Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/09/2010

Première grosse épreuve : le service militaire (1972/73)

Les années passèrent, et je finis par rencontrer une jeune fille dont les parents ne me rejetaient pas. C'était en 1972, elle avait 16 ans et moi 21.

Très vite nous nous aperçûmes que nos étions rigoureusement les mêmes personnes, mais de sexe différent. Elle adorait faire du cyclomoteur, moi aussi. Elle adorait écouter les hit-parades tous les dimanches, moi aussi. Elle avait été un enfant " de remplacement", moi aussi.

A cette époque, j'avais enfin réussi à quitter Paris. Enfin, je le pensais.
Je me trouvais alors en montagne dans le Gard, au point le plus haut du département. Mon père, profitant de sa retraite toute neuve, vint passer quelque temps dans la vallée, qu'il trouva à son goût.
A tel point qu'il prit cette affectation "provisoire" comme étant définitive, et déménagea de paris, avec femme, bagage, et chat.

 

Mais pour décembre, autre chose m'attendait : le service militaire.

Je n'avais pas trop d'appréhension là-dessus, malgré tout ce qu'on m'en avait dit. Je savais que je pouvais dire adieu à ma longue chevelure, mais sinon, pour le reste, les "3 jours" que j'avais faits à Vincennes avaient fini par me convaincre que l'Armée n'était pas si terrible que ça, pourvu qu'on y aille la fleur au fusil. Qu'il suffisait de se plier à certaines règles et ne pas jouer les matamores. Se faire discret pendant un an.

Seul (et énorme) problème : la séparation d'avec ma petite fiancée Mireille.

Le 30 novembre au matin, je pris l'autocar qui devait m'amener à Sommières, puis un autre autocar qui lui me déposerait à Montpellier, de là je prendrais un train jusqu'à Toulouse, puis un autre jusqu'à Bordeaux, et enfin, un autre train de Bordeaux à Rochefort sur Mer où j'arrivai à 2h30 du matin. C'était l'heure normale !

C'est là que je compris que les permissions de moins de 72h ne me serviraient à rien, vu les 20 heures de voyage (19 dans l'autre sens : 2h30/20h56)


Il ne me fallut pas moins de 24h pour me rendre compte que j'avais pénétré en Enfer.

Qu'un appelé, en 1972, était traité comme un chien. Humilié, maltraité.


La journée type : lever à 5h avec un coup de sifflet strident (moi qui pensais au son du clairon...). Puis douche, mais pas le temps de se sécher. C'est donc mouillé que l'on s'alignait face au drapeau pour la cérémonie du matin. Je rappelle qu'on est en décembre.

Puis à 17h30, ces messieurs les engagés qui nous traînaient dans la boue (au sens propre) se transformaient en travailleurs ordinaires et prenaient leur petite voiture pour aller gentiment s'agglutiner dans les bouchons Rochefortais. je suis sûr qu'à la maison ils devaient être tendres comme des agneaux, bons pères et bons maris.

Enfin un moment pour souffler ? Erreur, car c'est là que le calvaire allait s'accentuer.
Ces engagés étaient remplacés par des Kapos. Oui, j'insiste sur ce mot, des soldats même pas de première classe, mais qui étaient plus anciens et faisaient fonction de caporal.

Avec ceux-là, pas de pitié à attendre. Les "FFC" comme on devait les nommer repéraient vite quels étaient les plus fragiles et ceux-là allaient déguster. Dans notre chambrée, ce fut un ingénieur de 26 ans qui fut pris pour tête de turc, et bien souvent je le vis pleurer... J'en verrai du reste pas mal des collègues sangloter.

Pas une larme en ce qui me concerna.
Car j'avais déjà disjoncté. Je ne me considérais plus comme un être humain parmi d'autres humains, mais comment dire... un zombie chez des fous.

7212.jpgOn voit du reste ma mine réjouie sur la photo, au premier rang à gauche de l'image...

Des fous, ils en fabriquaient à la pelle. Déjà en nous interdisant de sortir pendant 4 semaines ! Des garçons en pleine force de l'âge ...
Ne nous restait que l'alcool et le tabac (qui lui au contraire était encouragé !!) , même la branlette était impossible, car aucune porte ne fermait. Pour aller aux WC il fallait tenir la porte...

Ceux qui tombaient malades devaient s'inscire la veille pour une "visite médicale". Je mets des guillemets car c'était un élève aide-soignant qui faisait office de médecin-trieur (on avait du bol ils auraient pu prendre un charcutier) pour séparer ceux qui pourraient enfin recevoir des soins, et les autres, ceux qui ne lui semblaient pas malades. Ils repartaient alors sans avoir consulté, avec en prime un bon pour une, voire deux corvées.

Je pourrais en raconter baucoup des comme ça...

Et c'est alors que je me mis à écrire. A tour de bras. A ma fiancée, à mes parents.
Ma fiancée me reçut 5 sur 5, et il n'était pas rare que je reçoive deux, voire trois lettres par jour pour me réconforter. Des lettres roses ce qui faisait doucement rire mes compagnons d'infortune. Et qui n'arrangeait pas mon cas.

Je recevrai pendant ce mois de décembre une quarantaine de ces lettres, et... deux de mes parents. La première qui essayait de me "raisonner" du style "montre que tu es un homme, ne nous fais pas honte..." et une seconde où ils m'annonçaient qu'ils allaient déménager !

 Perte brutale de deux illusions.

Dans le fait que, d'une part, j'avais découvert que l'être humain pouvait être un fauve pour ses semblables, et surtout que mes parents se fichaient pas mal de ce qu'endurais.

Je tombai vraiment de très très haut....

"Petite" chute (par rapport à ce que j'allais subir dans ma vie) mais marquante.

 
Heureusement, les choses allaient petit à petit s'améliorer. Après les classes, je rejoignis la base la plus proche de mon domicile, c'est à dire Istres. Là-bas, le soleil aidant, ce n'était déjà plus pareil. Ce fini les "une-deux, une-deux", j'étais là pour bosser. Et dans ma branche.

Certes j'y perdais côté salaire, 32 francs mensuels (l'équivalent de 40 euros) au lieu de 2000. Mais j'y gagnais en liberté puisque mes collègues étaient des pères de famille comme tout le monde, avec un uniforme dessus qui ne leur déteignait pas (trop) sur le cerveau, rien à voir avec les cinglés Charentais...

Ces pères de famille ne rêvaient que de week-end, moi de liberté. Nous devions faire 45 heures par semaine à l'époque, le dimanche étant bonifié à 30%. C'est ainsi que je ferai leur week-end et que j'aurai la semaine de libre !
Semaine type : Journée le jeudi, après-midi du vendredi, matinée du samedi, nuit du samedi au dimanche, et après-midi du dimanche.  J'étais libre du dimanche soir au jeudi matin. Parfois je demandais à ce que les "tours" soient plus resserrés, avec deux nuits de suite, ce qui me faisait gagner un jour.

7311a.jpg

Bref, je n'étais pas malheureux, et c'est avec une légère déception que, le 1er septembre, je fus "muté" à Orange. Un peu plus loin de chez moi (135 km), mais entre le train et le stop, il me fallait parfois moins de deux heures...

 

Sur cette photo je fête le "père Cent", date où le nombre de jours à effectuer devanient inférieurs à 100.

On notera ma sveltesse, c'est vrai que côté bouffe, j'espère qu'ils ne servent pas le même rata à leurs professionnels, car d'une part il y aura des ruptures de contrat en masse, et aussi des organismes très affaiblis.

 

Mais cette vie militaire m'aura quand même énormément marqué.

Pendant trois ans, je ne pourrai m'empêcher de marcher au pas, et de sursauter au moindre képi ou à la moindre casquette.

Quand je pense que lors de ma première permission, j'ai salué un... contrôleur SNCF !!!
Vu qu'il fallait saluer tout ce qui portait autre chose qu'un calot sur la tête, j'étais déjà bien formaté !

 

On dit que le service militaire "fabrique des Hommes". Moi je dirai "ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, et les 93% qui réchappent de ce régime (oui je sais il reste 7% de pertes "autorisées") sont certes plus aptes à affronter les vicissitudes de la vie. Laquelle à côté de ce qu'ils auront vécu pendant 12 mois leur paraîtra de l'eau de rose.

Il y aussi le fameux "brassage" des jeunes gens, l'aristo du XVIème et l'agriculteur qui n'a jamais quitté son patelin. Là je répondrai que c'est comme les fruits : quand on mélange un fruit pourri à 10 autres sains, ce n'est pas le fruit pourri qui va devenir sain, mais l'inverse.

Moi j'aurai appris à boire, à boire des bières à la queue-leu-leu pour oublier où j'étais. Par chance, allergique au tabac je ne pouvais pas profiter des 10 paquets de clopes qui accompagnaient la "solde" en fin de mois.

Enfin, je trouve que priver des jeunes gens en pleine force de l'âge du sexe opposé pendant 4 semaines de suite est ni plus ni moins qu'aberrant.

Merci, Monsieur Chirac, d'avoir supprimé cette école du vice.

 

A bientôt pour de nouvelles aventures !

 

15:40 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : armée

27/08/2010

Destinée

Ma fille vient de décrocher un emploi. Elles étaient 200 à postuler, il y a eu une présélection de 15, puis de 3 (non ce n'est pas Miss France), et c'est elle qui a été prise.

C'est près de Dinard, si bien que pour avoir des trajets moins longs, elle et son copain ont décidé de s'établir à Dinan.
DSCN3101.JPGCertes on a vu pire comme lieu de villégiature, et pour ma part Dinan est la ville de Bretagne que je trouve la plus magnifique.

 

L'embêtant.... c'est que nous, nous sommes à Ouhans, à quelques 900 km de là.

Et cette fois, les situations risquent d'être figées, car quand elle parle de '"s'établir" ça veut dire acheter ou faire construire. Car son mec n'est pas con. Il sait que nous, les "beaux-parents" sommes ancrés en Franche-Comté, alors que notre fille n'a pas d'attaches en Bretagne, sauf sentimentales.
Là, il voit le CDI de sa nana, et du coup saute sur l'occasion pour établir un lien définitif entre notre fille et la Bretagne, quitte à faire lui-même un trajet de 40 km. Mais la situation est sauvée.

Mais, comme on dit dans certaines émissions de télé, comment en est-on arrivés là ?


La destinée. Les grands carrefours qui s'offrent à nous, dont on doit choisir une des routes, sans savoir où elles aboutissent.

Je peux dater de 1997 le fait que ma fille soit en Bretagne.

Et de 2004 celui que nous soyions dans le haut-Doubs.

Pour ce dernier lieu j'ai expliqué pourquoi dans une note récente (la chaleur excessive de l'été 2004 au Pays Basque, les vacances dans le Haut-Doubs en septembre, la quête d'un terrain en février, l'achat de ce terrain, la construction de la maison...)


En ce qui concerne ma fille à Dinan, cela vient donc de 1997. Mars 1997.

 

L'ambiance devenait irrespirable au boulot, et - pour des raisons que je vous donnerai dans quelque temps - je posai une mutation, après 11 ans de Lozère.

1er carrefour. J'avais le choix entre Lons Le Saunier (où je suis actuellement ) Briançon, Vannes, Belfort...

Ca a été Vannes. On m'avait dit qu'il y avait peu de chances que je l'aie, car cela dépendait... du succès d'un collègue de là-bas à un concours ! Qu'il tentait en pensant n'avoir aucune chance.

Il l'a eu.

Nous sommes allés en Bretagne.

Où ma fille s'est fait des connaissances, alors que moi je vivais un calvaire pas possible.

Bref, en 2003, nous sommes mutés à Biarritz.
Notre fille suit, mais de mauvaise grâce. Car parmi les connaissances qu'elle s'était faites se trouvait un certain Max. Avec qui elle "sortait" depuis 2 ans.

L'année scolaire 2003/2004 fut pourrie à cause de ça, notre fille ne parlant que de revenir en Bretagne.

Elle décroche son bac de justesse, puis s'inscrit - en douce - à la fac de Rennes.


Mais, second carrefour, en décembre 2004, alors que je suis avec elle pour quelques jours à Paris, elle nous annonce que :

1) les études, finalement c'est pas ça.
2) la Bretagne c'est bien mais nous lui manquons.
3) c'est fini avec Max.

Donc elle nous revient au bercail, un mois à Rennes pour faire illusion à la fac, un mois avec nous.

C'est tous les trois que nous craquons pour le petit village du haut-Doubs. Surtout elle.

Mais, troisième carrefour,  en mars elle tombe amoureuse d'un Rennais. Lequel ira à Lamballe, et notre fille le suivra.

Et enfin, quatrième carrefour, elle trouve un emploi stable. Si par exemple on lui aurait proposé un CDI à Paris voire à Lyon, je ne pense pas qu'elle l'ait refusée.

Voilà pourquoi les 900 km.

En fait, tout cela a dépendu non pas de nous, mais

1) de la réussite ou non à un concours pour un collègue.

2) de sa réussite dans les études supérieures.

3) de la rencontre de son copain actuel.

4) de son futur patron ( et donc de l'échec des postulantes).


Je pourrais faire un schéma de tout ça, mais dans un blog ce n'est pas très facile.

Mais plein de combinaisons sont possibles :

- échec du collègue -> nous mutés ailleurs -> notre fille ne connaîtra donc pas la Bretagne, et risquera fort de sortir avec un Briançonnais, ou un Jurassien, un Belfortain... Et donc de s'établir là où j'aurais été muté.

- réussite du collègue, échec des études de notre fille, mais pas de nouveau copain Breton, donc des chances qu'elle nous suive un peu plus ( sans jouer les Tanguy) et qu'elle arrive par atterrir ailleurs.

- Notre fille à Lamballe mais décrochant un super job ailleurs (ce qu'au fond de moi j'espérais).


Notre pouvoir décisionnaire - tant celui de notre fille que nous ses parents - est donc très limité..
CQFD !


Heureusement bientôt il y aura le TGV Rhin-Rhône !!

 

Je vous embrasse.

18:20 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : destinée

26/08/2010

Blog et journal intime

Si éloignés mais si différents...

La démarche est pourtant la même, on écrit les pages de sa vie. Soit au jour le jour, soit avec un certain recul.

Mais la grande différence, c'est les lecteurs.

C'est à dire que sur un journal on peut se laisser aller, jusqu'à écrire n'importe quoi. Le narrateur trouvera forcément ça bien, puisque personne ne peut par définition lui dire le contraire.

Alors que sur un blog, c'est différent. On ne peut pas écrire n'importe quoi.

Les lecteurs, aussitôt, feront comprendre au bloggueur qu'il a en quelque sorte franchi la ligne blanche.

Soit par mail, soit en commentaire, soit directement par... leur silence.

Et le narrateur pourra donc "rectifier", c'est à dire modifier ou effacer la note litigieuse.

 

J'en connais qui pourront me dire "mais qu'est-ce que t'en as à faire, c'est TON blog, tu peux y écrire ce que tu veux..."

Objection votre Honneur. d'abord sur un blog on n'"écrit" pas, on publie.
On publie dans l'espoir d'être lu.

Ceux qui partent du principe qu'ils peuvent, vu que c'est "leur" espace, se permettre d'écrire n'importe quoi sans se soucier de ce que pourra penser celui ou celle qui lit, à ceux-là je leur conseillerai d'aller dans une papeterie, d'acheter un cahier de 100 pages - voire plus - et un stylo.

Là effectivement ils pourront écrire ce qu'ils veulent.

Je vous embrasse.

21:04 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : blog, journal intime

25/08/2010

Pourquoi j'ai fait exprès de redoubler ma troisième (1964/1965)

 

Et oui... j'ai vraiment fait exprès de redoubler ma troisième !


Avant de crier "au fou", je vais expliquer ici pourquoi, et je pense que pas mal auraient fait autant à ma place.

Comme beaucoup de natifs de janvier, en cette année 1964/1965, j'avais une année d'avance. Et comme ma croissance était elle, plutôt en retard, j'étais, moi, petite chose de 13 ans et demie et d'un mètre 45 au beau milieu de de mastards d'1m75.

Ces "vieux" de 14/15 ans, voire 16, ne faisaient pas partie de mon monde. Mon monde à moi, c'était les billes, Pagnol, le Club des 5 et Astérix, le leur c'était de se vanter de "sauter les femmes mariées" ou bien alors la politique.

Si nos mondes s'étaient contentés de se côtoyer sans histoire, il n'y aurait pas eu trop de problème. Mais hélas ces mastards m'ont vite pris comme souffre-douleur, et leur plus grand plaisir était de m"humilier (par exemple me faire lécher les urinoirs - authentique !) voire me violenter. Le "t'are ta gueule à la récré, j'ai su très tôt ce que ça voulait dire...

Bien entendu il était hors de question que je parle de ça à la maison. Mon père me disait souvent "qu'il fallait que je montre en toutes circonstances que j'étais un homme", ce genre de connerie que tant de générations de mecs ont entendu, jusqu'à il n'y a pas si longtemps...

 

En novembre, premier'espoir. Mon père avait la possibilité de quitter Paris pour prendre le poste de DRH d'une usine près de Brest.

Brest, je venais d'y passer un mois inoubliable (malgré qu'on m'y avait un peu roulé dans la farine) et je frémissais de joie à l'idée de partir là-bas. Mais ma mère n'était pas chaude du tout. 18 ans auparavant elle avait pleuré toutes les larmes de son corps quand elle avait été obligée de venir vivre dans la Capitale, à présent il était hors de question de quitter "son" Paris où elle avait fait plus que son trou.

Mon père - on l'a vu - avait aussi de "bonnes raisons" pour se faire muter à Brest !

Mais quoi qu'il en soit, rien n'y a fait, ma mère s'est montrée intraitable sur ce coup-là, moi je lui disais ne pas comprendre pourquoi refuser d'habiter une ville blanche (Brest venait tout juste d'être reconstruite)

brest.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

au bord de la mer pour rester dans une ville sale et grise (les monuments et immeubles n'avaient pas été encore ravalés, même Notre-Dame était noire..)

st germain.jpg


Occasion perdue de quitter une ville dans laquelle je me plaisais de moins en moins, et de fuir tout ce que j'endurais au lycée. Avec le recul, je pense que si ma maman avait été au courant de ce que je subissais, on y serait partis.

Puis arrivent les vacances de Noël. Toujours en Bretagne, cette fois c'est à Lorient que ça se passe.
J'ai évoqué ces Noëls "magiques" dans ma note d'hier, ces Noëls qui me permettaient de souffler. Cette parenthèse Lorientaise tant attendue, et si vite passée.

Et un soir là-bas, au cours du dîner (sans doute lui avait-on donné la consigne !) mon oncle-parrain me parle de mes résultats scolaires en chute libre, moi qui avais été 5 fois prix d'excellence en primaire et patati et patata...
Et il prend soudain un ton confidentiel pour me dire "tu sais que tes parents ont l'intention de te mettre en pension à Lorient si tu ne travailles pas mieux ?"

Intrigué, je pose alors des questions très précises. Sur par exemple, les week-ends. Aurais-je le droit de sortir les week-ends ? J'étais, à cette époque, en pleine lecture de Pagnol...

Mon parrain qui ne devait pas s'attendre à ce genre de question me répond que oui, que la pension n'est pas la prison, juste une école où l'on dort sur place. Et il rajoute (là il en a fait trop) que "ce n'était d'ailleurs pas si mal que ça"...
Je passai le reste de mes vacances à le cuisiner, à savoir si c'était du lard ou du cochon.

Il apparaissait que ce n'était pas de l'intox, mais une vraie info, mes parents avaient déjà pris des renseignements.
Sur le quai de la gare, mon parrain me dit :
"Réfléchis bien..."


Tu parles si c'était réfléchi ! Je ne faisais que ça depuis la première conversation à ce sujet...

D'un côté j'avais le calvaire à Paris, où je n'avais aucun ami - à l'époque - et où je ne me plaisais pas. Avec en prime les disputes continuelles entre ma mère et mon père, qui parfois prenaient des tournures...sévères.
De l'autre, plus de disputes, plus de calvaire, j'étais près de mes cousins que j'aimais tant et dans une ville (Lorient) qui était pour moi la plus belle du monde à l'époque !

Alors, j'arrêtai de bosser, net.

Je commençai par le latin, et je pouvais - enfin - éviter de me coucher à 2h les mardis matins pour essayer de déchiffrer des versions où je n'espérais pas plus de 5/20.

Idem pour les maths, bye bye ces histoires de théorêmes de Thalès ou de Pythagore, ces droites D qui ne se rejoignaient jamais, même pas une fois pour me faire plaisir, ces bissectrices B qui faisaient toujours un angle alpha (jamais bêta !) avec les droites précitées...

Stop aussi pour l'histoire, où je ne comprenais rien à ces histoires de Girondins et de Montagnards, qui avaient commencé à couper la tête aux nobles pour ensuite se la couper entre eux !
Ce n'est qu'en langues que je maintiendrai un niveau disons moyen.

Le résultat ne s'est pas fait attendre. Ma moyenne générale, qui se baladait péniblement entre 11 et 12, descendit en un mois à près de 8/20 !
Puis à 6 le mois d'après...

J'eus droit à un "avertissement" et je fus convoqué chez le Surgo comme on disait à l'époque (le Surveillant Général), premier échelon de la déchéance lycéenne avant le Censeur et le Proviseur.

Bien entendu, pas question de lui révéler les motifs exacts de cette descente vertigineuse et dûment programmée !
Mais quand mes parents commencèrent à évoquer la fameuse pension c'est le sourire aux lèvres que je leur demandai quand j'y partais !


Ce jour-là je crois qu'ils ont beaucoup appris sur leur fils et ce qu'il vivait.

 

Et moi sur mes parents. Car de pension - et encore moins en Bretagne - il n'en avait jamais été question "sérieusement" !

Oui ils avaient écrit pour avoir de la doc. Mais c'était juste une menace dont ils ne doutaient pas un seul instant de son efficacité !


C'est presque un "conseil de famille" qui se déroula après, une grande discussion où je mis tout sur la table : De mon ras-le bol de Paris, de leurs disputes incessantes, de l'envie de voir des jeunes de mon âge, et dont je serai un camarade de jeux plus qu'un punching-ball !

Ils me comprirent, mais c'était désormais trop tard pour moi pour que je puisse accéder à la classe de seconde. Et à Louis-Le Grand en plus, puisque c'était la "suite" logique de Montaigne.
Mais je mis quand même un point d'honneur à avoir mon BEPC !

L'histoire finira bien, parce l'année d'après, avec 25 cm de plus, je compterai parmi les plus grands de ma classe (!) et je mettrai un autre point d'honneur, avec mon "nouveau meilleur ami" de l'époque, François, celui de jouer les "zorro de récré". C'est à dire faire le boulot des pions, intervenir à chaque fois qu'un 3ème ou un 4ème martyrisait dans un coin un 5ème ou un 6ème, et lui montrer "à notre façon" peut-être pas très orthodoxe ce que ça faisait...

J'ai même eu (encore) un avertissement pour ça, pour avoir corrigé un mec - plus grand que moi, comme toujours - qui s'était amusé à torturer une petite nana de 5ème.

Un avertissement que... j'avais fait encadrer tant j'en étais fier, et qui n'a pas résisté au Big déménagement surprise de 1972, lequel verra disparaître la moitié de mes souvenirs. Faudra que j'en fasse une note !

Je vous embrasse.

18:07 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : bizutage

24/08/2010

Mes noëls magiques (1963/1971)

On continue sur l'enfance.  Ne pas avoir de frère ni de soeur à mes côtés était mon souci principal. Mais il est une période où ça passe nettement moins bien que d'habitude : Les fêtes.

Voilà ce que j'aurais voulu :

noel_lutins_2003.jpg Mais hélas, je devais me résoudre à passer ce jour, merveilleux pour un enfant, tout seul.
Enfin, disons avec mes parents...

Le Noël de mes 8 ans fut le premier qui "dépassa" un peu les autres.
Grâce à un lointain cousin (du 15 ème ou 20 ème degré !) qui se prénommait Raymond, nous passâmes la soirée du 24 décembre 1958 à nous balader dans Paris illuminé, pour finir au cinéma St Michel afin de visionner le dernier film de Jacques Tati, mon oncle. La tournée des grands ducs !

Aujourd'hui encore, 51 ans après (!!), me surgissent plein d'images quand j'entends la musique-thème de ce film...

Mes parents avaient remarqué ce changement d'humeur, chez moi, lors de ce premier noël "pas comme les autres". J'ai déjà parlé ici de l'ambiance qui régnait chez nous, dans notre taudis . C'était la dèche de chez dèche chez nous. Du vrai Zola...

Mais je serai toujours reconnaissant à mes parents de toujours me couvrir de cadeaux exceptionnels à cette occasion. Comme s'ils voulaient se faire pardonner le cadre dans lequel la Vie les avaient obligés à me faire grandir...

Cette année-là, pas trop de cadeaux mirobolants, mais en revanche la présence de ce cousin dont je n'avais jamais entendu parler auparavant, et qui mettait un peu de vie dans nos treize mètres carrés.

 

Ce fut deux ans après qu'ils comprirent vraiment le "mal" dont je souffrais.

Noël 1960 compte - malgré une horrible migraine - parmi mes plus beaux souvenirs.

Non, ce ne fut pas dans la neige de Gstaad ou les palmiers de Tahiti que je passai cette soirée du 24 décembre.
Mais dans une "tour" d'Epinay sur Seine (ce qu'on nomme à présent "les cités") où, avec des amis de mes parents, et surtout leur fils unique de mon âge, Daniel, je découvrais ce que pouvaient être, comme disait ma mère, "les noëls de là-bas".
"Là-bas", c'était la Tunisie, où ma mère "pied-noire" avait vécu sa jeunesse.
Et dont moi je ne connaissais strictement rien. Je suis né dans la grisaille; et j'ai grandi dans la grisaille.

Bref, j'imagine le décalage entre un Noël d'Afrique du Nord et un Noël rue de Buci...
Ma chance, c'est que j'ignorais à quel point il pouvait être énorme, ce décalage.
Mes parents, non...

Noël 61 fut le pire. Notre dèche était devenue presque inextricable, du coup l'ambiance était des plus horribles, et si je pleurai beaucoup ce soir-là, ce n'est pas à cause de la miséreuse machine à écrire en plastoc à 10 F que j'avais eue en cadeau, mais parce que je commençais à sortir de l'enfance, à comprendre certaines choses sur les "grandes personnes" qui n'étaient finalement pas si bien loties que nous, gamins, pouvions l'imaginer.

En 62, ce fut presque l'inverse. Mon père avait réussi à obtenir un prêt qu'il attendait depuis des années, et du coup il nous avait "couvert d'or".

La Télé, en novembre, qui devait complètement bouleverser ma vie.
Et côté cadeaux, un "circuit 24" et un Monopoly, sans nul doute les plus beaux cadeaux que je recevrai de mon enfance.


Mais après ?
Télé ou pas télé, nous n'étions toujours que trois devant ce fichu sapin...

1963 fut l'année du chamboulement.

Cet automne-là, je déprimais encore plus que d'habitude. Plusieurs raisons à cela : D'abord j'étais le "petit chose" dans une classe trop haute pour moi. 12 ans en quatrième, quand on mesure 1m30, c'est pas top...Et donc bonjour les brimades.

Egalement je venais de faire la connaissance d'une petite fille avec qui je m'entendais à merveille, et mon père m'interdisait de lui écrire. Il avait sans doute ses raisons (voir note "Marité ma soeur volée" "marite-ma-soeur-volee-1963.html ) mais pour moi c'était profondément injuste.


A tel point qu'à partir de la Toussaint, je refusai de m'alimenter !

Alors il fut décidé que dorénavant, je passerais mes Noëls à Lorient, chez la soeur de ma mère.
Elle ne m'aimait pas, me le faisait bien sentir, j'imagine le forcing que ma maman a dû faire pour parvenir à ses fins !

Ma tante avait une fille - ma cousine germaine donc - laquelle avait à l'époque 4 enfants, dont un de mon âge, dont j'avais fait la connaissance un an et demie avant, et que je considérais comme mon frère cadet (celui que je n'ai jamais eu). Lui de son côté me considérait comme l'aîné qu'il avait toujours voulu avoir. Ca ne pouvait pas mieux tomber.

Et c'est pour ça qu'à partir de cette année 1963, je pus passer "les fêtes en famille", comme si j'avais été l'aîné d'une belle fratrie, le réveillon étant un VRAI réveillon, avec une VRAIE cheminée devant laquelle tous les enfants déposaient leurs souliers.
Avec un VRAI Père Noël, qui, par magie, déposait les cadeaux pendant que nous les gosses étions profondément endormis.
Cadeaux que nous découvrions émerveillés le lendemain matin...

Même si moi (billet de train et prix de la pension obligeaient)  je n'avais pas grand-chose, je m'en fichais. mon plus beau cadeau, c'était eux...

Ces Noëls se perpétueront jusqu'en 1971. Le gamin de 12 ans laissera la place au lycéen tourmenté, à l'amoureux transi, à l'étudiant déçu, et au "travailleur" que j'ai fini par devenir.

Pour Noël 1971 - le dernier de ces Noëls - , gagnant désormais (et très bien) ma vie, je mettrai un point d'honneur à faire des  cadeaux "somptueux" à tous ceux qui, pendant les années précédentes m'avaient tellement apporté à cette période de l'année si délicate pour moi. Mon "mois" y était passé, mais aucune importance, je me régalais de les voir si contents.

 

Et mes parents dans tout ça ?

S'ils n'étaient pas morts tous les deux, je n'aurais pas pu faire cette note. Du moins de cette façon.

Sur le moment je ne m'en suis pas rendu compte, mais j'imagine maintenant à quel point ils ont dû souffrir à chaque soirée du 24 décembre qu'ils passaient tout seuls...
Je sais maintenant ce que le mot abnégation signifie.

Fort heureusement, il m'en restait plein des Noëls à passer avec eux.
Notamment le plus beau, celui de 1984, avec leur merveille de petite-fille qui venait tout juste de naître. Le plus grand cadeau qu'ait pu avoir ma mère.

 

A bientôt

22/08/2010

Mon épouse devient raisonnable

Une note qui va faire plaisir à Evelyne, alias "alibibi" dans un autre monde.

 

Certes mon épouse continue de faire ses crises. Environ 1 par an.

Mais son comportement n'est pas le même depuis quelque temps.

 

- D'abord pendant son hospitalisation : elle accepte désormais de s'y faire soigner le temps qu'il faut.
Voici quelques années, dès qu'elle reprenait plus ou moins ses esprits c'était pour dire "bon, je m'en vais"...

Une exception cependant, le CHU Charles Nicolle deRouen, où, 4 heures après son arrivée (il était une heure du matin), ON lui a dit "bon, VOUS vous en allez"... Si je commence à apprécier les franc-Comtois, mon idée est toujours la même depuis 1985 sur les Normands.

Bref, l'avant-dernière fois, elle a accepté de rester la semaine à l'hôpital de Lons le Saunier, alors que notre fille était là.

 

Idem cettte fois à Pontarlier. Lundi dernier, c'était même à moi de décider du jour de sa sortie!!
C'est vrai qu'elle avait fait un léger coma, mais c'est la première fois où je ne la vois pas faire ses caprices pour sortir...

 

Mais mieux encore.
C'est au sujet de la conduite.

Bien sûr, l'interne qui a signé le bon de conduite a martelé - comme ses collègues des autres hopitaux -  "CONDUITE STRICTEMENT INTERDITE".


Les autres fois, 48h après - voire moins - elle reprenait le volant.

Pas cette fois.

C'est vrai qu'elle a dû enfin réaliser que c'était une question même pas de minutes mais de secondes. On l'a trouvée dans sa voiture, prête à partir, et sans doute qu'elle a senti venir la crise, et a préféré attendre que ça se passe (comme 3 crises sur 4).

Mais si elle avait passé outre ? Si malgré tout, ne se sentant pas bien, elle avait décidé de mettre le contact, et de démarrer ? Cela aurait été la cata. Dieu sait où l'accident aurait eu lieu, et dans quelles circonstances.


On m'a conseillé de lui retirer les clés de sa voiture afin de parer à toute éventualité. Ceux qui m'ont conseillé ça ne la connaissent apparemment pas, car ça aurait été je crois une des raisons pour qu'elle reprenne le volant, ne supportant pas d'être, comme elle dit, "en cage".

J'ai fait mieux. me souvenant de mes deux mésaventures de lundi (batterie morte, bonjour pour trouver de l'aide), j'ai tout simplement allumé le plafonnier de sa voiture ! De telle sorte que la batterie se décharge à nouveau :))


Mais cela s'est révélé inutile. Depuis sa sortie de l'hôpital, elle ne manifeste aucune envie de reprendre le volant.

Mon épouse se responsabilise, et c'est tant mieux !

 

Je vous embrasse.

12:44 Publié dans psy | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : hôpital, épilepsie

20/08/2010

Le choriste II (1964)

Voici quelques semaines, j'écrivais une note ( souvenirs-d-enfance-le-choriste.html ) sur une chorale guindée dont j'avais fait partie à la fin des années 50 et au début des sixties.

Pour résumer, j'étais soliste (presque malgré moi) dans une chorale qui alait devenir célèbre et qui, par conséquent, ne pourrait pas intégrer - surtout à la première place - un gosse de pauvres. Et donc, le premier prétexte fut bon pour me virer. Ce qui ne me dérangea pas trop, ayant autre chose à faire que me pavaner en aube les dimanches matin à la grand-messe de St Germain des Prés.

Au printemps 1964, je n'avais toujours pas mué. Et cette fois, c'est au lycée (à l'époque le lycée commençait dès la 6ème - voir Pagnol !) que se monta une chorale, qui devait faire beaucoup moins de bruit.

Les répétitions se faisaient chez un camarade, rue Guynemer, à quelques mètres de chez les Mitterrand.

Je fus là encore bombardé soliste, mais l'ambiance était nettement plus cool. Cette fois ce n'était pas une affaire de parents, mais un truc qui venait des gamins eux-mêmes, sous l'égide de l'aumônier du lycée.

 Je ne ferai qu'un seul concert.

A Garches, à l'hôpital Poincaré, devant un parterre de jeunes en fauteuil.

Rien à voir avec les demoiselles de St Germain des Prés....

Autant j'étais "cool" pour ma première "carrière", pas impressionné du tout devant la salle Gaveau, autant là j'étais tendu. Nous nous devions - et moi avec - de donner le maximum à ces jeunes qui ne méritaient pas leur sort.

Honte à moi, je ne me rappelle plus du répertoire qu'on leur offrit, mais en revanche, je me rappelle m'en être assez bien sorti, malgré un malaise persistant.

Ce dont je me souviens en revanche, c'est que en descendant de la scène, une petite fille en fauteuil me tendit la main et me dit "merci".

Je lui rendis son "merci", lui fis la bise, et sans attendre les autres, je me suis enfui. Vers la gare, où j'ai pris le train de St Lazare, puis le métro sans desserrer les dents, jusqu'à chez moi, où toujours sans un mot je fonçai dans ma chambre.

Et là, enfermé à double tour, je me mis à pleurer à chaudes larmes, pendant plus d'une heure.

 

Je ne suis plus jamais retourné dans cette chorale.

18/08/2010

Le coup du taureau (1962)

Tout à l'heure j'ai entamé l'escalier qui contourne la maison. Il y a un dénivelé d'un mètre cinquante que je songe rattraper par trois marches.

Sans rien dire à personne, j'ai entamé la première marche. J'ai creusé trou d'environ 25 cm dans lequel j'ai placé une dalle.

Ma chère et tendre, sans doute attirée par le bruit de la pelle, inhabituel cet après-midi, vient se rendre compte de ce que j'étais en train de faire.

Mine de rien, ça l'a soufflée un peu de voir ce premier résultat, mais sa première question fut celle-là :

"qui t'a dit de faire ça ?"

Je lui ai répondu du tac au tac : "la même personne qui t'a dit de planter 23 arbres dans le jardin".

Elle encaisse, puis voyant que je commençais à peiner, me dit "passe-moi cette pelle".

Je lui réponds que pas question, que ces escaliers c'est moi qui, depuis 6 ans, avait parlé de les faire, et que je ne tenais pas à ce qu'on la voie manier la pelle tandis que son feignant de mari était en train de draguer sur l'ordinateur, alors que c'était le dit mari qui en avait fait le plus gros.

Je lui ai même dit un truc qu'elle ne risquait pas de comprendre : "le coup du taureau, en 62, ça m'a suffi!"

 

Le coup du taureau ?

C'est un jour d'août 1962 où mon père avait décidé d'aller à pied dans la vallée de l'Allier. Et retour. Distante de 12 km, avec un dénivelé de 500m.

Mon père adorait marcher à pied, c'était une époque où le piéton au bord d'une route risquait beaucoup moins de se faire rentrer dedans par une voiture. A présent ils ont inventé les "voies vertes". C'est à dire que le piéton n'y a plus aucune chance de se faire renverser par une voiture, mais en a trois fois plus de se faire heurter par un vélo !

J'étais, hier, sur une de ces "voies vertes", le long du lac de Neuchâtel, et j'ai voulu faire un petit décompte à la Rosny sous bois.
Je me suis posté à un endroit, et en trois minutes me sont passés devant....115 cyclistes !!! Plus quelques rollers ou autres planchistes.

Bref, je digresse là encore, je voulais vous parler de 1962. Où piqué au vif je dis à mon père que je serais capable de faire l'aller-retour. Soit 24 km sous un soleil de plomb.

L'aller se passa sas souci. Partis à 13h30, à 16h30 nous étions en bas, et mon père me fit alors faire un geste symbolique : Traverser le pont pour se retrouver en Lozère, ce département où, 16 ans auparavant il avait vécu les meilleurs moments de sa vie. Nous ignorions que, 25 ans après, ce serait à mon tour...

On s'attable quelques minutes dans le seul café-bar du coin, puis entreprenons de remonter.
Il était 17h et nous savions que le "rapide" de 17h49 allait passer, et croiser avec une micheline.

Effectivement, le 17h49 arrive, on voit le panache de fumée de très loin. A ce moment on doit se situer à 150 m au-dessus, et on voit ce train comme si c'était du modélisme ! Génial...

Du coup j'oublie la fatigue qui commençait à m'envahir.

Mais ensuite, plus de train, on quittait la vallée et on se retrouvait sur le plateau.
Les bornes défilaient, de plus en plus lentement./

Le Bouchet St Nicolas 5 km.

Le Bouchet St Nicolas 4 km.

Le Bouchet St Nicolas 3 km.

Et je commence à voir le clocher du village. Je suis presque au bout de mes forces, mais je tiens à terminer.

Le Bouchet St Nicolas 2 km.

Allez, j'ai fait le plus gros, pas le moment de flancher. Mon pote, tu as 11 ans, tu es bâti comme un moineau et pourtant tu as 22 km dans les pattes !

Le Bouchet St Nicolas 1 km.

Et là, au bord de la route, je vois un troupeau de vaches, avec son taureau agressif. Tout le monde l'appelle "le taureau de la mère Victoire", il a déjà coursé pas mal de touristes. Et moi, j'en ai la trouille de ce taureau-là.
Si bien que pour les derniers 500m, mon père me prendra sur ses épaules afin que je sois rassuré.

 

Mais, alors que je raconterai, année après année, ce que j'appelle un athentique exploit, ma mère me lancera "tu parles, tu as fait le retour sur les épaules de ton père !"

Depuis ce jour-là, je prends bien garde - sauf en cas d'épuisement extrême - de finir le travail que j'ai commencé, aussi dur soit-il.

Je vous embrasse.

14:53 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (0)

08/08/2010

8 jours de repos !

Repos moral, car si effectivement je pars une semaine en Alsace, ce n'est pas pour arpenter le route du Vin ou la Route des crêtes mais pour bosser.

 

Et pas qu'un peu : lundi après-midi, mardi, mercredi, jeudi à Colmar, samedi et Dimanche à Strasbourg.

 

Sachant que les journées durent douze heures et commencent à 5h45, on comprendra que la chose n'apparaît pas si simple à priori.

 

Sauf que... pendant cette semaine-là, je vais quitter cette atmosphère "cartonnière" qui dure à présent depuis 5 semaines. Je ne vais pas faire de cartons, je ne vais pas rêver cartons, je vais complètement me changer les idées.

 

Et du coup rapporter une palanquée d'heures (41 soit 76-35) qui me permettront de faire un aller-retour de moins durant les 4 mois où je devrai faire la navette.


Et, autre élément négligeable, un certain nombre d'euros (environ 300) qui seront les bienvenus dans le contexte actel.

 

J'ai toujours préféré "payer d'avance", et je pense que physiquement je serai dans un pitoyable état dans 8 jours, mais moralement je serai nettement plus zen que maintenant.

 

J'ai l'adresse de quelques bons cybers là-bas, et je tâcherai de venir vous faire un petit coucou.

 

A bientôt.

 

11:26 Publié dans moi, psy | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : soulagement

07/08/2010

La désillusion de Marseille (1960)

Cette année-là, celle où avec grande difficulté nous avions changé de monnaie, mon père avait décidé que nous passerions les deux mois d’été dans le midi. Juillet avec lui chez son frère à Marseille, et Août dans leur maison de campagne à Trets, près d’Aix. J’étais heureux parce que d’une part, j’allais connaître enfin ce fameux Marseille dont mon père (qui y était né) me rebattait constamment les oreilles, et d’autre part faire la connaissance de mes deux cousins germains.

En plus, cerise sur le gâteau, nous devions aller à Marseille par un des plus prestigieux des trains de nuit, le “ Phocéen ”, direct jusqu’à Avignon, et qui ne mettait que 9 heures. Je signale au passage que les trains de nuit actuels Paris-Marseille ne font guère mieux ! Il s’arrêtait seulement à Avignon, obligé car il devait changer de loco, la ligne électrifiée ne dépassant pas la cité des Papes. J'étais tellement exité que je demandais à mon père chaque samedi soir de m’amener à la gare de Lyon pour voir partir ce prestigieux “ Phocéen ”. Et je comptais les semaines....

Et le jour “ J ” finit quand même par arriver. Nous prenons le bus 63 pour la gare de Lyon, et à 21h nous sommes sur le quai, une heure à l’avance. Magique ! Pour moi l’ambiance des départs et voyages de nuit a toujours été magique.

Pour un amoureux des trains comme moi, ce n’est maintenant que dans les trains de nuit qu’on peut avoir encore quelques sensations, sentir l’odeur “ SNCF ”, écouter - de plus en plus atténué, hélas - le bruit des roues sur les rails..... A présent dans les “ grandes lignes ” on ne trouve que des avions sur rails (les TGV) ou des TER qui ressemblent plus à des autocars sur rail qu’à autre chose.

Mais je digresse.

Le train s’ébranle à 22 heures pétantes. Je ne vous mentirai pas en vous disant que je ne trouve pas le sommeil tout de suite. Je vois défiler les petites gares. Petites, car contrairement à Paris-Limoges, sur 315 km on ne trouve aucune ville (à part Melun mais c’est la banlieue). Il faut attendre Dijon. Alors que Paris-Limoges en est truffée, de villes: Orléans, Vierzon, Châteauroux...

J’ai dû m’assoupir aux environ de Sens. Et ne me réveillai qu’en passant avec fracas dans une grande gare, dont j’aperçus défiler les panneaux: “ Valence ”.

Valence. J’étais calé en géo, et je situais parfaitement où je me trouvais. Jamais je n’avais été si bas dans le sud (du moins depuis 1953..). Il faisait encore nuit, mais je décidai de profiter du paysage (si j’ose dire) jusqu’au bout, et pendant que mes parents ronflaient dans leur couchette (j’ avais dormi dans celle de ma mère, avec elle) je restai le nez collé à la vitre. Le jour se leva peu à peu, et le convoi se mit à freiner. C’était Avignon. Il était un peu moins de 6 heures du matin. Mes parents émergèrent et mon père à son tour mit son nez à la fenêtre. Il revoyait “ sa ” Provence natale.

Qui n’était pas belle dans un premier temps. D’abord le désert, sur des dizaines de kilomètres, puis des usines. Et soudain je poussai un cri: “ La mer ”.
- Non ! ” répliqua mon père. pas encore.
- Mais enfin, cette étendue d’eau dont on ne voit pas la fin, c’est bien la mer ?
- Non, ça s’appelle l’Etang de Berre.. ”

Et oui, c’est vrai, j’aurais dû m’en rappeler, je l’ai pourtant souvent dessiné le pourtour de cet étang ! Et mon père m’indiqua que la mer, la vraie, je la verrai après un long, long tunnel.

Pour être long, il était long. On n’en voyait pas le bout ! Mais quand on en sortit...

Bonne Mère!

Là l’expression prend tout son sens, car Notre-Dame de la Garde est ce que j’ai vu en premier, éclairée par les premiers rayons du soleil. En bas s’étalait Marseille, immense. Et puis effectivement la mer. Vision féérique de carte postale.


L’été se promettait idyllique, encore plus - fallait le faire - que le précédent.


En fait le bilan allait être plus mitigé. Je suis c’est vrai tombé instantanément amoureux de Marseille, un Marseille de 1960 qui n'avait pas changé d'un pouce par rapport à celui de Marius, Fanny et César.

7 heures et des poussières, le “ Phocéen ” s’immobilise en Gare St Charles. Sur le quai nous attend la tante Mimie, qui nous emmène chez elle.

Pas très grand, chez eux. Ils ont l’eau courante, ce à quoi je m’attendais, mais....avec un gros appareil qui sert à la filtrer ! Pas potable paraît-il....Une micro-cuisine, guère plus grande que la nôtre, la salle à manger, qui allait devenir notre provisoire chambre à coucher, la chambre de mes deux cousins Hubert et Yves, celle des parents, la salle d’eau et les WC. Les fenêtres donnaient sur des cours, si on ne savait pas qu’on était à Marseille on se serait presque cru à Paris.

Pas pour longtemps. Car déjà, à 10 heures du matin une chaleur étouffante commençait à se faire sentir.  Ce qui répondit à ma question: “pourquoi les volets sont toujours fermés ? ” chose impensable à Paris. Les volets mais pas les fenêtres et on entendait des voix d’un peu partout, dex voix de femmes surtout avec l’accent chantant:

“ Oh Boudiii, tu vas la fai-reu gueuler lonnntamps ta radio?

- Je la feu-rai gueuler tout le tann que ça me channnteura, peuchèreu ! ”

Tout un monde nouveau et pittoresque à quelques heures de train de la Capitale.

Je fis donc la connaissance de mes deux cousins germains. Ce fut pour moi l’occasion d’apprendre deux choses: la première c’était l’expression “ Parigot tête de veau, Parisien tête de chien ”.

A 9 ans, j’avais pourtant roulé ma bosse: Limoges, Bordeaux, le Gers, Lourdes, la Corrèze, la Somme. JAMAIS on ne m’avait sorti ce petit refrain. Ce qui en découla la deuxième chose: les Marseillais ne pouvaient pas sentir les Parisiens.

Pourquoi ? Je ne le sais toujours pas. Ils avaient pourtant tout ce qu’on pouvait désirer: une ville attachante, la mer, les collines, un ciel toujours bleu, des parfums envivrants....Nous les pauvres Parisiens devions faire une belle trotte pour voir la mer, et encore une mer grise, celle de Normandie. Le ciel je n’en parlerai même pas, et les collines se limitaient à Montmartre, à Meudon ou au Mont Valérien. Quand au parfum, chez nous c’était celui du gas-oil et de la suie. Même le Sacré-Coeur ils l’avaient, et en mieux avec Notre-Dame de la Garde !

De plus qu’eux on n’avait en cherchant bien... que la Tour Eiffel. Alors pourquoi cette jalousie ? Je n’ai jamais compris, et aujourd’hui encore je ne comprends toujours pas. Traumatisé sans doute à cause de ça, à partir de ce jour j’ai eu honte de mes origines. Je devais les cacher pendant.....32 ans ! J’ai été tantôt Marseillais (l ’année d’après - un vrai morceau d’anthologie !) tantôt Breton.

Jamais Parisien, et ça jusqu’en 1992.

Yves était donc un de mes nombreux cousins germains, avec son frère Hubert  Dès le départ Yves du haut de ses 13 ans nous a laissé choir, ne voulant pas traîner avec les deux minots de 11 et 9 ans.


La première après-midi je la passai donc avec lui et ses copains, et ce fut là que j’entendis le fameux refrain cité plus haut. En fait je me fis mettre en boîte d’emblée, ce qui mit un terme à la fréquentation de mon cousin. Du moins avec sa bande, car c’est vrai que tout seul il redevenait assez sympa. Me posait même des questions. “T’es monté en haut de la Tour Eiffel ?”
Pour lui ça devait être tellement évident pour un parisien que j’ai répondu oui, alors que je n’en avais même pas gravi une marche !

Pour en revenir à Marseille, je l’ai dit, cette ville m’a plu tout de suite.  Au début nous étions avec l’oncle Maurice, le frère de mon père, qui nous ( plutôt “ me ”) fit visiter. Avec sa voiture il nous emmena à la mer, mon père, mon cousin Hubert et moi le lendemain de notre arrivée.

Belle la Méditerranée. Belle mais très houleuse, et je ne me suis pas baigné bien longtemps dedans. En plus elle était glaciale !  On était passés par la rue Paradis, la plus longue de Marseille, qui commence chez les pauvres dans le centre avec les bas numéros et finit à la mer chez les fortunés avec les grands numéros. Quand on dit là-bas qu’on habite Rue Paradis, il vaut mieux dépasser le n° 400, voire, fin du fin, le 500. Et j’étais étonné d’une rue si longue.

A Paris j’avais pourtant la rue de Vaugirard que je prenais tous les jours et qui était plus longue d’un km, ça ne faisait rien. De toutes façons j’avais décidé que tout ce qui était à Marseille était beau, même les bus d’un rouge vif. Et en plus il y avait le tramway...

J’en avais déjà vu deux ans auparavant, à Bordeaux d’abord, et surtout à Versailles, le jour où ils ont fermé la ligne. Mais celui-là faisait en plus “métro” car il passait en souterrain sur un kilomètre. Du reste nombre de Marseillais, très fiers, l’appelaient le “métro”, pour ne pas être en reste avec la capitale. Tout comme actuellement à Rouen, où leur tram est appelé officiellement “ Métrobus ” (?) et que les habitants n’hésitent pas, eux, à qualifier de métro.....Ah jalousie quand tu nous tiens !

La situation s’est dégradée assez rapidement. D’abord, donc entre moi et mes cousins (au bout de trois jours je ne voulais plus jouer avec Hubert) puis entre mon père et son frère, qui peu après n’accepta plus qu’on couchât chez lui. Il nous indiqua l’adresse d’un hôtel tout proche, l’hôtel du Paradis, (eau courante à tous les étages était-il précisé !) où nous nous installâmes tous les trois dans une chambre de deux. La chambre était quand même plus grande que notre appart parisien et pourvue donc, d’eau courante. La tante Mimie était désolée (je ne reproduis pas l’accent): “ Quand même, il exagère, regardez dans quel taudis vous retrouvez à cause de lui...vous devez être serrés comme des sardines là-dedans! Mais, quand même on mangera ensemble, hein ?”

On se regarda tous les trois. En fait ça nous convenait très bien, à part la Corrèze les locations précédentes étaient aussi petites, et on avait quand même l’habitude...
Et puis surtout on était libres la journée, et mon père ne se priva pas de me faire visiter tout ce qu’il y avait à visiter.

Peu à peu les repas chez le tonton s’espacèrent . A part Mimie et ma mère, tout le monde faisait la gueule à tout le monde. Mon père à son frère. Moi à Hubert (pas à Yves, pour lui je n’existais même pas !) tout ça réciproquement bien sûr.

Vers le 12 ou 13 juillet il n’y eut plus de repas Boulevard Rougier (leur adresse). Mon père eut alors l’idée de prendre un peu de recul et d’aller passer quelques jours à Toulon, voir la nombreuse famille de ma mère qui s’était installée là-bas. Il n’y avait que 42 minutes de train, direct. (depuis 2001, le TGV Méditerranée est arrivé, et le parcours ne se fait plus qu’en seulement...38 minutes !)

Ce furent des jours de rêve. Après Marseille je tombai amoureux de Toulon. En plus nous étions logés à Dardennes, un hameau à six kilomètres du centre-ville, à l’ombre d’une montagne (non, je n’en rajoute pas, 801 mètres! ) qui nous protégeait après 17 heures du “ cagnard ” provençal. De sorte que les nuits étairent, contrairement à Marseille, assez douces. Et tout ça dans une belle villa, celle d'une vague cousine.

 

Et j’ai donc fait la connaissance d’une grande partie de la famille maternelle, qui, elle en revanche m'adopta tout de suite.

Je l’ai dit, le rêve. Rêve un peu atténué quand même, car je m’aperçus assez vite que les jeunes Toulonnais (ATTENTION, pas les Toulonnaises !!) étaient aussi c...que les Marseillais au sujet des Parisiens-tête de chien...
Et même, dans les kermesses, il fallait que ma mère intervienne pour éviter que je me fasse tabasser!

On dut quand même - à regret - quitter Toulon retrouver nos Marseillais, je ne savais pas que j’allais retourner dans la grande cité Varoise seulement 3 ans plus tard, tout seul, et surtout ce qui y allait m’arriver.

On y reviendra en son temps.


Je pense que c’est le contraste entre les différents accueils qui joua, mais toujours est-il que la décision de mon père fut vite prise: d’une part on ne verrait plus sa famille et surtout plus question d’aller à Trets au mois d’Août avec eux.

 

Ceci réglé, on prenait nos habitudes. Ma mère et moi souffrions énormément de la chaleur, et ne sortions jamais entre 10 heures et 17 heures. Nous ne mangions pas non plus le midi. Par contre le soir, c’était le festival.  Balade à pied, où l’on passait chez l’épicier du coin se payer la nouveauté de l’année, des « cocktails Vache qui Rit » ce qui s’appelle maintenant “ apéricube ”. Et oui, en 1960 ça existait !


Après l’apéritif (on pouvait encore se le payer dans les bars à l’époque, les bistrotiers ne faisaient payer le “ petit jaune ” qu’un tout petit peu plus que son prix coûtant....et non plus 10 fois la mise comme aujourd’hui) . On le buvait souvent au bord du Jarret, une rivière qui coulait juste en bas de l’hôtel (maintenant une rocade). Après, resto.
Mon père avait une bonne adresse cours Belsunce, un endroit typique aussi (à l’époque je précise).  Ca s’appelait le “ restaurant du Moulin ”. Les repas se vendaient par tickets. 30 F les 10. Soit trois francs le repas (6 euros de maintenant à peu près) de base. On pouvait même pour 5 ou 6 F avoir une bonne bouillabaisse.


Et dans non pas la “ fraîcheur du soir ” mais dans la canicule atténuée, on descendait jusqu’au Vieux-Port, par la Canebière. Pagnol fait dire à Mr Brun dans “ Marius ” qu’à Paris il y avait cent canebières. Moi j’aurais réagi comme César, en pensant qu’il était “ fada ”. Car je la trouvais unique cette Canebière...

Je  le répète, à part les Marseillais....et la température,  tout à Marseille était sublime pour moi.


Et c’est le jour du départ. Adieux à la famillede mon père. Adieux est le bon terme car effectivement ma mère ne les reverra jamais et moi ne reverrai plus mes deux cousins.

On était arrivés par un train de luxe, on repart par un horrible omnibus. Heureusement que la troisième classe venait d’être supprimée, car je ne me serais pas vu faire près de 900 bornes dans ces conditions. Départ 7heures, arrivée 20 heures 30 !

 

 

Ce que je vais maintenant vous raconter est - je le jure sur ce que j’ai de plus cher au monde - rigoureusement exact et pas du tout inventé pour faire joli.

Lorsque je suis sorti de la gare de Lyon, j’ai fait cette réflexion, l’air très étonné: “Oh regardez, il y a un bus vert là-bas...”

Mon père me regarda comme si j’avais dit la bêtise de l’année et me répliqua que les bus étaient - et avaient été - tous verts à Paris. D’abord je me refusai à y croire, vert, quelle horreur ! A Marseille au moins ils étaient rouges, à Toulon oranges, c’était joli.  Mais vert !

Mais surtout, en découvrant soudain que les bus que je prenais - très souvent - étaient verts, je m’aperçus que depuis 9 ans, je n'avais prêté absolument aucune attention à mon cadre de vie.
Les bus parisiens auraient été peints en violet , comme je le verrai à Auxerre en 1974, ça aurait été pareil.

Réaction très significative, je traversais cette ville sans même la voir, elle ne m’intéressait absolument pas. Et cela durera juqu’à mon premier (faux) départ, en 1972.

 

 

 

12:29 Publié dans beaux moments, moi, psy | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : marseille