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10/09/2010

Mes années vélo (1962/1969)

Sur une idée d'Alain !

Commencée à Lorient, et finie à Lorient. Mais entre les deux, mes roues ont vu une bonne dizaine de départements : Morbihan bien sûr, mais aussi Haute-Vienne, Vaucluse, Drôme, Finistère, Saône et Loire, Ain, Charente, et j'en passe.

L'histoire commence en 1962, donc.

Nous sommes en vacances à Lorient, ma mère s'est mise en tête de m'apprendre à faire du vélo. Et, justement, un vélo à ma taille est à ma disposition, celui d'un petit cousin.

Mais rien à faire, c'est dans la tête, pas question de monter sur ce truc qui ma-thé-ma-thi-que-ment ne peut pas tenir sur deux roues ! Mais pourtant, moi qui suis depuis déjà quelques années le Tour de france, je me dis comment font-ils ???

Vers le milieu du mois, nous allons à la plage. Méga-coup de soleil pour moi, qui se traduit par une poussée de fièvre.
Or, le lendemain, je devais aller à Quimper avec ma mère, ma tante, une cousine et sa fille. 5 places pour la 203, c'était le max !

Je savais que le choix qui s'était porté sur moi faisait des jaloux, notamment un certain Bernard, le propriétaire du vélo. Qui avait fini par.... ne plus me le prêter pour apprendre à en faire.
Moi j'étais soulagé, ces leçons de vélo me fichaient de plus en plus la trouille. Un peu comme la natation 6 mois avant, avec des "béquilles" ça passe, mais sans, pas question.

Coup de théâtre, vu que j'étais "malade" - je le mets bien entre parenthèses - plus question pour moi d'aller à Quimper !! Alors qu'on m'avait alléché avec cette ville, qui n'avait rien, mais rien à voir avec Lorient. C'est le petit-cousin qui ira à ma place !

Alors, au cours de cette journée, je vais sortir de la cave le vélo du voleur de voyages, et je me jurai que, à la fin de la journée, je saurais en faire !

Et je m'élance sur l'immense trottoir en pente de la Cité. Une chute. je me relève. Seconde chute. je me relève. Et peu à peu les chutes s'espacent, et à un moment donné, ça y est, je roule...

C'est cette vision qu'aura mon teigneux de petit cousin quand, tout fier, il rentrera de Quimper.
"Rends-moi mon vélo...
- Avec joie, de toutes façons il est désormais trop petit pour moi ! "

Cependant, les années passent, et je n'arrive pas à "concrétiser" avec un vélo de taille normale. Logique, il me manque quelques centimètres, une bonne quinzaine !

Durant le printemps 65, je commence à grandir, et je peux alors m'élancer avec un vélo d'adulte. Pas facile, mais j'y arrive.

Mes parents du coup me promettent un vélo neuf si je réussi au BEPC, ayant (voir une note précédente) très peu de chances de passer en classe supérieure.

J'obtiens le fameux examen, et le vélo est acheté, à Valréas, dans le Vaucluse. Le même endroit que deux ans auparavant, où j'avais pris conscience qu'une petite fille de Toulon représentait quelque chose d'énorme pour moi, sans savoir encore qu'elle était ma soeur cachée....

C'est au cours de ce mois d'août que je ferai le plus de balades, prenant soin d'acheter une carte postale dans chaque village que je traverserai.
Valréas était une géniale piste d'entraînement, il y avait toutes les routes possibles !
Ma préférée était la route de Nyons : Un long plat, où je pouvais dépasser le 60 km/h, puis une côte de plus en plus serrée, avec un point culminant à 423 m (200 m au-dessus de mon point de départ). Puis la descente jusqu'à Nyons, régulière, située au même niveau que valréas. Là aussi je dépassais le 60 sur presque tout le parcours.
Visite du village de Barjavel, petit perrier-menthe au café, et retour.

Puis je me lançai dans les grands cols.  Le col d'Aleyrac sur la route de Crest. Entre Salles sous bois (254m) et Aleyrac (481m), seulement 7 km ! Un bon pourcentage, que j'avalai sans problème.
J'allais de plus en plus loin, jusqu'à Orange, Vaison la Romaine, Malaucène...

Malaucène, le point de départ du fameux Ventoux. Pourquoi pas essayer ?

Un jour je dis à ma mère que je ferai de la bécane toute la journée, et que je prendrai un sandwich.
"Où tu vas ?"
Je le lui dis. Et là elle me rigole au nez.

Raison de plus pour tenter la chose.
C'est à Malaucène que je me restaurai, et en avant pour la bataille !

Route large, mais pentue comme pas possible. Je ne m'attendais vraiment pas à ça . Au bout d'une demie-heure je n'avais fait que 5 kilomètres. La borne m'annonçait "altitude 650m". Je n'étais jamais grimpé aussi haut ! En plus j'étais encouragé par des automobilistes...

Je n'allai pas plus loin que 850 m d'altitude. Un panorama sur la gauche, duquel je me sentais incapable de repartir en montée. Mais, là, déjà, la vue était époustouflante. On pouvait distinguer facilement Avignon, on voyait assez bien les Cévennes et on devinait la mer...

Il fallait savoir jusqu'où on pouvait aller, ce qui ne fut pas le cas d'un collègue, l'an passé, qui fièrement passa au sommet, avant de mourir, victime d'un infarctus massif.


En 1966, tout autre décor : La Haute-Vienne. Première balade : Oradour sur Glane. J'y reviendrai un jour sur deux. Mais je grimpai aussi quelques sommets à 700m et plus.

Août : la Saône et Loire. J'étais basé à Serrières (300m) et je commençai avec un col à 550 m, puis un autre à 614 pour finir avec un sommet, la Mère Boîtier à 758m.
J'étais récompensé par la vue magnifique, dont le Mont-Blanc. C'est depuis ce jour que je le cherche partout où je vais (dans les limites du raisonnable, sachant très bien qu'au-delà de 300 km il n'est plus visible à cause de la rotondité de la Terre).

67 fut vélocipèdement une super-année. Là j'étais à Brest, et je me servais de mon biclou pour aller voir Nadine, une allumeuse de première, qui était en vacances à 20 km de là.
C'est à cette occasion -j'avais un compteur - que j'atteignis le 80 sur la nationale. J'allais aussi voir mon copain Bernard, qui avait déjà commencé l'apprentissage ! A 14 ans....
En septembre, tours de roue à Lorient, retour aux sources.

68 me vit avec mon vélo à Pâques dans le Limousin. Idem, beaucoup de trajets sur Oradour, d'autant qu'il y avait un col assez costaud à se taper. On y revient l'été, où il m'attendait sagement dans la cave de la dame qui nous louait. Laquelle, qui n'avait pourtant que 40 ans, se souvenait très bien d'Oradour, où sans l'avertissement d'un soldat allemand, elle allait droit vers la boucherie.

Même chose en 69, et là j'étais devenu presque un pro. Pour Limoges (45 km) je ne mettais même pas une heure ! J'étais sur mon petit nuage, et je me pensais le roi du monde ! Je n'hésitais pas à emprunter les boulevards de cette grande ville, sans paniquer le moins du monde. Quelle différence avec 1965...
Je faisais des courses avec des jeunes du village !

A Lorient, j'avais encore moins peur de la circulation, et je n'hésitais pas à emprunter les plus grands axes sans vraiment trop faire attention.

Mais j'étais trop sûr de moi.

Le 23 décembre, alors que je fonçai pour aller voir une grande surface qui venait d'ouvrir, un camion me coupa la route et ce fut la chute, la lourde chute. J'étais en sang. Rien de cassé mais pendant un mois je ne pourrai plus marcher ou presque.

Ce sera la dernière fois que je ferai du vélo. A quelques 800 m de l'endroit où j'avais appris !

Je vous embrasse.

20:58 Publié dans Loisirs, moi, psy, Sport | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : vélo, lorient

Pas loin de craquer....

Je rappelle mes occupations des 7 derniers jours :

- vendredi dernier, départ pour Colmar, boulot là-bas.
- samedi dernier, boulot à Colmar
- dimanche dernier, boulot à Colmar
- lundi dernier, cartons
- mardi dernier, boulot ici
- mercredi dernier, aller à Ouhans pour réceptionner le lit et le matelas
- jeudi dernier (hier) boulot ici.

Attention: quand je dis "boulot ici", ça veut dre entouré de marteau-piqueurs en tout genre car ils "réhabilitent" l'immeuble. Et depuis deux mois, c'est notre étage qui est "réhabilité"

Tout cela sans compter les différentes tractations diverses et variées, avec les déménageurs entre autres.

Ce matin, "chère et dure" est en hystérie, envoyant balader tout ce qu'elle peut, et téléphonant tous azimuts pour trouver quelqu'un pour l'amener là-bas afin de.... tondre la pelouse. Je vous assure, c'est vrai ! Son obsession actuelle est l'état de la pelouse qu'une maison que nous n'habiterons que dans 6 semaines !

Elle insiste pour qu'on y aillle demain.
Pas question.

Et quand je peux souffler moi ?????

Le voyage de Ouhans, ça fait 9 fois qu'on se le tape. La dernière fois c'était pour réceptionner notre literie, la fois d'avant pour installer des tringles à rideaux.

Je le vois bien, ma conduite sur cette route devient de plus en plus rapide, tant d'une part je la connais par coeur, et d'autre part j'en ai marre de la faire. j'en connais le moindre mètre !

Pas la peine d'aller chez le psy si elle lui raconte ses dernières vacances. Mon épouse est malade, c'est évident. Et pas seulement côté neurologique, mais aussi côté mental.

C'est comme ça à chaque déménagement, et c'est pour ça que je lui avais proposé de s'occuper nous-même des cartons, et de le faire petit à petit.

Mais apparemment, cela n'a servi à rien, mon épouse est incurable, et je sais pertinemment que s'annoncent trois mois d'enfer, après les deux que je viens de passer.

Finalement, le fameux scanner thoracique, je ne le ferai pas...

Je vous embrasse

12:04 Publié dans psy, Ras-le bol | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : hystérie

06/09/2010

Première grosse épreuve : le service militaire (1972/73)

Les années passèrent, et je finis par rencontrer une jeune fille dont les parents ne me rejetaient pas. C'était en 1972, elle avait 16 ans et moi 21.

Très vite nous nous aperçûmes que nos étions rigoureusement les mêmes personnes, mais de sexe différent. Elle adorait faire du cyclomoteur, moi aussi. Elle adorait écouter les hit-parades tous les dimanches, moi aussi. Elle avait été un enfant " de remplacement", moi aussi.

A cette époque, j'avais enfin réussi à quitter Paris. Enfin, je le pensais.
Je me trouvais alors en montagne dans le Gard, au point le plus haut du département. Mon père, profitant de sa retraite toute neuve, vint passer quelque temps dans la vallée, qu'il trouva à son goût.
A tel point qu'il prit cette affectation "provisoire" comme étant définitive, et déménagea de paris, avec femme, bagage, et chat.

 

Mais pour décembre, autre chose m'attendait : le service militaire.

Je n'avais pas trop d'appréhension là-dessus, malgré tout ce qu'on m'en avait dit. Je savais que je pouvais dire adieu à ma longue chevelure, mais sinon, pour le reste, les "3 jours" que j'avais faits à Vincennes avaient fini par me convaincre que l'Armée n'était pas si terrible que ça, pourvu qu'on y aille la fleur au fusil. Qu'il suffisait de se plier à certaines règles et ne pas jouer les matamores. Se faire discret pendant un an.

Seul (et énorme) problème : la séparation d'avec ma petite fiancée Mireille.

Le 30 novembre au matin, je pris l'autocar qui devait m'amener à Sommières, puis un autre autocar qui lui me déposerait à Montpellier, de là je prendrais un train jusqu'à Toulouse, puis un autre jusqu'à Bordeaux, et enfin, un autre train de Bordeaux à Rochefort sur Mer où j'arrivai à 2h30 du matin. C'était l'heure normale !

C'est là que je compris que les permissions de moins de 72h ne me serviraient à rien, vu les 20 heures de voyage (19 dans l'autre sens : 2h30/20h56)


Il ne me fallut pas moins de 24h pour me rendre compte que j'avais pénétré en Enfer.

Qu'un appelé, en 1972, était traité comme un chien. Humilié, maltraité.


La journée type : lever à 5h avec un coup de sifflet strident (moi qui pensais au son du clairon...). Puis douche, mais pas le temps de se sécher. C'est donc mouillé que l'on s'alignait face au drapeau pour la cérémonie du matin. Je rappelle qu'on est en décembre.

Puis à 17h30, ces messieurs les engagés qui nous traînaient dans la boue (au sens propre) se transformaient en travailleurs ordinaires et prenaient leur petite voiture pour aller gentiment s'agglutiner dans les bouchons Rochefortais. je suis sûr qu'à la maison ils devaient être tendres comme des agneaux, bons pères et bons maris.

Enfin un moment pour souffler ? Erreur, car c'est là que le calvaire allait s'accentuer.
Ces engagés étaient remplacés par des Kapos. Oui, j'insiste sur ce mot, des soldats même pas de première classe, mais qui étaient plus anciens et faisaient fonction de caporal.

Avec ceux-là, pas de pitié à attendre. Les "FFC" comme on devait les nommer repéraient vite quels étaient les plus fragiles et ceux-là allaient déguster. Dans notre chambrée, ce fut un ingénieur de 26 ans qui fut pris pour tête de turc, et bien souvent je le vis pleurer... J'en verrai du reste pas mal des collègues sangloter.

Pas une larme en ce qui me concerna.
Car j'avais déjà disjoncté. Je ne me considérais plus comme un être humain parmi d'autres humains, mais comment dire... un zombie chez des fous.

7212.jpgOn voit du reste ma mine réjouie sur la photo, au premier rang à gauche de l'image...

Des fous, ils en fabriquaient à la pelle. Déjà en nous interdisant de sortir pendant 4 semaines ! Des garçons en pleine force de l'âge ...
Ne nous restait que l'alcool et le tabac (qui lui au contraire était encouragé !!) , même la branlette était impossible, car aucune porte ne fermait. Pour aller aux WC il fallait tenir la porte...

Ceux qui tombaient malades devaient s'inscire la veille pour une "visite médicale". Je mets des guillemets car c'était un élève aide-soignant qui faisait office de médecin-trieur (on avait du bol ils auraient pu prendre un charcutier) pour séparer ceux qui pourraient enfin recevoir des soins, et les autres, ceux qui ne lui semblaient pas malades. Ils repartaient alors sans avoir consulté, avec en prime un bon pour une, voire deux corvées.

Je pourrais en raconter baucoup des comme ça...

Et c'est alors que je me mis à écrire. A tour de bras. A ma fiancée, à mes parents.
Ma fiancée me reçut 5 sur 5, et il n'était pas rare que je reçoive deux, voire trois lettres par jour pour me réconforter. Des lettres roses ce qui faisait doucement rire mes compagnons d'infortune. Et qui n'arrangeait pas mon cas.

Je recevrai pendant ce mois de décembre une quarantaine de ces lettres, et... deux de mes parents. La première qui essayait de me "raisonner" du style "montre que tu es un homme, ne nous fais pas honte..." et une seconde où ils m'annonçaient qu'ils allaient déménager !

 Perte brutale de deux illusions.

Dans le fait que, d'une part, j'avais découvert que l'être humain pouvait être un fauve pour ses semblables, et surtout que mes parents se fichaient pas mal de ce qu'endurais.

Je tombai vraiment de très très haut....

"Petite" chute (par rapport à ce que j'allais subir dans ma vie) mais marquante.

 
Heureusement, les choses allaient petit à petit s'améliorer. Après les classes, je rejoignis la base la plus proche de mon domicile, c'est à dire Istres. Là-bas, le soleil aidant, ce n'était déjà plus pareil. Ce fini les "une-deux, une-deux", j'étais là pour bosser. Et dans ma branche.

Certes j'y perdais côté salaire, 32 francs mensuels (l'équivalent de 40 euros) au lieu de 2000. Mais j'y gagnais en liberté puisque mes collègues étaient des pères de famille comme tout le monde, avec un uniforme dessus qui ne leur déteignait pas (trop) sur le cerveau, rien à voir avec les cinglés Charentais...

Ces pères de famille ne rêvaient que de week-end, moi de liberté. Nous devions faire 45 heures par semaine à l'époque, le dimanche étant bonifié à 30%. C'est ainsi que je ferai leur week-end et que j'aurai la semaine de libre !
Semaine type : Journée le jeudi, après-midi du vendredi, matinée du samedi, nuit du samedi au dimanche, et après-midi du dimanche.  J'étais libre du dimanche soir au jeudi matin. Parfois je demandais à ce que les "tours" soient plus resserrés, avec deux nuits de suite, ce qui me faisait gagner un jour.

7311a.jpg

Bref, je n'étais pas malheureux, et c'est avec une légère déception que, le 1er septembre, je fus "muté" à Orange. Un peu plus loin de chez moi (135 km), mais entre le train et le stop, il me fallait parfois moins de deux heures...

 

Sur cette photo je fête le "père Cent", date où le nombre de jours à effectuer devanient inférieurs à 100.

On notera ma sveltesse, c'est vrai que côté bouffe, j'espère qu'ils ne servent pas le même rata à leurs professionnels, car d'une part il y aura des ruptures de contrat en masse, et aussi des organismes très affaiblis.

 

Mais cette vie militaire m'aura quand même énormément marqué.

Pendant trois ans, je ne pourrai m'empêcher de marcher au pas, et de sursauter au moindre képi ou à la moindre casquette.

Quand je pense que lors de ma première permission, j'ai salué un... contrôleur SNCF !!!
Vu qu'il fallait saluer tout ce qui portait autre chose qu'un calot sur la tête, j'étais déjà bien formaté !

 

On dit que le service militaire "fabrique des Hommes". Moi je dirai "ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, et les 93% qui réchappent de ce régime (oui je sais il reste 7% de pertes "autorisées") sont certes plus aptes à affronter les vicissitudes de la vie. Laquelle à côté de ce qu'ils auront vécu pendant 12 mois leur paraîtra de l'eau de rose.

Il y aussi le fameux "brassage" des jeunes gens, l'aristo du XVIème et l'agriculteur qui n'a jamais quitté son patelin. Là je répondrai que c'est comme les fruits : quand on mélange un fruit pourri à 10 autres sains, ce n'est pas le fruit pourri qui va devenir sain, mais l'inverse.

Moi j'aurai appris à boire, à boire des bières à la queue-leu-leu pour oublier où j'étais. Par chance, allergique au tabac je ne pouvais pas profiter des 10 paquets de clopes qui accompagnaient la "solde" en fin de mois.

Enfin, je trouve que priver des jeunes gens en pleine force de l'âge du sexe opposé pendant 4 semaines de suite est ni plus ni moins qu'aberrant.

Merci, Monsieur Chirac, d'avoir supprimé cette école du vice.

 

A bientôt pour de nouvelles aventures !

 

15:40 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : armée

27/08/2010

Destinée

Ma fille vient de décrocher un emploi. Elles étaient 200 à postuler, il y a eu une présélection de 15, puis de 3 (non ce n'est pas Miss France), et c'est elle qui a été prise.

C'est près de Dinard, si bien que pour avoir des trajets moins longs, elle et son copain ont décidé de s'établir à Dinan.
DSCN3101.JPGCertes on a vu pire comme lieu de villégiature, et pour ma part Dinan est la ville de Bretagne que je trouve la plus magnifique.

 

L'embêtant.... c'est que nous, nous sommes à Ouhans, à quelques 900 km de là.

Et cette fois, les situations risquent d'être figées, car quand elle parle de '"s'établir" ça veut dire acheter ou faire construire. Car son mec n'est pas con. Il sait que nous, les "beaux-parents" sommes ancrés en Franche-Comté, alors que notre fille n'a pas d'attaches en Bretagne, sauf sentimentales.
Là, il voit le CDI de sa nana, et du coup saute sur l'occasion pour établir un lien définitif entre notre fille et la Bretagne, quitte à faire lui-même un trajet de 40 km. Mais la situation est sauvée.

Mais, comme on dit dans certaines émissions de télé, comment en est-on arrivés là ?


La destinée. Les grands carrefours qui s'offrent à nous, dont on doit choisir une des routes, sans savoir où elles aboutissent.

Je peux dater de 1997 le fait que ma fille soit en Bretagne.

Et de 2004 celui que nous soyions dans le haut-Doubs.

Pour ce dernier lieu j'ai expliqué pourquoi dans une note récente (la chaleur excessive de l'été 2004 au Pays Basque, les vacances dans le Haut-Doubs en septembre, la quête d'un terrain en février, l'achat de ce terrain, la construction de la maison...)


En ce qui concerne ma fille à Dinan, cela vient donc de 1997. Mars 1997.

 

L'ambiance devenait irrespirable au boulot, et - pour des raisons que je vous donnerai dans quelque temps - je posai une mutation, après 11 ans de Lozère.

1er carrefour. J'avais le choix entre Lons Le Saunier (où je suis actuellement ) Briançon, Vannes, Belfort...

Ca a été Vannes. On m'avait dit qu'il y avait peu de chances que je l'aie, car cela dépendait... du succès d'un collègue de là-bas à un concours ! Qu'il tentait en pensant n'avoir aucune chance.

Il l'a eu.

Nous sommes allés en Bretagne.

Où ma fille s'est fait des connaissances, alors que moi je vivais un calvaire pas possible.

Bref, en 2003, nous sommes mutés à Biarritz.
Notre fille suit, mais de mauvaise grâce. Car parmi les connaissances qu'elle s'était faites se trouvait un certain Max. Avec qui elle "sortait" depuis 2 ans.

L'année scolaire 2003/2004 fut pourrie à cause de ça, notre fille ne parlant que de revenir en Bretagne.

Elle décroche son bac de justesse, puis s'inscrit - en douce - à la fac de Rennes.


Mais, second carrefour, en décembre 2004, alors que je suis avec elle pour quelques jours à Paris, elle nous annonce que :

1) les études, finalement c'est pas ça.
2) la Bretagne c'est bien mais nous lui manquons.
3) c'est fini avec Max.

Donc elle nous revient au bercail, un mois à Rennes pour faire illusion à la fac, un mois avec nous.

C'est tous les trois que nous craquons pour le petit village du haut-Doubs. Surtout elle.

Mais, troisième carrefour,  en mars elle tombe amoureuse d'un Rennais. Lequel ira à Lamballe, et notre fille le suivra.

Et enfin, quatrième carrefour, elle trouve un emploi stable. Si par exemple on lui aurait proposé un CDI à Paris voire à Lyon, je ne pense pas qu'elle l'ait refusée.

Voilà pourquoi les 900 km.

En fait, tout cela a dépendu non pas de nous, mais

1) de la réussite ou non à un concours pour un collègue.

2) de sa réussite dans les études supérieures.

3) de la rencontre de son copain actuel.

4) de son futur patron ( et donc de l'échec des postulantes).


Je pourrais faire un schéma de tout ça, mais dans un blog ce n'est pas très facile.

Mais plein de combinaisons sont possibles :

- échec du collègue -> nous mutés ailleurs -> notre fille ne connaîtra donc pas la Bretagne, et risquera fort de sortir avec un Briançonnais, ou un Jurassien, un Belfortain... Et donc de s'établir là où j'aurais été muté.

- réussite du collègue, échec des études de notre fille, mais pas de nouveau copain Breton, donc des chances qu'elle nous suive un peu plus ( sans jouer les Tanguy) et qu'elle arrive par atterrir ailleurs.

- Notre fille à Lamballe mais décrochant un super job ailleurs (ce qu'au fond de moi j'espérais).


Notre pouvoir décisionnaire - tant celui de notre fille que nous ses parents - est donc très limité..
CQFD !


Heureusement bientôt il y aura le TGV Rhin-Rhône !!

 

Je vous embrasse.

18:20 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : destinée

26/08/2010

Blog et journal intime

Si éloignés mais si différents...

La démarche est pourtant la même, on écrit les pages de sa vie. Soit au jour le jour, soit avec un certain recul.

Mais la grande différence, c'est les lecteurs.

C'est à dire que sur un journal on peut se laisser aller, jusqu'à écrire n'importe quoi. Le narrateur trouvera forcément ça bien, puisque personne ne peut par définition lui dire le contraire.

Alors que sur un blog, c'est différent. On ne peut pas écrire n'importe quoi.

Les lecteurs, aussitôt, feront comprendre au bloggueur qu'il a en quelque sorte franchi la ligne blanche.

Soit par mail, soit en commentaire, soit directement par... leur silence.

Et le narrateur pourra donc "rectifier", c'est à dire modifier ou effacer la note litigieuse.

 

J'en connais qui pourront me dire "mais qu'est-ce que t'en as à faire, c'est TON blog, tu peux y écrire ce que tu veux..."

Objection votre Honneur. d'abord sur un blog on n'"écrit" pas, on publie.
On publie dans l'espoir d'être lu.

Ceux qui partent du principe qu'ils peuvent, vu que c'est "leur" espace, se permettre d'écrire n'importe quoi sans se soucier de ce que pourra penser celui ou celle qui lit, à ceux-là je leur conseillerai d'aller dans une papeterie, d'acheter un cahier de 100 pages - voire plus - et un stylo.

Là effectivement ils pourront écrire ce qu'ils veulent.

Je vous embrasse.

21:04 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : blog, journal intime

25/08/2010

Pourquoi j'ai fait exprès de redoubler ma troisième (1964/1965)

 

Et oui... j'ai vraiment fait exprès de redoubler ma troisième !


Avant de crier "au fou", je vais expliquer ici pourquoi, et je pense que pas mal auraient fait autant à ma place.

Comme beaucoup de natifs de janvier, en cette année 1964/1965, j'avais une année d'avance. Et comme ma croissance était elle, plutôt en retard, j'étais, moi, petite chose de 13 ans et demie et d'un mètre 45 au beau milieu de de mastards d'1m75.

Ces "vieux" de 14/15 ans, voire 16, ne faisaient pas partie de mon monde. Mon monde à moi, c'était les billes, Pagnol, le Club des 5 et Astérix, le leur c'était de se vanter de "sauter les femmes mariées" ou bien alors la politique.

Si nos mondes s'étaient contentés de se côtoyer sans histoire, il n'y aurait pas eu trop de problème. Mais hélas ces mastards m'ont vite pris comme souffre-douleur, et leur plus grand plaisir était de m"humilier (par exemple me faire lécher les urinoirs - authentique !) voire me violenter. Le "t'are ta gueule à la récré, j'ai su très tôt ce que ça voulait dire...

Bien entendu il était hors de question que je parle de ça à la maison. Mon père me disait souvent "qu'il fallait que je montre en toutes circonstances que j'étais un homme", ce genre de connerie que tant de générations de mecs ont entendu, jusqu'à il n'y a pas si longtemps...

 

En novembre, premier'espoir. Mon père avait la possibilité de quitter Paris pour prendre le poste de DRH d'une usine près de Brest.

Brest, je venais d'y passer un mois inoubliable (malgré qu'on m'y avait un peu roulé dans la farine) et je frémissais de joie à l'idée de partir là-bas. Mais ma mère n'était pas chaude du tout. 18 ans auparavant elle avait pleuré toutes les larmes de son corps quand elle avait été obligée de venir vivre dans la Capitale, à présent il était hors de question de quitter "son" Paris où elle avait fait plus que son trou.

Mon père - on l'a vu - avait aussi de "bonnes raisons" pour se faire muter à Brest !

Mais quoi qu'il en soit, rien n'y a fait, ma mère s'est montrée intraitable sur ce coup-là, moi je lui disais ne pas comprendre pourquoi refuser d'habiter une ville blanche (Brest venait tout juste d'être reconstruite)

brest.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

au bord de la mer pour rester dans une ville sale et grise (les monuments et immeubles n'avaient pas été encore ravalés, même Notre-Dame était noire..)

st germain.jpg


Occasion perdue de quitter une ville dans laquelle je me plaisais de moins en moins, et de fuir tout ce que j'endurais au lycée. Avec le recul, je pense que si ma maman avait été au courant de ce que je subissais, on y serait partis.

Puis arrivent les vacances de Noël. Toujours en Bretagne, cette fois c'est à Lorient que ça se passe.
J'ai évoqué ces Noëls "magiques" dans ma note d'hier, ces Noëls qui me permettaient de souffler. Cette parenthèse Lorientaise tant attendue, et si vite passée.

Et un soir là-bas, au cours du dîner (sans doute lui avait-on donné la consigne !) mon oncle-parrain me parle de mes résultats scolaires en chute libre, moi qui avais été 5 fois prix d'excellence en primaire et patati et patata...
Et il prend soudain un ton confidentiel pour me dire "tu sais que tes parents ont l'intention de te mettre en pension à Lorient si tu ne travailles pas mieux ?"

Intrigué, je pose alors des questions très précises. Sur par exemple, les week-ends. Aurais-je le droit de sortir les week-ends ? J'étais, à cette époque, en pleine lecture de Pagnol...

Mon parrain qui ne devait pas s'attendre à ce genre de question me répond que oui, que la pension n'est pas la prison, juste une école où l'on dort sur place. Et il rajoute (là il en a fait trop) que "ce n'était d'ailleurs pas si mal que ça"...
Je passai le reste de mes vacances à le cuisiner, à savoir si c'était du lard ou du cochon.

Il apparaissait que ce n'était pas de l'intox, mais une vraie info, mes parents avaient déjà pris des renseignements.
Sur le quai de la gare, mon parrain me dit :
"Réfléchis bien..."


Tu parles si c'était réfléchi ! Je ne faisais que ça depuis la première conversation à ce sujet...

D'un côté j'avais le calvaire à Paris, où je n'avais aucun ami - à l'époque - et où je ne me plaisais pas. Avec en prime les disputes continuelles entre ma mère et mon père, qui parfois prenaient des tournures...sévères.
De l'autre, plus de disputes, plus de calvaire, j'étais près de mes cousins que j'aimais tant et dans une ville (Lorient) qui était pour moi la plus belle du monde à l'époque !

Alors, j'arrêtai de bosser, net.

Je commençai par le latin, et je pouvais - enfin - éviter de me coucher à 2h les mardis matins pour essayer de déchiffrer des versions où je n'espérais pas plus de 5/20.

Idem pour les maths, bye bye ces histoires de théorêmes de Thalès ou de Pythagore, ces droites D qui ne se rejoignaient jamais, même pas une fois pour me faire plaisir, ces bissectrices B qui faisaient toujours un angle alpha (jamais bêta !) avec les droites précitées...

Stop aussi pour l'histoire, où je ne comprenais rien à ces histoires de Girondins et de Montagnards, qui avaient commencé à couper la tête aux nobles pour ensuite se la couper entre eux !
Ce n'est qu'en langues que je maintiendrai un niveau disons moyen.

Le résultat ne s'est pas fait attendre. Ma moyenne générale, qui se baladait péniblement entre 11 et 12, descendit en un mois à près de 8/20 !
Puis à 6 le mois d'après...

J'eus droit à un "avertissement" et je fus convoqué chez le Surgo comme on disait à l'époque (le Surveillant Général), premier échelon de la déchéance lycéenne avant le Censeur et le Proviseur.

Bien entendu, pas question de lui révéler les motifs exacts de cette descente vertigineuse et dûment programmée !
Mais quand mes parents commencèrent à évoquer la fameuse pension c'est le sourire aux lèvres que je leur demandai quand j'y partais !


Ce jour-là je crois qu'ils ont beaucoup appris sur leur fils et ce qu'il vivait.

 

Et moi sur mes parents. Car de pension - et encore moins en Bretagne - il n'en avait jamais été question "sérieusement" !

Oui ils avaient écrit pour avoir de la doc. Mais c'était juste une menace dont ils ne doutaient pas un seul instant de son efficacité !


C'est presque un "conseil de famille" qui se déroula après, une grande discussion où je mis tout sur la table : De mon ras-le bol de Paris, de leurs disputes incessantes, de l'envie de voir des jeunes de mon âge, et dont je serai un camarade de jeux plus qu'un punching-ball !

Ils me comprirent, mais c'était désormais trop tard pour moi pour que je puisse accéder à la classe de seconde. Et à Louis-Le Grand en plus, puisque c'était la "suite" logique de Montaigne.
Mais je mis quand même un point d'honneur à avoir mon BEPC !

L'histoire finira bien, parce l'année d'après, avec 25 cm de plus, je compterai parmi les plus grands de ma classe (!) et je mettrai un autre point d'honneur, avec mon "nouveau meilleur ami" de l'époque, François, celui de jouer les "zorro de récré". C'est à dire faire le boulot des pions, intervenir à chaque fois qu'un 3ème ou un 4ème martyrisait dans un coin un 5ème ou un 6ème, et lui montrer "à notre façon" peut-être pas très orthodoxe ce que ça faisait...

J'ai même eu (encore) un avertissement pour ça, pour avoir corrigé un mec - plus grand que moi, comme toujours - qui s'était amusé à torturer une petite nana de 5ème.

Un avertissement que... j'avais fait encadrer tant j'en étais fier, et qui n'a pas résisté au Big déménagement surprise de 1972, lequel verra disparaître la moitié de mes souvenirs. Faudra que j'en fasse une note !

Je vous embrasse.

18:07 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : bizutage

24/08/2010

Mes noëls magiques (1963/1971)

On continue sur l'enfance.  Ne pas avoir de frère ni de soeur à mes côtés était mon souci principal. Mais il est une période où ça passe nettement moins bien que d'habitude : Les fêtes.

Voilà ce que j'aurais voulu :

noel_lutins_2003.jpg Mais hélas, je devais me résoudre à passer ce jour, merveilleux pour un enfant, tout seul.
Enfin, disons avec mes parents...

Le Noël de mes 8 ans fut le premier qui "dépassa" un peu les autres.
Grâce à un lointain cousin (du 15 ème ou 20 ème degré !) qui se prénommait Raymond, nous passâmes la soirée du 24 décembre 1958 à nous balader dans Paris illuminé, pour finir au cinéma St Michel afin de visionner le dernier film de Jacques Tati, mon oncle. La tournée des grands ducs !

Aujourd'hui encore, 51 ans après (!!), me surgissent plein d'images quand j'entends la musique-thème de ce film...

Mes parents avaient remarqué ce changement d'humeur, chez moi, lors de ce premier noël "pas comme les autres". J'ai déjà parlé ici de l'ambiance qui régnait chez nous, dans notre taudis . C'était la dèche de chez dèche chez nous. Du vrai Zola...

Mais je serai toujours reconnaissant à mes parents de toujours me couvrir de cadeaux exceptionnels à cette occasion. Comme s'ils voulaient se faire pardonner le cadre dans lequel la Vie les avaient obligés à me faire grandir...

Cette année-là, pas trop de cadeaux mirobolants, mais en revanche la présence de ce cousin dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, et qui mettait un peu de vie dans nos treize mètres carrés.

 

Ce fut deux ans après qu'ils comprirent vraiment le "mal" dont je souffrais.

Noël 1960 compte - malgré une horrible migraine - parmi mes plus beaux souvenirs.

Non, ce ne fut pas dans la neige de Gstaad ou les palmiers de Tahiti que je passai cette soirée du 24 décembre.
Mais dans une "tour" d'Epinay sur Seine (ce qu'on nomme à présent "les cités") où, avec des amis de mes parents, et surtout leur fils unique de mon âge, Daniel, je découvrais ce que pouvaient être, comme disait ma mère, "les noëls de là-bas".
"Là-bas", c'était la Tunisie, où ma mère "pied-noire" avait vécu sa jeunesse.
Et dont moi je ne connaissais strictement rien. Je suis né dans la grisaille; et j'ai grandi dans la grisaille.

Bref, j'imagine le décalage entre un Noël d'Afrique du Nord et un Noël rue de Buci...
Ma chance, c'est que j'ignorais à quel point il pouvait être énorme, ce décalage.
Mes parents, non...

Noël 61 fut le pire. Notre dèche était devenue presque inextricable, du coup l'ambiance était des plus horribles, et si je pleurai beaucoup ce soir-là, ce n'est pas à cause de la miséreuse machine à écrire en plastoc à 10 F que j'avais eue en cadeau, mais parce que je commençais à sortir de l'enfance, à comprendre certaines choses sur les "grandes personnes" qui n'étaient finalement pas si bien loties que nous, gamins, pouvions l'imaginer.

En 62, ce fut presque l'inverse. Mon père avait réussi à obtenir un prêt qu'il attendait depuis des années, et du coup il nous avait "couvert d'or".

La Télé, en novembre, qui devait complètement bouleverser ma vie.
Et côté cadeaux, un "circuit 24" et un Monopoly, sans nul doute les plus beaux cadeaux que je recevrai de mon enfance.


Mais après ?
Télé ou pas télé, nous n'étions toujours que trois devant ce fichu sapin...

1963 fut l'année du chamboulement.

Cet automne-là, je déprimais encore plus que d'habitude. Plusieurs raisons à cela : D'abord j'étais le "petit chose" dans une classe trop haute pour moi. 12 ans en quatrième, quand on mesure 1m30, c'est pas top...Et donc bonjour les brimades.

Egalement je venais de faire la connaissance d'une petite fille avec qui je m'entendais à merveille, et mon père m'interdisait de lui écrire. Il avait sans doute ses raisons (voir note "Marité ma soeur volée" "marite-ma-soeur-volee-1963.html ) mais pour moi c'était profondément injuste.


A tel point qu'à partir de la Toussaint, je refusai de m'alimenter !

Alors il fut décidé que dorénavant, je passerais mes Noëls à Lorient, chez la soeur de ma mère.
Elle ne m'aimait pas, me le faisait bien sentir, j'imagine le forcing que ma maman a dû faire pour parvenir à ses fins !

Ma tante avait une fille - ma cousine germaine donc - laquelle avait à l'époque 4 enfants, dont un de mon âge, dont j'avais fait la connaissance un an et demie avant, et que je considérais comme mon frère cadet (celui que je n'ai jamais eu). Lui de son côté me considérait comme l'aîné qu'il avait toujours voulu avoir. Ca ne pouvait pas mieux tomber.

Et c'est pour ça qu'à partir de cette année 1963, je pus passer "les fêtes en famille", comme si j'avais été l'aîné d'une belle fratrie, le réveillon étant un VRAI réveillon, avec une VRAIE cheminée devant laquelle tous les enfants déposaient leurs souliers.
Avec un VRAI Père Noël, qui, par magie, déposait les cadeaux pendant que nous les gosses étions profondément endormis.
Cadeaux que nous découvrions émerveillés le lendemain matin...

Même si moi (billet de train et prix de la pension obligeaient)  je n'avais pas grand-chose, je m'en fichais. mon plus beau cadeau, c'était eux...

Ces Noëls se perpétueront jusqu'en 1971. Le gamin de 12 ans laissera la place au lycéen tourmenté, à l'amoureux transi, à l'étudiant déçu, et au "travailleur" que j'ai fini par devenir.

Pour Noël 1971 - le dernier de ces Noëls - , gagnant désormais (et très bien) ma vie, je mettrai un point d'honneur à faire des  cadeaux "somptueux" à tous ceux qui, pendant les années précédentes m'avaient tellement apporté à cette période de l'année si délicate pour moi. Mon "mois" y était passé, mais aucune importance, je me régalais de les voir si contents.

 

Et mes parents dans tout ça ?

S'ils n'étaient pas morts tous les deux, je n'aurais pas pu faire cette note. Du moins de cette façon.

Sur le moment je ne m'en suis pas rendu compte, mais j'imagine maintenant à quel point ils ont dû souffrir à chaque soirée du 24 décembre qu'ils passaient tout seuls...
Je sais maintenant ce que le mot abnégation signifie.

Fort heureusement, il m'en restait plein des Noëls à passer avec eux.
Notamment le plus beau, celui de 1984, avec leur merveille de petite-fille qui venait tout juste de naître. Le plus grand cadeau qu'ait pu avoir ma mère.

 

A bientôt

20/08/2010

Le choriste II (1964)

Voici quelques semaines, j'écrivais une note ( souvenirs-d-enfance-le-choriste.html ) sur une chorale guindée dont j'avais fait partie à la fin des années 50 et au début des sixties.

Pour résumer, j'étais soliste (presque malgré moi) dans une chorale qui alait devenir célèbre et qui, par conséquent, ne pourrait pas intégrer - surtout à la première place - un gosse de pauvres. Et donc, le premier prétexte fut bon pour me virer. Ce qui ne me dérangea pas trop, ayant autre chose à faire que me pavaner en aube les dimanches matin à la grand-messe de St Germain des Prés.

Au printemps 1964, je n'avais toujours pas mué. Et cette fois, c'est au lycée (à l'époque le lycée commençait dès la 6ème - voir Pagnol !) que se monta une chorale, qui devait faire beaucoup moins de bruit.

Les répétitions se faisaient chez un camarade, rue Guynemer, à quelques mètres de chez les Mitterrand.

Je fus là encore bombardé soliste, mais l'ambiance était nettement plus cool. Cette fois ce n'était pas une affaire de parents, mais un truc qui venait des gamins eux-mêmes, sous l'égide de l'aumônier du lycée.

 Je ne ferai qu'un seul concert.

A Garches, à l'hôpital Poincaré, devant un parterre de jeunes en fauteuil.

Rien à voir avec les demoiselles de St Germain des Prés....

Autant j'étais "cool" pour ma première "carrière", pas impressionné du tout devant la salle Gaveau, autant là j'étais tendu. Nous nous devions - et moi avec - de donner le maximum à ces jeunes qui ne méritaient pas leur sort.

Honte à moi, je ne me rappelle plus du répertoire qu'on leur offrit, mais en revanche, je me rappelle m'en être assez bien sorti, malgré un malaise persistant.

Ce dont je me souviens en revanche, c'est que en descendant de la scène, une petite fille en fauteuil me tendit la main et me dit "merci".

Je lui rendis son "merci", lui fis la bise, et sans attendre les autres, je me suis enfui. Vers la gare, où j'ai pris le train de St Lazare, puis le métro sans desserrer les dents, jusqu'à chez moi, où toujours sans un mot je fonçai dans ma chambre.

Et là, enfermé à double tour, je me mis à pleurer à chaudes larmes, pendant plus d'une heure.

 

Je ne suis plus jamais retourné dans cette chorale.

18/08/2010

Le coup du taureau (1962)

Tout à l'heure j'ai entamé l'escalier qui contourne la maison. Il y a un dénivelé d'un mètre cinquante que je songe rattraper par trois marches.

Sans rien dire à personne, j'ai entamé la première marche. J'ai creusé trou d'environ 25 cm dans lequel j'ai placé une dalle.

Ma chère et tendre, sans doute attirée par le bruit de la pelle, inhabituel cet après-midi, vient se rendre compte de ce que j'étais en train de faire.

Mine de rien, ça l'a soufflée un peu de voir ce premier résultat, mais sa première question fut celle-là :

"qui t'a dit de faire ça ?"

Je lui ai répondu du tac au tac : "la même personne qui t'a dit de planter 23 arbres dans le jardin".

Elle encaisse, puis voyant que je commençais à peiner, me dit "passe-moi cette pelle".

Je lui réponds que pas question, que ces escaliers c'est moi qui, depuis 6 ans, avait parlé de les faire, et que je ne tenais pas à ce qu'on la voie manier la pelle tandis que son feignant de mari était en train de draguer sur l'ordinateur, alors que c'était le dit mari qui en avait fait le plus gros.

Je lui ai même dit un truc qu'elle ne risquait pas de comprendre : "le coup du taureau, en 62, ça m'a suffi!"

 

Le coup du taureau ?

C'est un jour d'août 1962 où mon père avait décidé d'aller à pied dans la vallée de l'Allier. Et retour. Distante de 12 km, avec un dénivelé de 500m.

Mon père adorait marcher à pied, c'était une époque où le piéton au bord d'une route risquait beaucoup moins de se faire rentrer dedans par une voiture. A présent ils ont inventé les "voies vertes". C'est à dire que le piéton n'y a plus aucune chance de se faire renverser par une voiture, mais en a trois fois plus de se faire heurter par un vélo !

J'étais, hier, sur une de ces "voies vertes", le long du lac de Neuchâtel, et j'ai voulu faire un petit décompte à la Rosny sous bois.
Je me suis posté à un endroit, et en trois minutes me sont passés devant....115 cyclistes !!! Plus quelques rollers ou autres planchistes.

Bref, je digresse là encore, je voulais vous parler de 1962. Où piqué au vif je dis à mon père que je serais capable de faire l'aller-retour. Soit 24 km sous un soleil de plomb.

L'aller se passa sas souci. Partis à 13h30, à 16h30 nous étions en bas, et mon père me fit alors faire un geste symbolique : Traverser le pont pour se retrouver en Lozère, ce département où, 16 ans auparavant il avait vécu les meilleurs moments de sa vie.

On s'attable quelques minutes dans le seul café-bar du coin, puis entreprenons de remonter.
Il était 17h et nous savions que le "rapide" de 17h49 allait passer, et croiser avec une micheline.

Effectivement, le 17h49 arrive, on voit le panache de fumée de très loin. A ce moment on doit se situer à 150 m au-dessus, et on voit ce train comme si c'était du modélisme ! Génial...

Du coup j'oublie la fatigue qui commençait à m'envahir.

Mais ensuite, plus de train, on quittait la vallée et on se retrouvait sur le plateau.
Les bornes défilaient, de plus en plus lentement :

Le Bouchet St Nicolas 5 km.

Le Bouchet St Nicolas 4 km.

Le Bouchet St Nicolas 3 km.

Et je commence à voir le clocher du village. Je suis presque au bout de mes forces, mais je tiens à terminer.

Le Bouchet St Nicolas 2 km.

Allez, j'ai fait le plus gros, pas le moment de flancher. Mon pote, tu as 11 ans, tu es bâti comme un moineau et pourtant tu as 22 km dans les pattes !

Le Bouchet St Nicolas 1 km.

Et là, au bord de la route, je vois un troupeau de vaches, avec son taureau agressif. Tout le monde l'appelle "le taureau de la mère Victoire", il a déjà coursé pas mal de touristes. Et moi, j'en ai la trouille de ce taureau-là.
Si bien que pour les derniers 500m, mon père me prendra sur ses épaules afin que je sois rassuré.

 

Mais, alors que je raconterai, année après année, ce que j'appelle un athentique exploit, ma mère me lancera "tu parles, tu as fait le retour sur les épaules de ton père !"

Depuis ce jour-là, je prends bien garde - sauf en cas d'épuisement extrême - de finir le travail que j'ai commencé, aussi dur soit-il.

Je vous embrasse.

08/08/2010

8 jours de repos !

Repos moral, car si effectivement je pars une semaine en Alsace, ce n'est pas pour arpenter le route du Vin ou la Route des crêtes mais pour bosser.

 

Et pas qu'un peu : lundi après-midi, mardi, mercredi, jeudi à Colmar, samedi et Dimanche à Strasbourg.

 

Sachant que les journées durent douze heures et commencent à 5h45, on comprendra que la chose n'apparaît pas si simple à priori.

 

Sauf que... pendant cette semaine-là, je vais quitter cette atmosphère "cartonnière" qui dure à présent depuis 5 semaines. Je ne vais pas faire de cartons, je ne vais pas rêver cartons, je vais complètement me changer les idées.

 

Et du coup rapporter une palanquée d'heures (41 soit 76-35) qui me permettront de faire un aller-retour de moins durant les 4 mois où je devrai faire la navette.


Et, autre élément négligeable, un certain nombre d'euros (environ 300) qui seront les bienvenus dans le contexte actel.

 

J'ai toujours préféré "payer d'avance", et je pense que physiquement je serai dans un pitoyable état dans 8 jours, mais moralement je serai nettement plus zen que maintenant.

 

J'ai l'adresse de quelques bons cybers là-bas, et je tâcherai de venir vous faire un petit coucou.

 

A bientôt.

 

11:26 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : soulagement