans la chambre, alors que là, elle lui fait passer les 3/4 du temps dehors.

Tout ça parce que la pauvre bête avait fait un jour ses besoins dans la salle de bains. Du reste elle avait été en rage ce jour-là, puisqu'elle l'avait balancé par la fenêtre, oubliant qu'on était au premier étage. J'en avais fait une note, que vous êtes toujours nombreux à lire (en moyenne une vingtaine de fois par mois).

Alors la question est celle-ci. Sachant qu'un chat "prend sur lui" et ne montrera jamais qu'il est malade, si ça se trouve il est déjà très mal, et le prolonger serait inhumain.

Mais d'un autre côté, mon vétérinaire m'a dait que le début de la fin commençait avec les pattes arrières (chez nous, c'est les pieds, mon père qui fut amputé en savait quelque chose).
Or, il arrive encore à sauter pour aller boire à la cuisine. Un bon mètre....

Alors j'aimerais avoir vos conseils. Mon épouse voudrait le faire piquer tout de suite (il est vrai que nous serons bientôt en balade) quand à moi, j'applique un peu le principe du "cocotier" chez les peuplades primitives, qui voulait que l'on sacrifie les personnes qui tombaient d'un cocotier vigoureusement secoué, à savoir que tant que ses pattes arrières lui permettent de sauter, il est urgent d'attendre avant de le tuer. Il faut appeler un chat.. un chat !

Je sais que la plupart d'entre vous ont un chat. Qu'en pensez-vous ?

Je vous embrasse

10:17 Publié dans ceux que j'aime, détresse | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : bob

25/04/2011

Frontières bouclées ?

Aux dernières nouvelles, Xavier Dupont De Ligonnès, le père fortement soupçonné du meurtre de son épouse et de ses quatre enfants est toujours introuvable.

A mon avis, cela fait belle lurette qu'il n'est plus en France.

Si d'un côté la France a des frontières hermétiques (notamment celle de Menton/Vintimille entre la France et l'Italie, ceux qui sont un peu "bronzés" passent difficilement, même en règle), en revanche dans l'autre sens la France est une vraie passoire.

Quand j'étais à Biarritz, j'ai dû passer la frontière au moins une cinquantaine de fois vers l'Espagne sans qu'on me demande quoi que ce soit.

Voici trois ans et demie, j'étais à Lille pour une mission, et ma femme s'est retrouvée hospitalisée à Tourcoing. Sans le savoir, je m'étais restauré en Belgique ! La frontière est invisible par là-bas, et une rue de Toucoing se transforme en rue de Mouscron.

A la même époque, j'avais bossé à l'aéroport de Bâle-Mulhouse, et je m'étais étonné que le bus Distribus qui toutes les 20 mn relie St Louis au centre de Bâle ne subisse absolument aucun contrôle à la frontière.

L'an passé, j'étais - toujours en mission - à Strasbourg. Idem, une ligne des bus Strasbourgeois vout permet de passer la frontière comme une fleur.

Mais là, me direz-vous, le contexte a changé. On recherche activement une personne, on ne doit plus passer comme ça ?

Dans certains coins, si.

Tout à l'heure, mon épouse m'a pris au dépourvu et a voulu qu'on se rende en Suisse, vu qu'il n'y a rien de plus mortel qu'un jour férié chez nous.

Pas rasé de trois jours - ça a son importance - j'opine du chef, et même du sous-chef, et on monte dans la voiture.

On a pris la route reliant Paris à Neuchâtel. Pas une de ces petites routes de contrebandier, comme j'en connais des dizaines pour aller "de l'autre côté". Non, une belle nationale.

Devant moi, aux abords de la frontière, plusieurs voitures. Qui roulaient lentement. C'est fou ce que les gens ont tendance à lever le pied aux abords des frontières !
Me précédait un véhicule 17 (ancienne plaque) et un 92 (idem). Devant, c'était des nouvelles plaques je ne pouvais pas lire.

Je me disais, vu les propos de notre cher Président, je sens qu'on va poireauter à la frontière.

Mais, au fur et à mesure que l'on avance, pas la queue d'un quelconque bouchon.

Verrières de Joux. Frontière.
Personne dans les cahutes, toutes les voitures passent sans s'arrêter !

Côté Suisse, pareil.

Je ne voudrais pas avoir l'air de donner des conseils à des gens en cavale, mais à mon avis, personne n'a pensé une seconde que l'on puisse se sauver du territoire par la Suisse !

Notamment le meurtrier présumé. Pour eux, sa voiture a été retrouvée dans le Var, c'est donc par là qu'il passera, vers l'Italie.

Je dois dire que personnellement, si j'avais été dans ce cas (recherché par la police) et que j'avais eu l'intention de passer la frontière au Pays Basque, j'aurai laissé ma bagnole en Alsace ou en Savoie.

Je suis sûr et certain que notre zig est déjà hors de France.

Je vous embrasse

19:37 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (0)

21/04/2011

La prophétie

Ceux qui m'ont lu le savent, j'ai habité Mende (Lozère) pendant 11 ans, de 1987 à 1997.

Ceux qui m'ont lu le savent, est arrivé au boulot en mars 1994 un sinistre individu qui nous a fait tomber "elle" et moi en grave dépression, puis nous faire partir.

Ceci pour fixer les idées.

J'adorais ma ville d'adoption, et tout comme je le fais ici à Ouhans je me suis précipité à la bibliothèque afin de glaner le plus d'informations possibles sur la capitale du Gévaudan.

Et j'ai lu à peu près ceci : "Quand le démon se déchaînera, Marvejols périra par les flammes et Mende périra par l'eau".

Hou la la ! Par l'eau ? Je m'enquis tout de suite auprès des vieux Mendois, qui me répondirent qu'en effet de l'eau souterraine coulait sous le massif de calcaire qui surplombait Mende, et il suffisait d'une petite secousse tellurique pour que les premières hauteurs de Mende ressemblent (normalement  j'aurais dû, comme Bouvard, écrire "ressemblassent" mais bon, faut pas pousser) à la source de la Loue, et que l'eau dévale ensuite à travers toute la ville. En outre plusieurs ouvrages "sérieux" décrivaient cette possibilité.

Et moi, ingénu : Et le Lot ? Il ne peut pas déborder ?

Là je voyais quelques ricanements. Le Lot était en effet proche de sa source à Mende, et par conséquent les crues ne pouvaient pas être spectaculaires. Aucune personne âgée (qui pourtant ont toujours tout vu, tout entendu) ne m'a parlé d'une quelconque inondation qu'il aurait connue.

Là encore je me plongeai dans les bouquins, et je vis en effet que la dernière "grosse" crue datait d'un siècle, de 1890, et que de toutes façon elle n'avait pas dépassé 2m40. Les maisons qui bordaient la rivière avaient été touchées, mais même pas un hectare n'avait été sous l'eau.

Et pourtant...

Un jour de 1989, je vis le Lot se gonfler dangereusement. Il montait environ de dix centimètres par heure. Et je me précipitai vers le Pont Notre-Dame, vieux de 8 siècles, qui avait dû en voir passer des crues. Je n'étais pas le seul, beaucoup de monde était rassemblé, nous étions tous des badauds voyeurs...
L'eau avait commencé à envahir les berges, la route qui longeait le Lot sur sa rive droite, une maison avait déjà les pieds dans l'eau.

Et ce fut tout.

Crue d'1m90, qui marqua quand même l'esprit des gens.

J'aime bien l'hydrologie, et muni de ma carte IGN je calculai combien de pluie il fallait en amont de Mende pour qu'une crue comme celle de 1890 se produise.
Je tombai sur un chiffre astronomique. Effectivement, il n'y avait pas de danger de ce côté-là...


Et les années passèrent.

89,90,91,92,93...

Le 24 septembre 1994, rebelote. Le Lot montait, et cette fois plus rapidement qu'en 89. De nouveau tout le monde était sur le pont pour assister au "spectacle", quand les policiers arrivèrent et nous demandèrent de déguerpir, d'aller vers le haut de la ville.

Cette fois ça ne rigolait pas. 89 était dépassée, et 1890 ne tarda pas à l'être. L'eau montait, montait, envahissant des quartiers entiers. Le Super U était sous un mètre d'eau... Le spectacle était dantesque. Au total l'eau avait atteint 3m10, une crue "bicentennale".
Quand l'eau se retira, c'était un spectacle de désolation.

Une "chance" tous les deux cents ans, et ça s'était produit quand j'y étais....

 

La préfecture, avec "les services concernés" mit alors au point un système de prévention, au cas où une inondation recommencerait.
Le service des crues avait remarqué deux choses :

- que dans une station thermale située à 25 km plus en amont, la crue s'était produite pile une heure avant.
- et que la crue y avait été également supérieure à celle de 1890.

J'ignore par quels calculs ils arrivèrent à trouver ça, mais il était désormais facile de prévoir une nouvelle montée des eaux à Mende. Côté timing, une heure après le passage à la station thermale, et côté hauteur, un coefficient la donnerait à partir des infos de ladite station.
Au cas - fort improbable - où Mende devait à nouveau se trouver sous les eaux, la sirène retentirait de façon continue, tandis que les pompiers, munis de porte-voix, avertiraient les gens dans la rue. Et la radio où je faisais quelques émissions était "réquisitionnée", ordre était donné par les autorités si la sirène retentissait de se brancher sur Eaux-Vives FM.

Comme on dit, c'est toujours après qu'on trouve des remèdes. C'est toujours après une dizaine de morts sur un méchant virage qu'on pense à rectifier le virage. Là c'était pareil..
Mais statistiquement, on n'était pas près de revoir ça...


5 semaines.

5 semaines plus tard, hurlement des sirènes. Branle-bas de combat. J'étais chez moi, et je me branchai sur ma radio.

Une nouvelle vague arrivait. Plus forte que celle de septembre. On attendait plus de 3m50...

De ma fenêtre je voyais les gens courir, affolés. Moi je pensais à Nathalie, qui travaillait ce jour-là, le bureau étant situé non loin du Lot. Intouchable à priori, car il aurait fallu une crue de quatre mètres pour que l'eau arrive dans notre centre.   

3m90.

crue mende l.jpg

 

crue mende m.jpg

3m90, une valeur qui était impensable. On a estimé que 30% de la superficie de la ville a été noyée. Environ 500 maisons se sont retrouvées inhabitables.

Mais heureusement, aucun mort "direct" * n'a été déploré.

La prophétie s'était réalisée.

Je vous embrasse.

 

* "direct" car une personne s'est suicidée en voyant son commerce anéanti.

20/04/2011

Moment de doute...

C'est bien, un blog.

Quand on ne sait pas à qui se confier, alors on écrit tout sur son blog. La blogothérapie.

Pour la première fois, depuis six semaines, je me pose des questions sur mon avenir avec mon épouse.

Pourtant, voici quelques jours, j'avais eu l'intention d'écrire une belle note sur la retraite, sur ma retraite,  disant que pour la première fois je prenais conscience de ce qui se passait autour de moi, notamment les paysages. Hier, par exemple, je me suis surpris à photographier une fleur ! Un truc que j'aurais jugé impensable voici peu d'années.
Pour la première fois depuis...1994, je regarde l'évolution de la nature, si rapide en cette saison. Les couleurs des arbres qui changent en même pas 24h, les champs qui passent du vert sombre au vert tendre, puis vient s'y ajouter des jonquilles, lesquelles cèdent le pas aux fleurs de pissenlit...

Quand on travaille, on ne pense pas à tout ça. Une partie du cerveau est prise par ça, même si ce travail se passe bien, comme c'était le cas pour moi ces 4 dernières années, si j'excepte novembre et décembre 2009. Désolé M. Henri Salvador, le travail n'est pas la santé, il est même nuisible à ladite santé dans une certaine mesure.

Alors, me direz-vous, la vie est belle ?

Non.

J'ai "chère et dure" qui ne me facilite pas la chose.

Elle oscille entre engouement de gamine et la tronche dans sa plus belle expression.
Je pense - je vais lâcher le mot - qu'elle est maniaco-dépressive.

En la regardant, je me vois dans les années 2000.

Des problèmes, on en a, comme tout le monde, mais elle, se les crée.

Par exemple nous avions décidé de faire une terrasse avec des amis. Sable commandé, et livré, dalles commandées, livrables hier à 10h.
Mais ces dalles "1er prix" n'étaient pas arrivées. Du coup, depuis avant-hier soir, on vit avec les dalles non arrivées. C'est l'obsession du jour. Sa vie n'est plus que dalles non arrivées.

Hier son amie Lulu est venue lui tenir compagnie (faudra que lui décerne un prix, à celle-là, car elle m'évite pas mal de face-à face pénibles avec chère et dure), et quand elle est partie, je l'ai emmenée en balade. C'est là que j'ai pris les photos des fleurs.

Elle qui d'ordinaire est partante pour ce genre de choses, n'arrêtait pas de maugréer. Elle avait chaud, puis elle avait froid, la route montait...Et bien sûr, la conversation était jonchée de dalles non livrées.

Ce matin, coup de fil du chef de chez Brico : "vos dalles vont partir de Bordeaux (!) demain, elles seront là mardi, mercredi on vous livre".

Fureur noire de chère et dure, alors que finalement ça ne pose pas tant de problème que ça, la semaine prochaine ça pourra autant se faire que cette semaine, nos amis sont d'accord.

Tout à l'heure, avec sa copine Lulu, je les ai emmenées à Besançon. Surtout pour leur faire plaisir, car les villes j'aime bien les visiter, mais sous le cagnard, pas trop.

Mais, sitôt rentrés, sitôt la copine chez elle, c'est reparti avec les dalles.

Là je vous parle des dalles.
Mais en fait, c'est valable pour la moindre chose. Une petite contrariété se transforme en catastrophe.
Je connais, je suis aussi passé par là.

Et je pense que si j'étais resté comme ça, il y a belle lurette que nous ne serions plus ensemble.

Je sais ce qui lui manque.
Sa santé d'abord. Pouvoir dire ce qu'elle pense, au sens brut. C'est à dire pouvoir traduire ses pensées en paroles. Mais le vocabulaire lui manque, et ses phrases sont sans cesse ponctuées de comment qu'on dit...
Je ne voudrais pas être à sa place.

Lui manque aussi notre fille.

Et ça je n'y peux rien. Ni elle non plus, c'est le destin qui a voulu ça.

Mais moi en attendant, je commence à me faire du souci pour mon avenir.
Tant qu'elle s'entend avec sa copine, ça pourra le faire. Mais si jamais ça casse, alors le "on fout l'camp", litanie que j'entends quand même depuis...1985, depuis sa maladie, depuis sa "transformation", sera de nouveau sur le tapis.

Sincèrement, ce soir, j'ai peur...

Je vous embrasse.

16/04/2011

ECOUTEZ-MOI !!!

J'ai beaucoup parlé dans ces colonnes de mon passé d'animateur, de 1982 à 1997.

Mais jusqu'à présent, il m'était impossible de vous faire écouter un échantillon de ces émissions.

A présent, les choses ont changé.

J'ai fait l'acquisition d'un convertisseur cassette/Mp3, et s'il est certain vu la qualité du son qu'il délivre que je pourrai pas, comme j'en avais l'intention, faire une sauvegarde générale de mes émissions de radio sur Cd-Rom, au moins pourrai-je vous faire découvrir une nouvelle facette de votre serviteur.

Donc, voici la "chose", un conseil, montez le son, et si vous le pouvez, mettez des aigus.


podcast

Je vous embrasse.

15:44 Publié dans moi, Musique | Lien permanent | Commentaires (4)

Le dernier livre de Patrick Cauvin

patrick cauvin.jpg
Quand j'écris "dernier", c'est vraiment le dernier, écrit juste avant sa mort en août.

Je m'en suis déjà expliqué ici ou là, Cauvin était mon auteur préféré.

Je l'avais découvert voici 30 ans déjà, sur un sujet pas évident : la déportation. Mais déjà on sentait "la patte" Cauvin, à savoir un style inimitable et la faculté d'écrire aussi bien à la façon d'un jeune de 12 ans comme celle d'un senior de 70.

Depuis, j'ai acheté tous les Cauvin à leur parution en livre de poche. S'ils ne paraissaient pas en poche, alors je sortais mes sous et je me procurais l'ouvrage en taille "normale".

J'ai rarement été déçu par Cauvin. A un moment donné (1997/1999) il m'a semblé que sa production faiblissait. C'était l'époque de Villa Vanille et de Théâtre dans la nuit, que je n'ai pas finis ni l'un ni l'autre.

Mais ensuite il s'est "ressaisi", avec des titres comme Jardin Fatal ou Belange.

Là, c'est donc son dernier ouvrage.

Si j'avais une note à lui donner, ce serait 17/20. Ce n'est pas mon préféré, mais il peut toucher énormément une catégorie de personnes, notamment celles qui sont concernées. Dont bibi.

Aussi, préviens-je d'entrée : si vous ne croyez pas en la réincarnation, passez votre chemin.

Mais si vous y croyez, et si à fortiori cela vous concerne, courez l'acheter ou - comme moi - l'emprunter à la bibliothèque.

Je vous embrasse.

15/04/2011

Mon voyage au Québec (1989) jours 6 et 7

Dimanche 29 octobre.  A 8 h du mat, il fait déjà très doux. Et après avoir retrouvé notre petit déj à 1.99 (je n'y ai presque pas touché, ce qui signifie que je me suis quasiment "recalé") nous nous rendons à la gare routière "Voyageur", et c'est là que je me rends compte que les Américains - ceux du nord au moins - n'ont pas la même culture que nous de ce côté là.  Cette gare routière nous fait l'effet d'une aérogare. Un monde fou, une quantité incroyable de bus partant dans toutes les directions. A présent je comprends mieux l'impression désertique que nous avait donné la gare Centrale...
Chaque siège est équipé d'une mini-télévision !!!

PLATTSBURGH 10 h 00 Voie G, nous y allons.
Le car (ils disent "bus" pour car, le contraire des Bretons) est là, un de ces engins des années 50/60 que l'on voit dans les films ricains de série B. Dans les fameuses scènes où le héros - où l'héroïne - monte dans le fameux car, sans un sou en poche, pour conquérir la Grande Ville.  Nous c'est pas loin finalement, car, tout de même... nous allons aux Etats-Unis ! Rien qu'en l'écrivant, ça me fait frissonner...

Départ à l'heure. Je vous épargnerai le descriptif de la sortie de Montréal, la banlieue sud, tout ça... Tout ce que je peux dire c'est que nous avons le coeur battant. Quand là-bas ils sauront ça...

Des gosses, on est de vrais gosses, trépignant de patience en attendant l'arrivée. Je me revois, à 10 ans, dans les derniers kilomètres, ouvrant la vitre de la micheline le plus bas possible, et passant la tête dehors pour bien me pénétrer de cette sensation, d'arriver en vacances, après 10 mois de grisaille infernale.

11h, ça y est, je vois des barrières, des guérites, c'est les States !!! Tout le monde doit descendre. C'est qu'on n'entre pas aux USA comme ça, et je suppose que le car de Montréal doit apporter son lot de clandestins ! Nous sortons fièrement notre passeport tout neuf et le tendons à un policier, rigoureusement du même modèle que ceux des séries télé, brdé d'insignes et de pistolets. Il nous toise d'un regard méprisant, et bougonne un truc de ce genre :

"Pépeurs, yore pésspo't and yore vaïza, pliz...
- euh...

Je lui tends nos passeports.

Le mec commence à monter le ton, il hurle quasiment:

"ZATITSSPASSPO'T, AYEWOONTVAIIIZAAAAA !!! "

Et là, devant nos regards apeurés, un autre flic arrive, et nous fait entrer dans une salle. Je vois la photo de Bush, un drapeau US, ça y est, on y est !! Le flic est nettement plus sympa et s'explique en français, assez correct.

"Il vous faut un visa pour entrer.
- mais je pensais que c'était supprimé pour les Français !!
- Oui, si vous arrivez directement. Mais là, vous êtes considérés comme Canadiens !

Devant nos mines déconfites, il commence à nous proposer un marché :

"Vous pouvez obtenir un visa temporaire, ça ne coûte que 50 pièces.
50 dollars US. Chacun, bien sûr."

Je calcule mentalement, ça nous ferait 100 dollars soit 450 balles de l'époque. Environ le prix de 20 nuits d'hôtel. Je regarde ma femme, et lui demande ce qu'elle en pense. Et là, furieuse, elle me lance.

"tu ne crois pas que je vais payer pour aller dans ce pays de voleurs ?"

Houlala... Je ne sais pas s'ils ont bien saisi le sens du mot "voleur", mais à ce moment précis je vois que tous les flics se retournent vers nous. Impassibles et mâchant du chewing-gum. Nooon ! ce n'est pas un cliché, moi-même j'ai presque souri en les voyant, je ne raconte pas de salades pour faire joli.

Bon, ceci dit, je connais ma femme, elle est du genre - elle le fera 7 ans plus tard - à déchirer un PV dans un commissariat de police, et j'ai un peu la trouille de ses réactions. D'autant qu'un collègue m'a parlé des méthodes employées par les "cow-boys" US, ce ne sont pas spécialement des tendres. Alors, déjà écoeuré par ces méthodes, et aussi finalement plus trop décidé à pénétrer plus avant dans le territoire de l'Oncle Sam, je décline la proposition.

Alors le flic se lève et fait un signe. Et le car s'en va... Tandis que nous voyons arriver celui en sens inverse, qui revient à Montréal.  Bon, je me dis que nous aurons toujours franchi la fameuse frontière, même pour quelques minutes.

Je me lève, afin de me diriger vers le car, mais brutalement un autre flic me remet sur la chaise. "DONTTTMOUV !!!" 
Mais heu... et le car ???  Le flic sympa nous explique qu'il y a des "formalités" et que nous devons nous rendre... au bureau de l'immigration Canadien !! En attendant je vais aux WC, où je constate que les indications sont portées en deux langues. Non, la seconde n'est pas celle à laquelle logiquement on pourrait s'attendre à la frontière d'un pays francophone, c'est... l'espagnol !!! "SENORAS" et "CABALLEROS"...
On voit à quel point on est aimés là-bas ;-)

Au bureau d'immigration, on nous fait poireauter une bonne demie-heure, pendant laquelle ma femme ronge son frein. Finalement on est reçus, et le préposé nous explique que depuis que Bush a supprimé les visas obligatoires pour les français, nous sommes environ une bonne dizaine par semaine à nous faire piéger comme ça. Pour ceux qui se rendent à Boston, ou New-York, pas de problème, ils n'hésitent pas à verser les "50 pièces", mais les "banlieusards d'un jour" comme nous préfèrent renoncer.

C'est ainsi que sur notre passeport est inscrit la mention "Immigré canadien" !!!!

Ca ne s'invente pas.

Le car de Montréal est bien entendu parti, et nous demandons à quelle heure est le suivant.
18h !
Et Il n'est même pas 13 heures... Et je ne nous vois pas attendre ici pendant 5 heures, mais alors pas du tout.  On va commencer par manger un morceau, ça sera ça de pris. Un resto est en face, style celui de Bagdad café, il ne manque plus que la dame à la poitrine opulente...

On se décide à faire du stop. Mais, peu de voitures s'arrêtent, ce qui est logique à côté d'une frontière. Moi-même, je le confesse, s'il m'arrive deprendre pas mal de stoppeurs et stoppeuses, jamais quand je reviens de Suisse, pas avant Pontarlier en tout cas.

C'est un camion, tel qu'on peut en voir dans les magazines spécialisés, qui enfin s'arrête. Le chauffeur n'est pas "ricain", il est québécois, et du coup la conversation est plus facile. Il transporte du fuel, ce qui l'autorise à rouler le dimanche. Il n'y a pas de place pour trois, alors... j'ai trois solutions : soit je laisse ma femme et j'essaie de me débrouiller tout seul. Soit je décline l'offre. Soit je consens à voyager sur le moteur chauffé à blanc !!!
Ce sera la réponse C. Et c'est quasiment accroupi que je ferai les 60 bornes ! Enfin 55 car dès que j'aperçevrai une station de métro, je lui dirai de nous déposer.

Il aura été ravi de discuter avec des maudits français, et grâce à lui je saurai le pourquoi de cette expression et du Je me souviens écrit sur les plaques d'immatriculation. 
Ils étaient fiers d'être Français, au XVIIème siècle, de très exactement "La nouvelle France" et ils n'ont guère apprécié le Traité de Paris de 1763 où la France devait choisir entre les Antilles et le Québec. Elle a choisi les Antilles, pour de sordides histoires économiques. Pour eux, c'est clair, on les a laissés tomber, mais... ils se souviennent de leurs racines !

A peine descendu (environ 1m50) je prends son camion en photo. Dès que je mets la main dessus, promis, je l'expose dans la note. Il fait chaud, et je me mets carrément en T-shirt.

Nous finissons l'après-midi à Montréal, toujours en t-shirt, et, passant devant un des innombrables thermomètres de la ville, je regarde, ébahi : 25 degrés !!!

Vous ne me croyez pas ? J'en étais sûr. C'est pour ça que j'ai demandé à mon épouse de me prendre en photo, afin d'immortaliser cet instant :

8910e.jpg

Et c'est sous une chaleur étouffante que nous nous rendons à l'hôtel (enfin , si on peut appeler ça comme ça !) 
Quand nous retrouvons notre "placard", ma femme s'aperçoit que son pyjama a disparu. Là elle voit rouge ! Déjà payer un tel prix pour une telle "prestation", mais si en plus ils piquent des trucs, là ça va plus. Crevé des évènements de la journée, et par la chaleur inhabituelle (encore 24 sur mon thermo à fil) je reste à l'attendre.

J'entends des cris dans l'escalier. Ma femme et une dame qui s'engueulent. Apparemment c'est la patronne de l'hôtel. C'est bien une française, le Routard avait dit vrai. La seule chose de vraie au sujet de l'hotel, mais vraie quand même. Ma femme tient le pyjama, très très retréci ! Il avait été pris dans les draps à laver, et s'est fait laver avec, à 90 degrés. Même avec le change, le pyjama n'a pas apprécié !

Lundi 30 . "Demain Halloween", c'est écrit sur toutes les vitrines. Mais nous n'y serons pas, du moins... on espère, car nous devons récupérer être absolument en Normandie le 1er à midi, les beaux-parents donnent un déjeuner kilométrique, et ça ne se rate sous aucun prétexte, sous peine de représailles.
Déjeuner kilométrique ? Vous ne connaissez pas ? C'est quand on se met à table à midi, devant un apéro déjà interminable, le hors d'oeuvre étant servi vers 13h, le plat de résistance à 14, la salade à 16, le fromage à 17 et le dessert à 18 heures.  Juste avant ... de manger les restes à 19 h !!!

Mais si, ça se fait dans beaucoup de familles ! Surtout en Normandie...

A propos de repas, mon estomac est désormais bien "calé" sur l'heure canadienne, je prends plus désormais qu'une tasse de café le matin. Et si vous allez au Québec, évitez le "café régulier"...

En attendant, nous devons nous inscrire sur une liste en vue de prendre l'avion de 20h30 ce soir.

Travaillant dans le milieu aéronautique, je sais qu'il est nettement plus facile de revenir à cette période-là. Logiquement, nous devrions "passer" sans problème. Mais... l'hôtesse d'Air France - avec un "accent français" auquel je n'étais plus habitué nous dit que l'avion est complet, cause congrès de médecins à Paris. "Essayez tout de même", nous dit-elle, pas très convaincue.

Là je commence à baliser sec. Bon, déjà, une "solution de repli" s'impose. C'est à dire une chambre d'hôtel. Car si jamais on n'a pas l'avion, le bus ne pourra pas nous ramener à Montréal avant 21h30, et ce n'est pas l'heure idéale pour chercher - et pour trouver - une chambre.

Chance ! On ne met même pas une heure pour trouver une petite chambre sympa, que l'on visite quand même. 25 dollars, tout le confort. Dommage qu'on ne l'ait pas connue plus tôt... On paye la chambre d'avance, et direction la gare routière pour déposer nos valises à la consigne. La température est du même tonneau que la veille, les 25 seront encore dépassés.

Vu la chaleur, nous décidonc d'aller vers l'extérieur. Vers les rapides de Lachine, qui sont paraît-il une curiosité. Métro jusqu'au bout de la ligne, puis un bus nous dépose à 500 m des fameux rapides. 

Effectivement un grondement se fait entendre, qui s'amplifie au fur et à mesure que nous approchons. Le spectacle est grandiose. La "chute" du St Laurent n'est pas très spectaculaire, quelques mètres, mais sur une largeur de plus d'un kilomètre, ça vaut le coup d"oeil .

Ensuite, c'est le dernier repas dans le Belle Province, que l'on prend copieux car le soir, le repas à bord sera servi assez tard.  Quelques achats dont un sac de voyage bleu (que je possède toujours ! Il en a vu de belles choses, celui-là), récupération des bagages à la gare routière où, à 16h30, nous montons dans la navette pour l'aéroport. Les fameuses "trois heures avant", toujours...

17h30, tremblant comme des jeunes mariés, nous nous pointons devant le comptoir Air France avec nos billets à tarif défiant toute concurrence.  Surprise, est affiché un second vol pour Paris, d'Air Canada. Toujours à cause du "congrès"... Nous tendons nos billets à l'hôtesse. Nous nous attendons à la phrase rituelle, que tout "GP" connaît par coeur : "attendez que tous les passagers soient enregistrés, nous verrons s'il reste des places".

Mais non ! Elle prend nos billets, comme si nous étions des passagers "plein pot", et nous tend le fameux sésame, la carte d'embarquement !!!

Là, nous prend une douce euphorie, qui compense la peine que nous avons de quitter ce pays si attachant. Nous avions ( si j'ose dire dans un aéroport ) tant la trouille de ne pas rentrer  "à temps"...

20h30. Nous décollons. Au-revoir la Belle-Province !

Et je suis content d'avoir payé mon assurance-santé pour rien, ma femme n'a pas fait de crise.
Mais sa mine dans l'avion ne laisse guère de doute :

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Elle attendra sagement d'être à Paris, et le soir, après avoir passé une nuit blanche (nous étions calés sur l'heure de là-bas) elle s'effondrera sur un trottoir près de la gare Montparnasse.

Ce sera la plus grosse crise que je la verrai faire, et de celle-là, après 48 heures d'hôpital (pas plus, à Paris les places sont chères, du reste son lit est resté dans un couloir...) elle gardera des séquelles pendant près d'un mois...

Dommage que ça se soit fini de cette manière :(

Je vous embrasse.

14/04/2011

Mes vieilles notes qui vous intéressent (2)

J'en avais déjà parlé. Hautetfort me donne, chaque jour, un classement des notes les plus lues depuis le début du mois.

Au début du mois, les compteurs sont remis à zéro, et je peux voir quelles sont les notes qui "font de la résistance". Puis, peu à peu arrivent les notes écrites au jour le jour, qui cachent progressivement les "vestiges".
Et à la fin du mois,je me retrouve presque immanquablement avec les 25 dernières notes !

Pourtant, je sais qu'il y en a qui vous plaisent, mais qui ne résistent pas au classement final.

Les louveteaux, par exemple, parue au mois d'août 2010, ont encore leurs fans. Mais au bout de trois, quatre jours, disparaissent au profit de notes plus récentes.

Idem pour Premier baiser première rupture, de début septembre, qui avait deux fois résisté pour tenir dans les 25, notamment en décembre et janvier, et qui avaient eu quelques visites en février et mars.

Toujours pour ce mois de septembre, la bande des six continue d'intéresser les lecteurs. Jusqu'à plus d'une dizaine de lectures pour le mois précédent.

Parmi mes notes "Nathaliques", il en est une qui continue à être lue : Vers les étoiles 8, parue en octobre.
Par exemple, pour ce mois d'avril, 10 personnes l'ont lue, et elle risque fort de se retrouver avec 20 lectures à la fin du mois. Mais cela, je ne le saurai pas, car elle sera "happée" par celles qui auront le plus de succès.

Dans cette série Nathalique, sur notre nuage 1 a aussi quelques lecteurs. Surtout en janvier dernier où elle s'était maintenue dans le top 25 à la fin du mois avec 28 lectures.

Enfin, plus récemment, je vois que la dernière crise de démence de mon épouse (qui heureusement remonte à janvier (et la note, et la crise) continue d'avoir des fans.

Dans la note précédente qui parlait de ça, de ces vieilles notes qui intéressent eux qui passent par hasard sur mon blog, j'avais dit que je ne postais que peu les 5 premiers jours afin de savoir ce qui se cache "dessous". Dessous les dernières notes.

Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Aussi vais-je essayer de vous expliquer.

Tous les jours, j'ai le classement des 25 notes les plus lues en début de mois.

Le 1er, je peux voir pas mal de notes lues qu'une seule fois, parmi lesquelles beaucoup d' anciennes.

Puis, de jour en jour, le "ticket d'entrée" dans mon top 25 devient plus cher ! Par exemple le 7 les notes qui ont été lues moins de 5 à 8 fois (suivant mon succès) ne sont plus visibles

Le 14, je ne peux voir que les notes lues au moins entre 10 et 15 fois.

Et à la fin du mois, seules celles qui ont fait plus de 30 à 50 lectures "surnagent", écrasant toutes les autres.


Et pourtant, ça me titille, de savoir quelles sont les notes les plus anciennes que vous continuez à lire.

Mais pour cela, il faudrait que je n'écrive plus pendant un bon bout de temps, afin de les voir apparaître, ces fameuses notes.

J'attendais le moment propice, c'est à dire celui qui gênerait le moins possible mes lecteurs habituels.
Et je pense que ce moment est arrivé. Je n'ai quasiment plus de commentateurs, en dehors d'une poignée de fidèles et le nombre des visites de mon blog est, pour la première fois depuis sa création, en chute assez prononcée. Si l'on suit la "courbe de tendance" depuis un mois, mon blog est mort avant l'été.

C'est pour cela qu'il me faut agir vite, avant cette mort dont je ne sais pas si elle est inéluctable ou pas, pour faire cette petite expérience. Laquelle peut durer une semaine, 15 jours, un mois....
Le temps de voir parmi mes 200 notes, lesquelles ont réussi à "surnager".

Donc, à partir du premier mai, j'arrêterai d'écrire, pour un temps indéterminé.
Sauf les dimanches, où je continuerai ma saga des chanteurs.

Et pendant ce temps je pourrai enfin voir ce qui vous a le plus touché de mes écrits.

C'est risqué, j'en suis conscient, mais comme tout auteur je veux savoir ce qui vous touche les plus. Certes, des vacances seraient tombées à point nommé, mais pas de ça en vue. (sauf si je trouve la perle rare).

Ensuite, bien sûr, je reprendrai le "cours normal" de mon blog. Si c'est ecore possible.

Je vous embrasse.

12:38 Publié dans Blog, moi | Lien permanent | Commentaires (13)

13/04/2011

Mon voyage au Québec (1989) jours 4 et 5

Vendredi 27. Cette fois, on a fait de nets progrès, ce n'est qu'à 6 heures du matin que nous sortons du lit. Soit 13h en France. Toujours l'animateur de télé qui nous parle des "accords du lac meech", accords qui ont l'air très importants là-bas. On commence à prendre nos habitudes, direction le café au petit-déj si copieux et pas très dispendieux... A ce sujet cet accent nous énerve nettement moins. Et (ça m'arrive systématiquement, je ne sais pas pourquoi, va falloir que je consulte !) je commence moi-même à parler de la même manière. Tenez, là, en ce moment, quand je tape, je pense avec l'accent québécois !!! Si ! Et ça m'aide pour retrouver mes souvenirs.

Rassasiés nous sortons vers les 8 heures, et nous nous demandons comment aller à Québec (300 km)  Nous avons le choix entre le car - c'est le moyen de transport préféré des canadiens - et le train. Le car n'est pas cher mais aléatoire. Le trajet peut durer entre 3 heures et ...7 heures s'il y a des encombrements. Et puis, faut aimer ce genre de moyen de transport. Ma femme et moi adorons les trains, du coup on se renseigne à la gare.

Pas si cher que ça, pas si "lent" que ça (comme le mentionnait le Routard) à peine 3h pour la totalité du parcours avec un seul arrêt. 
Banco ! Le train est prévu pour 11 heures, arrivée 14 heures, et nous descendons sur le quai ad hoc. Déjà, nous avions été surpris par l'absence de foule dans la gare elle-même (moins chargée qu'une aérogare de province) mais quand nous montons dans le wagon - où nous attend un accompagnateur, comme dans les sleepings, nous constatons que nous sommes les seuls voyageurs !

Grosse surprise aussi quand on viendra nous apporter du café. A la question "combien on vous doit ?" la réponse sera : mais c'est compris dans le billet monsieur...  Et quand ce sera deux solides sandwiches pour chacun, plus de nouveau du café, au même "tarif", alors on va littéralement glorifier la SNCF de là-bas (qui se nomme VIA-RAIL) ! Le sourire de mon épouse n'est pas forcé...

 

Un seul arrêt, Drummondsville, où personne ne descend et personne ne monte.  Et, au bout d'un voyage de 3h20 (le train n'en finissait pas d'accompir les derniers kilomètres) très confortable, et ... nourrissant, nous voici à la gare de Québec. Toute neuve !!! La "gare du palais" était désaffectée depuis des années (ce qui peut expliquer le peu d'entrain des Québécois à prendre le chemin de fer, l'autre gare étant carrément excentrée) vient juste de réouvrir. Du reste, notre Routard de l'année ne la mentionne même pas !

Problème, la nouvelle gare du Palais, si elle est assez près du Québec Intra Muros, est située dans la "ville basse". Ce qui veut dire qu'il va falloir grimper ! Pas le moindre bus à l'horizon, et nous nous décidons à prendre nos deux lourdes valises (ne pas oublier que nous n'avons pas de port d'attache) direction le centre-ville. Le premier hôtel pas trop cher fera l'affaire. Nous sommes même prêts à aller jusqu'à 30 dollars la chambre (soit, pour l'époque, l'équivalent d'un *** en France) .

La "côte du palais" mérite bien son nom ! Et c'est, malgré les 10 petits degrés ambiants, en sueur que nous pénétrons dans le Centre Ville. Les hôtels sont tous complets. On va marcher comme ça une bonne demie-heure avant de trouver une chambre chez l'habitant. Chez l'habitante, car c'est une dame d'un certain âge - enfin, celui que j'ai à présent ! - qui nous reçoit. Il ne reste plus qu'une seule et unique chambre, et , nous dit-elle, c'est à cause d'un désistement ! Il y a un congrès à Québec et toutes les chambres sont prises d'assaut. En plus, elle ne pourra nous loger que pour une nuit. Le tout pour 45 dollars. Bien entendu, et malgré qu'on air largement dépassé le "budget-hébergement" de la journée, on accepte, bien contents d'avoir trouvé un toit, et vite, direction la douche...

Une nuit, ça veut dire seulement 24 heures à Québec. A moins de trouver un point de chute pour le lendemain.  Et c'est ainsi qu'une bonne partie de ce qui reste de l'après-midi sera consacrée à la recherche d'une chambre, qu'on ne trouvera évidemment pas.

C'est seulement en sortant de l' "hôtel" qu'on réalise. Québec ne nous dépayse pas !!! Autant l'arrivée à Montréal avait été écrasante, étouffante, autant ici on se croit dans une ville moyenne de Bretagne ou de Normandie ! Rues tortueuses, maisons de granit à deux étages... C'est seulement le gigantesque Hôtel Frontenac avec son toit vert qui nous fait prendre conscience qu'on est "de l'autre côté" !

En bas, le funiculaire nous dépose sur une petite place qui pourrait très bien se trouver à Vannes ou à Laval. Des vieilles maisons, très bien conservées, et j'apprends - je ne le savais pas - que ces maisons sont les toutes premières construites en Amérique du Nord.  Celle par où l'on sort à été construite sous... Louis XIV ! Elle date de 1683, soit à la même époque que le château de Versailles...

Mon épouse veut traverser le St Laurent, par le fameux traversier de Lévis. Mais mon Routard, que j'écoute religieusement (malgré son plantage magistral sur la gare) me dit qu'il faut le faire le matin, à cause de la position du soleil. En plus ça commence à cailler sec, et aussi la fatigue se fait sentir.

Comme la veille, elle nous tombe brusquement dessus avec le crépuscule. On décide alors de téléphoner à nos parents respectifs. Pour ça tout "naturellement" (je rappelle qu'on est en 1989) nous entrons dans un bureau de Poste, où nous faisons la queue sagement derrière cette fameuse petite ligne jaune déjà repérée dans pas mal d'endroits, à commencer par l'aéroport. A présent, cette ligne jaune qui simplifie les files d'attente est entrée dans les moeurs, mais il y a 22 ans, on se demandait bien ce que pouvait être ce truc-là ! 
Quand notre tour arrive, nous demandons benoîtement à téléphoner. Regard médusé de la postière, qui nous explique qu'au Québec, la poste et le téléphone, ce sont deux choses bien différentes ! Et que pour téléphoner, il faut passer par les cabines. Là encore, les jeunes qui vont lire ce passage vont se demander pourquoi on voulait passer par la poste pour téléphoner ! Drôle d'idée...

Les cabines téléphoniques... Là ça vaudrait une note entière pour en parler ! D'abord... les cabines ne fonctionnent pas à carte (alors qu'en 89 la moitié des cabines françaises étaient déjà équipées) mais avec des pièces... de 20 cents (l'équivalent de 15 centimes d'euro actuels) ! Le système n'est pas du tout le même qu'en France, où (je le rappelle) on mettait un certain nombre de pièces, lesquelles étaient avalées progressivement, durant la conversation.  Au Québec ce n'était pas du tout comme ça que ça marchait. C'était une opératrice qui donnait le montant à verser dans la machine (qui n'accepte que les pièces de 20 cents je le rappelle) pour une durée fixée à 3 minutes.

Alors nous nous mettons en quête de ces fameuses pièces, nous doutant bien qu'il en faudrait une bonne quantité pour une appel intercontinental. Nous savons (là encore la jeune génération, qui peut à l'aide de ces fameuses cartes prépayées appeler les USA d'une cabine pour 1 centime d'euros la minute va hurler en lisant ce chiffre) que de France, appeler le Québec coûte dans les 10 balles/minute. 10 balles de l'époque, soit environ 2.20 euros... Quand même. Donc 10 x 3 = 30 balles, soit à peu près 9 dollars (ah oui, j'avais oublié de préciser que c'était l'époque où le dollar canadien était au plus bas) . 9 dollars ça fait donc 45 pièces de 20 cents à trouver !!!

On finit par les trouver, mais là nous hésitons. Il est 19h, soit une heure du matin en France. J'avais bien averti mes parents qu'on risquait de les appeler à une heure "peu habituelle", mais une heure du mat, quand même ! D'un autre côté cela fait trois jours que nous n'avons pas donné signe de vie. Alors on y va, lestés de nos 50 pièces - on a prévu une "marge" au cas où...

- Bonsoir, c'est pour appeler la France. Le Gard.
- Oui, donne-moi le numéro
(ce tutoiement, à chaque fois il me fait sursauter)... OK.. alors ça fait 28 pièces pour trois minutes ! (on se regarde, beaucoup moins cher qu'on pensait)
- Allo, bonsoir maman...
- C'est toi, on se faisait du souci !

Et je continue à parler avec ma mère, un oeil sur le chrono. En fait, pas besoin ! Toutes les 30 secondes, la voix de l'opératrice nous avertit : "Plus que 2 minutes 30... Plus que deux minutes"... Ma mère finit par me demander qui est la dame à l'accent étrange qui nous interrompt comme ça.
- "Etrange ? Ben dis voir on aura tout entendu... 1 minute 40 en attendant, dépêche-toi !"
Je sens à la voix paniquée de ma mère qu'elle ne comprend rien à ce qui se passe, tandis que ma femme et moi nous nous tordons de rire ! Je rassure quand même ma pauvre maman, lui disant que tout est OK, et qu'on s'éclate comme des fous. Et qu'ils le disent aux parents de mon épouse (on n'a pas l'intention de recommencer cette équipée !) .
- Terminé, mets 28 pièces si tu veux continuer..." Ma parole, on se croirait dans le sketch d'Yves Montand et Simone Signoret ! Elle l'a vu, c'est pas possible... "Non, c'est bon... Je t'embrasse maman".

Là, on prend une méga claque ! On vient de rompre cette ambiance dans laquelle nous étions baignés depuis 48 heures. Une parenthèse française qui va peu à peu s'estomper. Le Québec va vite nous récupérer". Un resto propose du caribou en sauce à 5 dollars, on se laisse vite tenter !  Il est 8 heures du soir locales, peu à peu nous refaisons notre "décalage"... On est bien, Tintin !

La météo nous gâte, il est prévu carrément 16 degrés pour le lendemain, et même 18 à Montréal. Les québécois commencent à parler de l'été des indiens, (et non pas de l'été indien connu grâce à Dassin) . Un petit vent frisquet nous fait vite rejoindre nos pénates, dodo à 22h. Bien entendu on n'aura pas besoin de berceuse...

 

Samedi 28. Encore en progrès, c'est à 8 heures que nous émergeons. Je pense avec effroi qu'il est deux heures de l'après-midi chez nous, on va rigoler pour se "recaler". Un ami qui avait fait le voyage nous a prévenus, bien dit que c'était redoutable. 3 jours pour s'y faire dans un sens, une bonne semaine dans l'autre. Vu qu'il a raison pour la première partie de sa prédiction, on tremble un peu...

Nous avons choisi la solution risquée pour le programme de cette journée. Afin de profiter le plus possible de Québec, nous prendrons le train de 15h qui nous fait arriver à 18h à Montréal. et là, nous chercherons une chambre. C'est la nuit du samedi au dimanche, ça ne doit logiquement pas poser problème. Nous essayerons de la garder deux ou trois nuits, afin de ne pas être encombrés pas ces fichus bagages. Notre logeuse est compréhensive et consent à nous garder les valises jusqu'à 14h. Sympa !

Et donc, comme on a dit, le traversier de Lévis. Effectivement, c'est là que je regrette de ne pas avoir pas voulu prendre mon appareil avec zoom. Pour m'alléger, j'ai acheté des jetables, j'ai eu tort. De plus les photos ont été très mal tirées et le résultat très décevant... Nous avons le soleil dans le dos, qui donne à Québec émergeant du brouillard un aspect irréel.



De toutes façons, même au bout de 4 jours, je continue à considérer comme "irréel" le fait qu'on soit en Amérique. Ma femme, au contraire, ne réalise pas ! Vu qu'on parle français, on est en France, ou pas très loin ! Elle est complètement paniquée dans une ville comme Bâle, à quelques minutes à pied de la Mère Patrie - normal tout est écrit en "étranger" - mais là, no problem!

Donc, la traversée du St Laurent, dans les deux sens, est bien évidemment magnifique. Je me dis même que c'est la meilleure façon d'aborder Québec, en arrivant par Lévis, et en prenant le bateau, la ville se laissant découvrir peu à peu. Pendant le trajet, je "cogite" pour le lendemain. J'ai toujours mes USA en tête, je me dis que c'est vraiment trop bête de se trouver à 60 km du pays le plus prestigieux du monde, et ne pas y faire une petite incursion ! Bien évidemment, il n'est pas question d'aller à New York (650 km quand même) même pas à Boston (350) mais tout simplement à la première ville que l'on trouvera, à savoir Plattsburgh. 20 km après la frontière, cette ville de 30.000 habitants nous donnera une idée de l'ambiance des USA. Donc, à voir, se renseigner sur les trains en direction de cette ville.

De retour, nous nous engageons "hors les murs", dans un immense parc dénommé le parc des champs de bataille. Bof... pas terrible. Nous regagnons vite les remparts pour passer le temps qui nous reste avant le déjeuner dans la ville haute.

Puis, resto, les valises qui nous attendent, le train avec une nouvelle fois la collation, nous sommes dans la gare centrale de Montréal à 18h pile. Cette fois le train était .. en avance !

Priorité à l'hôtel ! Là pas question de se trimbaler avec les valises dans une recherche hypothétique, c'est par téléphone que je ferai. Et pour ça mon fameux guide ! Que j'arrête de nommer car on va croire à une pub clandestine (alors que je ne suis pas spécialement tendre avec eux !) .

Je trouve tout de suite. L'établissement s'appelle "hôtel Alpes Touriste", ça fleure bon le pays natal de ma fille... 35 dollars la chambre, mais avec salle de bains et WC ! Après tout, on n'est pas au Canada tous les jours...

Salle de bains et WC. Oui, on ne peut pas nier que la chambre en soit dépourvue. Mais, là on quitte Yves Montand pour Patrick Timsit : la chambre elle-même (je l'ai mesurée) ne dépasse pas 5 mètres carrés de surface, la salle de bains est en fait une douche - sans lavabo - de 60 cm sur 60, quand aux WC, lilliputiens eux aussi, ils ont le privilège... de se situer à 50 centimètres de la tête de lit, et je précise qu'il n'y a pas de porte !!!
Si je dois prendre en compte la surface, je paye le prix du Hilton ! Canada oblige la télé est quand même là, mais accrochée au mur, comme je le verrai un mois plus tard dans un hôtel révolutionnaire qui commence à apparaître en France : le Formule 1.

Nous quittons vite ce "bouge", pour nous diriger vers la gare routière (car pas de ligne de chemin de fer pour Plattsburgh) afin de regarder les horaires. Un départ à 10 heures, arrivée midi nous convient très bien, et le retour (in petto je me dis que si on trouve un hôtel pas trop cher là bas, on y reste dormir) est à 17 heures, arrivée 19h.  On prends les billets - toujours ça de fait - et on se balade un peu dans Montréal. Etonnante sentation que nous avons : il fait chaud !

Mon thermomètre à fil me le confirmera, 21 degrés.

A 10 heures du soir.     Un 28 octobre.       Et au Canada !

Le bulletin météorologique parle d'ailleurs de "situation exceptionnelle", prévoit 23 degrés pour le lendemain dimanche, et n"hésite pas à évoquer les 25 pour la veille d'Halloween.

Le pire, c'est qu'il aura raison !

(à suivre)

12/04/2011

Mon voyage au Québec (1989) jours 1 à 3

En octobre, cela fera 22 ans que ma femme et moi sommes allés passer quelques jours au Québec. 

Profitant de billets d'avion à prix imbattables, un des rares avantages de mon ex-entreprise, nous avons donc traversé pour la première fois l'Océan pour nous rendre aux Amériques.

Départ prévu à Roissy le mardi 24 octobre 1989. L'avion est à 12h30, avec en poche des "billets GP" (tarif spécial pour ceux qui de près ou de loin travaillent pour l'aéronautique - à ce propos, mon métier, c'était... météorologue à Météo-France - et avec une bonne vingtaine de "collègues" dans notre cas nous attendons - depuis trois heures - que les derniers passagers aient pris place, afin de "boucher les trous". 

Pour la première fois donc - ce ne sera pas la dernière - nous assistons au "cérémonial ", une sorte de distribution des prix, sauf que ne sont pas des livres qu'on reçoit, mais des cartes d'embarquement. Nettement plus utile dans un aéroport !   Hélas... nous ne ferons pas partie de la fournée, et dépités, nous regagnons la capitale. Il fait beau, il fait chaud - 25 degrés - et ma foi, on se dit que demain est un autre jour et qu'on tentera de nouveau notre chance. Mais... qu'il ne faudra pas rater, car à cette époque reculée il n'y a pas encore d'avion quotidien pour la Belle Province !

Mercredi 25, l'anniversaire (36 ans) de mon épouse, et nous sommes de nouveau devant le comptoir, à neuf heures du mat. Nous nous sommes cette fois levés à 6 heures, et nous espérons bien que ce ne sera pas pour rien... Bingo ! C'est bon.. Super cadeau d'anniversaire pour ma femme, un baptême de l'air à bord d'un 747 elle ne pouvait rêver mieux comme présent. Quand à moi, c'est la première fois que je grimpe à bord d'un "jumbo", prélude au gigantisme américain qui nous attend. 

A peine avons- nous eu le temps de nous installer, que l'hôtesse nous annonce "nous sommes en ce moment en train de survoler Amiens, et nous nous dirigeons vers l'Angleterre, puis l 'Islande." Détour imposé par les vents en altitude, qui évite de consommer trop de carburant.  De l'Angleterre en fait nous ne verrons que des cumulus...

Nous c'est le plateau-repas qu'on regarde ! Du **** !!! , langouste, foie gras, sanglier sauce grand veneur... Avec champagne s'il vous plaît !  Ensuite...petite sieste ! Et quand je me réveille, plus de nuage, c'est l'Océan qui défile en-dessous. C'est beau, l'Atlantique vu à 10.000 mètres d'altitude.  Mais... au bout de deux heures, je dois quand même dire que c'est un peu lassant.

Soudain, à ces deux heures de vert - l'océan apparaît de cette couleur vu de là-haut - va succéder... une heure de blanc ! Mais pas le blanc Anglais, cette fois, c'est ...Le Groenland !  Après l'émerveillement ce blanc non-stop finit aussi par nous lasser. Mais on finit également par en sortir et après un court moment de vert, on arrive au-dessus du Labrador enneigé. Ca y est, nous sommes enfin au Canada, en Amérique... Mais loin d'être arrivés ! Et sur l'écran face à nous, qui montre - génial ça - la position de l'avion sur une carte de l'hémisphère Nord, nous conctatons bien en effet qu'il nous reste une certaine quantité de "nautiques" ( 1km862 ) à parcourir ! Pour être exact, 1500 kilomètres quand même, soit ce qui sépare Rome de Brest!!! 

L'avion entame finalement sa descente, et la neige qui dominait largement jusque là,  est devenue nettement minoritaire, on distingue nettement plus de marron que de blanc. Et c'est l'arrivée à l'aéroport de Mirabel.  Mirabel... ce nom "bien de chez nous" est rassurant, après 8 heures d'avion. Car la fatigue aidant j'ai pleinement (un peu trop peut-être) conscience que je suis EN AMERIQUE et d'entendre parler français, même pas prononcé de la même façon, oui, ça réconforte quand même...

Hélas... L'aéroport de Mirabel n'a rien à voir avec Orly ou Roissy, aéroports pleins de vie où grouille toute une population cosmopolite. Je n'ai pas eu l'honneur de visiter celui de Moscou pendant la guerre froide, mais l'aéroport de Montréal de 89 me fait réellement cet effet. Déjà on nous avait fait signer des drôles de papiers avant l'atterrissage, du style "je certifie que je ne transporte pas de drogue ni de bombe" . Authentique... Puis nos passeports tout neufs sont épluchés, et c'est avec presque un regret que le préposé y laisse son empreinte... Il est 20h30 à ma montre, mais l'horloge que je vois dans le hall affiche 14h30.

Un car-express, qui mérite bien son nom, nous transporte style "taxi 2 "dans la cité de Charlebois. Des autoroutes, des échangeurs, et enfin nous stoppons (pardon, nous nous arrêtons) dans une rue sombre entourée de gratte-ciel. Il fait froid, quelques plaques de neige en attestent. Nous sommes fatigués, dépaysés, et ne savons pas où aller. Bien sûr, nous avons notre Routard, mais va chercher une adresse dans une ville de deux millions d'habitants... Il nous indique une adresse, que nous n'arrivons pas à trouver. Finalement nous nous engouffrons dans le premier hôtel venu, tellement nous avons hâte de déposer nos bagages.

"C'est 25 piastres la nuit"... nous dit avec cet accent "spécial" le tenancier du premier hôtel correct que nous finissons par trouver. Cet accent que nous trouvions si "typique" en descendant de l'avion, devient peu à peu agaçant, voire... inquiétant. Il nous montre bien que si, tout est bien écrit en français, nous sommes loin, très loin de la mère patrie. Passe pour les gratte-ciel, à la Défense on a presque les mêmes. Mais les voitures, déjà... on se croirait dans Dallas ! En dehors de la plaque minéralogique où est inscrit systématiquement, en dessous du numéro : Je me souviens. Les immeubles aussi sont là pour nous rappeler qu'on est bien en Amérique.  Chacun a son petit escalier extérieur de secours, et pour accéder à la porte, il faut passer par le petit pont typique US.   Pas de panneaux STOP mais ... des panneaux ARRET. De temps en temps on entend des sirènes stridentes qui nous font penser que nous sommes en plein film US. Ou sont nos petits PIN-PON PIN-PON parisiens ?? Et puis, toujours ce décalage (le mot est juste !) entre ce que je lis sur ma montre (23h) et le jour, toujours là bien que décliant sérieusement...  Notre estomac s'en fiche du soleil canadien, lui il crie famine ! Mais on ne va quand même pas s'installer dans un resto à même pas 6 heures du soir ?

Et bien si !  Et c'est là que je découvre l'un des avantages non négligeables du Québec, c'est qu'on peut y manger à n'importe quelle heure ! Et grâce à ce système, nos estomacs "décalés" vont pouvoir, se recaler peu à peu... jusqu'au moment de repartir ! 

Je l'avoue honnêtement : quand, à 18 heures (locales) , crevés par les 8 heures d'avion, frigorifiés avec les trois petits degrés que nous annonce le thermomètre clignotant d'une pharmacie, dépaysés par cette ville et surtout cet accent que l'on commence à présent à prendre en grippe, nous errons - c'est bien le mot - dans la rue Sainte Catherine à la recherche d'un restaurant, on nous proposerait immédiatement le billet de retour que nous accepterions sans la moindre hésitation!  Réaction typique de petits français frileux que nous étions, ceux qui n'ont vu de l' Italie que San Remo, de l'Espagne que San Sebastian, et de l'Allemagne que Fribourg en Brisgau !

L'air "enthousiaste" de ma femme en atteste !
Mais la suite va vite nous démontrer le contraire. On aurait eu vraiment tort de le prendre ce billet de retour. Ca commence quand je pousse la porte du premier resto que j'aperçois, qui affiche un menu à 3.95 (*). Tous les menus sont à 3.95 là-bas !!  "on peut manger ? - mais bien sûr, assieds-TOI " !  Tout de suite ce tutoiement me réchauffe. Le patron et la patronne sont fiers de servir des maudits français. En plus la nourriture ne se révèle pas si redoutable que les guides nous l'avaient fait appréhender.  A côté de chaque table se trouvent des mini-juke boxes comme on en voyait énormément dans les années 60. Et là j'entends passer un certain Rock (sic) Voisine. Seul dans le sable, les yeux dans l'eau... mon rêve était trop beau. Je ne vais pas jouer les découvreurs, j'avais déjà entendu cette mélodie en France. C'est du reste notre pays qui découvrira Roch Voisine, et c'est grâce à la France qu'il accomplira - chez lui notamment - la carrière que l'on sait.  Mais dans ce contexte,  SON contexte à lui, à la chanson, celle-ci me paraît nettement plus belle. Et du coup je la repasse 4 fois ! Le patron est enthousiasmé : "Et ben, suis contin k' t'apprécie notre "hockeyeur chintin"... T' vas voir, y va faire du malheur..."

Et c'est là que je réalise. Je ne suis pas en train de regarder un téléfilm, j'y suis. J'y suis enfin, depuis le temps que j'en rêvais, et... je suis finalement heureux d'y être ! Sans savoir que les jours à venir seront inoubliables...


Première nuit à Montréal. On se couche comme les poules, vers les 21 heures. Nos montres - que nous avons toujours laissées à l'heure de Paris - marquent quand à elles 3 heures du mat !  On s'endort comme des masses, et - il fallait s'y attendre - l'horloge biologique se rappelle à notre bon souvenir. C'est à 9h30 que je m'éveille, après avoir fait le tour du cadran, , et, comme dans les dessins animés, je ne réalise pas tout de suite. Oui, je suis dans une chambre d'hôtel, oui elle est assez bizarre (surtout les fenêtres) mais... il fait nuit noire !  En un éclair je reviens sur Terre. 9h30 à ma montre mais 3h30 où je me trouve...
à Montréal !

Alors je vais allumer la petite télé noir et blanc en attendant que ma femme se réveille je la laisse dormir car je sais que la fatigue peut engendrer une crise d'épilepsie. Nous sommes bardés d'assurances médicales mais j'aimerais que le souvenir qu'elle ait du Québec ne soit pas uniquement celui d'une chambre d'hôpital...
Et aussi...que les commerces ouvrent leur portes.
Vers les 6h - de là-bas - , on sort de l'hôtel dans le but de se payer un méga petit déjeuner. D' habitude je ne prends jamais de petit déj, seule une tasse de café me suffit, et encore ! Mais là mon estomac ne badine pas avec ces choses-là, on ne lui la fait pas, pour lui est midi, point-barre !

Et on aura un bol monstre. Car on va trouver un établissement qui deviendra notre quartier général, un resto qui sert des collations copieuses pour presque rien (1 dollar 99*).  Et, sous l'oeil effaré de mon épouse, j'engloutis petits beurrés, bacon, oeufs à la coque, café, jus d'orange ! Puis, enfin rassasiés, on sort.

Il fait beau en ce jeudi 26, la météo locale prévoit 10 degrés sur Montréal, ce qui n'est pas si mal pour cette période d'Halloween. Nous prenons le métro, histoire de nous tremper dans l'atmosphère Montréalaise. Je ne me sens pas dépaysé, car c'est à la station... Champ de Mars que nous nous engouffrons sous terre ! Pas de Tour Eiffel à l'horizon mais des gratte-ciel, dont un... fumant ! Je me suis toujours demandé pourquoi de la vapeur se dégageait du haut de cette Tour ! 

Tout de suite quelque chose va nous frapper : la mendicité. Et surtout la façon de demander l'aumône. Les mendiants sont insistants (je parle de 1989, les choses ont peut-être changé depuis) et à la limite de l'agressivité. Ce qui tranchera étonnamment avec le sentiment de sécurité que l'on aura en se baladant dans la ville (à l'exception de Chinatown, que notre hôtelier nous a expressément conseillé d'éviter la nuit). Nous descendons quelques stations plus loin, et vu le froid - s'il est prévu 10 degrés l'après-midi, à 8 heures et demie on est nettement plus près du zéro - nous décidons de pénétrer dans le fameuse "ville souterraine".   En bon Parisien (bien qu'habitant la Lozère à ce moment-là) je me dis que bof, ça doit être un truc style Forum des Halles.

Tu parles... Pour établir une comparaison, la ville souterraine est au forum parisien ce que le dit forum est à la galerie marchande du Champion de La Cluse et Mijoux ! 1700 boutiques, 200 restaurants... Même Le Colombo,  à Lisbonne, qui est impressionnant de gigantisme, fait pâle figure à côté de cette ville souterraine, où l'on peut parcourir en ligne droite plusieurs kilomètres. C'est d'ailleurs génial, on y entre d'un côté, on ressort par un autre, et là on est complètement perdu. Pour les parisiens, un exemple : Vous entreriez disons au Louvre, et vous ressortiriez à La République ou à la Place d'Italie !!!
J'adore cette sensation, se sentir perdu alors qu'on sait qu'en fait on ne craint strictement rien.


 Sur la photo, juste en sortant de la ville souterraine, ça fait drôle de se retrouver écrasé par les gratte-ciel ! 

Un mot revient, partout, dans tous les magasins: HALLOWEEN. Nous voyons des citrouilles et des sorcières un peu partout ! Nous apprendrons qu'il s'agit d'une coutume américaine..

Un peu lassés de cette agitation (Montréal est une ville très bruyante) nous décidons de nous rendre sur le fameux Mont-Royal. En passant nous sommes surpris par certains commerces. Sur la façade d'un café, écrit en grand : CHIENS CHAUDS, SOUS-MARINS. Tous ceux à qui j'ai raconté cette anecdote m'ont dit " faut quand même pas pousser ", et c'est pour ça que je l'ai pris en photo ! Pas moyen de mettre la main dessus, mais dès que je la retrouve, promis je l'exhibe ! Egalement une pharmacie, mais... en libre-service ! On prend son petit chariot, et on peut y déposer tous les médicaments qui se trouvent exposés en rayon  ! Ainsi pour l'aspirine, il y a le choix, et on n'est pas obligé de demander, comme chez nous "c'est combien la boîte ? " se faisant passer aux yeux du pharmacien pour un pingre qui est regardant pour sa santé !

Il est 13 heures, un petit resto sympa nous tend les bras, avec, bien évidemment le fameux menu à 3.95 ! Pour nous, pas de décalage, c'est l'heure du dîner... Là encore rien à dire que la qualité de la nourriture, mais en demandant l'addition, nous faisons une gaffe. Pour ne pas s'encombrer de liquide, nous avons décidé de payer tout ce que nous pouvons par carte bleue. Nous donnons donc notre carte à la serveuse, qui fait marcher son "fer à repasser", et là j'appose ma signature.  Pour moi, tout ce qu'il y a d'habituel. Et je vois la serveuse qui nous fusille du regard !  Les Québécois ne sont pas des hypocrites, et quand ils ont des choses à dire, ils le disent. " ben dis voir, tu oublies pas le pourboire par hasard ? "
Toujours ce "tu" qui me ravit, même prononcé en colère. Qui me rappelle qu'au fond, sur cette Planète, on est tous des cousins...
J'ignorais - dès lors je le saurai - que le pourboire était plus ou moins obigatoire là-bas. Et que, sur la facturette CB, il y avait une colonne réservée à cet effet ! Figure le montant de l'addition, puis en dessous la case "tipp/pourboire" où l'on inscrit la somme que l'on veut, et c'est au client de faire son addition et de signer. Ne le sachant pas, j'avais signé directement !

Et nous partons à l'assaut des pentes du Mont Royal. Cette fois, j'ai mis ma montre à l'heure Canadienne, ma femme préférant garder la "sienne" ! Le parc en lui-même ne paye pas de mine, c'est un parc style Buttes-Chaumont, à la différence près... que les écureuils y abondent ! Et non seulement ils abondent, mais viennent de temps en temps nous taquiner gentiment ! Ma femme, qui assimile tout rongeur à un rat commence vite à paniquer, et se met à courir en criant ! Tandis que moi, rigolard, je prends la photo qui s'impose (mais qui ne donnera rien, trop sombre !) ...

Au bout de quand même une bonne demie-heure de marche, nous arrivons à une terrasse qui livre un panorama exceptionnel de Montréal et des alentours.

montréal.jpg

Le jour décline, on le voit, et nous aussi. 16h et quelques là-bas, 22 et quelque en France, cependant on sent que notre horloge interne a de la bonne volonté, et commence à s'adapter. On ne "ressent pas" 22h, mais que la nuit ne soit pas tombée nous semble quand même bizarre. 

Pour le soir, on fera un effort, et on s'attablera à 19h . Nous n'avons pas faim, ni l'un ni l'autre. Alors on grignote, tout en parlant déjà de ce que l'on compte faire le lendemain. Les prévisions météo sont bonnes, l'anticyclone s'installe et il est prévu 14 degrés à Montréal, 11 à Québec.

Québec  ! Cette ville fait partie de nos "étapes" prévues canadiennes. Ainsi qu'une petite virée aux USA, qui ne sont qu'à 60 km... cela nous sera possible grâce à une nouvelle loi US, qui vient juste de permettre aux Français de pénétrer sur leur territoire sans visa.  Québec, les States, aurons-nous le temps de tout faire avant le 1er novembre, où nous devons impérativement être de retour ?  D 'autant que l'on a perdu une journée ! Bon, les Etats-Unis, après tout c'est de l'exotisme, mais Québec c'est à voir. Donc il est décidé que nous partirions le lendemain matin, et que nous y passerions deux nuits. Ensuite, qui vivra verra...

Et c'est à 22h locales que nous franchissons la porte de notre hôtel, très fatigués mais la tête remplie d'une foule de choses...

(*) 3.95 dollars canadiens = 12 francs de l'époque. Soit 2.65 euros actuels. Pas cher pour un repas...
1.99 , ça fait la moitié donc 1.35 euro....
Quand à l'hôtel, 25 "piastres" ou dollars canadiens, ça fait l'équivalement de 80 francs de 1989 .
Donc un peu plus cher - toujours à l'époque - que nos hôtels français.
Lesquels se sont bien rattrapés depuis !

Je vous embrasse.