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14/09/2010

Michèle (1980.....)

Les points de suspension indiquent que je suis toujours en rapport avec elle. Nous nous téléphonons de temps en temps, surtout pour la rassurer car le fait qu'elle ait presque deux ans de plus à se taper alors qu'elle pensait toucher au but (née en décembre 1955 - deux enfants, donc retraite en décembre de cette année, et bien non, ce sera pour 2012 !)

1980, je venais de me faire plaquer par ma première épouse, j'étais blessé et  et j'étais en manque total d'amour.

Je n'avais plus personne à qui dire " je t'aime", même si j'étais arrivé à le dire de moins en moins, et j'étais devenu très, très inflammable.

Le moindre sourire d'une commerçante, d'une factrice, et ça y était, je m'imaginais plein de trucs, et surtout, surtout, mon coeur s'affolait à chaque fois.

C'est dans cet état que je rencontrai pour la première fois Michèle. Je n'étais même plus demandeur, j'étais devenu quémandeur. En manque total de femme et d'un amour de femme.

Nous étions collègues éloignés, moi à Embrun elle a Briançon. J'avais été la voir un jour d'octobre 1980, et ce jour-là je crus au coup de foudre.  Ce qui relativise le sentiment vis-à vis de mon ex, qui était partie en décembre 79....
Nous étions célibataires tous les deux, nous étions collègues, nous avions les mêmes idées, presque les mêmes goûts musicaux, la seule chose qui nous différenciait était qu'elle était très sportive, moi non. Ou si peu...

Et je me mis à lui faire une cour discrète, mais empressée. J'avais inventé un stratagème pour pouvoir coucher chez elle (un studio de 25 mètres carrés) tous les lundis soir.
Le 15 décembre 1980, je lui apportai un gâteau pour ses 25 ans, elle a eu les larmes aux yeux.

Le 20, j'allai avec elle en réunion syndicale à Marignane. C'est à cette occasion que je me découvris des talents insoupçonnés ! Changement de roue en un temps record, conduite d'une  4L, alors que je n'avais pratiquement pas touché à un volant depuis un an... depuis que ma chère "ex" m'avait plaqué.

Pendant le trajet du retour, c'est elle qui conduisait, et durant les 100 derniers kilomètres, je regardais sa main en crevant d'envie de la prendre. Je me disais "cette fois, mon vieux, il faut y aller. Tous les clignotants sont au vert, elle partage toutes ses activités avec toi, elle te fait partager son studio, allez fonce, elle n'attend que ça..."

En fait pas du tout... Je pense avec le recul qu'elle avait senti que ce que je pensais être de l'amour n'était que feu de paille passager. Que je n'étais pas encore assez stable, assez fiable pour former un couple avec quelqu"un. Et que par conséquent commencer une idylle avec moi était voué à l'échec. Les femmes sentent ce genre de choses, et fuient les mecs en manque, les reconnaissant comme s''ils brandissaient une pancarte "ASSOIFFE D'AMOUR".
En revanche, elles sont attirées par les hommes qui ne sont pas dans cet état d'esprit, qui ne demandent rien sur ce sujet. Et surtout -étude sérieuse - par le mec qu'elles jugeront assez solide pour leur faire des enfants.

En tout cas Michèle avait raison. Car cet "embrasement" comme rarement je n'en ai connu cessera brutalement le jour de mes 30 ans. Soit... moins de trois mois après !
Ce jour-là j'avais été faire du ski de fond avec elle. Je débutais tout juste, alors qu'elle avait le niveau d'une pro. De plus j'avais un début de grippe, ce qui fait que je n'étais pas du tout en forme. Mais je tenais absolument à l'accompagner, une après-midi avec elle n'était pas à manquer.

Cet après-midi là, je me pris gadin sur gadin. Et je la voyais à chaque fois s'éloigner, puis s'arrêter une cinquantaine de mètres plus loin pour m'attendre, d'un air assez agacé.
Je ne sais pas du tout ce qui s'est passé en moi ce jour-là, mais si à 13h j'étais encore fou d'elle, à 16h, quand je pris mon train avec mes skis à la gare de Briançon je ne ressentais plus rien pour elle. Mais alors plus rien !

Mais nous restâmes amis. Je continuai à passer le lundi soir chez elle, mais en "copain" (du moins dans le sens 1980 du terme). Je continuai à skier, et même à faire de gros progrès. En février 1982 nous fîmes une super ballade de 20 km, à très bonne allure. Elle m'avoua qu'elle était contente que je sois devenu aussi à l'aise qu'elle dans ce sport.

Pour moi, elle était vraiment une amie, et rien d'autre. Mais pour elle, il en allait différemment. C'est ce qu'elle m'avouera plus tard, bien plus tard. Je faisais ma vie, rencontrai des femmes dont je tombai amoureux, dfes femmes de 20, de 30, de 45 ans...
En juin 82 elle me proposa qu'on passe une semaine en Alsace à deux. J'acceptai bien volontiers.
Semaine qui se passa très bien mais dont -hélas pour elle - nous ne revînmes "que" copains. Toujours dans le sens années 80 ;)

Et puis nos chemins commencèrent à se séparer. Fin juin je débutai dans la radio libre, sans me douter un seul instant ce que seraient les dix-huit mois de folie qui allaient suivre.
Certes, nous continuions à nous voir, mais de façon moins régulière. Mon nouvel emploi du temps hyperchargé (39 heures au boulot, autant à la radio, 800 km hebdomaires sur les routes) ne nous le permettait plus.

Tout de même, en février 1983, elle insista pour que nous allions... à Venise !
Elle était même d'accord pour loger dans la même chambre !! Et je ne vous raconte pas sa tête - et celle du réceptionniste - quand je précisai une chambre à deux lits !
Sincèrement, moi je ne me doutais de rien, et je fus encore plus abasourdi quand, en mai de la même année, elle me demanda si ça ne me dérangeait pas que l'on passe la soirée à 4, avec elle et deux amies. Si mon "emploi du temps de vedette" le permettait bien sûr.

Il le permettait. J'étais vraiment curieux de voir Michèle dans une discothèque ! Spectacle aussi rarissime que moi passant l'après-midi dans un magasin de tissus !
Je lui demandai quand même quel âges avaient les copines.

"25 et 30. (silence) Moi j'en ai 27 mais je pense que tu t'en fous....."

C'est là que je m'aperçus que Michèle était amoureuse de moi. Mais ce repas à 4, où elle jouait sans doute son va-tout, ne me vit pas repartir à son bras.
Mais au bras d'une de ses copines par contre, que j'allais épouser quelques mois après...!!

Elle fut belle joueuse, et c'est sur le ton de la plaisanterie qu'elle annoncera à la future Mme Cicatrice "quand même, c'est moi qui me dém... et c'est toi qui rafle la mise. Zut alors...."

C'est elle qui fut mon témoin de mariage.

Puis elle épousa le premier qui passa, et pour de bon nos chemins se séparèrent. Elle partit aux Antilles, puis ouvrit un resto à Montpellier avec son mari. Moi je mis cap vers la Lozère...

Nous nous vîmes en 1989, alors qu'elle était revenue à Lille, son pays natal. 3 jours qui se passèrent assez mal.

Et l'avant-dernière fois, ce fut en 1994. En août 1994, où j'étais très mal en point.
Ce qu'elle n'appréciera que modérément ! La vengeance est un plat... n'est-ce pas !

Et du coup, pendant 13 ans j'éviterai soigneusement de passer par Lille.
Néanmoins je ne coupai pas le contact. On n'est jamais restés plus d'un an sans s'avoir au téléphone, et je l'invitai même à mes 50 ans début 2001.

Quans, en octobre 2007 je lui annonçais ue je venais un mois en mission à Lille, elle se proposa instantanément pour nous loger. Je dis bien "nous", moi et mon épouse.

Mon épouse, pendant ce séjour, fera une crise d'épilsepsie, et du coup je vivrai des journées d'enfer, entre le boulot (je faisais des nuits...) et les 32 stations de métro qui nous séparaient.

Michèle m'appellera le samedi suivant notre "rentrée".
Car elle s'inquiétait. De mon épouse, oui, mais surtout de moi. Elle n'avais pas été sans remarquer que les derniers jours je me traînais de plus en plus et elle voulait savoir si j'avais récupéré car elle était vraiment inquiète.

Je reviendrai la voir....

Je vous embrasse

13:46 Publié dans ceux que j'aime, Merci, moi | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : michèle

19/08/2010

Marité, ma soeur volée ? (1963)

C’est à l’été 1963, où mes parents traversaient une telle mauvaise passe financière qu’ils avaient décidé de plus ou moins sacrifier leurs vacances. Juillet pour eux à Paris, le mois d’août à trois dans un grenier aménagé en Ardèche. Pour moi, je devais partir en camp scout durant 3 semaines, descendre en radeau la rivière la Loue dans le Haut-Doubs.  Sans savoir que ce sera à moins de 5km de là que, 47 ans plus tard, je prendrai ma retraite !

Toute l'année nous avions travaillé à ce camp, et juste avant de partir, je chopai la grippe.
Adieu donc la belle vallée riante de la Loue, bonjour la loge étriquée du 60 rue de la Victoire....

Les prix d'excellence à la pelle étaient loin derrière, j'étais passé en quatrième - à 12 ans quand même - , mais au prix de pas mal d'efforts et il me fallait absolument décompresser, aller au soleil. Déjà assez rachitique, je perdis complètement mon appétit, ce qui inquiéta mes parents.

Mon père eut alors une idée. Il connaissait une «ancienne collègue» à lui qui habitait Toulon, et lui demanda si je pouvais passer le restant de juillet là-bas. Elle accepta, moi je trépignais de joie ! Déjà quitter cette grisaille parisienne, c’était génial, mais en plus sur la côte d’Azur…

Et, vers le 10, me voilà là-bas.
Au début ça se passe mal, je ne m’entends pas du tout avec le gamin de la famille – un Patrick aussi – et j’en suis carrément à regretter mon pigeonnier. En plus la mère de la dame est avec nous, et c'est visible, elle ne peut pas m'encaisser...

Et puis, la fameuse dame me dit qu’elle va faire venir sa fille de 8 ans, Marité.

Là encore je ne vois pas ça d’un très bon œil, les filles c’est pas trop mon truc, elles ne savent même pas qui est Bob Morane et elles sautent à la corde pendant des heures…
Mais bon, on verra bien !

 Pour voir, je vois ! Je suis scotché, littéralement scotché quand je l’aperçois. Petite blonde avec un accent Toulonnais qui achève de me faire craquer. Apparemment de son côté je n’ai pas l’air de lui déplaire non plus. Les bruns aux yeux verts semblent être sa tasse de thé…
Et  pendant les trois semaines qui vont suivre, je vais me sentir « bien », vraiment « bien ».
On ne se quittera plus, dormirons dans le même lit, serons lavés ensemble par sa mère, jouerons des parties de «menteur» interminables…
Je lui ferai même participer à des jeux de quartier, et souvent  on bravera l’interdiction de ne pas dépasser le pont de chemin de fer, la ligne de Marseille à Nice où filent à toute allure les trains à vapeur.

Mais quand même, je lui trouve des attitudes «bizarres». Comme celle par exemple de me faire sans cesse des petits bisous, et souvent sur la bouche. Elle me dit aussi «quand on sera grands on se mariera ensemble»…

Je le rappelle, j’ai 12 ans, avec de surcroît une maturité sentimentale de 6 ou 7, et je suis presque affolé devant ses démonstrations, même si je sens - j'ignore pourquoi - une sorte de miel me couler dans la gorge…

Et finit par arriver le jour de la séparation. Elle doit partir en colo vers Perpignan, moi en Ardèche. On prend le même train jusqu’à Nîmes, et elle n’arrête pas de pleurer. Impossible de lui faire dire pourquoi.
Ah les filles…compliqué !

A Nîmes, très décontracté, je lui dis au-revoir en lui promettant de lui écrire. Elle sanglote de plus en plus fort en m’envoyant un bisou. Le dernier. Je grimpe alors dans le « Cévenol » bondé, et en gare d’Alès je peux enfin me hisser sur le wagon panoramique. Marité est déjà loin…

Ce mois d’août dans un village paumé à 1200 m d’altitude, sous le vent, la pluie et le froid, ne restera pas dans les annales, sauf peut-être celle de la météorologie, et du coup, ma mère décide de finir les vacances à Valréas, dans le Vaucluse, chez sa sœur. A ce moment–là, je ne pense presque plus à ma petite compagne de jeux.

Quand on arrive là-bas, à même pas 75 km à vol d'oiseau, on a l’impression d’avoir pris l’avion !

Nous venions de quitter un triste plateau balayé par la pluie et le vent, où les 10 degrés en journée étaient la règle, pour nous retrouver dans une ambiance provençale. Comme celle de Toulon.

Et là…

La chaleur, les cigales, l’accent des gens, les odeurs surtout. Oui, comme à Toulon. Ca m’explose littéralement dans la poire.

 

Marité.

A partir de ce jour je ne vais plus penser qu’à elle. Je me surprends moi-même, ignorant totalement ce qui m’arrive. Moi, celui qui ne tient pas en place, je vais devenir le contemplatif total, je vais marcher des heures entières dans les rues de la ville en pensant à ma petite blonde.
Bien évidemment je n’en parle à personne. Je m’empresse de lui écrire une lettre, puis deux, pas de réponse.

A Paris, pensant toujours à elle malgré le changement d’ambiance et de climat, je continue à lui envoyer des lettres.

Jusqu’au jour où mon père, l’air grave, me prend à part et me dit « il ne faut plus que tu écrives à Marité, de toutes façons elle ne te répondra pas ».

Les années passent.
Je rencontre des filles. Je pense même être amoureux. Mais Marité reste en moi, je ne sais pas pourquoi.

En 1967, 4 ans après, j’ai 16 ans. J’arrive à décrocher une semaine à Toulon chez un oncle. Ces 8 jours seront exclusivement passés à « sa » recherche. Bien entendu la première chose que je fais est de me rendre dans «notre» quartier, Darboussèdes. Mais là on me dit, que la famille à déménagé, suite à un deuil, et habite désormais à La Seyne, Lotissement Peyron. Je vais passer toute la Seyne au peigne fin, je n’arriverai jamais à trouver ce fameux lotissement Peyron....

Et je rentrerai à Paris bredouille...



Fin
? Non.

J'apprendrai par la suite que la "collègue" de mon père avait été sa maîtresse dans le temps.

En février 2005, ma femme prospecte parmi les affaires ramenées de chez mon père. Et là elle tombe sur une feuille de journal jaunie, très méticuleusement protégée.
Elle date de juillet 63, et sur une photo on voit des gamins, dont… Marité et moi.
Habillés exactement de la même façon.

J’ignorais totalement que d’une part existait une photo de nous deux, et surtout que mon père la gardait si  précieusement.

Bien entendu quand je passe le voir un mois plus tard je lui montre le bout de journal. A tout hasard…

Et alors il est devenu blanc comme un linge, répétant sans cesse
«
je n’en reviens pas, je n’en reviens pas »
Je n'en saurai pas plus, il décèdera peu après, emportant son secret dans la tombe.

Cette histoire,  qui aux yeux de pas mal de pisse-vinaigre – dont ma femme – pourrait passer pour une amourette de gosses pourrait être en fait peut-être bien plus que ça.

J’ai évoqué cette histoire devant trois personnes très différentes, à des années d’intervalle.

Pour deux d’entre elles, au vu de tout ce que j’expose, il y aurait de grandes chances que Marité soit plus que mon tout premier amour. Mais qu’elle soit tout simplement... ma sœur. Ce qui expliquerait qu'on ait été habillés pareil, la réaction de mon père, l'hostilité de la grand-mère, cette sensation de vide intérieur qui ne m’a jamais quitté depuis cette époque.
Cette envie folle de la retrouver.

Je ne le saurai jamais....DSCN1190.JPG